Jour 130

Attention : la lecture des éléments de retranscription du procès des attentats du 13 novembre 2015 s’adresse à un public averti. Certains des propos rapportés sont susceptibles, par leur contenu ou leur nature, de heurter la sensibilité des lecteurs, et notamment des plus jeunes. Par ailleurs, toute reproduction du contenu, même partielle, sans l’autorisation expresse de l’auteur expose le contrefacteur à des poursuites.

 

EXTRAITS

MARDI 31 MAI 2022

 

12H50 : dans le box, Mohamed Amri est assis seul. Apparemment, les autres accusés refusent de monter dans la salle (pour rappel, hier, c’est Muhammad Usman qui refusait de monter en raison d’un problème d’ordre médical). 13H15 : l’audience n’a pas encore repris.13H42 : la sonnerie retentit. Dans le box, Mohammed Amri est toujours assis seul. Devant le box, Abdellah Chouaa, Ali Oulkadi et Hamza Attou, les trois accusés qui comparaissent libres sont là. La cour entre.

Le président : « alors nous avons dix détenus sur onze qui refusent de comparaître. On parlera de ça tout à l’heure. Je vais faire les ordonnances aux fins de faire les sommations d’usage. Ca concerne messieurs Abdeslam, Abrini, Ayari, Atar, Asufi, Kharkhach, Krayem, Usman, qui refusent de comparaître. Voilà la commission avec interprète pour certains d’entre eux ».

 

 

14H20 : l’audience n’a toujours pas repris. 14H24 : Farid Kharkhach vient d’être amené dans le box. Ils sont donc désormais deux.

 

14H32 : la sonnerie retentit. La cour entre.

EXTRAITS / Le président : « à l’issue des sommations, on a encore neuf détenus qui refusent de comparaître. (…) Petite précision sur ce mouvement qui est lié au fait que l’un des détenus doit avoir un suivi médical par rapport à une intervention qu’il a eu il y a quelques temps et il s’impatiente par rapport à la date à laquelle ce suivi médical doit avoir lieu. (…) Je ne vais pas rentrer dans les détails car c’est couvert par le secret médical. Depuis ce matin je suis sur le sujet pour que le rendez-vous puisse être pris au plus tôt ».

Maître Huylebrouck, avocat de Muhammad Usman : « (…) je n’ai pas la faculté de dévoiler des éléments qui relèvent du secret médical mais ce que je peux vous dire c’est que le refus de comparaître de monsieur Usman est dicté uniquement par les craintes qu’il peut avoir sur son état de santé. En avril 2021, monsieur Usman a fait l’objet d’une intervention qui appelait une nouvelle intervention d’ici quatre mois. (…) Cela fait treize mois qu’il attend cette deuxième intervention. (…) Le lundi 16 mai, monsieur Usman a pu voir un spécialiste qui était stupéfait qu’on ait attendu aussi longtemps et qui a instamment dit qu’il devait le revoir sous quinze jours. Nous sommes le mardi 31 mai et ce nouveau rendez-vous n’est pas intervenu. Monsieur Usman est légitimement inquiet pour son état de santé, d’autant que des douleurs se sont manifestées depuis vendredi. Monsieur le président, notre demande solennelle, formelle, c’est d’avoir un rendez-vous en urgence avec ce spécialiste. A défaut, on sera obligés de solliciter une expertise pour s’interroger sur le fait de savoir si monsieur Usman est en état de comparaître. La priorité c’est de le soigner. On n’est pas là pour faire obstacle à la poursuite des débats ».

Le président : « les services sont mobilisés pour trouver ce rendez-vous dans les meilleurs délais. (…) Ce qui m’a été indiqué c’est qu’il n’y avait pas matière à ce que sa santé soit en péril. (…) D’ici ce soir, j’espère avoir des nouvelles sur ce nouveau rendez-vous. On va donc continuer les plaidoiries des parties civiles ».

 

Les plaidoiries des parties civiles s’ouvrent. Comme chaque jour, elles commencent avec  l’évocation de la mémoire de victimes tuées dans les attaques.


