Jour 128

Attention : la lecture des éléments de retranscription du procès des attentats du 13 novembre 2015 s’adresse à un public averti. Certains des propos rapportés sont susceptibles, par leur contenu ou leur nature, de heurter la sensibilité des lecteurs, et notamment des plus jeunes. Par ailleurs, toute reproduction du contenu, même partielle, sans l’autorisation expresse de l’auteur expose le contrefacteur à des poursuites.

 

EXTRAIT

MERCREDI 25 MAI 2022

 

12H40 : la sonnerie retentit. La cour entre.

Le président : « bien, on va poursuivre les plaidoiries des parties civiles ».

 


 

EXTRAITS / Maître Lemoine : « Cédric est mort sur la terrasse de La Belle Equipe. Tous ceux qui l’ont cotoyé gardent le souvenir d’une personne sensible et généreuse (…), d’un adulte travailleur acharné, (…) aimant sortir boire un verre avec ses amis, aimant voyagé. (…) Son père est fier de la personne qu’il était. (…) Ses parents, sa sœur et ses amis auraient voulu qu’il les accompagne plus longtemps.».

 


 

EXTRAITS Maître Dalloz : « Yannick (…) ne se prenait pas au sérieux. Qualifié de plus grand déconneur de la terre, il embarquait tout le monde dans sa folie douce. (…) Pour Misha, Yannick était surtout son papa (…). Misha apprend chaque jour à vivre sans son père (…) ».

 

EXTRAITS / Un collaborateur de Maître Rimailho : « Nicolas était surtout une personne très attaché à sa famille. Son amour pour la musique, il le partageait avec sa compagne, Stéphanie. (…) Stéphanie continue de faire raisonner leur amour en écoutant chaque jour un vynile de sa collection. (…)

 

EXTRAITS / Maître Dalloz (une photo d’Anne en robe de mariée est projetée)  : « Anne savait dire aux autres qu’elle les aimait (…). Attentionnée envers sa famille et ses amis, elle ne loupait aucun anniversaire. (…) Anne avait fait des études de musicologie, avant de se réorienter vers la petite enfance. (…) Pierre-Yves son époux (…) lui collait un peu partout dans son appartement des petits post-it sur lesquels il écrivait « je t’aime ». Ces deux-là se sont énormément aimés. Ces deux-là ont écouté leurs dernières notes de musique ensemble ».

 

EXTRAITS / Maître Rimailho (une photo de Guillaume est projetée) : « Guillaume avait une passion : la vie. Il adorait la fête, la musique, ou juste passer du temps avec ses amis autour d’un verre. (…) Sa maman et ses sœurs sont inconsolables de son absence. Elles font face (…).

 


_______

 

EXTRAITS / Avocat (collaborateur de maître Coviaux) : « (…) Quentin boulanger est un jeune homme généreux, curieux, ouvert sur les autres et sur le monde. (…) Quentin j’aurais tant voulu te connaître (…). Quentin je parle de toi au présent car tu seras toujours vivant dans le cœur de ceux que tu as marqué ».

 

EXTRAITS / Maître Lemont (collaborateur de maître Coviaux) : « Quentin aimait Hélène. Hélène aime Quentin. Ils se sont construits ensemble. (…) Quentin s’inquiétait tant pour Hélène. Je t’aime était son dernier texto pour elle. Quentin aimait Hélène. Hélène aime Quentin  ».

 


 

EXTRAITS / Maître Abraham (lit un texte de la famille) : « Madeleine ; il était une fois une nuit d’effroi. Ton sourire, ta force ton amour n’ont de cesse de nous éclairer. Nous venons régulièrement te voir, là où l’on sait pour toujours te chérir. Il était une fois, une nuit pour rien, que Dieu leur pardonne ».

 

EXTRAITS / Maître Abraham (lit un texte du conjoint de Madeleine, présent avec elle au Bataclan) : « ma chère Madeleine, tu m’as manqué énormément, tu m’as manqué beaucoup ; parfois tu m’as manqué moins … mais tu m’as toujours manqué. J’ai appris à vivre avec toi dans les ombres, dans les signes, dans les angles morts. Je ne sais si tu m’entends, mais je te parle souvent ».

