Jour 8 – 17 Septembre 2021

 

Attention : la lecture des éléments de retranscription du procès des attentats du 13 novembre 2015 s’adresse à un public averti. Certains des propos rapportés sont susceptibles, par leur contenu ou leur nature, de heurter la sensibilité des lecteurs, et notamment des plus jeunes.

 

J’ai enfin reçu mon accréditation. C’est la première fois que je peux accéder à la grande salle de presse. Elle se trouve juste à côté de la salle principale, en salle des pas perdus. J’entre dans la salle. Elle est assez ressemblante aux autres salles de retransmission. La différence principale tient surtout au fait qu’ici, il y a un écran qui diffuse en permanence une vue (de loin) sur le côté défense (avocats et box des accusés) et un autre écran diffuse en permanence une vue (de loin) sur le côté parties civiles et Ministère public. Au centre, comme dans les autres salles de retransmission, l’écran géant diffuse quant à lui l’image de la personne qui est en train de parler [donc si le président parle, il y a un gros plan sur le président, si c’est un avocat de partie civile qui parle, il y a un gros plan sur l’avocat, si c’est un accusé qui parle il y a un gros plan sur l’accusé, et ainsi de suite].

 

A 12H50, l’audience reprend. Aujourd’hui, c’est un enquêteur chargé des constatations au Bataclan qui vient témoigner.

 

Le président : « Monsieur l’huissier, si vous voulez bien faire rentrer le témoin ».

 

 

 

Le témoin arrive. Le président lui pose les questions habituelles (nom / prénom / âge / profession / domicile / liens avec les accusés ? liens avec les parties civiles ? etc).

 

 

 

« Bonjour à toutes et à tous. Je suis amené à témoigner devant vous aujourd’hui c’est-à-dire devant une cour d’assises. Ca m’est arrivé à de nombreuses depuis que je suis enquêteur c’est-à-dire depuis vingt ans. Ce n’est jamais chose facile (…) de rapporter de tels éléments. (…) La difficulté, je la situe dans le fait que les évènements sont tellement particuliers, tellement hors normes, qu’il va s’agir de répondre aux très nombreuses interrogations des parties civiles. J’essaierai dans la mesure de l’ampleur de la tâche et de ma capacité à me souvenir.

Je m’astreindrai à deux impératifs : le premier consiste à n’évoquer que les constatations et strictement les constatations. (…) Deuxième impératif : (…) c’est celui de faire toucher aux gens qui vont écouter ce témoignage, de vous faire toucher du doigt, en quoi la gestion d’une scène de cette ampleur était inédite sur notre territoire. Il y a eu pour la première fois une action de kamikazes sur le sol français. Nous avons un bilan humain catastrophique et une ampleur en termes de constatations qui appelle une méthodologie particulière pour les secours, les hôpitaux et bien évidemment pour nous, dédiés aux constatations criminelles. Ce type d’évènement, par son surdimensionnement, est géré dans le cadre d’une doctrine attentat. (…) Pour nous, cette méthodologie emprunte aux constatations qu’on peut faire en matière de crash aérien. Nous avons une zone d’exploitation très large. Il s’agit de subdiviser une zone très large en sous-zones. C’est l’agrégation des constatations faites dans ces différentes zones qui donnera une vision globale de la scène de l’attentat.

A titre préliminaire, je tiens à m’excuser si transparaissent de mon témoignage, de l’émotion ou du sentiment personnel, ce qui n’est normalement pas le cas pour un enquêteur ».

 

Comme les précédents témoins, il projette d’abord un plan des lieux pour pouvoir situer précisément ses explications et constatations.

« Lorsque nous arrivons vers cette scène (…), nous nous stationnons à distance très respectable de l’endroit où sont stationnés les camions de secours qui prennent en charge les victimes. Nous sommes confrontés à des scènes qu’on a peut-être eu l’habitude d’avoir à l’écran et qui concernent d’autres pays, d’autres continents. Il n’y a pas d’autre mot dans la langue française : c’est la sidération. Vous vous retrouvez au milieu de victimes qui hurlent, qui crient, qui sont ensanglantées. (…) Certaines victimes sont éloignées du Bataclan vers des postes médicaux avancés. C’est terrible. Il y a des corps sous des couvertures de survie. Nous avons des victimes qui sont assises au bord du trottoir, hagardes. Et partout, des effets personnels, des vêtements, des sacs.

