Jour 140

Attention : la lecture des éléments de retranscription du procès des attentats du 13 novembre 2015 s’adresse à un public averti. Certains des propos rapportés sont susceptibles, par leur contenu ou leur nature, de heurter la sensibilité des lecteurs, et notamment des plus jeunes. Par ailleurs, toute reproduction du contenu, même partielle, sans l’autorisation expresse de l’auteur expose le contrefacteur à des poursuites.

 

EXTRAITS

MERCREDI 15 JUIN 2022

 

Programme de la journée : aujourd’hui, c’est la suite des plaidoiries de la défense avec la défense de Muhammad Usman et Adel Haddadi. Adel Haddadi et Muhammad Usman sont accusés d’association de malfaiteur terroriste et encourent vingt ans de réclusion criminelle. L’accusation les soupçonne d’avoir été envoyés en France dans le but de commettre une action violente et d’avoir dû faire partie des commandos du 13 novembre mais d’en avoir été empêché. En effet, ces derniers seraient partis de Syrie sur ordre de Oussama Atar (soupçonné d’être le commanditaire des attentats) et auraient tenté de rejoindre la cellule en Belgique en empruntant la ‘route des migrants’. En octobre, alors qu’ils sont en chemin, ils sont arrêtés par les autorités grecques et placés en centre de rétention, en raison des faux papiers qu’ils avaient sur eux. Pour l’accusation, c’est pour cette raison qu’ils n’ont pas pu rejoindre la Belgique à temps et se rallier à la cellule.

 

12H45 : l’audience reprend.


 

 

« Je vais vous faire une confidence : je me suis complètement planté! »

Maître Laouafi : « je vais vous faire une confidence : je me suis complètement planté. Toute la défense d’Usman s’est complètement plantée sur ce qu’elle attendait des réquisitions du Ministère public. On a cru que la longueur de cette audience, de ces débats, que le temps véritablement consacré à Muhammad Usman à savoir cinq heures, que le temps consacré par le Ministère public à Muhammad Usman dans ses réquisitions, on a cru que tous ces éléments là auraient pu inciter le Ministère public à prendre un peu de hauteur sur le cas de Muhammad Usman. On a vraiment cru à un moment donné que le Ministère public allait vraiment faire le choix du sens de la peine.

On s’est aussi plantés parce qu’on ne pensait pas que le Ministère public allait dégainer cette fumeuse preuve de guerre mais vous avez là l’illustration du Ministère public de faire de ce procès ce que vous ne vouliez pas : un procès extraordinaire en s’accordant un peu de liberté notamment dans l’administration de la preuve. Le droit à la sévérité du Ministère public a un corollaire : la rigueur dans l’administration de la preuve et la rigueur dans la personnalisation de la peine. On ne peut que trouver ces réquisitions excessives. Elles sont insignfiiantes ces réquisitions. Elles sont dénuées de sens. (…) Le Ministère public a dit « même si on n’a pas de preuve formelle, on n’est pas dupes ». Muhammad Usman est constant : il n’a jamais exécuté qui que ce soit. Et le Ministère public devra un jour accepter cette réalité. 

 

« On aurait aimé un tant soit peu d’éléments objectifs autour de cette fameuse preuve de guerre »

Maître Laouafi : « de quel support cette vidéo a été extrait ? On ne sait pas. A quelle date a été réalisée cette vidéo ? On ne sait pas. A quelle date a été enregistrée cette vidéo ? On ne sait pas ! Vous avez une vidéo qui n’a pas de date certaine : c’est une vraie difficulté. Autre difficulté : difficulté quant à la certitude que la personne qui figure sur cette vidéo est Muhammad Usman. Il n’y a pas d’éléments qui viennent conforter cette hypothèse. Je dis pas que c’est un deep fake … mais je dis que dans un procès pénal, on ne peut pas se contenter de ça. (…) On aurait aimé un tant soit peu d’éléments objectifs autour de cette fameuse preuve de guerre.

 

« Le ministère public a que des obligations … nous on a que des droits »

Maître Laouafi : « Sur l’âge de Muhammad Usman. Le Ministère public décrète que Muhammad Usman a plus de quarante ans. Sur quoi ça repose ? L’intuitition des avocats généraux qui nous disent que Muhammad Usman fait plus que son âge ! Muhammad Usman a toujours dit que c’était sa vraie date de naissance. Moi quand je le regarde de près je pense qu’il a pas 40 ans ! Il a un regard enfantin, il a pas de poils blancs, il fait plus jeune que moi ! (…) Pour la lettre retrouvée dans sa cellule prétendument écrite à Salah Abdeslam, il n’a pas même pas fait d’analyse graphologique !

(…) Le ministère public a que des obligations … nous on a que des droits ! Voilà c’est comme ça !

 

« C’est pas un enfant de la France Muhammad Usman, c’est pas un fils de l’Occident »

Maître Laouafi : « on aurait aussi aimé plus de rigueur dans la personnalisation de la peine. C’est plus compliqué de requérir une peine sans connaître la personne ! C’est plus compliqué quand on abordé un point de vue subjectif. Ici, vous êtes cernés de subjectivité : le Ministère public parce qu’il accuse, les parties civiles parce qu’elles souffrent, même la défense … donc vous, vous pouvez réintroduire une dose d’objectivité.

Ceux qui connaissent le mieux Muhammad Usman : c’est nous. Même si le Ministère public n’y croit pas nous on estime qu’il y a un avant et un après avec Muhammad Usman

Moi quand j’ai rencontré Muhammad Usman pour la première fois, j’ai été impressionné par l’ampleur du dossier et j’ai été impressionné par la dureté de ses traits. J’avais le sentiment qu’il se méfiait un peu de moi. Je ne comprenais pas pourquoi mais en fait la raison était simple : il tombe dans un nouveau monde, il ne connait pas la France Muhammad Usman. Il découvre un nouveau monde et il y a eu un temps d’apprivoisement de part et d’autre. C’est pas un enfant de la France Muhammad Usman, c’est pas un fils de l’Occident, c’est pas quelqu’un qui a eu la chance de grandir avec des valeurs de liberté, de démocratie, d’humanisme. (…)

C’est une chose extrêmement importante : Muhammad Usman il a découvert notre monde, et un tout petit peu la pornographie ! C’est pas si peu étonnant que ça quand on sait d’où vient Muhammad Usman. Je pense que de notre point de vue occidental on sera tous d’accord pour dire que ça réduit considérablement le champs des possibles. Les madrassas c’est un véritable problème : elles restent extrêmement populaires. Les familles pauvres y placent leur gamin parce que ces écoles sont gratuites, il y a de l’eau potable, c’est plus confortable … et Muhammad Usman acquiert ses premières armes idéologiques auprès de la madrassa. Seule l’éducation religieuse compte : c’est la foi et rien que la foi. Cet apprentissage religieux détermine énormément de choses : cet apprentissage religieux est fait pour faire naître de l’intolérance, faire naitre des sentiments anti-hindous, faire naitre des sentiments anti-occidentaux. Vous devez prendre en compte ce conditionnement parce que c’est ce conditionnement qui rend mur Muhammad Usman pour le discours d’un Abou Obeida. Vous devez prendre en compte cette situation et considérer que ce départ de Muhammad Usman vers la Syrie relève plus d’un besoin d’appartenir et de défendre l’Oumma. 