 


________

 

EXTRAITS / Maître Reinhart : « Christophe Foulti ( dévorait la vie passionnément et incitait à faire de même. Il était graphiste assidu le jour… et bassiste la nuit. (…) C’est un passionné de basses. Il voulait se faire tatouer les lignes de ses basses. (…).

 


 

EXTRAITS / Maître Dewavrin : « Valéria Solesine, il sole … le soleil comme on la surnommait. Valeria rayonnait par son enthousiasme, son intelligence, son humour et son franc-parler. Elle débordait d’amour (…). Unique victime italienne décédée, Valeria a reçu lors de ses funérailles, un hommage national en présence du président de la République italienne. Pour éloigner la haine, sa famille a voulu que s’expriment tour à tour, le Patriarche, le grand rabin et le grand imam de Venise. Et on remarquera que ce jour-là, le soleil brillait sur Venise ».

 


 

EXTRAITS / Maître Sauvestre : « Djalal aurait eu 31 ans le 14 novembre 2015. Il était pour ses proches un bon gars (…). Comme ses parents, ses cinq frères, Djalal a connu l’exil, le déracinement ; il a connu un nouveau départ loin de son pays natal, l’Algérie. Djalal incarnait la vie et son espoir. 

Malheureusement, Djalal n’aura pas la chance d’accomplir son rêve totalement. On lui a volé cette chance. Des hommes, aveuglés par leur haine, ont décidé arbitrairement de lui ôter la vie, alors qu’il marchait seul sur le boulevard Voltaire.

 


 

EXRAITS / Maître Mouhou : « j’évoque la mémoire de Cédric Mauduit, 41 ans, mort au Bataclan, laissant une épouse et deux enfants. Nicole, sa mère, a témoigné il y a quinze jours en vous disant : « monsieur le président, je voudrais parler à mon fils ». Et ce fut lumineux ; comme le fit Cédric. Cédric, après de brillantes études en Sciences politiques a quitté Paris. Il était directeur de la modernisation du département du Calvados (…) ».

 

EXRAITS / Maître Mouhou : « je voudrais évoquer la mémoire de Kheiridine dit Didine. Didine était un un musicien (…). Le violon s’est imposé à lui. Après un master de musicologie à Alger, il décide de poursuivre ses études à la Sorbonne. (…) Didine a été confronté à proximité de la Bonne bière aux tirs des terroristes.

Didine était un artiste, Didine était un homme libre, passionné de son art. Je voulais que la Cour puisse le voir, l’entendre, écouter notre violoniste ; hommage qui lui a été rendu en Algérie à l’initiative de la fondation (une vidéo est projetée. Elle est en plusieurs temps : dans le premier temps, on le voit jouer du violon, puis ensuite une soirée d’hommage en présence de l’ambassadeur de France en Algérie … et enfin un concert en hommage à lui, sur des airs de musique orientale) ».

 

EXRAITS / Maître Mouhou : « je voudrais évoquer la mémoire de Ludovic Moumbas. (…) Son père a été emporté par le chagrin suite à la mort de son fils. Ludovic était passionné de musique et avait fondé avec son frère à Lille un groupe de hip // hop. (…) Chloé est venue témoigner à cette barre avec la culpabilité immense d’être en vie grâce au sacrifice de Ludovic qui s’est jeté sur elle pour la protéger des balles (…). La famille n’a pas souhaité témoigner à ce procès et m’a laissé le soin d’évoquer la douleur qui abime (…) (une vidéo est projetée : c’est la vidéo du clip de Axiom, qui avait été diffusée en début de procès puis une interview de son frère Charden, interviewé quelques jours seulement après la mort de son frère Ludovic. On l’entend dire « j’aurais préféré que mon frère parte en lâche ; je sais qu’il faut pas dire ça mais j’aurais voulu que mon frère ne meure pas).

 

EXRAITS / Maître Mouhou : « je voudrais évoquer la mémoire de Romain Didier. Ce soir-là Romain avait un rendez-vous avec Lamia ; un rendez-vous amoureux. Romain avait 32 ans. (…) Une boule de nerfs concentrée dans un physique de playboy. Romain était monté à Paris comme on dit pour suivre des cours d’art dramatique puis a occupé un poste de manager dans un établissement du 6ème arrondissement de Paris. Ses parents m’ojnt envoyé une vidéo de trente secondes. Je vous laisse découvrir Romain dans l’élan de sa vie (une vidéo est projetée. Le son ne fonctionne pas. Le président : « on n’a pas de son. Il fallait me les communiquer avant ces vidéos ! je les découvre en même temps que vous … c’était plutôt la semaine dernière ça).