(…) A 00H18, nous avons confirmation que l’assaut commence. Nous n’avons pas encore approché du Bataclan. Et puis, cet assaut prend fin. Sont évacuées les personnes qui s’étaient cachées, tout comme les derniers blessés. (…) Les lieux sont maintenant livrés à l’action des services de déminage qui vont procéder à une levée de doute. Lors de leur évolution dans les lieux, les démineurs vont neutraliser un gilet explosif qui n’a pas explosé et qui est sur le corps de l’un des kamikazes.

Je n’ai qu’un très bref échange avec deux collègues de la BRI. L’un a le visage marqué, ne s’étend pas sur l’intervention en elle-même et me dit « bonne chance. Vous allez être dans l’horreur pendant des heures ». Je comprends qu’il me dit : ‘ce que vous allez endurer, je ne le ferai pas’. C’est le seul échange que j’aurai avec ce collègue.

(…) Il est temps pour nous, avant le passage du cortège officiel, de faire deux choses. Lancer les premières investigations aux abords du Bataclan. Nous avons repéré un corps sur une civière. La personne n’a pas survécu et nous le faisons acheminer en urgence dans les locaux d’une laverie automatique. Nous avons aussi les six corps qui sont dans la chapelle ardente du 26 rue Oberkampf. Ces corps sont tous impactés balistiquement.

Nous allons aussi recenser et regrouper les effets personnels. Nous allons procéder aux mêmes investigations du même ordre sur trois corps qui gisent en devanture du Bataclan. (…) Et puis, par ailleurs, il y a des constatations à faire dans le passage Saint-Pierre-Amelot où gisent également deux corps. Partout, dans cette voie, il y a les reliquats d’une confrontation armée entre les forces de police et les terroristes. 

Nous retrouvons un véhicule Golf de couleur sombre. Il a la particularité d’avoir la porte passager ouverte. L’information qui nous parvient est que c’est le véhicule avec lequel les terroristes sont arrivés. Nous avons un second véhicule qui est une Polo immatriculée en France. Il présente la particularité d’avoir une vitre brisée, mais les phares allumés. (…) Ces véhicules vont être acheminés dans le courant de la nuit dans les locaux du garage central afin que soit menée une fouille complète, exhaustive, mais également des investigations de police technique et scientifique.

 

(…) Le cortège officiel passe. Il reste un petit peu. Part. L’occasion pour moi de rentrer pour la première fois dans le Bataclan.

Nous rentrons dans la salle. C’est assez indescriptible, mais il faut le décrire. (…) L’ambiance est saisissante, lugubre. La lumière c’est une grande lumière blanche qui rend l’endroit blafard. Les corps sont enchevêtrés les uns sur les autres. (…) On n’avait jamais vu ça ! On n’avait jamais vu ça ! (…) Il y a des téléphones qui vibrent, qui sonnent, au milieu des sacs, sacs à dos, sacs à main, vêtements … et des corps et des corps et des corps » [il est très ému et a la voix très enrouée]. Nous montons à l’étage et nous nous rendons dans la zone où il nous a été indiqué que se trouvaient les corps des kamikazes [il décrit avec précision et beaucoup de détails sa progression dans les lieux et les endroits où ont été trouvés les corps et parties de corps des terroristes]. Nous procédons à ce qu’on appelle un zonage. [il projette sur l’écran, un plan où le Bataclan est découpé en zone ; chaque zone étant marquée d’une lettre allant de A à K].

 

Nous avons dans le Bataclan, en interne, 71 corps. Notre vocation n’est pas d’identifier les victimes. Notre but, c’est de pouvoir donner les éléments plausibles d’identification. Ça ne fait pas dix minutes que je suis dans le Bataclan, que mon téléphone n’arrête pas de sonner. On me demande des noms. (…) Je sais déjà que les chaines d’info réclament des identifications, mais nous n’avons pas ce pouvoir (…). Les corps ne doivent quitter la zone que sous le vocable ‘X-Femme-susceptible d’être …’ / ‘X-homme-susceptible d’être…’ [ses propos font écho à ceux tenus par l’un des témoins hier, qui se confondait en excuses du fait de s’être trompé sur l’identification d’une jeune femme].

 

Il se lance ensuite dans une explication détaillée de ses constatations, organisant son propos en plusieurs temps : les constatations intérieures / les constatations extérieures / les objets retrouvés dans la voiture / l’analyse du dictaphone retrouvé à l’intérieur du Bataclan.

