Jour 113

Attention : la lecture des éléments de retranscription du procès des attentats du 13 novembre 2015 s’adresse à un public averti. Certains des propos rapportés sont susceptibles, par leur contenu ou leur nature, de heurter la sensibilité des lecteurs, et notamment des plus jeunes. Par ailleurs, toute reproduction du contenu, même partielle, sans l’autorisation expresse de l’auteur expose le contrefacteur à des poursuites.

 

EXTRAITS

VENDREDI 15 AVRIL 2022

 

Programme de la journée : aujourd’hui, quatre accusés seront interrogés : Salah Abdeslam, Osama Krayem, Sofien Ayari et Mohamed Bakkali. Salah Abdeslam, dont l’interrogatoire a commencé mercredi, sera aujourd’hui interrogé par des avocats de parties civiles et par les avocats de la défense. Osama Krayem, Sofien Ayari et Mohamed Bakkali doivent également être entendus. Toutefois, il n’est pas certain que ces derniers acceptent de parler dès lors qu’ils ont exercé leur droit au silence à plusieurs reprises (Osam Krayem n’assiste plus aux audiences depuis fin novembre. Il ne vient que sur ses jours d’interrogatoire et dans ces cas-là garde le silence. Quant à Sofien Ayari, il a accepté de parler sur les premiers interrogatoires mais a demandé à garder le silence sur le dernier. Il est donc possible qu’ils exercent à nouveau leur droit au silence aujourd’hui).

13H : la sonnerie retentit. La cour entre.


TEMPS 1 – INTERROGATOIRE DE SALAH ABDESLAM (FIN)

 

4- LES QUESTIONS DES PARTIES CIVILES (fin)

Maître Truong : 

EXTRAITS / Maître Truong : « vous dites qu’au départ votre idée c’était d’aller en Syrie (…) ».

Salah Abdeslam : « ouais si j’aurais pu je serais parti pour pas revenir ».

Maître Truong : « vous n’auriez pas été tenté de revenir ? (…) Qu’est-ce qui nous dit que vous seriez allé en Syrie et que vous n’auriez pas eu le projet de revenir ? ».

Salah Abdeslam : « pour moi ceux qui sont partis c’est des volontaires. Ceux qui ont décidé de faire les attentats du 13 novembre, ils ont été en Syrie, ils se sont entraînés là-bas et ont vu des choses que moi j’ai pas vu. Ils se sont portés volontaires. C’est ça la différence entre eux et moi. Moi j’ai jamais été là-bas. On m’a proposé ça 48 heures avant. Derrière ça, si je le fais pas moi j’ai la prison qui m’attend, contrairement à eux qui l’ont fait de leur propre gré. Ils ont abandonné leurs femmes, leurs enfants et ils ont fait ce qu’ils ont fait. Moi je suis dans une situation différente (…) ».

 

Maître Catherine X : 

EXTRAITS / Maître X : « est-ce que vous êtes fier de l’action de votre frère ? ».

Salah Abdeslam : « je ne parlerai pas de ça et je voudrais juste souligner. Si on me dit aujourd’hui que je suis un lâche parce que j’ai pas actionné ma ceinture, alors c’est vous même qui dites que ceux qui l’ont fait sont des ‘Z’héros ».

Maître X : « est-ce que vous êtes fier d’avoir renoncé ? ».

Salah Abdeslam : « oui mais dans le même temps je me dis que si j’avais actionné cette ceinture aujourd’hui je serais pas là. (…) ».

 

Maître Mary :

EXTRAITS / Maître Mary : « vous considérez que c’est inhumain ce qu’ils ont fait, ceux qui ont été au bout du processus ? ».

Salah Abdeslam : « si ça c’est inhumain, ça doit être inhumain des deux côtés. Venir bombarder avec des avions, c’est pas plus civilisé que ce qu’ils ont fait l’Etat islamique (…) ».

 

Maître Ludovic X : 

EXTRAITS / Maître Ludovic X : « (…) entre le Stade de France et le bar, quel est votre état d’esprit ? Est-ce que vous priez ? Est-ce que vous ne pensez à rien ? Vous êtes comment avant de passer à l’action ? ».

Salah Abdeslam : « indécis. Je suis pas sûr. (…) J’ai jamais tué quelqu’un, jamais fait la guerre, jamais tué qui que ce soit. (…) ».

Maître Ludovic X : « vous dites « je ne l’ai pas fait par humanité : qu’est-ce que vous mettez derrière ce mot? ».

Salah Abdeslam : « faudra regarder dans le dictionnaire !! ».

Maître Ludovic X : « si un jeune ou un moins jeune venait vous voir en vous disant ‘j’ai envie de faire comme vous’. Vous diriez quoi ? ».

Salah Abdeslam : « de suivre le Coran et la tradition prophétique. (…) Faites comme le prophète Mohamed ».