Je sais que le ministère public aimerait être en mesure de démontrer que Usman a quitté spontanément le Pakistan. Là-dessus il n’y a aucune preuve : vous avez deux procès-verbaux qui traitent du sujet dans le dossier. Un qui date de 2016. L’autre qui date de 2018 qui nous explique que les services pakistanais n’étaient pas en mesure de nous dire le ou les groupes d’appartenance de Muhammad Usman. Rien n’établit que Muhammad Usman aurait rejoint à un moment donné une organisation terroriste pakistanaise. 

Le pompon ça a été les deux enquêteurs indiens. Ils sont venus à Paris et l’ont interrogé sur son appartenance à ces groupes et il n’est rien ressorti de ces interrogatoires. A partir de là, vous ne pouvez pas considérer qu’il a rejoint une organisation terroriste pakistanaise. Alors, si Muhammad Usman a encore du mal à expliquer certaines choses ; peut-être qu’il donne l’impression de ne pas tout dire mais par rapport à bon nombre d’autres clients, depuis le début de la procédure, il a toujours cherché à s’expliquer. Apprécier le fait qu’un accusé n’ait plus une parole idéologique mais une parole explicative. Vous devez également apprécier le fait qu’un accusé adhère à la rationalité du procès pénal. Muhammad Usman a accepté le principe de la procédure et d’où il vient ce n’était pas donné. A aucun moment il n’a perçu toute cette procédure comme une épreuve divine et ce que je trouve remarquable c’est que c’est l’humanité apparente de notre système qui le fait adhérer. Il a toujours été reconnaissant envers le juge, reconnaissant envers les médecins. Et c’est en cela que le comportement des juridictions est essentiel (…). Il a vu dans notre système de l’humanité, mais au lieu de prendrec le meilleur, le Ministère public vient dire que Muhammad Usman simule ; qu’il simule tellement que la directrice du QER s’est faite berner. Il n’y a a absolument rien qui démontre que Muhammad Usman est dans une logique de dissimulation.

Quel interêt Muhammad Usman aurait à être dans de la dissimulation ?! Il sait que vous allez entrer en voie de condamnation : il n’a aucun intérêt à simuler quoi que ce soit. Vous avez dans le dossier la preuve qu’il n’a pas été dans une logique de dissimulation : c’est ce fameux interrogatoire de 2016 où, en ma présence, il explique qu’il a pu retrouver la pureté de l’islam originel en Syrie. 

 

« Il a appris à sourire »

Maître Laouafi : « Oui, il a été à un moment donné de sa vie, animé par des convictions puissantes et nocives. Oui il a pu ruminer des pensées négatives qui l’auraient probablement mené au pire. Oui il est arrivé sur le sol européen avec plein de certitudes. Mais aujourd’hui, il est là, pleinement conscient du caractère mortifère de l’idéologie à laquelle il a pu adhérer. C’est quelqu’un qui se décrit comme influençable et qui porte un regard critique sur ce qu’il était et même sur ce qu’il est. Vous pouvez être sûr que depuis six ans, Muhammad Usman pense à tout cela. C’est en cela que cette procédure a été une chance. Pour moi Muhammad Usman, il a gagné quelque chose : déjà, il a appris à sourire, ce n’était pas gagné mais il a appris à penser par lui-même et il commence à penser contre lui-même. J’ai vraiment eu la sensation qu’il avait évolué. (…) Dans ses courriers, Muhammad Usman porte un regard sur cette affaire. 

Muhammad Usman démontre que la réversibilité des pensées est possible. (…) L’indignation peut mener à la déraison. Certains accusés dont Muhammad Usman à un moment se sont sentis touchés, se sont sentis indignés par les souffrances dont subissaient la communauté musulmane dans le monde. L’indignation reste un frein à la raison, l’indignation reste un frein à la justice et la semaine dernière j’estime que nous avons entendu des réquisitions d’indignés. Quand je vous demande moi de prendre en compte l’évolution de Muhammad Usman ; je n’ai pas l’impression de vous demander la lune.

La personnalisation des peines, c’est le meilleur moyen de rendre des peines censées. Vous disiez que vous ne vouliez pas d’un procès hors normes : moi je vous demande simplement l’application ordinaire de nos règles ordinaires ».

 

13H18


 

Maître Huylebrouck : « vous aurez noté que le 8 septembre, à 12h, monsieur Usman est arrivé à l’heure à son procès. Mais c’est un comble pour celui qu’on prend à ce procès pour le retardataire, le contrarié, qui serait arrivé en retard aux faits qu’on lui reproche. Monsieur Usman aurait été retardé par une comparution immédiate et une détention sur l’île de Kos. Mais pour être en retard à un rendez-vous, encore faut-il qu’un rendez-vous ait été fixé et qu’on vous attende. Monsieur Usman ce n’est pas un retardataire c’est un inattendu. 

C’est l’oublié du dernier rang, qui a passé ces dix mois d’audience presque comme une ombre. C’est l’accusé qui a été invité à prendre pour la dernière fois la parole le 25 janvier. (…) N’y voyez pas l’ombre d’un reproche ; voyez-y l’expression de la juste place de monsieur Usman dans ce box et à ce procès. Monsieur Usman aurait dû mourir le 13 novembre a dit madame l’Avocat général.

Il n’a pas porté son aide à la commission de ces crimes ; il n’est pas receleur, ni loueur. Il serait au pire un aspirant, un wanna be de l’action violente. Ce qui est important c’est qu’il ne passe pas à l’acte.

 

Maître Huylebrouck : « la question qu’on a ici c’est celle de la résolution criminelle. Il fut un temps où le juge pénal ne réprimait que les faits consommés ou tentés. Si monsieur Usman avait été jugé au XIXe siècle, il aurait sans doute été mis hors de cause. On a changé d’air depuis. L’autorité de poursuite s’est saisie du concept d’association de malfaiteur et en a fait une appréciation généreuse. On réprime ceux qui s’apprêteraient à agir. 

On condamne donc des actions sans victime en pariant vers des trajectoires du pire : « il aurait dû » / « il aurait pu » … le conditionnel est d’usage ! L’association de malfaiteurs terroriste c’est la voiture-balai de la poursuite pénale ; c’est un peu la grande faucheuse de notre système répressif. Nous frôlons ici l’interdiction de la responsabilité pénale collective et l’interdiction de la responsabilité d’intention.

(…) Messieurs, vous êtes tous pénalement responsables de ce massacre entendait-on encore il y a dix jours sur les bancs d’en face. Le Ministère public a développé l’idée d’une responsabilité pénale individuelle mais interchangeable. Je préfère encore quand l’accusation fait de l’impressionnisme que quand elle est dans cette . L’AMT est aussi l’acronyme d’une certaine amerture. 

