Jour 126

Attention : la lecture des éléments de retranscription du procès des attentats du 13 novembre 2015 s’adresse à un public averti. Certains des propos rapportés sont susceptibles, par leur contenu ou leur nature, de heurter la sensibilité des lecteurs, et notamment des plus jeunes. Par ailleurs, toute reproduction du contenu, même partielle, sans l’autorisation expresse de l’auteur expose le contrefacteur à des poursuites.

 

EXTRAITS.

LUNDI 23 MAI 2022

 

11H45 : j’arrive dans la salle d’audience qui est quasiment vide (pour l’instant). Aujourd’hui, c’est le premier jour des plaidoiries des parties civiles. Je pensais qu’il y aurait foule mais pour l’instant c’est assez calme. Vingt avocats de parties civiles vont se succéder.

11H55 : vient d’arriver dans la salle le philosophe et écrivain Alain Finkielkraut (vous le connaissez peut-être aussi pour la fameuse réplique du « taisez-vous!!!!! »), époux de Sylvie Topaloff, avocate de parties civiles, qui plaide aujourd’hui. Dans la salle, avocats de parties civiles et public se pressent pour le saluer, lui souhaiter une bonne santé et un prompt rétablissement (il y a quelques semaines, il avait expliqué dans la presse avoir eu des problèmes de santé importants, nécessitant notamment qu’il se déplace aujourd’hui avec des cannes).

Alain Finkielkraut
Sylvie Topaloff

 

 

12H58 : la sonnerie retentit. La cour entre.

Le président : « l’audience est reprise, veuillez vous asseoir. Plusieurs précisions : la Cour rend un arrêt recevant la recevabilité des constitutions de parties civiles (…). Il nous est apparu qu’on n’avait peut-être pas passé outre l’absence d’un expert psychiatre. Effectivement on n’a peut-être passé outre son absence. Il vaut mieux qu’on passe outre. Ministère public ? La défense ? Je passe outre (…). Nous abordons, avant les plaidoiries, la problématique des questions posées à la Cour (je vous passe les détails ici mais je vous expliquerai le fonctionnement au moment du délibéré. Ce qu’il faut comprendre c’est que la Cour doit se prononcer sur la culpabilité de chaque accusé au terme de son délibéré. Pour répondre sur cette culpabilité, elle doit répondre à plusieurs questions. Par exemple, admettons qu’une des infractions soit caractérisée … l’une des questions qui va suivre c’est « OK l’infraction est caractérisée mais est-elle en relation avec une entreprise individuelle ou collective terroriste ? Donc voilà, là le président a fait un point rapide sur les questions auxquelles la Cour devra répondre et les avocats qui le souhaitaient ont pu suggérer à la Cour des questions subsidiaires complémentaires. Ca a été le cas des avocats de Farid Kharkhach et des avocats d’Ali El Haddad Asufi).

Alors, nous allons commencer les plaidoiries. »

 

13H11


 

EXTRAITS / Maître Giffard : « vous avez attiré notre attention sur l’importance de rester dans la norme. Il y avait un point sur lequel il était absolument crucial de rester dans la norme ; c’était les droits de la défense. (…) Pour respecter l’esprit de la norme qui protège les droits de la défense, nous avons pour beaucoup renoncé à exercer des droits. Ce n’est pas le respect de la norme qui a permis de maintenir la dignité et la sérénité des débats mais bien le sens des responsabilités des parties civiles. 

(…) Comment en quelques minutes allions nous parler à la fois de nos clients et de ce qui à travers elles a été visé par les terroristes. Cela nous paraissait infaisable. C’est pourquoi nous allons vous présenter autre chose, une autre forme de plaidoirie, inédite à laquelle vont participer une centaine d’avocats (…). L’originalité c’est que nous n’allons pas plaider pour nos seuls clients mais pour la collectivité des parties civiles. C’est la raison pour laquelle nous n’indiquerons pas le nom de nos clients en début de plaidoirie, encore une fois contrairement à l’usage (…).