 

Maître Bibal : 

EXTRAITS / Maître Bibal : « est-ce que vous avez conscience qu’il y a encore des amalgames, des stigmatisations, un certain nombre de personnes qui assimilent l’islam à la violence et pour ces personnes-là, ce climat est quelque chose d’extrêmement difficile à vivre  ».

Salah Abdeslam : « (…) tous ces musulmans entre guillemets modérés qui vivent dans les pays européens, que ce sont des personnes qui n’ont rien à voir avec les attentats et cette idéologie de l’Etat islamique ; qui sont complètement à l’opposé. (…) ».

 

Maître Yolène Bahu : 

EXTRAITS / Maître Bahu : « vous comprenez que ça puisse énormément choquer les parties civiles que vous affirmiez régulièrement n’avoir tué personne  ».

Salah Abdeslam : « j’ai déposé les trois du Stade de France. C’est vrai qu’ils ont tué des personnes mais ils ont fait moins de victimes. Je pense qu’il y a une différence entre le fait de tuer une personne et cent personnes ! ».

 

Maître Marie X : 

Maître Marie X : «  vous avez dit que les gens avaient une image de vous erronée. Comment vous voudriez qu’on se souvienne de vous ? ».

Salah Abdeslam : « je veux qu’on se souvienne pas de moi. Je veux être oublié à jamais. J’ai pas choisi d’être celui que je suis aujourd’hui ».

 

Maître Arbabi : 

Maître Arbabi : « (…) sur Sonia (qui a dénoncé Hasna Aït Boulhacen et Abdelhamid Abaaoud), vous avez dit qu’elle était responsable dans la mesure où elle a dénoncé. Ca a choqué un certain nombre de parties civiles. Est-ce qu’aujourd’hui vous dites toujours qu’elle est responsable de la mort de ces trois personnes ? ».

Salah Abdeslam : « (marque un silence) Je suis un peu partagé sur cette personne. Y’a ce que j’ai dit et dans le même temps cette part d’humanité qu’elle a eu … (…) elle a pas eu le courage d’appeler Hasna pour lui dire « sors de la maison ils vont venir ». C’est ça qui m’a dérangé ».

Maître Arbabi : « hier vous avez indiqué que les parties civiles, après avoir vécu tout cela, qu’elles en ressortaient plus fortes. Certaines d’entre elles ont eu l’impression que vous parlez de vous-même ».

Salah Abdeslam : « je parlais de eux, mais je peux parler de moi aussi. J’essaie d’oublier le négatif et de sortir le meilleur de ces épreuves que je suis en train d’endurer (…). Comment on dit ? Ce qui ne tue pas rend plus fort (…) ».

 

Maître Chemla demande à faire diffuser un audio. Il s’agit d’une interview faite par la RTBF (une chaîne de télé belge) le 14 novembre, alors que Mohammed Amri – Hamza Attou et Salah Abdeslam sont en voiture. Ils reviennent de Châtillon et rentrent en Belgique. Sur l’écran, on voit un reportage diffusé au JT de France 2. L’avocat le questionne.

 

14H15

5- LES QUESTIONS DE LA DÉFENSE

Maître Rezlan, avocate de Mohamed Bakkali : 

EXTRAITS / Maître Rezlan : « Ibrahim El Bakraoui vous le connaissiez ? ».

Salah Abdeslam : « bien sûr que je le connais ! C’est pas un ami, une connaissance ; c’est juste quelqu’un avec qui je travaille on va dire quand je ramène des personnes tout ça ».

Maître Rezlan : « d’accord … c’est votre frère Brahim qui vous a rapproché ?  ».

Salah Abdeslam : « exactement ».

Maître Rezlan : « est-ce que vous savez comment se sont faits les liens avec les frères El Bakraoui ? Comment monsieur Abaaoud, votre frère Brahim, comment ils se voyaient ? Comment ils se mettaient d’accord ? ».

Salah Abdeslam : « ça c’est une bonne question qu’il faut poser à lui ! Ce genre d’informations je peux pas les avoir ! ».

 

Maître Vettes, avocat de Salah Abdeslam : 

EXTRAITS / Maître Vettes : « (…) quand vous acceptez d’aller chercher des personnes, vous savez que c’était des gens engagés auprès de l’Etat islamique ».

Salah Abdeslam : « ouai ».

Maître Vettes : «  à ce moment-là, vous n’avez pas la notion d’attentats en tête ? ».

Salah Abdeslam : « exactement  ».

Maître Vettes : « vous votre projet c’est de partir en Syrie ? ».

Salah Abdeslam : « exactement ! (…) ».

Maître Vettes : «  vous nous avez expliqué que tout se précipite dans les derniers jours; que vous avez prêté allégeance 48H avant et qu’on peut faire un kamikaze en 24H. Vous confirmez ? ».