 

EXRAITS / Maître Mouhou : « il s’agit de l’évocation de Lamia Mondeguer. Cette évocation sera de, par, avec Lamia tout simplement (on voit la vidéo être diffusée mais il n’y a pas de son … Le président : « bon on a un problème technique ; ça ne va pas être possible ! Vous pouvez lire éventuellement un texte ?! Maître Mouhou : « nous avons fait les essais hier soir »).

 


 

EXRAITS / Maître Bourgeon : « Romain Dunet est décédé le 13 novembre au Bataclan, décédé assassiné. Il a reçu une rafale. Son père m’a confié quelques mots à vous lire ; des mots d’adieu : l’image que je garderai de toi sera celle d’une étoile filante (…). Professeur d’anglais, tu as fini ta course ce 13 novembre au Bataclan avec d’autres innocents. (…) J’ai été impressionné par ton ouverture d’esprit qui t’as permis de faire de riches et magnifiques rencontres. (…) J’ai été émerveillé par le bonheur et la fraternité que tu dispersais là où tu passais (…). Comme l’étoile filante que tu as été, tu as vaporiser sur ton passage des graines de bonheur, de joie (…). Tu seras un magnifique ange-gardien … bon vent à toi mon fils ! (…)

 


13H39 : l’audience est suspendue.

Le président : « ce que j’envisage de faire c’est de faire diffuser cette dernière vidéo, sauf opposition de l’une des parties ; je ne vois pas d’autre solution… mais je ne vois pas maître Mouhou donc pour l’instant, on va déférer ce point ».

 

13H50 : l’audience reprend.


 

EXRAITS / Maître Abraham : « 132 : c’est le nombre exact des personnes qui ont perdu la vie, à qui on a pris la vie ce soir là. On ne nait pas victime ; on le devient, par l’acte d’un autre. (…) 132 c’est important car c’est aussi le nombre qui permet de qualifier la gravité des faits reprochés. Si l’infraction d’assassinat est qualifiée, elle le sera par 132 fois. En France, on n’additionne pas les peines encourues. C’est une chance. (…)

(…) Si la victime le devient par l’acte lâche d’un autre, elle ne s’en sort que par son propre courage. Alors, 2579 parties civiles, vous trouverez aussi dans ce nombre, la légitimité de ce procès. Elles entendent participer à l’œuvre de justice, elles vous disent par leur nomnbre la confiance qu’elles portent à votre institution. Et enfin, quelle aurait été la légitimité de ce procès sans parties civiles.

 

14H02


 

EXRAITS / Maître Bibal : « (…) plusieurs victimes sont venues et vous ont dit « je dépose devant vous, je dépose ma souffrance (…) »… et m’ont fait réfléchir à ce terme technique.

En effet, la question est de savoir ce que vous allez faire de ce dépôt qui vous est confié. Vous êtes les récipiendaires d’un dépôt de souffrance. (…) Qu’allez-vous faire ? Qu’allons-nous faire de ce dépôt ?! (…) La question de la souffrance doit être intégrée au cœur, travaillée, moulinée, labourée par notre travail d’artisan, par notre travail commun de justice. Nous devons travailler cette pâte humaine mouvante. Les gens ne sont pas venus pour nous faire pleurer : ils ont leurs amis pour ça ; ils ont des cérémonies. Ils sont venus parce que vous êtes des gens de justice. (…) Il faut aujourd’hui transformer ce dépôt en motivation. C’est ça l’enjeu.

 

14H32


 

EXTRAITS / Maître Regensberg-Konopny : « (…) la prise de conscience de l’imminence de sa propre mort est un phénomène extrêmement brutal qui provoque d’abord une incrédulité puis une sidération et une insoutenable angoisse existentielle, qui est l’angoisse spécifique des victimes directes de ces attentats. (…) La proximité physique et sensorielle de la mort, l’effroi qui résulte de l’impuissance, la détresse post-panique et la déshumanisation infligée aux victimes : tous caractérisent cette angoisse existentielle qui constitue un des éléments du préjudice spécifique des victimes. (…) La prise en compte de ce préjudice très particulier permet la reconstruction. Comme disait mon confrère Bibal, il faut nommer les choses, pour pouvoir reconstruire tout ce qui était terminé.