Alors, nous y sommes : comme souvent les premières fois, ça ne sera pas parfait mais notre espoir c’est que chacune des parties civiles se retrouve dans l’une ou l’autre des plaidoiries (…) ».

 

13H33


 

EXTRAITS / Maître Abraham : « Myriam, sa mère, Marc, son père, Camille, sa soeur, Pauline, sa jeune soeur, ont souhaité que je vous : ce jour restera gravé dans nos mémoires individuelles et collectivbes. L’horreur, la barbarie qui a surgi dans Paris, a montré comment détruire Paris en une soirée. Notre fils est mort, abattu lâchement au Bataclan. Lui qui avait combattu avec dignité et pudeur quatre ans auparavant un cancer était en rémission et s’engageait dans la vie. Mais voilà : Matthieu n’ira plus nul part : nous ne pardonnerons jamais ces fanatiques barbares. Nous espérons et croyons en la justice.

 

13H35


 

La collaboratrice de Maître Coviaux s’approche de la barre : 

EXTRAITS / L’avocate : « Renaud, l’homme éperdument aimé, était aussi le grand frère. (…) C’était une vraie fête de famille. Il y avait Floriane bien sûr mais aussi Axel son cadet, et enfin Eliott (…). Parce que c’est bon d’être ensembhle en famille (…). Renauld était tolérant, mais aussi curieux. Manifestement, il savait partager ses passions (…). « C’est la personne la plus gentille que j’ai connue dans ma vie.

 

EXTRAITS / L’avocate : « Estelle, ça signifie « étoile ». Ceux qui l’ont croisé se rappelleront d’une jeune femme pleine d’humour, de tendre. Le 13 novembre, l’étoile s’est éteinte au Bataclan (…). Elle était entrée dans le métier avec passion. Petite, elle était réservée voire timide, mais elle avait en elle cette détermination et à chaque réussite, elle gravissait une marche vers la confiance. (…) Estelle qui aurait eu 32 ans le 6 mars dernier était une personne humaine, bienveillante (…). Elle manque chaque jour à ses proches. Ce 13 novembre, ils leur ont pris leur Estelle (…) tous ensemble, leur route va se poursuivre avec la fierté d’avoir croisé cette étoile, une étoile dont le simple nom est déjà une richesse ».

 

13H42 : l’audience est suspendue pour quelques minutes (elle le sera systématiquement lorsque les avocats de parties civiles évoqueront le souvenir de victimes décédées). 13H49 : l’audience reprend.


 

EXTRAITS / Maître Topaloff : « peu de choses sont plus agréables qu’une terrasse à Paris le soir, au crépuscule. Alors, pourquoi cette fureur vengeresse s’est exercée sur l’insouciance du bonheur partagé ? Qu’est-ce que nous avons fait ? L’occident a beaucoup de choses à se rapprocher : sa cupidité, son expantionnisme (…)… mais ce que les djihadistes nous font grief, ce ne sont pas nos vices, mais notre vertue.

(…) Si nous avons appris une chose au cours de ces neuf mois d’audience c’est que ceux qui sont dans le box ne sont ni des fous, ni des marginaux, ni des monstres, ni de pauvres personnes manipulées, ni de personnes chaotiques. Je ne manquais de rien disais Abrini (…), Abdeslam de nous dire « j’ai eu une enfance simple et heureuse (…) »… qu’est-ce qui leur est arrivé ?

Je ne sais pas si un jour les victimes parviendront à les oublier. (…) Une chose est certaine : nous ne sommes pas comme vous et nous ne le serons jamais.

 

14H09


 

EXTRAITS / Maître Reinhart : « (…) le mal s’est déployé dans ces endroits où la paix s’était posée depuis tant de temps. La tranquilité d’un soir de novembre a été percutée par le mal en rafales. 