Salah Abdeslam : « oui je confirme (…) ».

 

MAÎTRE RONEN, SON AVOCATE : 

EXTRAITSMaître Ronen : « (…) sur une question de madame l’assesseur, vous avez dit ne pas regretter d’avoir renoncé … ».

Salah Abdeslam : «  (…) je ne regrette pas d’avoir renoncé. Je ne me suis pas tué moi-même et je n’ai pas tué ces personnes (…). Je regrette aussi pour ma famille parce que j’ai ma mère qui souffre aussi. Ma mère me dit qu’elle voit en moi ses deux fils, que je compense la perte du premier (il s’arrête … renifle … et reprend) … que grâce à ça, elle arrive à supporter.

Je voudrais dire aussi que, cette histoire du 13 novembre, elle s’est écrite avec le sang des victimes. C’est leur histoire et moi j’en fait partie. Je suis lié à eux et ils sont liés à moi. On dit « aime ton ami avec modération car demain il pourrait devenir ton ennemi. Déteste ton ennemi avec modération, peut-être sera-t-il un jour ton ami » (c’est un hadith). Moi, je vous demande aujourd’hui de me détester avec modération. Je veux vous dire aussi (il s’arrête à nouveau … renifle … reprend). Je présente mes condoléances et je présente mes excuses (…).

 

15H27 : l’audience est suspendue.

Le président : « on va suspendre cette audience et on reprend à 16H pour les dernières questions ».

 

16H09 : l’audience reprend.

 


TEMPS 2 – INTERROGATOIRE DE MOHAMED BAKKALI

 

Mohamed Bakkali souhaite encore exercer son droit au silence. Il demande à apporter des précisions complémentaires sur les raisons de l’exercice de ce droit : 

EXTRAITSLe président : « (…) vous gardez toujours le silence ? ».

Mohamed Bakkali : « oui. (…) Je voudrais expliquer pourquoi je l’ai fait.

D’abord ce que je voulais dire c’est que si je n’ai pas parlé, ce n’est ni par défiance envers la cour et encore moins par indifférence envers les parties civiles. Peut-être que j’ai eu tort mais mon intention c’est que j’ai considéré que c’était plus respectueux de ne pas parler que dire des choses qui ne seraient pas crues. (…) J’ai eu une première expérience (affaire du Thalys) où j’ai dit la vérité et je n’ai pas été cru. La dernière chose que je voudrais dire c’est qu’on peut croire que c’est une solution de facilité mais pas du tout (…).

Le président : « c’est vrai qu’on avait beaucoup de questions à vous poser parce qu’on vous attribue un rôle qui est au carrefour entre plusieurs individus qui ont fait partie de cette cellule, certains qui sont décédés, d’autres qui ont pu participer aux attentats du 13 novembre. D’après l’accusation, vous êtes censé connaître beaucoup de monde et beaucoup de choses donc on était très curieux d’avoir vos explications .. ».

 

16H23


TEMPS 3 – INTERROGATOIRES D’OSAMA KRAYEM ET SOFIEN AYARI

 

Pour rappel, Osama Krayem est un ressortissant suédois, qui a été envoyé de Syrie vers l’Europe pour y mener une action violente. Sofien Ayari est un ressortissant tunisien envoyé en Europe pour les mêmes rasons. Il sont soupçonnés d’avoir appartenu à la cellule terroriste en charge des attentats de Paris. Le 13 novembre, ils se rendent aux Pays-Bas. Osama Krayem se rend à l’aéroport de Schiphol (Amsterdam), pendant que Sofien Ayari l’attend à l’hôtel. Les enquêteurs soupçonnent les deux hommes d’avoir voulu commettre un attentat à l’aéroport de Schiphol aux Pays-Bas (ce qu’ils contestent). 

Aujourd’hui encore, ils exerceront leur droit au silence.

 

16H30


TEMPS 3 – LECTURE D’UN PROCÈS-VERBAL D’AUDITION D’AHMED DAHMANI

 

Important : si vous voulez mieux comprendre qui est Ahmed Dahmani dans cette procédure, je vous recommande de lire le compte-rendu des enquêteurs correspondant au volet « cavale » sur la journée 107 (temps 1 – enquêteur 1).

 

Le président lit une audition d’Ahmed Dahmani faite dans le cadre d’une commission rogatoire internationale (pour rappel, il a été arrêté en Turquie par les autorités turques le 16 novembre 2015. Il a été condamné à dix ans de prison en janvier 2016. Il est accusé dans le procès V13 mais absent puisque la Turquie refuse de le remettre à la Belgique ou à la France pour le moment).


Pour poursuivre la lecture : 

* Lire la journée suivante

* Lire la journée précédente

 

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1 Commentaire

  1. Maria Laura BARDINET
    16 avril 2022 / 16:10

    Merci, c’est un témoignage qui restera

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