 

  • Les constatations intérieures

L’enquêteur décrit sa progression dans les lieux, zone après zone. Il produit systématiquement un plan permettant de se repérer dans le Bataclan et de visualiser son avancée [il explique que sa narration ne reprend pas les faits de manière chronologique mais reprend une priorisation policière].

« Nous découvrons énormément d’effets personnels. Il est évidemment procédé à un inventaire scrupuleux aux fins de restitution aux familles et ayants droit ». Il indique par ailleurs qu’est retrouvé « un dictaphone numérique de marque Olympus. Nous postulons que si cet accessoire a capté le concert, il a capté l’audio des faits » [il reviendra plus tard sur le contenu de cet enregistrement].

 

Comme les autres témoins avant lui, il ne fait l’impasse sur aucun détail : décrit précisément l’état des corps des terroristes retrouvés, les lieux où ont été dispersés les parties de leurs corps, décrit également les explosifs, les armes, « les cordelettes nouées qui sont censées constituer un gilet de tissu pour maintenir le dispositif explosif », « le bouton poussoir », « les segments de fils électriques noir, rouge, orange » retrouvés … Il précise que « toutes les blessures de toutes les personnes au Bataclan et aux alentours sont des blessures balistiques. Les blessures sont importantes et on peut imaginer que les tirs ont été mis à faible distance ».

 

Il continue son explication et, très ému, confesse :

« toute la hantise qui m’a guidée pendant toutes ces constatations était de passer à côté d’une victime qui se serait cachée, mise dans un trou de souris … et de passer à côté ; raison pour laquelle nous avons fouillé tout ce que nous avons pu ».

Au moment de décrire son arrivée dans la fosse, il indique :

« la fosse, c’est le cœur de la salle qu’il a fallu découper en trois zones. C’est la zone la plus macabre. Nous avons 44 corps dans la zone. Dans la première zone (zone E), la disposition de ces victimes incite à envisager ou à imaginer que ces personnes ont été fauchées dans leur mouvement vers les issues de secours. (…) Cette zone contient les corps les plus gravement impactés par les tirs des terroristes. Tirer au 9mm sur un corps ne donne pas forcément le même résultat que tirer au calibre 7.62. (…) On est sur des plaies très délabrantes avec des crânes explosés, des dents explosées et des traits méconnaissables. (…) »

 

  • Les constatations extérieures

Puis, il décrit les constatations faites à l’extérieur du Bataclan : les victimes sur le trottoir, le corps d’un homme décédé retrouvé le lendemain dans un local du 56 boulevard Voltaire, la poubelle dans laquelle sera découvert « un téléphone portable Samsung » utilisé par les kamikazes et dans lequel « sont historisés deux messages », l’un à 17H40 « appelle-moi », l’autre à 21H42 : « on est parti ».

 

  • Le véhicule du terroriste

« Le véhicule va révéler des éléments au niveau de sa fouille : un chargeur, des lunettes, un sac plastique, un GPS, deux lecteurs MP4, un couteau de cuisine d’une longueur de 34 centimètres. Mais surtout, nous découvrirons dans la boîte à gants, plusieurs documents :  une copie du certificat d’immatriculation, un contrat de location au nom de Salah Abdeslam ainsi que des coordonnées téléphoniques et des coordonnées bancaires (…). Nous retrouvons sans surprise des traces génétiques et papillaires de Amimour et Mostefaï [deux terroristes du Bataclan]. Nous retrouverons également la trace de Sofien Ayari [l’un des accusés] (…) L’exploitation du MP4 révèlera uniquement des Anashid, des chants religieux islamiques. Par exemple « mourir en martyr ». Pour le GPS, deux adresses sont mises en favori : le boulevard voltaire et le Bataclan ».

 

  • L’exploitation du dictaphone retrouvé

Lors des constatations, un dictaphone de marque Olympus a été retrouvé. Il appartient à une femme qui, ce soir-là, l’avait déclenché pour enregistrer le concert. L’objet retrouvé a enregistré près de deux heures durant. L’enquêteur souhaite diffuser un extrait de l’enregistrement. Il explique :

« C’est peut-être pour moi maintenant le moment le plus délicat, enfin je dis pour moi mais c’est pour moi par rapport à vous les parties civiles qui avez vécu directement, ou dont les proches ont vécu ce moment-là. Je vais aborder la partie audio (…). Elle ne permettra pas d’identifier l’une quelconque des 71 victimes du Bataclan. Elle est juste indicative. Ça ne dure que 29 secondes, qui durent une éternité, mais c’est nécessaire ».