Nous n’allons pas plaider l’acquittement : monsieur Usman a rejoint la Syrie, il y a une forme de dessin criminel en France quand bien même il est indéterminé. Il y a AMT mais ce que nous voudrions que vous entendions c’est que l’AMT n’est pas faite d’un seul bloc. (…) 

 

Maître Huylebrouck : « Ce qui nous dérange, c’est cette thèse interminable. Comment en est-on arrivé là ? C’est parce que s’est propagé très vite le mythe du quatrième commando et c’est un mythe qu’il est grand temps de déconstruire. Les enquêteurs ont vécu avec l’idée fixe que la date du projet avait été déterminée à l’avance, de manière minutieuse. Dans l’esprit des enquêteurs, la COPEX avait arrêté très en amont trois cibles. Dans cette approche, l’Etat islamique arrête un projet précis auquel il alloue ensuite des ressources. La mise en examen de monsieur Usman est une application dévote de cette approche. (…)

Pendant six ans, on n’a cessé de titrer qu’Usman et Haddadi, c’était le commando manquant. En réalité, la lumière est venue de Schaerbeek en août 2016 au moment où les juges français sont venus arrêter ces idées préconçues. La révélation c’est que « les objectifs avaient été déterminés quelques jours avant les faits ». Ce n’est pas moi ! Je cite l’OMA ! Le réquisitoire aussi est très clair à ce sujet. Au moment où la date du 13 novembre est retenue, où le Stade de France est choisi comme cible, monsieur Usman n’est même pas à Athènes, il est en pleine mer Egée et il n’y a aucune chance qu’il soit à Paris le 13 novembre. il faut se rendre à l’évidence : il ne faisait pas partie de l’équation de cette attaque terroriste. Mais petit à petit, le chef d’infraction de monsieur Usman est totalement réécrit : le Stade de France a disparu, on abandonne même la référence au 13 novembre pour retenir une formule plus creuse. Cette indivisibilité, avec les attentats commis en France, elle est peu compréhensible.

En réalité, cette indivisibilité constitue une impossibilité procédurale. On n’avait pas besoin de cette indivisibilité pour que les juridictions françaises soient compétentes. Mais c’est vrai que alors, on dépend de sa version des faits. (…) Le mythe du quatrième commando a continué à régner, dans la presse. (…) Ici on ne prédit pas l’avenir, on prédit le passé qui aurait pu se réaliser si, si et si.

 

Maître Huylebrouck : « alors, on va être obligés de reprendre la démonstration dans le détail car ce n’est plus monsieur Usman qui est en retard mais le Ministère public et donc il faut remettre les pendules à l’heure. Cette filière basée à Bruxelles c’est un réservoir d’hommes et d’armes qui va se remplir progressivement. C’est une fois qu’on a réussi à fixer toutes ces contraintes qu’on peut définir un plan d’action. Et l’Etat islamique a joué la carte du réalisme. Il ne s’emballe pas à concevoir des projets irréalistes dont il n’a pas les moyens ; il forme des voeux.

La projection des candidats par la COPEX est une projection en continu pour des projets indéterminés. Ni les projeteurs, ni les projetés ne savent précisément ni quand, comment, avec qui, contre qui ils vont être projetés. (…) Le but ultime lui est bien connu : répandre la terreur en multipliant ces attentats et de rendre ces attentats les plus mortels possibles. Ce flux d’individus projetés il a commencé bien avant monsieur Usman. (…) Le 13 février 2015, on a Sid Ahmed Glam, fin mai 2015 Ayoub El Kazani, août 2015 c’est le tour de Abdelhamid Abaaoud ? … et puis la suite est connue : tous les dix jours, un groupe arrive à Bruxelles. Les deux irakiens sont les derniers à être arrivés à Bruxelles le 14 octobre. 

Ces individus prennent tous la route selon des ressources et des contraintes locales. Ce qui est certain c’est qu’il y a à l’été 2015 une intensification et une professionnalisation. Il y a une intensification mais elle est rendue possible par un contexte politique. Fin 2015, on a une décision importante d’Angela Merkel (sur l’accueil de réfugiés syriens). L’occasion fait le laron : la COPEX profite de cette opportunité géopolitique pour faire passer le plus de personnes à l’ouest. (…) Il y a aussi une professionnalisation avec systématisation du recours à certains passeurs (…). Mais il y a une constante c’est que lorsque les candidats quittent la Syrie et se livrent à des actes prépatoires en vue de participer à des actes de terrorisme, les dates sont encore indéterminées (/). (…) Monsieur Usman est un projeté parmi d’autres.

 

Maître Huylebrouck : « imaginons que monsieur Usman n’existe pas. Qu’y aurait-il de changé dans le déroulé du 13 novembre ?! Absolument rien ! (…) Ce n’est pas lui qui signe le bail au 115 rue Raddache à Auvelais puisqu’il est en détention sur l’île de Kos ; il n’était évidemment pas présent à partir du 8 octobre pour préparer le TATP et la ceinture explosive. Les cibles ne sont définies qu’à partir du 7 novembre et le 8 novembre monsieur Usman arrive à peine à Athènes ! Le soir du 13 novembre, il est vraisemblablement en Slovénie à 1220 kilomètres de Paris. (…) C’est le signe que cette histoire peut se raconter sans référence à monsieur Usman. (…)

Sur l’AMT, l’accusation nous dit que monsieur Usman aurait été empêché deux fois d’agir. (…) Alors, il y a bien des actes préparatoires accomplis pour rejoindre la filière européenne mais le 2 octobre, cet attentat n’est pas déterminé. Monsieur Usman n’a ni échéance quant à son arrivée, ni destination, il n’a même aucun contact avec une personne se trouvant en Belgique. Il est tout aussi faux de dire que messieurs Usman et Haddadi avaient leur destin scellés avec celui des irakiens : parce qu’ils partiraient ensemble de Syrie ils devraient mourir ensemble ? C’est ridicule ! Comme monsieur Haddadi l’a indiqué, la séparation avec les irakiens était prévue. (…) Il n’y a aucune certitude que ces deux groupes devaient rejoindre la même destination, à savoir Bruxelles.

(…) Je voudrais dire quelques mots aussi sur ce groupe METRO, ce groupe SCHIPHOL. (…) On notera tout de même que les deux cibles non frappées à Paris le 13 novembre l’ont été à Bruxelles le 22 mars. (…) Le projet d’attentat de monsieur Usman restait à déterminer.

Un petit mot aussi sur la deuxième interpellation en Autriche. Le PNAT soutient que cette arrestation aurait permis d’empêcher un nouvel attentat. La période infractionnelle s’arrête au 18 novembre et non au 10 décembre, on doit donc conclure que le projet n’est plus d’actualité à ce moment-là et qu’il ne sert à rien de s’étendre sur la période autrichienne (…). Monsieur Usman n’a pas sa place dans le box et nous ne voulons pas de majoration de quantum. Ces 2.500 victimes, avec tout le respect qu’on leur doit, ne sont pas celles de monsieur Usman.

 

Maître Huylebrouck : « Le deuxième temps de mon propos est beaucoup plus court. Monsieur Usman se trouvait encore très en amont, très très en amont. L’AMT c’est la grande zone grise entre la réalité criminelle et le commencement d’exécution. Il y a un gouffre logistique, un gouffre ideologique et un gouffre spatio temporel.