BOUM ! Explosion de ceinture faite de briques et de broques. (…) Voyage au bout du mal, au point de se déchiqueter soi-même. Pauvre terroriste, pauvre corps, misérable chair.

CLAC ! Ces bruits cent fois, mille fois répétés ! C’est le bruit de l’instrument du mal. La kalachnikov… PUTAIN de kalachnikov !

BOUM CLAC ! Le 13 novembre 2015, le mal a surgi dans nos vies, dans nos vies à tous. 

Les terroristes ne veulent qu’une chose : que nos repères disparaissent, que nous ne soyons jamais en sécurité (…), que nous ne puissions plus fermer les yeux délicatement. Les terroristes, ils veulent que le calme vole en éclat. 

Le 13 novembre 2015 c’est vrai nous avons rencontré le mal en rafale (…). Visés, touchés, pas coulés … mais sidérés ! Le 14 novembre au matin ne restait qu’un seul constat : le mal est là et il existe. Et une seule question : (…) comment ? Comment le mal : comment des hommes qui ont été un jour des enfants ont pu basculer ? 

 

14H29


 

EXTRAITS / Maître Maktouf : « (…) ce procès n’est pas celui de l’islam, ce procès n’est pas celui de la pratique religieuse. La République ne juge pas l’islam ni aucune autre religion. La République garantit la liberté de conscience à tous. (…) 

(…) Monsieur le président, mesdames et monsieur de la Cour, ne vous trompez pas : identifiez le mal, car nous sommes face à une idéologie salafiste meurtirère. (…) Ce que veulent les djihadistes, c’est détruire nos institutions, c’est détruire l’Etat de droit. Ils se posent en victimes, s’érigent en justiciers (…). Les accusés détestent notre Etat de droit, détestent notre démocratie et pourtant c’est bien notre Etat de droit et notre démocratie qui garantissent leur droit à un procès équitable et le respect de leurs droits humains au premier rang desquels les droits de la défense. Ils jousisent de la dignité, eux qui ont piétiné la dignité des droits des victimes. Ce sont ces mêmes victimes qui attendent de votre cour la justice ».

 

15H


 

EXTRAITS / Maître Chemla : « (…) messieurs je pense que vous continuez à ne penser qu’à vous et franchement, je n’ai pas cru ni aux larmes, si rares, ni à la sincérité de quiconque. Ils sont restés solidaires entre eux, (…) ils ont eu un sourire gêné pour quelques victimes … et leur seul vrai regret est ce qui leur arrive à eux. Est-ce qu’il est exprimé quelque chose qui me permette d’imaginer que placés dans les mêmes circonstances, les choses seraient différentes ? Aucun ne m’en a persuadé ; aucun.

Je sais qu’ils sont totalement humains puisque le mal est dans l’humanité … mais je sais aussi que les mensonges dans lesquels ils se sont enfermés ne me permet pas de partager avec eux la notion d’un avenir. Ils se défendent comme des vendeurs de shit et je n’ai pas ressenti qu’ils étaient à la hauteur de leur procès.

 

15H20


 

EXTRAITS / Maître Seban : « pourquoi la France ? Nous avons posé cette question : attaquer la France, c’est attaquer l’idée de la mixité, de la liberté d’expression, de l’Etat de droit. C’est ces principes là qu’ils sont venus combattre. Pour commettre de tels crimes, il faut nier l’humain en l’autre. (…)

Sur la peine, c’est évidemment au Parquet de la réclamer. Albert Camus disait encore « le crime impuni infectait la cité. Mais le crime trop puni ne la souille pas moins ». Vous devrez juger chacun pour les faits qu’il a commis. Vous ne répondrez pas à l’injonction de Salah Abdeslam de le condamner à une peine exemplaire. Il réclamait une peine exemplaire pour qu’une peine inférieure lui soit accordée. 