QUENTIN

EXTRAITS / Maître Merrien (une photo de Quentin est projetée) : « humain, libre. Ces deux mots sont ceux qui caractérisent le mieux Quentin. (…) Quentin aurait été capable de trouver des excuses à ceux qui l’ont tué. C’était un généreux, un humaniste, mais pas un naïf. Ses meilleures armes étaient selon ses cousines sa gentillesse, sa générosité et son sourire. (…) Pour sa thèse, qu’il devait achever peu après le 13 novembre 2015, il avait choisi le thème de l’hospitalité. Quentin voulait montrer comment les habitants se réapproprient des quartiers délaissés et transforment l’hostile en hospitalier. (…)

 


THIERRY

EXTRAITS / Maître Lienard (il lit un document rédigé par la soeur de Thierry) : « Thierry (…) aimé et aimant. Il a été arraché à la vie au moment même où elle devenait enfin agréable. (…) Son décès si brutal a bouleversé notre vie, celle de toute notre famille. Depuis le 13 novembre 2015, nous sommes condamnés à survivre sans lui, sans eux (…) ».


MATHIEU

EXTRAITS / Maître Conus (elle lit un texte écrit par le père de Mathieu) : « « Mathieu a 37 ans depuis le 13 novembre 2015. (…) Son fils Basile avait neuf ans ce jour-là ; il en a quinze aujourd’hui (…). Pourquoi c’est la question que tout le monde se pose :  la réponse me paraît évidente .. « pour rien ! ». Tué pour rien. La conscience de ce gâchis nous plonge parfois dans l’abime. A travers ces mots Mathieu, je souhaite te rendre justice. J’espère que l’insrtitution judiciaire en fera de même ».

 


MAYEUL

EXTRAITS / Maître Leibel-Perrois : « Mayeul est décédé le 14 novembre 2015 à 6H23. Mayeul était parisien de naissance et de mort mais bourguignon de cœur. Il était adepte d’histoire, de littérature et de poésie. Il venait de fêter ses 30 ans et il dévorait la vie. (…)


MAUD

EXTRAITS / Maître X : « Maud était une femme lumineuse et ambitieuse. Son assassinat a manifestement éteint la lumière et tarri l’inspiration de ses proches. (…) Pour son mari, rescapé du Bataclan, se souvenir de Maud c’est la revoir avec son t-shirt préféré sur lequel était inscrit ‘All About love’. Pour ses parents, Maud était une femme rayonnante. Pour son frère et sa sœur, Maud c’était la courageuse, la rationnelle, l’efficace (…) ».


ROMAIN

EXTRAITS / Maître Trannin-Meiran : « (…) A 21H36, la SEAT fait irruption devant La Belle Equipe. Romain est abattu froidement, sauvagement, par les terroristes. 31 ans, l’âge où beaucoup de projets s’accomplissent et d’autres murissent. Impossible de pardonner pour la famille de Romain. Jamais. Impossible parce qu’aucune justification n’est audible ».


MIRKO

EXTRAITS / Maître Giffard (texte de la famille) : « (…) ce soir-là, il n’a pas eu le droit à la parole ; il a bu son dernier verre à La bonne bière. Tout s’est éteint si brutalement. (…) D’une grande curiosité intellectuelle, il aimait le jeu, les défis. Il s’intéressait vraiment aux gens, tous les gens. A ensuite suivi ce long processus de deuil (…).


ELIF

EXTRAITS / Maître Reinhart : « (…) Elle avait débarqué début octobre 2015 pour s’installer aux abords du Canal Saint martin avec son compagnon Mirko dont on vient de parler à l’instant. (…) Elle aimait le vin ; tous les vins. Elle avait suivi des cours d’œnologie en Belgique. (…) Je pense qu’elle aurait rêvé d’aller ouvrir un bar à vin du côté de Liège (…) ».

 

STÉPHANE

EXTRAITS / Maître Reinhart : « Stéphane c’est un enthousiasme et innombrables étaient ceux qui le connaissaient par son travail dans cette institution qu’est le restaurant Livio à Neuilly (…) ».

 

MANUEL

EXTRAITS / Maître Reinhart : « c’est la seule victime décédée au Stade de France, originaire de Reims. Emmanuel était un amoureux de la vie, amoureux de sa passion, amoureux de sa femme Elia. (…) Cet amour, il l’avait distribué aussi à ses enfants et Sophie sa fille, se souviendra à tout jamais que lorsqu’elle passait son bac, son père était planqué non loin. Manuel était un bout en train qui animait toutes les soirées. (…) Lorsque vous le receviez, il dévorait la vie mais aussi les petits plats parce que Manuel était un fin gourmet. Bref : on ne s’ennuyait jamais avec Manuel.