 

Sur le GOUFFRE LOGISTIQUE : on a quelqu’un qui se met en chemin, qui possède un passeport syrien pour passer les frontières. Voilà les actes matériels de préparatiojn identifiés dans l’OMA ! Il en faut beaucoup plus pour commettre un attentat ! On n’a jamais attaqué des personnes avec un faux passeport ! (…) C’est à craindre que ces hommes de loi se transforment en homme de foi s’ils en viennent à partager leurs convictions. (…)

Le PNAT essaie aussi d’esquisser pour monsieur Usman, une longue carrière de combattant djihadiste. Pour qu’il ait une longue carrière, on vous demande de croire que monsieur Usman a 41 ans aujourd’hui plutôt que 29. Alors là : c’est le salto arrière ! (…)

Le deuxième tour de passe-passe c’est cette preuve de guerre produite à l’audience, une vidéo doublée en russe. Je ne reviendrai pas sur cette décision d’admettre au débat cet élément. (…) Refusez de donner du crédit à des preuves qui n’en ont que le nom. Votre arrêt ne sera haut de gamme que s’il refuse des preuves low cost qui sont versées en last minute ! 

 

Maître Huylebrouck : « le GOUFFRE PSYCHOLOGIQUE : c’est bien connu nos résolutions du 1er . Promettre et tenir sont deux. Ce que monsieur Usman promettait à Oussama Atar en septembre, l’aurait-il tenu quelques semaines plus tard ? Cet accord donné à OA était-ce une promesse jetée en l’air ? un engagement contraignant ? un engagement à la vie à la mort ? Eh bien aussi effroyable soit l’action sur laquelle portait cette promesse, je n’ai pas peur de dire que cette promesse elle était molle, parce qu’elle portait sur une action imprécise : une action violente en France. Imprécision de cet ordre « commettre une action violente en France ». (…) Si un ami vous demande « tu pourras me rendre un service », vous allez répondre « oui bien sûr! ». Si l’ami précise sa demande « pourrais tu m’aider pour le déménagement samedi » / « euh…oui » ; « en fait il faudrait que tu viennes à 6h du matin ! » / « ah bah là je suis plus très sûr ». Vous voyez qu’avec la précision l’hésitation s’invite !

Mais le décalage entre cette approbation molle et cette certitude de passage à l’acte, lui aussi est abyssal. (…) Je pense qu’il faut dépasser Hannah Arrendt, je pense qu’il faut aussi dépasser Voltaire. Il y a de nombreuses théories qui viennent se superposer sur la théorie d’Hanna Arrendt. Pour Usman, ces différentes ressorts ne sont pas inutiles. Usman c’est l’homme des coutumes et d’une vie bien archaïque. Rien ne montre un engagement idéologique irréversible. Ce qui en ressort c’est son caractère très influençable : ça c’est son malheur mais aussi sa chance. Dans un environnement favorable, il ne fait pas de doute que sa coquille va s’ouvrir. On peut reprocher à monsieur Usman son adhésion à l’idéologie islamiste mais l’ouverture à l’altérité suppose qu’on y ait eu accès. (…) Cette résistance intérieure elle est heureuse. Rien ne nous permet de dire que cette résistance aurait sauté avec monsieur Usman. 

Nous avons eu c’est vrai parfois l’impression que les accusés, que les victimes évoluaient dans deux mondes parallèle, chacun avançant dans son couloir. Les uns attendant leurs réponses à toutes ces questions, les autres bousculés par l’absence de réponse à ces mêmes questions. Les larmes du mois d’octobre, on les a vus sur tous les bancs. L’avocat de la défense ne se prive pas d’apprendre qu’on peut être plongé dans le coma, voir son pronostic vital engagé, qu’on peut garder des sitgmates dans sa chair et venir vous dire son attachement à un procès équitable et affirmer que les principales attentes dans ce procès esdt que l’on juge avec discernement et qu’on mette fin à tout amalgame. Les avocats passent leur temps à vous supplier d’être guidés par la raison et non l’émotion. Cette émotion là peut être bonne conseillère. (…) Aucun crime n’éteitn totalement un ghomme et s’agissant de monsieur Usman, nous sommes convaincus que la lumière aurait pu fendre à temps les ténèbres.

 

Maître Huylebrouck : « le GOUFFRE SPATIO-TEMPOREL : Raqqa – Paris c’est 4119 kms, 43H de voyage sans temps mort. Mais il faut y ajouter les longs moments d’attente, d’errance, et de perte de repèes. (…) Pour monsieur Usman, un si long voyage s’est nécessairement doublé d’un voyage intérieur. Peut-être qu’au milieu de la mer Egée il a levé les yeux vers le ciel et a entrevu sa chute. (…) Peut-être qu’il a replongé en recevant des textos. Peut-être que dans la ville de Mozart il a pris une claque d’humanité. Quand il a appris en Autriche, qu’il était mis en cause pour AMT, il était tétanisé. C’était un choc de découvrir que l’Europe ne connaissait pas la peine de mort. « Comme la France est un pays qui protège les droits humains, les assassins ne sont jamais pendus ; ils ne peuvent qu’être envoyés en prison. L’un de ses programmes favoris est le Quotidien de Yann Barthès : l’apprentissage de l’irrévérence est en cours. Et puis son émotion de découvrir que des avocats de parties civiles pouvaient plaider son état de santé quant à son accès à des soins. Ils ne sont donc pas totalement contre moi me disait-il ?! (…) Monsieur Usman n’est pas un drône désincarné qui serait téléguidé pour tuer. Quand on voit le temps mis par messieurs Usman pour rejoindre l’Autriche depuis la Grèce (17 jours), on ne peut pas dire qu’ils étaient pressés. C’est un ryhtme d’escargot : voilà un duo d’errance qui tatonne, qui gamberge, sans montrer la moindre hâte. On a davantager vu la 7ème compagnie qu’un commando mu par …

Dans votre for intérieur, vous aurez décelé qu’il y a une faille décelée dans cette thèse d’un retardataire et d’un quatrième commando. Il est comptable d’un projet d’action certes mais dont on ne sait pas grand chose. Cela ne sauve pas sa culpabilité mais cela doit éclairer le quantum de sa peine. vous avez donc à juger un clandestin baloté entre le destin d’un clan et le sien propre. (…) C’est parce que la trajectoire de sa projection se trace pour une large en pointillés, c’est parce qu’on est au milieu du guet qu’on doit aussi l’être sur l’échelle des peines.

 

14H23


 

Maître Murgulia : « ni Muhammad Usman, ni personne de sa famille n’a jamais connu la détention. (…) monsieur Usman a été inscrit par une procédure accélérée sur la liste des détenus particulièrement surveillés. (…) 

L’isolement pour monsieur Usman c’était un double isolement : quand il arrive en France, il ne comprenait absolument rien. Comment vous faites pour demander un dentifrice ? Comment vous faites pour cantiner ?! Il appartenait à la catégorie des indigents absolus. L’administration pénitentiaire vous donne 20€. Un autre inconvénient quand on est indigent absolu : monsieur Usman n’avait pas accès aux formations, aux activités. Il est tellement dans le besoin qu’il écrit dans son courrier à sa famille : « j’implore le seigneur de vous protéger de la pauvreté ». 