 

15H41

Le président : on reprendra à 16H la suite des plaidoiries. L’audience est suspendue.

 

16H20 : reprise.


 

EXTRAITS / Maître Morice : les entendez-vous ? Les entendez-vous ?! Les entendez-vous ?! Ils ne sont plus présents mais ils sont toujours là … car ils ont vu, ils ont entendu, touchés dans leurs âmes et dans leur chair, comme si certains avaient voulu les détruire à jamais … mais ils sont encore et toujours là. Face à l’indicible, le silence est souvent la seule réponse susceptible d’appréhender et d’accueillir le mystère des êtres. Vous avez été attentifs ; vous le savez ; ils sont bien là … car nous n’avons pas besoin de les voir ou de les toucher pour comprendre que dans cette immense salle, ils sont omniprésents. Ils habitent depuis des années, des mois pour certains, nos jours et nos nuits, nos âmes, nos esprits et nos corps, au point de nous faire ressentir notre incapacité à répondre au défi qui nous est lancé. Vous allez devoir relever le défi de dire le droit en respectant l’humanité de chacun.

(…) Dans quel monde vivons-nous ? Il y a déjà presque 65 ans, dans son discours de Stockholm, Albert Camus déclamait avec humilité et de façon prophétique que chaque génération se croit vouée à refaire le monde. La mienne sait pourtant qu’elle ne le refera pas … mais sa tâche est peut-être plus grande : elle consiste à empêcher que le monde se défasse. Le constat n’a guère changé : quel monde voulons-nous ?! Envie de le refaire ? Certainement ! Empêcher qu’il se défasse ? Assurément ! En tout cas un monde plus fraternel ou le respect de la dignité humaine serait au coeur de nos engagements et de nos vies.

 

16H40


 

EXTRAITS / Maître Begeot : je vais vous entretenir d’une notion que l’on croit connaitre et maitriser qui est celle du combattant. (…) Pour qu’il y ait combat, il faut qu’il y ait plusieurs parties armées (…). Or, il n’aura échappé à personne que ceux qu’on appelle les membres du commando, ne sont pas venus pour affronter la garde républicaine ou d’une manière générale l’armée ou la police française afin de laver les affronts subis en Syrie.

(…) Les personnes dans le box n’ont pas agi en tant que combattant (…). Encore une fois, toutes les victimes du Bataclan, des terrasses et d’autres encore n’étaient pas des combattants. A ce titre donc nous ne rendront pas les honneurs de la guerre et il faudra rectifier le communiqué de l’Etat islamique : ce ne sont pas les combattants de l’Etat islamique qui sont venus à Paris mais les assassins de l’Etat islamique.

 

16H53


 

EXTRAITS / Maître Monod : « une question qui se pose à votre Cour : comment on glisse de cette délinquance des quartiers à cet islamisme ? Je vous propose une réponse : l’identité de nature entre la délinquance et l’islamisme. Premier point de convergence : la violence. Une violence des moyens et une violence du projet. Le projet c’est l’application de la charia. C’est un projet de violence et j’aimerais qu’on arrête d’expliquer que c’est une réaction aux agressions des occidentaux. Le second point de convergence c’est le projet de modèle sociétal alternatif. L’objet même de la délinquance c’est de transgresser le modèle sociétal existant. Le second point caractéristique c’est le réseau de solidarité et de dépendance que ce réseau sociétal met en place. (…). L’islamisme propose lui aussi un modèle sociétal de substitution. Son objet est identique au modèle sociétal de la délinquance : c’est un modèle sociétal de remplacement. Il est attractif parce qu’il se réclame des origines des accusés. Ce qui le rend dangereux ce modèle sociétal islamique c’est qu’à partir du moment où il rentre dans le tissu sociétal de la délinquance, l’expansion se fait très très vite. C’est la raison pour laquelle vous avez ces convergences entre la société délinquante et la société islamiste. 

