Jour 6 – 15 septembre 2021

En début d’audience, le président indique :

« Nous allons donner la parole un bref moment à chacun des accusés pour qu’ils indiquent quelle est leur position par rapport aux faits reprochés. Il s’agit d’une déclaration succincte ».

Il donne alors la parole aux accusés dans un ordre alphabétique inversé, commençant par les accusés comparaissant libres et finissant par ceux détenus.

 

Ali Oulkadi

Il est notamment soupçonné d’avoir aidé Salah Abdeslam à se cacher à son arrivée à Bruxelles après les attentats.

 « Bonjour Mesdames, Messieurs de la Cour. J’attends cette audience depuis fort longtemps. Je suis prêt à répondre à toutes les questions sur les faits qu’on me reproche ».

 

Abdellah Chouaa [Il est soupçonné d’avoir apporté un soutien logistique en vue de la préparation des attentats].

« J’étais choqué pour tous les attentats qu’il y a eu à Paris et Bruxelles. Très ému pour toutes ces victimes. J’ai une connaissance décédée dans l’attentat de Bruxelles. Je suis devenu malade suite à toutes ces accusations contre moi. J’ai rendu malade ma famille. J’ai trois merveilleux enfants à la maison. J’espère que justice soit faite car je suis totalement innocent ».

 

Hamza Attou [Il est notamment soupçonné d’être venu chercher Salah Abdeslam à Paris après les attentats].

 « Je reconnais avoir été chercher Salah Abdeslam à Paris et à aucun moment je n’ai voulu faire du terrorisme ».

 

Muhammad Usman [Il est accusé d’avoir quitté la Syrie avec Adel Haddadi et tenté de rejoindre l’Europe par la route des migrants, accompagné de deux kamikazes du Stade de France. Muhammad Usman et Adel Haddadi ont été arrêtés en Grèce et sont soupçonnés d’avoir voulu participer aux attaques].

(La traduction est faite par son interprète)

« Je vais vous dire quelque chose. La première : je ne sais pas pourquoi je suis ici. Je suis désolé pour toutes les victimes. Je suis très content de ne pas avoir participé à ce massacre. Je vais répondre à toutes les questions ».

 

Osama Krayem [A l’instar de Sofien Ayari, il est notamment soupçonné d’avoir accompagné Salah Abdeslam dans sa cavale et d’avoir participé à la préparation d’un attentat à Amsterdam, parallèlement aux attaques se déroulant à Paris].

« J’ai juste envie de vous dire : pour moi, c’est prématuré pour vous indiquer ma position à l’égard des faits. Je répondrai plus tard. »

 

Farid Kharkhach [Il est soupçonné d’avoir fabriqué et fourni des faux papiers aux terroristes].

« J’avoue que je suis coupable pour les faux papiers. Je ne nie pas mon rôle, mais c’est parce que j’étais en difficulté d’argent à un moment (…). Ma sœur était malade. J’ai travaillé partout j’ai même fait les poubelles (…) J’ai été obligé de faire les faux papiers. J’aurais jamais cru que les faux papiers pouvaient amener à ce massacre. Je suis désolé. C’est rien à côté de la douleur des victimes, mais je vous jure que (…) je n’étais pas au courant. Le jour des attentats de Bruxelles, ma femme était enceinte de 7-8 mois et elle était dans le métro (…) Je n’aurais sacrifié personne dans ce monde entier ni ma femme ».

 

Adel Haddadi [Il est accusé d’avoir quitté la Syrie avec Muhammad Usman et tenté de rejoindre  ’Europe par la route des migrants, accompagné de deux kamikazes du Stade de France. Adel Haddadi et Muhammad Usman ont été arrêtés en Grèce et sont soupçonnés d’avoir voulu participer aux attaques].

 « Ca fait six ans que j’attends ce procès. Je sais que j’ai fait des fautes. Je fais tout pour les réparer (…) Je suis prêt à répondre à toutes les questions ».

 

Sofien Ayari [A l’instar de Osama Krayem, il est notamment soupçonné d’avoir accompagné Salah Abdeslam dans sa cavale et d’avoir participé à la préparation d’un attentat à Amsterdam, parallèlement aux attaques se déroulant à Paris].