 

Maître Bibal, avocat de parties civiles prend la parole :

« je rappelle le numéro que les parties civiles qui suivent le procès en webradio peuvent contacter à tout moment : _______ » [pour rappel, une webradio est mise à disposition des parties civiles, ce qui leur permet de bénéficier d’une version audio du procès depuis chez elle].

 

Le témoin poursuit :

« Je vous ai évoqué la découverte d’un dictaphone et du fait que possiblement, il contient une piste audio du concert et donc s’il a une piste audio du concert, il a une piste audio des faits. Ce dictaphone est donc exploité. (…) C’est un matériel dont la piste son va faire l’objet d’une investigation longue, fastidieuse, pénible ; dont l’agent qui a procédé à cette retranscription a encore le timing audio de cette soirée-là, le son des voix, des cris, des coups de feu. Son analyse permet d’établir que l’enregistrement sur ce support a débuté une heure avant l’éruption des terroristes. La séquence où les terroristes sont entendus va durer 1H38, se terminant par l’assaut de la BRI. (…) La retranscription qui a été faite a été faite mot par mot, bruit par bruit (…).

La première partie commence à l’arrivée des terroristes, il est 21H37. (…) Les terroristes vont faire usage de leur arme à de nombreuses reprises. 258 coups de feu en mode rafale puis au coup par coup. (…) Les terroristes communiqueront avec les gens à compter de la septième minute. (…) Par la suite, les terroristes vont réunir les otages et tout en continuant à faire usage de leur arme, vont regagner la zone supérieure.

Nous allons maintenant écouter les 22 premières secondes de cette séquence » [les 22 secondes paraissent une éternité. On entend le concert, et par-dessus, les coups de feu en rafale, semblables à des pétards ou des feux d’artifice qui retentiraient dans un endroit confiné. Il n’y a pas un bruit dans la salle de retransmission. Tout le monde semble figé].

 

Après cette diffusion, l’enquêteur revient sur la suite de la bande, qu’il ne diffusera pas, mais dont il retranscrira à l’oral une partie.

« L’écoute attentive de l’intégralité de la bande permet de distinguer les voix distinctes de trois individus masculins qui s’expriment en français. (…) Je vais donc maintenant glisser ma voix dans celle des propos tenus par les terroristes. Ce n’est pas la chose la plus facile que j’ai eu à faire (…) » [pendant plusieurs minutes, il va donc reprendre certains des échanges tirés des retranscriptions du contenu du dictaphone, en adoptant un ton et une voix se voulant proches de ceux adoptés].

 

Extraits de l’enregistrement du dictaphone

« Couche-toi ou je tire !

Pourquoi on fait ca ?! Vous bombardez nos frères en Syrie, en Irak, on est venu ici pour faire la même chose ! (s’adressant à un otage : « viens ici toi ! Viens ! ») (…) Les soldats français, américains, ils bombardent dans les airs. Nous on est des hommes, on vous bombarde ici sur terre. Vous avez eu votre président Hollande ! Voilà sa campagne ! Remerciez-le ! (…) Comme ils font, on leur fait ! Maintenant, vous pourrez vous en prendre qu’à votre président Hollande. Il fait le cow-boy, le western, à envoyer ses troupes (…) C’est fini tout ça : l’heure a sonné ! A l’heure où je vous parle, les soldats du califat sont partout (…) (s’adressant à un otage : ‘je t’avais prévenu de pas bouger !’). Vous connaissez Daech ? Daech c’est l’EI. Ils sont partout dans le monde. On va frapper partout ».

A 12 minutes 35, un bruit d’explosion retentit. Cette détonation correspond à l’explosion de la ceinture d’explosifs du kamikaze. S’en suivent des bruits, des gens qui psalmodient : ‘Allah Akbar ! Allah Akbar !’ ».

 

Après ce moment glaçant, le témoin revient sur l’exploitation des scellés concernant les kamikazes. Il détaille d’abord longuement l’armement dont ces derniers disposaient et ont fait usage. A l’écran, l’image projetée reprend les photos des trois armes et liste en-dessous de chacune d’entre elles, les empreintes retrouvées.

« 76 tirs sur l’arme de Samy Amimour.

Une autre arme 122 tirs. Elle contient les empreintes des trois terroristes.