 

THOMAS

EXTRAITS / Maître Reinhart : (…) il était celui auquel les parents cédaient tout ! (…). Il fut le copain qu’on voulu avoir toujours à ses côtés.


PIERRE-ANTOINE

EXTRAITS / Maître Reinhart : (…) J’ai une pensée pour ses deux petites fillettes, sa maman, sa compagne et son papa qui se bat contre un petit cancer très méchant.

 

MARIE ET MATHIAS

EXTRAITS / Maître Reinhart : (…) Marie et Mathias étaient ensemble depuis le lycée. Du haut de leurs 22 et 23 ans, Marie et Mathias avaient compris qu’on avait le droit de s’aimer déjà très fort. (…) Il m’arrive de rêver qu’il y a un ciel et que Mathias et Marie se disent oui pour l’éternité. (…)

 

GILLES

EXTRAITS / Maître Reinhart : Gilles avait 32 ans. Dans la famille, le père, la mère, la sœur sont fleuristes. Et comme on ne se refait pas, on se met en couple avec Mariane, elle aussi fleuriste. Gilles avait ça dans sa peau et sa vie fut un énorme bouquet de fleurs. 

 

VICTOR

EXTRAITS / Maître Reinhart : Victor avait 24 ans. Il était un peu taquin dans l’âme. (…) Peu de temps avant les faits il venait d’emménager avec l’amour de sa vie, Alexandra ( ? ). Le soir ils causent, ils refont le monde. Si Victor était connu pour sa joie intense de vivre, il était capable aussi de colère noire. (…)

 

LUNA HÉLÈNE

EXTRAITS / Maître Reinhart : “elle avait 35 ans, était maman d’un petit garçon de 17 mois. Elle enchantait le monde : elle était maquilleuse. Elle vous prenait un visage, elle l’observait, s’en éloignait quelques instants puis avec des mains douces, ses pinceaux, ses poudres, elle faisait en sorte que ce visage soit le plus beau, le plus rayonnant. (…) Hélène que tout le monde surnommait Luna avait son franc-parler. Son petit bonhomme avait droit à toutes ses attentions et donc toute sa tendresse.

 

ROMAIN

EXTRAITS / Maître Reinhart : Romain n’est pas forcément un bavard mais un attentionné qui soignait ses instruments de musique. Alors forcément (…) on se rend au Bataclan pour écouter du rock. Romain ,artiste, artisan, fierté de ses parents et de sa sœur qui avait appris ce travail de lutier. Sa guitare nous manque déjà beaucoup.

 

MANUEL

EXTRAITS / Maître Reinhart : Manuel avait deux trésors. Il fut leur wikipédia des pourquoi, le copain inlassable de jeu, le refuge, le cuisto 72 étoiles, le veilleur infatigable. Partons ensemble de le souvenir du dernier voyage : le soleil se levait sur la plage de long beach. Une brise encore fraiche (…). Le bateau est chargé avec des mangues, des ananas frais. ( ????).

 

FRANCK

EXTRAITS / Maître Reinhart : Franck avait 33 ans. Si vous aviez comme idée qu’un ingénieur c’est triste alors je vous aurais dit de rencontrer Franky ! Il était habité par la volonté de rencontrer tous ceux qui croisaient son chemin. Il avait cette ouverture d’esprit qui permettait à chaque rendez-vous de devenir unique. Sa générosité donnait à sa vie des couleurs. (…)

 

LOLA

EXTRAITS / Maître Reinhart : Lola était bout-en-train (…) Lola avait une créativité débordante, elle avait mille choses dans sa tête. (…) On ne peut pas être triste lorsqu’on se souvient de Lola car il n’y a que des sourires enchantants qui nous viennent à l’esprit.

 

VALENTIN

EXTRAITS / Maître Reinhart : quelques semaines avant, Valentin prétait serment pour devenir avocat au barreau de Paris. (…). Etourdi mais pas que, si nous devions décerner un titre à Valentin, ce serait celui de champion du monde de la procrastination. (…) Ma pudeur m’amènera a être silencieux sur l’amour qu’il portait à sa dulcinée, ses parents, son frère et sa sœur et à tous les gens qui ont eu la chance de le fréquenter.