Au mois d’octobre 2016, lorsque madame Casanova expertise monsieur Usman, elle décrit bien : beaucoup de difficultés d’échanges mais le seul moment où il est plus précis, où il répond, où il décrit, c’est dans le cadre de son incarcération. Elle cite « je suis toujours tout seul, enfermé, toujours tout seul, sans parler à personne. C’est vraiment très difficile ». (…) Les autres détenus ont pitié de monsieur Usman, qui est un indigent absolu. (…) C’est la seule chose qui a fait tenir monsieur Usman le lien familial. Nous avons mis deux ans pour la prise en charge de son oeil qui s’est décomposé littéralement. (…) 

 

Maître Murgulia aborde ensuite le travail qui a été fait par le QER (Quartier d’Evaluation de la Radicalisation) : 

Maître Murgulia : « (…) ce sont des professionnels très sensibles à détecter la radicalisation. Monsieur Usman a le même comportement jour et nuit. Dans sa cellule il lit, il cuisine, il chante. Personne ne veut rester au QER. Monsieur Usman ça sera la seule personne qui demandera de rester. Il sera assidu à tout. Et quand le rapport dit qu’il n’y a pas de violence, pas de dangerosité, là on fait comprendre que madame Cade c’est de la naïveté.

La justesse de ce rapport c’est qu’il y aura la détention ordinaire qui sera proposée. Il n’y aura pas d’incident, que tout se passera bien. Il n’a jamais eu le moindre incident. Monsieur Usman avait besoin de contacts pour se situer, pour grandir. Avec mes confrères depuis 2016 nous nous sommes relayés pour garder ces contacts réguliers avec lui. Il a de la chance monsieur Usman d’être en France ; il a vraiment de la chance. Lorsque monsieur Usman arrive e ndétention ordinaire et retourne ensuite à l’isolement, ce sera le moment le plus compliqué pour lui mais il continuera, il continuera et sera persuadé que la norme aura son dernier mot. 

 

Il poursuit ensuite sa plaidoirie en l’axant sur les peines prononcées dans d’autres dossiers de terrorisme : 

Maître Murgulia : « parlons un peu de normes (il cite des affaires et les peines qui ont été requises : « Redda Krikket, c’est 24 ans, six ans de moins que le maximum encourru (note pour les lecteurs : en appel il a pris 30 ans en réalité). Redda Hame (…) la mission qu’Abaaoud lui donnera c’est une salle de concert. Redda Hame c’est pas comme dit le ministère public « un contrarié ». C’est douze ans en première instance et sur appel du Parquet 14 ans. Et Redda Hame c’est pas monsieur Usman : Redda Hame c’est l’habilitation secret défense ! 

Voilà si on veut parler des normes ! Quand il est interrogé, Redda Hame il dit « ça va bientôt arriver ». C’est trois mois avant le 13 novembre. C’est glaçant. 

 

 

Maître Murgulia : « c’est facile quand le Ministère public nous parle de critères des poursuites, de partage des poursuites avec la France. C’est déjà difficile avec nos voisins belges … mais avec le Pakistan ?! La question qui se pose aussi c’est « quand? ». Je ne vais pas vous expliquer à vous que la moindre requête en relèvement de la période de sûreté, c’est une mission impossible sans parler de l’appel automatique à chaque fois du PNAT. Dans combien d’années monsieur Usman sera-t-il  éligible à une éventuelle mesure d’expulsion ?

Maître Murgulia explique ensuite qu’il faut d’ailleurs garder à l’esprit que lorsque Muhammad Usman sortira de prison en France, il sera vraisemblablement expulsé vers le Pakistan et qu’en réalité, il ne sortira pas « libre » de l’aéroport d’Islamabad. L’avocat explique en effet qu’il est fort probable que ce dernier soit retenu par les autorités pakistanaises et puni.

 

Il conclut : 

Maître Murgulia : « un autre point où tout le monde est d’accord : il y aura un avant et un après. Personne ne sort indemne de cette audience. Sur les bancs de la défense, la tristesse inouie des accusés, la tristesse inouie des victimes, nous l’avons vue jusqu’à la lie. (…) 

Il y a deux semaines, quand vous aviez accéléré la prise en charge de monsieur Usman pour sa prothèse de l’oeil, le camion qui le conduisait est tombé en panne sur les Champs-Elysées. Ne vous inquiétez pas, monsieur Usman avait du produit chimique dans l’oeil, il ne voyait presque rien mais quand il va revenir dans le box, il me dira « j’ai vu une grande Arc » (l’Arc de Triomphe). Lorsque vous allez vous retirer pour délibérer, faites en sorte que lorsque monsieur Usman va rentrer … parce qu’un jour il va rentrer, qu’il puisse dire et raconter à 7000 kilomètres d’ici : « j’ai vu un grand Arc et une grande justice ».

 

14H48

Le président : merci maître. On va faire une suspension avant d’entendre la suite. On reprendra à 15H15.

15H30 : l’audience reprend.

 


 

 

Maître Clémenceau : « (…) Adel Haddadi reconnait les faits d’association de malfaiteurs terroriste, et il les reconnait pleinement. Deuxième chose, Adel Haddadi a parlé dans ce dossier ; beaucoup. (…) Son apport aux investigations est majeur.

Les déclarations d’Adel Haddadi, celles qu’il a faites en procédure depuis maintenant de nombreuses années, elles ont constitué le socle d’un grand nombre d’affirmations de l’accusation. Elles ont permis d’accélérer et de comprendre cette vérité judiciaire dont on nous parlait : sur la COPEX, sur leur rôle, sur les passeurs, sur les faux passeports. Et, alors qu’Adel Haddadi a apporté un grand nombre d’éléments, nous avons eu de cesse de l’interroger sur ce dont on ne l’accuse pas. Nous avons passé plus de temps à supposer ce qu’il cacherait, ce dont il n’aurait pas parlé, qu’à regarder ce qu’il a dit, et qui nous importe tant.

Alors, pour répondre à la question : de quoi accuse-t-on Adel Haddadi, je vous propose de commencer par le commencement et de répondre à la question « que nous dit-il? ». Il reconnait les faits ; la question est : depuis quand ? Dans quel contexte et dans quelle mesure ?

 

Maître Clémenceau : « nous avons évoqué dans nos débats une audition qui est majeure, réalisée à la demande d’Adel Haddadi. C’est une audition spontanée, complexe et, dans cette audition, il reconnait une grande partie des faits de la prévention. J’aimerais que l’on mesure à quel point les déclarations qu’il fait à ce moment-là ont quelque chose de vertigineux. 