La troisième : 52 tirs. Elle contient le profil génétique de Amimour et Foued Mohamed Aggad.

15 chargeurs ».

 

Après ce décompte, l’enquêteur indique dans un souffle :

« Compte tenu des éléments balistiques, si le bilan est catastrophique, il aurait pu être encore bien pire ; ce qui ne minimise pas bien sûr l’ampleur du drame survenu ce soir-là ».

 

Il projette ensuite un graphique expliquant la manière dont est constitué un gilet explosif.

 

CONCLUSION

« Pour terminer mon propos et avant de conclure, j’aimerais que nous y entrions ensemble dans le Bataclan, tel qu’il a été refait et ça permettra sans doute à chacun d’avoir une idée plus claire ».

L’homme va alors projeter à l’écran, une vision panoramique du Bataclan tel qu’il a été refait après les attentats [pour que vous compreniez le sentiment que ça fait, c’est le même principe que dans Google Street View, où l’on a l’impression d’être dans la rue et qu’on peut avancer dans la rue en appuyant sur les flèches. Là, c’est la même chose, mais à l’intérieur du Bataclan] :

« Entrons dans le rez-de-chaussée. Nous sommes là, au niveau de l’entrée. Voilà sur la zone bar… ».

L’enquêteur progresse. Plusieurs gros points bleus sont matérialisés en divers endroits. Ils symbolisent les endroits où des victimes ont été retrouvées. Au fur et à mesure de sa progression dans le Bataclan, il appuie sur les points bleus. A chaque fois, se déroule une liste avec le nom des victimes. Il les lit un par un, puis referme la liste… et continue la progression. Les terroristes eux, sont matérialisés avec les points rouge. L’enquêteur passe à côté, mais n’en parle pas.

 

Il termine : 

« J’aimerais, en guise de conclusion, projeter la liste de toutes les victimes décédées en lien avec le Bataclan : 71 à l’intérieur / 14 autour / 5 décédées de leurs blessures en milieu hospitalier ». [s’affiche à l’écran la longue liste de toutes les personnes décédées sur cette scène de crime].

Je ne sais pas trop si je dois conclure du point de vue de la doctrine antiterroriste ou si je dois m’exprimer de manière beaucoup plus pragmatique en expliquant ce que ça a changé pour nous en matière d’attentat. D’un strict point de vue de la méthode, le Bataclan nous a permis de mettre à l’épreuve le ‘plan multi attentat’ tel qu’il existait. Il y a un effort de formation de tous les effectifs depuis : formation et entraînement (…). A titre personnel, je ne sais pas quoi en tirer, si ce n’est une grande empathie vis-à-vis des victimes. (…) J’ai vraiment envie de leur faire passer un message « n’écoutez pas ces diseurs de vérité patentés sur les chaînes d’information en continue, qui vous disent des vérités qui n’ont jamais existé et qu’ils n’ont jamais côtoyées. (…) Non : il n’y a pas eu de mutilation au Bataclan : ni au couteau, ni à la fraise. Il y a eu des plaies balistiques terribles et c’est déjà horrible ! Je crois qu’on est déjà suffisamment haut dans la barbarie pour ne pas en rajouter. (…) Je m’associe de tout cœur [il est très ému et a du mal à venir à bout de sa phrase] aux parties civiles et je leur souhaite énormément de courage pour la suite de ce procès [il n’arrive quasiment plus à parler] ».

 

Après cela, le président suspend l’audience. Elle reprend 45 minutes plus tard avec les questions de la cour, du Ministère public et des avocats.

 

(Extraits)

Président : « vous avez dit qu’il n’y a pas eu d’actes de barbarie, pas de mutilation tel qu’on a pu l’entendre ? Qu’est-ce qui est venu à vos oreilles ? »

Témoin : « c’est pas nouveau ce phénomène. On l’a dans les journaux à chaque fois (…) On a des articles de journaux qui nous parlent de mutilation. En l’occurrence, au Bataclan, y’avait-il besoin d’imaginer une mutilation supplémentaire ?! Je n’en suis pas sûr. (…) »

Président : « vous n’avez pas découvert d’autres blessures que les blessures par balles ? »

Témoin : « je n’ai pas inspecté personnellement chacun des corps. Aucun corps n’a été déshabillé sur place dans la mesure où ce travail se fait à l’IML [Institut Médico Légal]. C’est à l’échelon de l’IML que cette affirmation doit être faite ».