 

15H32 : l’audience est suspendue.

Le président : une très très courte suspension avant d’entendre les autres plaidoiries.

16H09 : reprise.

Le président : « bien ! On va reprendre l’audience. Que chacun reprenne sa place ».


EXTRAITS / Maître Feger : « (…) tant d’autres élans de solidarité ont eu lieu ce soir du 13 novembre. On ne choisit pas d’avoir été ou non solidaire de quelqu’un d’autre. C’est la violence des circonstances et la rapidité de l’attaque qui a poussé telle ou telle personne d’agir de telle ou telle manière. (…) On ne peut pas dire que ceux qui se sont sentis moins solidaires ont été égoïstes ».

 

16H20


 

EXTRAITS / Maître Coviaux : « (…)  les victimes du 13 novembre n’ont pas choisi d’être là. Elles ont toutes fait en fonction de leur qualité et de leurs capacités. Elles ont toutes été solidaires avec une petite différence avec les héros grecs : chez Omer, il y a beaucoup de demi-dieux qui étaient des héros et non de simples mortels ».

 

16H30


 

EXTRAITS / Maître Bessard du Parc : « Jonathan ne se considère pas comme un héros mais comme une personne qui s’est vue pousser par une force intérieure à essayer de sauver d’autres spectacteurs du Bataclan. Jonathan est comme les autres, une victime. Il ne comprend toujours pas cette folie meurtrière qui s’attaque aveuglément à des gens venus dans une salle de spectacle. Il continue à être aidé par des psychologues. En effet, malgré le temps passé, la blessure profonde qui s’est ouverte ce jour-là ne s’est pas refermée pour lui. Elle n’arrive pas à cicatriser. Jonathan est un de ces héros ordinaires du 13 novembre 2015, drame au cours duquel toute forme de solidarité se sont exprimées et chacun a fait ce qu’il a pu. La magnifique ode au survivant jd’un de nos confrères la semaine dernière en a fait la parfaite illustration  ».

 

16H42


 

EXTRAITS / Maître Billing : « pouvons-nous permettre aux accusés de dire que ces épreuves ont permis à chacun de révéler le meilleur de lui-même ? (…) Cela n’est pas audible. Ne croyez pas un instant messieurs que vous puissiez vous immiscer dans ces instants d’émotion et de solidarité. (…) Vous n’êtes à l’origine que de la souffrance et du chaos (…). Vous n’avez créé que de la souffrance et uniquement cela (…) ».

 

16H48


 

EXTRAITS / Maître Levi : « (…) ce vendredi 13 novembre 2015, deux groupes d’interne des hôpitaux de Paris vont relâcher la pression de leur activité en allant boire un verre au Carillon. (…) Quand commence la fusillade, le premier réflexe s’allonger au sol puis de trouver refuge dans les toilettes au fond du Carillon. Quand la fusillade cesse, c’est dans un premier temps le temps de la sidération. Un silence, puis le gémissement des blessés. Tous ces médecins internes vont avoir un comportement admirable. Ces jeunes femmes, ces jeunes hommes, vont faire abstraction de leur détresse personnelle pour porter secours aux victimes et se comporter en médecins urgentistes . C’est une situation paradoxale de voir des victimes agir comme des médecins des heures durant ».

 


Maître Gastone s’avance à la barre. Il devait plaider aujourd’hui mais compte tenu de l’absence des accusés du box s’y refuse :

EXTRAITS / Maître Gastone : « j’ai une difficulté à plaider avec un box vide. (…) Je ne vois pas comment aujourd’hui, je pourrais moi plaider pour la fonction civile et pour tous les bénévoles secouristes qui sont intervenus ce soir-là, sans eux. Alors pardonnez-moi, mais je plaiderai plus tard (…) ».

 

17H


 

EXTRAITS / Maître Vernier : « (…) la plupart des corps sont devant la porte du Bataclan. Des portables sonnent dans le vide. Puis un homme, gisant sur le trottoir au pied de son immeuble : Mathieu. Dès qu’il a vu, dès qu’il a su, il est allé aider. « Tu ne penses pas, tu vas aider les gens, ça parait évident » nous disait-il. (…) ».