« Monsieur le président, je n’ai pas de déclaration à faire pour le moment ».

 

Ali El Haddad Asufi [Il est notamment soupçonné d’avoir participé à la fourniture d’armes].

 « Monsieur le président, mesdames et messieurs de la cour, je n’ai pas participé à la préparation des attentats ».

 

Mohamed Bakkali [Il est notamment soupçonné d’avoir loué les voitures du commando et également plusieurs planques à Bruxelles].

 « Monsieur le président, je reconnais avoir commis certains actes et j’en conteste d’autres. Voilà ».

 

Yassine Atar [Il est accusé d’avoir détenu une clef d’une planque située à Bruxelles, dans laquelle auraient été fabriquées les ceintures explosives et dans laquelle Salah Abdeslam s’était réfugié après les attentats].

« Je condamne avec la plus grande fermeté ces actes. Je les ai toujours condamnés. Toutes les victimes, je leur souhaite bon courage. Je sais que c’est pas facile pour eux d’être là. J’ai à cœur de m’expliquer. Je suis innocent encore une fois. Oussama Atar c’est Oussama Atar* : je ne suis pas Oussama Atar. Je condamne avec la plus grande fermeté tout ce que j’entends et ce que j’ai entendu sur Oussama Atar ».

* *Oussama Atar est son frère. Il est également accusé dans ce procès mais présumé mort en Syrie.

 

Mohammed Amri [Il est notamment soupçonné d’être venu chercher Salah Abdeslam à Paris après les attentats].

 « Je condamne avec fermeté et fermement ce qu’il s’est passé. On m’a collé une étiquette de terroriste alors que je ne suis pas un terroriste monsieur le président ».

 

Mohamed Abrini [Il lui est notamment reproché d’avoir participé au financement des attentats et à la fourniture des armes. (c’est lui qui est souvent qualifié comme « l’homme au chapeau » de l’attentat de Bruxelles)].

« Monsieur le président, je reconnais ma participation aux attentats mais je ne suis pas Oussama Atar. Je ne suis pas le commanditaire ni le cerveau des opérations. Dans ce malheur qui a touché la France, je n’ai apporté aucune aide ni logistique ni financière ».

 

Salah Abdeslam [C’est le seul membre des commandos du 13 novembre à être encore en vie].

 « Bonjour à tous,

Moi, je serai peut-être un peu plus long.

Je voudrais faire une petite précision par rapport à ce qu’il s’est passé hier. La juge belge a parlé de terrorisme, djihadisme, radicalisme. Tous ces termes créent de la confusion. Il ne s’agit que de l’islam authentique. Ces radicaux sont des musulmans.

Pourquoi la France ? (…) On a combattu la France, on a attaqué la France, on a visé la population, des civils, mais on n’a rien de personnel à leur égard. On a visé la France et rien d’autre.

Les avions français qui bombardent l’Etat islamique ne font pas la distinction entre les hommes, les femmes et les enfants. Ils détruisent tout sur leur passage. On a voulu frapper la France, que la France subisse la même douleur que nous subissons. J’ai entendu François Hollande dire que nous combattons la France pour vos valeurs et vous diviser. C’est un mensonge manifeste. Quand François Hollande a pris la décision d’attaquer l’Etat islamique, il savait qu’à cause de cette décision, des français et des françaises allaient rencontrer la mort. En 2003, Jacques Chirac a refusé de donner son soutien aux américains pour éviter une haine anti-français et des attaques meurtrières. C’est exactement ce qu’il se passe aujourd’hui.

Je sais que certains de mes propos peuvent choquer. Le but n’est pas de blesser les gens. Le but n’est pas d’enfoncer le couteau dans la plaie, mais être sincère envers ces personnes qui subissent une douleur incommensurable. Le minimum qu’on peut leur donner, c’est la vérité. On dit souvent que je suis provocateur mais moi je veux être sincère avec ces gens-là et ne pas leur mentir.

Je vous remercie de m’avoir écouté, je n’ai rien d’autre à ajouter ».

 

Les déclarations des accusés ont duré vingt minutes. Après une courte suspension d’audience, l’audition des témoins se poursuit. Aujourd’hui, un enquêteur des services antiterroristes vient apporter son témoignage. 

 

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