Président : « avez-vous trouvé dans la salle ou à ses abords, un couteau ? une arme ? »

Témoin : « Non. Le seul couteau qui serait rattachable aux terroristes est celui que nous retrouvons dans la Polo à l’extérieur ».

Président : « dans quelles circonstances ce couteau est découvert ? »

Témoin : « lors de la fouille du véhicule ».

Président : « ce couteau est retrouvé dans son fourreau. A l’intérieur d’un sac à dos. On a des traces particulières ? »

Témoin : « non ».

 

Assesseur : « la salle était-elle pleine ? »

Témoin : « j’ai toujours eu cette jauge-là de 1500 personnes dans la salle ».

 

Maître Chemla, avocat de parties civiles : » est-ce qu’ils sont tous rentrés par l’entrée principale ou l’un d’entre eux est rentré par une autre entrée ? »

Témoin : « au terme des constatations, je n’ai pas l’information ».

Maître Chemla : « je pose la question car il me semble que le juge d’instruction a retenu l’entrée de l’un des trois par le passage Amelot ».

Président : « ça a été évoqué à un moment mais dans le dossier je ne vois pas d’éléments en ce sens ».

Maître Chemla : avez-vous une idée de ce qui va stopper la tuerie de masse ?

Témoin : « je n’aime pas cette expression qui a été beaucoup utilisée dans la presse. L’intervention a probablement permis en neutralisant l’un des terroristes, évité que d’autres personnes tombent ce soir-là. Mais non, la tuerie de masse ne s’est pas arrêtée à l’intervention de ce commissaire et son agent. Elle a été amoindrie et affaiblie par l’intervention bienfaitrice de ces deux policiers ».

 

Une avocate de parties civiles : « les corps des victimes décédées ont-ils pu être déplacés avant votre arrivée ? »

Témoin : « oui. Nécessairement, les opérations de secours ont largement modifié la physionomie de la scène ».

 

Maître Seban, avocat de parties civiles : « est-ce qu’il fallait une connaissance particulière de la salle pour pouvoir y entrer ? »

Témoin : « quand on projette une action homicide de cette envergure, le fait de se référer à des documents qui indiquent les plans et les éventuelles sorties de secours ne me paraît pas un luxe ».

Maître Seban, avocat de parties civiles : « y’a-t-il eu d’autres téléphones, visionnages, films qui ont été mis à votre disposition en dehors du dictaphone ? »

Témoin : « nous avons quelques enregistrements mais qui sont beaucoup moins complets que ce qu’on a avec le dictaphone ».

 

Maître Abraham, avocat de parties civiles : « je dois vous remercier pour la présentation que vous avez faite. (…) Lorsque les personnes décèdent sur place, elles font partie des constatations ? »

Témoin : « a priori, nous n’avons que les personnes décédées sur place, c’est-à-dire dans le Bataclan et aux abords ».

 

Maître Reinhart, avocat de parties civiles : « vous avez indiqué que vous aviez dû attendre que le convoi présidentiel s’en aille. Est-ce qu’ils vous ont retardé sur vos travaux en venant sur place ? »

Témoin : « (…) il n’y a peut-être pas besoin que ce cortège soit constitué de cinquante personnes. Les autorités régaliennes de tutelle bien évidemment qu’elles doivent être là (président de la République, ministre de la Justice, de l’Intérieur, Préfet de police, Maire de Paris). En revanche, la présence surabondante d’un certain nombre de conseillers ministériels est à mon sens déplorable. Pour autant, ce cortège n’a pas imputé notre rythme de constatation car nous avions des constatations à faire à l’extérieur avant d’aller à l’intérieur ».

 

Maître Reinhart : « avez-vous une idée du nombre de blessés qu’il y a eu au Bataclan ? »

Témoin : « j’ai dû voir le chiffre mais non je ne m’en souviens plus ».

Maître Reinhart : « il y a eu 250 tirs ?! »

Témoin : « 250 douilles imputables depuis ces trois kalachnikov et plus de tirs car il y a un certain nombre d’éléments balistiques qui ne sont pas analysables car on a marché dessus, ils ont été déformés ».

Maître Reinhart : « donc il y en a eu plus de 250 ? »

Témoin : « oui. C’est ce que j’ai indiqué : il y a eu entre 300 et 450 tirs ».

 

Après d’autres questions des avocats de partie civile, la défense indique ne pas avoir de questions.

 

L’audience est suspendue et reprendra lundi 20 septembre à 12H30.

 

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