L’enquête en est à ses prémices. Il y a des éléments sur la COPEX mais il y a peu d’éléments. Que savons-nous le 25 janvier 2016 sur le rôle d’AH ? Presque rien ! Il est inconnu des services de renseignement. Nous savons qu’il était avec MU à essayer d’entrer en Europe. Adel Haddadi va néanmoins passer aux aveux à ce moment-là. J’aimerais vous lire un extrait rapide du début de cette déposition : « je ne veux plus rien à voir à faire avec les gens dont je vais parler. Je souhaite dire la vérité sur tout. Je connais mes droits ; j’ai besoin d’aide. Les gens à qui j’ai à faire sont dangereux. Abou Ahmad croit que je suis en route pour la France. (…) Le kalifat veut que la religion domine tout, tous les Etats, le monde entier. Je veux dire la vérité ». Que dit Adel Haddadi dans la suite de cette audition ? Tout ou presque ! Qu’il est parti en Algérie en février 2015, qu’il a été convaincu de rejoindre l’Etat islamique, qu’il a accepté la mission d’Abou Ahmad d’aller commettre un attentat en France, qu’il a utilisé un faux passeport pour entrer en Europe et qu’il a pu aller jusqu’en Autriche. Son chemin s’est arrêté là. C’est presque mot pour mot les termes de l’accusation d’AH dont vous êtes saisis. Et dans votre délibéré, sur la question de la culpabilité d’AH, je vous propose de vous référer à cette audition du 25 janvier 2016 et celle du 12 février 2016 … et de poser cette question : depuis cette date, qu’avons-nous véritablement de plus ? La vérité c’est qu’Adel Haddadi a éclairé les investigations ; que les déclarations d’Adel Haddadi ont précédé les investigations qui les vérifiaient et qu’il a largement contribué à la manifestation de la vérité. Alors oui, la participation d’Adel Haddadi est majeure.

Permettez-moi de vous dire que cette reconnaissance des faits, elle est ancienne. Depuis le 25 janvier 2016, Adel Haddadi a toujours voulu dire la vérité. Lors de ses onze auditions au fond devant les policiers autrichiens, il n’a eu de cesse de vouloir apporter des précisions. C’est ça son positionnement : c’est plus qu’une reconnaissance ce sont des aveux ; des aveux spontanés. C’est une démarche depuis cette date qui est la sienne. C’est un chemin (choix?) et c’est celui d’Adel Haddadi.

Alors des déclarations spontanées il y en a eu de très nombreuses dans le dossier. Aucune de ces déclarations n’a été infirmée. En revanche, de très nombreuses déclarations ont été corroborées, vérifiées, jugée comme cohérentes ; qu’il s’agisse de sa famille et même de ses passions ! Il nous parle de sa passion pour les oiseaux. (…) C’est le cas aussi de son arrivée au sein de l’Etat islamique. (…)

Sur l’ensemble de ces éléments, vous avez des déclarations qui sont très cohérentes et je trouve que de ce point de vue là, le ministère public n’est pas allé au bout de sa logique. On nous a parlé de ‘reconnaissance a minima’ ; c’est quoi ? C’est quand on vous présente des preuves implacables et que face à l’évidence des preuves, vous dites « oui je reconnais ; je reconnais strictement ce que vous prouvez ». C’est exactement l’inverse de ce qui s’est passé avec Adel Haddadi. (…) Le 8 février dernier, lors de l’interrogatoire d’un autre accusé, monsieur Ayari, le ministère public lui dit « vous n’êtes pas aussi précis que monsieur Haddadi ». Je me dis « non seulement on parle de monsieur Haddadi mais en plus on en parle en bien » … et ça vient de qui ?! De l’accusation ! Donc je me suis dit au moins il y a des éléments qui sont pris en compte … et je me retrouve quatre mois après avec la description d’un menteur avec une reconnaissance a minima

 

« Le cerveau, son identification judiciaire a été permise par l’un des accusés : Adel Haddadi »

Maître Clémenceau : « Surtout, Adel Haddadi est allé bien plus loin que cela. Il ne s’est pas contenté de reconnaitre des faits qui sont ceux liés à sa propre responsabilité. Il a permis l’identification d’individus majeurs dans cette procédure : Oussama Atar. Il y a eu une erreur dans les réquisitions de l’accusation. (…) On vous a dit qu’on sait qu’Abou Ahmad est Oussama Atar avec une reconnaissance de 2019 … or il s’agit d’une reconnaissance lors d’un interrogatoire au fond du 20 octobre 2016. Avant cette date, Oussama Atar n’apparaissait nul part en procédure. On nous a dit, lors de ce procès,. La preuve judiciaire, c’est Adel Haddadi. Adel Haddadi reconnait Oussama Atar comme étant Abou Ahmad. Et c’est sur la base de cet interrogatoire que va être émis le mandat d’arrêt à l’encontre d’Oussama Atar. Est-ce qu’on peut prendre un instant pour mesure ce que c’était ?! Le cerveau, son identification judiciaire a été permise par l’un des accusés : Adel Haddadi.

On a tellement débattu, tellement échangé sur le silence des accusés ; je crois que là, l’identification majeure faite par Adel Haddadi mérite d’être dite. Il serait quand même un peu étrange que pour motiver la culpabilité d’OA vous vous fondiez sur des déclarations d’AH mais qu’un peu plus tard, considériez que ses déclarations ne peuvent

Lors de son interrogatoire sur le fond, il dit « de toute manière, l’EI va venir me tuer. Ils vont venir m’assassiner ». Plus encore, les déclarations d’Adel Haddadi ont permis l’identification de nombreux autres protagonistes du dossier. Adel Haddadi a apporté des informations sur le rôle d’Obeida Aref Dibo puisque c’est Adel Haddadi qui permet de définir le fait que c’est Abou Walid qui les a accompagnés pour faire les photographies et que c’est lui qui les a accompagnés pour faire les passeports. (…) Dans l’un des interrogatoires devant le juge d’instruction, le juge d’instruction l’interroge une nouvelle fois sur le rôle des passeurs. (…) Sur ce point-là aussi, le niveau de précision a permis de comprendre le rôle. Autre identification majeure qu’il a permis : l’identification de Walid Dib. Il l’identifie sur photo ; il le reconnait. Walid Dib a été arrêté, il est en Tunisie et va être jugé pour traité des êtres humains.

Il y a dans le dossier ce dont on ne l’accuse pas ; ce qu’on lui reproche mais ce dont on ne l’accuse pas. Et pour cela, on émet des hypothèses. Je n’ai absolument rien contre le fait d’émettre des hypothèses. Ce qui me pose problème et que je déplore, c’est quand l’hypothèse est présentée comme une vérité et surtout quand on vous demande à vous de vous prononcer sur certaines hypothèses. Ce n’est pas ça de fait l’intime conviction. L’intime conviction ce n’est pas une impression! Et quand sur le parcours d’Adel Haddadi, on parle du fait qu’il ait été combattant ou qu’il y ait des vidéos d’exactions, il n’y a aucune preuve. Vous n’avez pas un élément, une photo, une vidéo, un élément du renseignement, qui permette d’accréditer cette thèse là. Et plus encore, vous n’avez aucun élément qui permette de rattacher Adel Haddadi à l’unité d’élite, la Liwa-Al-Sadiq, puisqu’on connait les membres qui en font partie. Cette hypothèse qu’il aurait été un combattant, je vous propose donc purement et simplement de l’écarter.

 

Maître Clémenceau : « Il y a un point sur lequel la prévention ne pose pas de question : c’est quand on reproche à Adel Haddadi d’avoir quitté la Syrie pour rejoindre la cellule belge. D’abord il n’y a aucun élément dans le dossier qui permette d’accréditer la thèse selon laquelle Adel Haddadi avait connaissance de la cellule belge. Ensuite, le fait . Et enfin, le fait que c’est lui-même qui fait le lien de connexité avec la France. C’est parce qu’il dit que le point de destination était la France. J’ai l’impression qu’on essaie artificiellement de prolonger une AMT qui s’est arrêtée bien plus en amont. On essaie de reprocher à quelqu’un quelque chose qu’il ne peut pas avouer. Il ne connaissait même pas l’existence de cette cellule belge.