 

17H06


 

EXTRAITS / Maître Mouhou : (…) je me suis dit : est-ce que ce procès a permis à l’intelligence de certains accusés, de faire un bout de chemin ?! Intelligence au sens de Kant c’est-à-dire la possibilité de supporter le doute. Et finalement, dans les débats, on n’a pas trouvé ce qu’on voulait entendre. (…)

(…) Alors, qu’est-ce qui a donc manqué ?! Il me semble que j’ai une partie de la réponse : (…) moi je pense qu’il a manqué de la culture, qui élargit le champ de l’imagination, le champ de la critique et qui est la ligne de démarcation entre les droits de l’Homme et la barbarie. (…)

(…) Lorsqu’on entend Mohamed Abrini nous dire que tout est fait au nom de Dieu. Moi je dis : « est-ce que vous avez reçu un commandement de Dieu ? Une désignation ? Est-ce que vous avez été mandaté par Allah ?! » … donc qu’est-ce qui permet de vous substituer à Dieu pour être en quelque sorte son messager d’exécution sur terre.

 

17H31


 

EXTRAITS / Maître Szwarc : le terrorisme ne divise pas les victimes ; il les rassemble dans leur combat (…). Les victimes sont plurielles. Parmi celles qui m’ont choisies, plusieurs nationalités (…), plusieurs âges, plusieurs religions (…). Celles qui m’ont choisi particulièrement sont des victimes du Bataclan, mais tous, toutes, forment une communauté involontaire réunie par ce 13 novembre, ce vendredi rouge. (…) Je voudrais dire toute l’admiration que j’ai pour elles : celles qui sont venues parler, celles qui sont restées sur les bancs (…).

Les victimes attendent un verdict qui ne soit pas une souffrance complémentaire. Le jour de l’annonce du verdict, j’aimerais pouvoir dire aux victimes que toutes leurs larmes, toutes leurs peurs, toute la souffrance a été entendue. (…) Cette salle d’audience va rester on le sait et j’aurais préféré qu’elle soit provisoire. Aujourd’hui encore la France reste une cible privilégiée de l’Etat islamique. (…) Ce qu’on attend du juge c’est qu’il soit un rempart contre le terrorisme. Ce rempart sera aussi celui des motivations que vous énoncerez et que vous retiendrez après le débat. (…) 

 

17H55


 

EXTRAITS / Maître Gerbi : (…) il a été dit que Salah Abdeslam était le dernier survivant des commandos. C’est faux. Vous êtes les derniers membres de ce bâtaillon entré à Paris le 13 novembre 2015. Mes clients me disaient encore : quel que soit le verdict, qu’ils emportent avec eux leur vérité. (…) Aussi historique que soit ce procès, messieurs les accusés vous n’avez rien inventé. (…) Vous tomberez dans l’oubli comme lui et c’est là votre planche de salut. (…)

 

18H21


 

EXTRAITS / Maître Rimailho : « L’Etat islamique considère que la musique a un effet néfaste sur l’être humain en ce qu’elle fait perdre la raison à celui qui l’écoute. (…) L’Etat islamique a admis une certaine musique : les anasheed, qui sont considérés comme des chants religieux. Pour que l’écoute soit licite, ces anasheed doivent répondre à un certain nombre de critères : être chantés par une voix masculine, ne doivent pas contenir de propos immoraux.

Si on poursuit cette logique guerrière où la musique est une arme, on peut se demander si l’Etat islamique n’a pas voulu détruire l’arme de la nuit. (…)

 

18H35

Le président : « nous avons terminé pour aujourd’hui les premières plaidoiries. Nous reprendrons demain ». 

 

A demain ! 


Pour poursuivre la lecture : 

* Lire la journée suivante

* Lire la journée précédente

 

Attention : toute reproduction de ce contenu sans l’autorisation expresse de l’auteur expose le contrefacteur à des poursuites.

Partager:

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

error: Ce contenu est protégé