Un mot maintenant sur l’inquiétude et l’attente des victimes indirectes, et celle des proches. (…) Il ne se confond pas avec le préjudice d’affection ni avec aucun autre préjudice. (…) Je dirais que ces deux préjudices doivent permettre de réparer les vivants parce que cette réparation on la leur doit. Seul le sentiment d’être reconnu dans l’ensemble de leurs préjudices leur donneront cette force et c’est là encore la défense qu’on leur doit et c’est peut-être l’une de celle qui leur permet de faire opposition, en ne rajoutant pas leur détresse au tableau de chasse terroriste.

 

14H52


 

EXTRAITS / Maître Teste : « je vais vous parler de la violence, la violence du parcours des parties civiles. (…) Le FGTI c’est un organe formidable, créé en 1986, financé par chacun de nous. Les moyens financiers sont donc considérables, nous sommes tous des contributeurs (…). Pourtant, cette étape est souvent cruelle pour les victimes. (…) Certains médecins experts psychiatres ont été perçus comme odieux par les victimes : « vous y étiez bien ? », « vous avez gardé votre ticket d’entrée ? », « votre ticket de caisse du restaurant ? », « vous êtes resté un quart d’heure au Bataclan ? … Ce n’est pas long ! ça devrait aller », « vous avez déménagé ?! C’est un choix personnel, ça n’a pas de rapport avec l’attentat ! ». Il faut tout justifier ,tout restituer, tout discuter. Pour les victimes directes, les victimes indirectes, les proches décédés (…). La détresse et l’incompréhension envahissent les victimes. Elles se sentent méprisées, bafouées, c’est une souffrance supplémentaire vécue par chacune d’entre elles. Alors que le système d’indemnisation devrait être simple pour les victimes, il apparaît souvent comme destructeur.

 

15H10


 

EXTRAITS / Maître Zegout : « être blessé par des armes de guerre, des kalachnikov, des explosifs, c’est en soi un traumatisme. Elles se sont faites tirer dessus par un autre être humain. Elles ont reçu des balles ou des éclats qui ont tué pour certaines. (…) Ces balles ont transformé leur corps en leur propre ennemi. Plusieurs points communs lient ces victimes (…). Elles ont du lutter contre le risque infectieux, ont dû subir plusieurs interventions ; elles ont du faire face à une longue rééducation, ont dû accepter leurs séquelles. Elles doivent et devront vivre avec.

 

15H27 : sa consoeur Maître Behanzin poursuit.

 

EXTRAITS / Maître Behanzin :« ma consoeur vient d’évoquer le parcours éprouvant des victimes (…). Moi je voudrais vous parler des autres blessures ;  des blessures dont on ne se plaint pas parce qu’on a la chance d’être vivant et debout ; des blessures qu’un expert minimiserait, hiérarchiserait.

Ce sont des blessures qui ne se voient pas, qui gâchent les moments. (…) Ce sont ces blessures qui sont minimisées, hiéarhcisées parce qu’elles ne sont finaleemnt pas graves selon ce qu’en disent les experts. Ce sont des blessures qui sont hors parcours de soins. Pour les décrire, j’aurais voulu vous citer un terme latin mais au cabinet, nous les appelons « ces autres blessures qui pourrissent la vie » et je pense que c’est le terme adéquat !

 

15H32 : l’audience est suspendue. 16H16 : l’audience est reprise.


 

EXTRAITS / Maître Mescam : « Je vais évoquer devant vous les blessures psychiques. Tout à l’heure, on vous a dit qu’il y avait une hiérarchie entre les blessures physiques : les graves blessures et les autres blessures … mais il y a en dessous les blessures psychiques. (…) C’est vrai que les blessures du corps, elles sont visibles, immédiatement constatables : c’est ça être blessé ! Mais, aussi bien que le corps humain n’est pas fait à l’épreuve des balles, l’être humain n’est pas fait non plus pour surmonter sa propre mort. (…) Les blessures de l’âme ont été trop souvent négligées. C’est ce qu’on appelle aujourd’hui le syndrome de stress post-traumatique. Ça se caractérise par une souffrance morale et des complications psychiques. (…) La vie après les attentats est dominée par le stress et l’angoisse. Ce stress qui n’en finit pas et revient toujours comme un boomerang. (…) Le syndrôme de stress post-traumatique c’est cette souffrance du passé qui ne cesse pas d’être présente.