Les autres termes de la prévention me paraissent largement suffisants pour caractériser l’infraction. Monsieur le président, mesdames, messieurs de la Cour, quelques mots encore avant de laisser la parole à ma consoeur.

Je l’ai dit, la parole d’Adel Haddadi elle me paraît singulière. Si depuis cette date-là Adel Haddadi n’a jamais cessé de répondre à toutes les questions, c’est parce que ce qu’il veut montrer, et ce n’est pas naïf, ce n’est pas dérisoire, il veut montrer qu’il peut être lui-même autre chose que ce pourquoi vous allez le condamner. Il a fait cette démarche-là ; il a fait ce choix-là. Et ce choix a eu des conséquences ; ça a eu des conséquences sur les investigations, des conséquences sur la compréhension de ce dossier. Compte tenu des éléments qu’il a apporté à ce dossier, j’estime, nous estimons que ces paroles constituent un acte de rupture avec l’Etat islamique ; de rupture avec l’idéologie à laquelle il est censé appartenir. En ce sens, c’est un élément majeur d’appréciation de la personnalité, de la dangerosité, du désengagement. Je voudrais dire qu’il existe en droit français des dispositions spécifiques sur ce qu’on appelle « les repentis ». Je ne demande pas l’application de ces dispositions mais je voudrais en parler. Il y a l’une des branches qui est ‘reconnaître l’un des auteurs’. Dans ces dossiers, il y a un élément majeur : c’est l’information ; les informations dont nous disposons. Ceux qui coopèrent, donnent des noms, ils appoertent quelque chose qui est crucial, y compris dans la lutte contre le terrorisme. Vous ne pouvez pas passer sous silence le fait qu’AH a permis l’identification du cerveau et commanditaire des attentats. Nous continuons à penser que la capacité à s’amender, à coopérer, ça change quelque chose. Ce n’est pas indifférent ; c’est différent. 

Est-ce que tout est indifférent ? Est-ce que tout se vaut ou est-ce qu’au contraire ces éléments sont des éléments majeurs d’appréciation pour une juridiction ? Son avenir ; c’est ça que vous décidez à la fin ; c’est ça que vous jugez à la fin. Vous pouvez en débattre, vous pouvez en parler, vous pouvez le décider, vous pouvez regarder cet avenir et décider une peine qui soit juste. Monsieur le président, mesdames, monsieur de la Cour, vous n’écrivez pas l’histoire, vous décidez l’avenir de ces accusés ; c’est ce qui rend l’acte de juger si lourd, si immense, si difficile ; pour ne pas y ajouter en plus le poids de l’histoire. C’est l’histoire d’un homme que vous avez entre les mains. (…) ».

 

16H11


 

Maître Dordilly : « il est d’usage que la défense critique la nature même de la qualification et c’est une règle à laquelle je ne dérogerai pas. Pourtant sur le fond, en ce qui concerne Adel Haddadi, l’AMT est reconnue … et même, elle est démontrée. Alors, la qualification ne fait pas de débat et lors de votre délibéré, vous rentrerez en voie de condamnation dans les termes de l’ordonnance de renvoi (…). La critique sur cette qualification demeure parce que lorsque l’on juge une AMT, sans doute faut-il à chaque fois prendre un instant pour se souvenir ensemble de nos concessions collectives. Nous avons accepté de prendre un grand risque au nom d’un ridque encore plus grand. Nous avons accepté qu’il faille se placer en amont pour prévenir le pire. Le fait est que nous avons consacré une qualification juridique (…). Cela consiste à abandonner le passage à l’acte comme évènement pénal de référence. Depuis lors, malgré la critique, l’inquiétude, les alertes de la défense, face à cette menace, la justice n’a cessé de ployer, de s’incliner. (…) A chaque fois il faut s’en souvenir et voyez-vous, c’est une chose d’avoir finalement admis cette justice préventive, mais l’accusation vous demande autre chose pour monsieur Adel Haddadi, de franchir d’autres glissements ; elle vous demande une justice préductive. (…) On se fonde sur une prophétie pour demander un maximum légal.

Nous avons admis collectivement qu’on pouvait interpeller, juger un homme sans savoir qu’il ait agi. En ce qui concerne Adel Haddadi, l’accusation a fait encore un pas peut-être plus vertigineux. Elle vous a demandé au nom même de la gravité du crime, de renoncer à individualiser sa peine. Le Parquet s’est d’abord fondé sur la permutabilité. Et cela non plus, vous la Cour d’assises spéciale vous ne pouvez pas l’accepter. Le Parquet a développé trois autres critères pour justifier les peines requises ; trois critères groupés. La persistance de l’engagement idéologique, le désistement et le silence.

 

Maître Dordilly : « le silence c’est fort parce que c’est un droit absolu. On vous dit que le silence c’est une perversion, une manipulation. En admettant qu’on puisse souscrire à ce raisonnement ce qui n’est pas du tout mon cas ; Adel Haddadi pas une seule fois n’a jugé bon d’exercer ce droit. C’est à se demander ce que ça veut dire de garder le silence. (…) Est-ce que ça veut dire qu’il dit autre chose que ce qu’on voudrait entendre ? Finalement, si c’est un critère d’évaluation de la peine, finalement lorsqu’on parle, ça devrait changer quelque chose sur la peine, sur la sanction qui est requise ?! Pas du tout ! 

Et pourtant, parler, est-ce que c’est pas une forme de désistement ; second critère utilisé par le Parquet. D’abord, c’est un critère auquel le droit, comme pour le silence fait obstacle. Au moment où on sanctionne, rien n’est intervenu donc le désistement ne peut intervenir.

Je repense à son premier interrogatoire au fond : « (…) vous me voyez peut-être comme une personne détestable et ignoble (…). Je ne sais pas comment je me suis retrouvé là. Je ne dors pas bien du tout ». Ce désistement là, appelé de ses voeux par le Parquet, il est intervenu il y a plus de six ans. Vous devez considérer qu’en coopérant, Haddadi s’est affranchi de cet obstacle infranchissable : l’engagement idéologique qui était le troisième critère utilisé par le Parquet pour requérir ce maximum légal. Mais alors, quels étaient les ressorts de l’engagement d’Adel Haddadi ? 

Pourquoi est-il parti en Syrie ? Pourquoi a-t-il été choisi par Oussama Atar ? Pourquoi a-t-il accepté ?! (…) En guise de réponse, on se contente d’affirmer qu’il ment. (…) Avant tout, uen recommandation : soyons prudent et gardons-nous de prétendre de toujours tout savoir. Il faut bien convenir que quelles que soient ses motivations profondes, son engagement idéologique à lui il ne prend pas racine dans une haine et un rejet de la France dont il ne sait rien. Donc non ce n’est pas un chantage sociologique ; il s’agit simplement d’admettre, ensemble, que nous ignorons tout des considérations politiques, sociales, culturelles qui peuvent conduire, en 2015, cet algérien au djihad. (…) C’est ainsi que nous dit l’expert psychiatre, que monsieur Haddadi va tenter de s’autonomiser et qu’après plusieurs tentatives infructueuses va le conduire en Syrie. Et ce qui est troublant c’est que l’engagement idéologique d’Adel Haddadi il est totalement inexistant au départ et qu’il a totalement disparu à son retour. (…)

Sur son niveau d’imprégnation idéologique, on note simplement qu’il fait état de connaissances religieuses basiques. En interrogatoire de personnalité, Adel Haddadi dira « (…) je voulais trouver une issue à ma vie ». Et on peut aussi regarder le parcours d’Adel Haddadi comm une succession de fuite où chaque départ compte davantage que chaque destination.