 

17H04


 

EXTRAITS / Maître Reinhart : « (…) la solidarité se passe aussi à travers deux associations :  l’association 13onze15 FV et l’association Life for paris. Elles ont été créées juste après les attentats. Ce sont des initiatives de victimes qui se sont dit que c’était important de se serrer les coudes (…) ».

 

17H07


 

EXTRAITS / Maître Ronzel : « ‘comment vous sentez-vous ? Comment allez-vous ?’ Emotionnellement ? Physiquement ? Psychologiquement. Vous êtes présent depuis 130 jours, avez entendu 475 victimes. J’ai compté 8 avocats. Etes-vous encore disponible émotionnellement pour écouter une plaidoirie supplémentaire d’avocat de parties civiles.

Ici, (…) nous tous, nous pourrions nous poser la question : est-ce que depuis septembre nous avons la même capacité émotionnelle pour faire face ? Est-ce qu’en dhors de cette salle on nous a dit qu’on avait changé d’attitude ? C’est pas une plaidoirie thérapeutique je vous rassure ! … c’est simplement pour se poser la question ».

 

17H27


 

EXTRAITS / Maître Berger Stenger : « le 28 septembre dernier, cinq gardes républicains ont témoigné devant la Cour. Cette intervention a représenté un évènement traumatisant par la violence répétée des explosions, par le sentiment permanent de danger de mort (…). Pour les plus expérimentés, cette épreuve n’a ressemblé en rien à ce qu’ils avaient déjà pu vivre dans des interventions difficiles. Personne n’oubliera le souvenir de monsieur Manuel Dias et la détresse des blessés. (…)

Monsieur le président, mesdames, messieurs, lorsqu’on épluche le très volumineux dossier dit V13, on ne peut qu’être surpris de constater qu’aucun garde républicain n’ait été entendu (…) S’il y avait bien des personnes à auditionner en priorité, c’était bien les gardes républicains : à très grande proximité de la première explosion, intervenus à proximité du carnage, ils ont été des acteurs incontournables ».

 

17H40


 

EXTRAITS / Maître Andrei : « (…) je voudrais vous dire l’immense fierté que j’ai à défendre ces femmes et ces hommes quoi ont des valeurs supérieures d’humanité, (…) et d’altruisme. Pour la patrie ils veillent (devise de la police) / ‘Sauver ou périr ça c’est pour les pompiers de Paris. (…) Je tiens ici à leur rendre hommage à tous pour ce qu’ils ont fait le 13 novembre 2015 et pour ce qu’ils font tous les jours et à leur témoigner notre reconnaissance éternelle ».

 

17H55


 

EXTRAITS / Maître Bernardini : « (…) en avril 2021, Alain m’appelle, major à la retraite, plus de vingt ans de bac nuit. Il a seulement envie de rétablir la vérité. Il m’appelle et raconte que son ex-femme ne l’a pas cru et que son mariage s’en est allé : « c’est impossible on n’a jamais parlé de vous dans la presse et les médias » lui lance-t-elle. (…) Maintenant on le sait, c’est une vérité judiciaire.

(…) Je veux saluer le travail (…) d’Antoine Albertini du journal Le Monde qui a titré le 19 septembre « Les oubliés de la BAC-Nuit ». Il suffisait de nommer les oubliés, pour qu’ils ne le fussent plus. (…) Grâce à cet article de presse, tous ceux qui étaient terrorisés à l’idée de se constituer, tous ceux qui n’avaient pas le droit et étaient trop occupés à faire leur travail, ils sont tous entrés dans ce procès le 4 octobre, comme un seul homme ; solidaires, soudés (…) ».

 

18H22


EXTRAITS / Maître Chirac Kollarik : « Unité SGP Police-FO, le nom d’un syndicat que je représente, un syndicat de policier, un syndicat qui intervient au soutien des intérêts des gardiens de la paix. Cette police de proximité, cette police de terrain, ces hommes et ces femmes qui ont été appelés ce 13 novembre (…) avec les moyens du quotidien, pour être catapultés dans une autre sphère. (…) J’ai entendu dans cette enceinte des mots qui m’ont heurtée, à propos d’un policier : ‘il a été excellent. Je le dis car c’est rare !’. (…)Comment peut-on parler ainsi quand des policiers sont rentrés chez eux avec des images indélébiles, des sifflements, des cris, des souffles en tête, l’odeur du sang, l’odeur de la mort, des odeurs collées sur leur uniforme … comment est-ce qu’on peut affirmer ça ?! ».