 


 

EXTRAITS / Maître Dinparast : « Ce mauvais compagnon de route suit et poursuit la victime partout où qu’elle aille jusqu’à même irradier son corps. Je vais donc essayer de décrire au mieux ce syndrôme de stress post-traumatique (…).

 

16H43


 

EXTRAITS / Maître Ardouin Saint Amand : « je vais m’attacher à vous présenter l’une des complications majeures du syndrôme de stress post-traumatique : les addictions. Les addictions sont définies par une impossibilité à contrôler un comportement malgré des conséquences négatives pour le patient. (…) Dans les témoignages que nous avons pu entendre, on peut s’apercevoir que l’addiction prend plusieurs formes. Elle touche dans sa forme la plus répandue à l’alcoolisme (…). Chloé elle consomme de l’alcool mais aussi cocaïne, cannabis. Elle explique « j’ai plus la force d’aller au travail. Je bois tous les jours. (…) Je bois le soir quand je finis le travail. Je sors beaucoup. Beaucoup de consommation de cocaïne, d’ecstasy (…). Je me sens morte je vais jusqu’à l’extrême ». Sylvain lui ce n’est pas l’alcool son addiction mais le travail. (…) L’écran lui sert de filtre pour échapper à la réalité. Il cumule aussi avec une addiction aux concerts : il y va 3/4/5 fois par semaine. Pour Bruno, vous l’avez entendu en octobre, lui c’est l’achat compulsif de chaussures.

 

16H53


 

EXTRAITS / Maître: « Messieurs les accusés : vous êtes assis sur votre banc depuis plusieurs mois mais ce temps n’est rien parce que celui de cette victime, exemplaire du syndrome de Lazare est fixé, inscrit dans la souffrance au plus profond d’elle-même et il me semble qu’elle est marquée à jamais. Je vais citer Philippe Lançon, Le lambeau : « je me souviens quelle fut la première personne vivante, intacte, que j’ai vu apparaître, la première qui m’ait fait sentir que ceux qui approchaient de moi désormais, venaient d’une autre planète ». Nous avons effectivement l’impression que Caroline vient d’une autre planète.

 

17H10


 

EXTRAITS / Maître Richard :« j’interviens pour deux victimes directes mais deux victimes indemnes physiquement mais blessées psychiquement. Il m’a paru intéressant de livrer à la Cour, comment dans leur récit il avait pu y avoir cette perte de sens. (…) Le chemin est très très long pour remettre du sens. C’est cette perte de sens que va vous décrire ma consoeur concernant l’une des personnes qu’elle a assistées.

 

 

EXTRAITS / Maître Lacroix : « donner du sens aux victimes c’est leur permettre de retrouver une place dans la société, dans le monde et leur permettre de faire le deuil de leur personnalité antérieure et leur permettre de réécrire l’avenir.

 


 

EXTRAITS / Maître Avramesco : « par décret du samedi 14 novembre 2015, le président de la République avait décrété un deuil national de 3 jours. Ainsi la France pouvait rendre hommage à ses morts et les pleurer. Une minute de silence a été respectée. La France était en deuil. Le symbole était beau. L’espace de trois jours : du 15 au 17 novembre 2015, nous étions tous frères et sœurs (…). Mais ça, c’est le deuil collectif car si le deuil des français cessait le 17 novembre ; le deuil des victimes perdurait. C’est de ce deuil ci dont il est question.

Même la langue française ne parvient pas à nommer toutes les situations liées au deuil. (…) Comment nommer les parents à qui on a arraché leurs enfants ? Comment nommer les frères et sœurs ? Comment nommer les amis, ceux qui restent ? Il n’y a pas de mots. (…) J’en terminerai avec une citation dans laquelle Victor Hugo s’adresse à sa fille, Léopoldine : « tu n’es plus là ou tu étais mais tu es partout là où je suis ».