 

Maître Dordilly : « alors pourquoi Adel Haddadi a-t-il été choisi lui ? C’est déroutant nous a dit madame l’Avocate générale. Qu’est-ce que ce jeune homme là viendrait faire dans un commando ? C’est déroutant si on s’obstine à dire que l’Etat islamique a exclusivement recruté des soldats aguerris provenant d’une unité d’élite. On n’a pas cessé de dire à monsieur Haddadi « il est invraisemblable que l’Etat islamique ait fait une telle erreur et ait recruté des gens aussi médiocres que vous ». Mais ça, ce sont des choses que l’on présume ! Le fait est que d’autres opérations aient été préparées dans un temps très voisin. Tous ont été choisi sur des critères différents. Et certes, l’Etat islamique a appris de ses erreurs et de ses râtés mais n’a cessé d’en commettre. Si on s’accroche à des hypothèses, au moins renonçons à celles qui sont démenties. Finalement, on répète souvent qu’il faut vous garder de tout mépris pour les gens que vous jugez. (…) Il y a un fait incontestable : c’est qu’Adel Haddadi a été recruté pour une mission qu’il a acceptée mais qu’il n’a pas accomplie. (…) Mon confrère vous a décrit l’errance que pouvaient être les camps ou la route des migrants.

Ce qui le conduit à avancer, ce moteur, est-ce que c’est cette détermination, cette motivation qu’on prétend ou est-ce une forme d’emprise, de dépendance, de soumission ? Pour des raisons qui m’étonnent, on réfute cette hypothèse. Je ne suis pas sûre que cette soumission aveugle et cette absence de remise en question de l’autorité soient particulièrement rassurantes ! 

Au QER, Adel Haddadi dira la chose suivante : « je n’ai pas un caractère fort et j’accepte les choses ». Il y a une étude qui démontre que sous l’autorité, la majorité des personnes continuent à appliquer les ordres et à obéir (…). C’est un fait universel. Le sentiment de devoir face à un engagmeent pris, le conformisme face au regard des autres, la volonté de faire plaisir à l’autre et le conditionnement à l’obéissance depuis l’enfance. Tous ces facteurs sont réunis ici … donc ça peut être la somme de ces facteurs qui, cumulés font réagir Haddadi. (…) 

A ce stade, pour balayer l’hypothèse de la soumission, le Parquet va en appeler au libre arbitre. (…) Nietzsche, Crépuscule des idoles : « les hommes ont été considérés comme libres pour pouvoir être jugés, punis, pour pouvoir être désignés coupables ; (…) l’objection se trouvant dans la conscience ». Je pense que si Haddadi pouvait le dire de cette façon, c’est à peu près le sentiment qu’il a tenté de livrer à plusieurs occasions. Il y a en Adel Haddadi quelque chose qui obéit.

On s’est beaucoup moqué d’Adel Haddadi. (…) Et vous avez remarqué qu’on avait été parfois un peu narquois face à lui parce que parfois il ne comprend pas. Mais invoquer le hasard vis à vis d’Adel Haddadi ce n’est pas risible. C’est un sentiment qu’il a très bien décrit au QER : « je me sentais comme quelqu’un qui monte dans la voiture de quelqu’un d’autre et qui fonce dans un mur sans pouvoir ralentir ». L’expert dit de lui : « le sujet est enclin à se retrouver dans des situations d’humiliation sociale ». le ressort à agir d’Adel Haddadi c’est une faiblesse d’esprit et non une détermination sans faille. 

Le Parquet nous dit que cette expertise psychiatrique ne sert à rien parce que c’est essentiellement déclaratif. (…) L’hypothèse de la soumission, elle est aussi évoquée dans le rapport du QER : « il est effacé, isolé et largement manipulable (…). La violence est absente de son parcours de vie et de son discours (…). Il renvoie l’image d’une personne authentique, semblée et isolée (…) ». Ce qui me dérange c’est que l’accusation va balayer toutes ces phrases et que la pertinence de ces rapports pose question. Et j’espère bien que quand ils vous disent que c’est un jeune homme sincère, sensible, non violent, ça vous pose question. C’est cette place là qu’il faut laisser à Adel Haddadi dans vote délibération. Parce que sinon, à quoi ça sert ?! Si les conclusions ne changent rien et si les éléments qu’on vous apporte à chaque fois qu’ils sont à décharge on les écarte. 

Il est d’une constance (…). Au printemps 2021, il va commencer par faire cette formation. Evidemment que c’est pas vain ; évidemment que ça compte ! Et comme d’habitude, c’est terriblement important ! Evidemment je suis consciente que l’argument de la soumission a ses limites en défense. Est-ce qu’on mesure pour cet homme-là ce que ça peut changer quatre ans de thérapie ?! Monsieur Adel Haddadi non seulement a réussi à identifier tout seul en lui sa difficulté fondamentale, mais en plus de ça il travaille à la structure de sa personnalité. C’est sa démarche sincère et personnelle. Il dit « je travaille pour devenir un homme complet ». Il faut prendre la mesure de ça et la mesure de six années de détention. Il n’y a jamais eu le moindre incident. Dans le rapport du QER « monsieur Haddadi n’exprime aucun besoin si ce n’est d’être accompagné dans une détention tranquille et ordinaire. (…) Il veut changer en investissant sa détention par le biais d’actions de formation (…).

J’en ai terminé finalement : le peu d’intérêt du Parquet pour la personnalité de monsieur Haddadi ; je comprends. C’est pas du tout un reproche ; vous avez beaucoup de travail à faire mais ce qu’on ne peut pas comprendre, c’est votre indifférence à vous. Est-ce ce qu’au delà d’un certain point, tout est indifférent ? Est-ce qu’Adel Haddadi disparait complètement ?! C’est notre seule demande : ne le laissez pas disparaitre. Vous devez continuer d’estimer que ça compte.

Dire le droit et la justice, c’est pas seulement punir ; c’est nuancer, moduler, adapter ; c’est sous-peser la peine. (…) Au-delà des critères qu’on vous a demandé de retenir, au-delà du désistement, du silence ou de l’engagement, je vous demande de retenir des critères : la collaboration et la personnalité. Non seulement ce n’est pas vain mais c’est l’essence même du procès alors je vous demanderais simplement de faire comme d’habitude. 

 

16H50

Le président : « l’audience est suspendue. On reprend demain à 12H30. Et lundi, l’audience commence à 9H30, pas à 10H ».

 

 

A demain ! 


Pour poursuivre la lecture : 

* Lire la journée suivante

* Lire la journée précédente

 

Attention : toute reproduction de ce contenu sans l’autorisation expresse de l’auteur expose le contrefacteur à des poursuites.

Partager:

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

error: Content is protected !!