 

17H40


 

EXTRAITS / Maître Lemoine : « comment vivre après la disparition brutale et dénuée de sens d’un proche, d’un ami, d’un conjoint, d’un ami ? (…) Catherine explique que « tout explose en éclats (…).

Avec la mort de son enfant c’est une partie du sens que l’on a donné à son existence qui disparait. Emilie la sœur de Cédric a perdu un frère mais aussi un repère. Elle a perdu le témoin de ses souvenirs d’enfance, d’adolescence mais a également perdu une partie de son avenir. Catherine elle, a perdu un conjoint avec lequel elle avait vécu pendant quatorze ans. Et Camille elle, en perdant la plupart de ses amis a perdu comme une famille (…) qui partageait ses joies, l’accompagnait dans ses peines. (…).

Ces témoignages permettent d’illustrer le parcours du combattant de celui qui a perdu un être cher : ils sont les mêmes mais se sentent différents. Didier aime beaucoup cette phrase : « nous fermons les yeux de nos morts mais nos morts nous ouvrent les yeux ». (…)

 

 

EXTRAITS / Maître Hogard : « avec les années passées depuis ces attentats, certains parents victimes essaient d’emprunter le chemin de la miséricorde. Cela facilite-t-il leur deuil ? Je crois qu’il faudra encore du temps.

 

18H06


 

EXTRAITS / Maître Amico : « s’il y a bien un mot qui m’a semblé s’imposer comme le fil conducteur, c’est bien celui de résilience. (…) Ce concept de résilience est fondamental. Il est notre radeau de survie pour nous relever, continuer à faire société, écouter de la musique, de boire un peu et rire beaucoup. La résilience constitue notre capacité à nous déformer, pour échapper à la mort. (…) Je voudrais aujourd’hui remercier toutes les victimes : vous êtes notre force, notre inspiration, notre résilience. (…)

(…) Face au flux et reflux résilients de l’islamisme, il faut opposer une résistance collective. Il ne faut pas céder d’un pouce face aux revendications islamistes que sont les poupées sans visage, le burkini et autres. (…)

Enfin, même si nous n’avons pas obtenu toutes les réponses que nous souhaitions, nous avons tous pu admirer la lâcheté de ceux qui sont dans le box. (…) C’est peut-être le dernier enseignement de ce procès : si l’islamisme est résilient, ces soldats de pacotille ne le sont pas. Nous pouvons donc les vaincre. (…)

 

18H25


 

EXTRAITS / Maître Clement : « (…) je viens vous parler de culpabilité. Ce sentiment de honte n’a rien à voir avec celui exprimé par monsieur Abdeslam à l’égard de ses frères musulmans pour ne pas avoir déclenché sa ceinture d’explosifs. (…) Les dépositions des parties civiles ont illustré ces réminiscences conscientes et inconscientes. (…)

Votre Cour, nos institutions judiciaires doivent prendre en considération le syndrôme de culpabilité des victimes afin de pouvoir évaluer et indemniser leur dommage avec discernement et dignement.

 


 

EXTRAITS / Maître Coviaux : « pour se sentir coupable, il faut d’abord que l’on commette une faute. La faute a d’abord la particularité de s’inscrire d’abord dans leur histoire. Il y a la faute la plus terrible qui est celle d’aimer. C’est le défaut d’anticipation. (…) On a Stéphane, qui a payé un billet à son fils, on a Eric qui a emmené sa fille, on a ces gens sur les terrasses qui ont appelé un ami en disant « viens viens! » » … on a ces anniversaires qui ont été fêtés qui devaient être joie. On est toujours coupable à l’anticipation ! On a la culpabilité d’être vivant. (…) Les blessés psychiques s’excusent parce qu’ils s’estiment beaucoup moins victime que d’autre. Vous avez la culpabilité des proches (…). Enfin, vous avez la culpabilité de ne pas être un héros. Celle-là, elle est terrible.

 


18h45 :  l’audience est terminée ! Pas d’audience demain et vendredi pour cause de « pont de l’Ascension » donc à lundi prochain, 12H30 !


Pour poursuivre la lecture : 

* Lire la journée suivante

* Lire la journée précédente

 

Attention : toute reproduction de ce contenu sans l’autorisation expresse de l’auteur expose le contrefacteur à des poursuites.

Partager:

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

error: Ce contenu est protégé