 

18H28

 

EXTRAITS / Maître de Sauw-Laporte : « au fur et à mesure du procès j’ai été rassuré par les qualités humaines des individus (…). A quoi pense-t-on quand on évoque les héros ? Dans l’inconscient collectif, le héros appartient au mythe grec : ce sont des êtres qui n’existent pas dans la réalité. Or ici, les forces de l’ordre, les primo-intervenants, les pompiers nous ont prouvé le contraire. Du héros, d’une vertue qui relève de l’exception. Dans le chaos du 13 novembre, des hommes du monde réel se sont distingués de leurs actions (…) ».

 

18H35 : l’audience est suspendue.

Le président : « on reprendra à 18H55. L’audience est suspendue ».

 

19H12 : l’audience reprend.


EXTRAITS / Maître Shebabo : « (…) aujourd’hui, vous faites l’histoire, votre décision va faire l’histoire. Ce qu’espèrent les partiesi civles et toute la société il me semble c’est de la loi. On attend que vous rameniez de l »’ordre dans le désordre, que vous reconnaissiez ce qui lezur est arrivé, du fait de qui (…). Et si vous agissez ainsi, vous nous permettrez peut-être de retrouver un peu de la liberté qu’on nous a volée ».

 

19H30


 

EXTRAITS / Maître Aboucaya : « (…) Et puis « vous n’aurez pas ma haine ». Une PC a très justement explicité ce refus en disant que pour haïr il faut reconnaitre l’autre … alors qu’en se détournant de lui, en ne lui accordant aucune attention, aucune humeur, on le nie comme sujet, on l’exclut et on le renvoie à néant. C’est probablement un travail immense pour les PC que de s’écarter du sentiment de haine. C’est l’inversion du rapport des forces, la douleur canalisée pour les autres, pour soi. Avec leurs mots, dans ce bruyant mélange des genres, les PC ont dit aux accusés qu’ils ont perdu, que leur islam n’est pas l’islam, que leur guerre dégage un sentiment assourdissant d’abusrdité ; quelqu’un a dit la bêtise des médiocres ».

 


 

EXTRAITS / Maître Leibel-Perrois : « de prime abord, un mot n’est rien ; et pourtant tout est mot et les mots font tout (…). Ce qui est certain c’est que les mots des parties civiles auront contraint les accusés à se confronter à l’humanité et quoi qu’il advienne, à faire partie de la communauté qui s’est formée dans cette enceinte depuis des mois. (…) De tout cela, je tire l’intime et indéfectible conviction que les parties civiles ont pleinement leur place au sein du procès pénal. Elles ne sont pas seulement des invitées.

Les mots sont tout : même après la vie, dans la mort, il reste les mots (…) et quand il n’y a plus de mots, il reste la mémoire dans la peau ».

 


 

EXTRAITS / Maître Lacroix : « qu’est-ce qu’un tatouage ? A l’origine le tatouage représentait plus l’appartenance à un groupe, un peuple. Aujourd’hui, le tatouage signifie plus l’appartenance à une histoire. (…) Malgré la douleur, ces mots, ces dessins, disent l’histoire (…).  Par cette marque, par cet encre, l’oubli devient impossible.

Avant de vous projeter cette série de tatouage, que nous disent ces dessins ; quel est le sens que l’on peut apporter à ces dessins ? On peut dire qu’il s’agit d’une appropriation corporelle du drame (…) parce que le souvenir est tellement pénétrant qu’on fait pénétrer dans sa peau ce drame et du coup le tatouage se fait archive de soi. (…) Chaque tatouage vous racontra une histoire individuelle ».

 


 

EXTRAITS / Maître Jouy Chamontin : « (…) nous avons un devoir de mémoire et il nous appartient de ne pas les laisser tomber dans l’oubli ».

 

 

EXTRAITS / Maître Prassoloff : « les absents du procès existent et ont une importance. Il est important de prendre quelques minutes pour parler des absents.

Venir au procès c’est d’abord être capable d’affronter puisque dans cette salle d’audience, tout nous ramène au soir du 13 novembre. Affronter et se confronter de nouveau, c’est pour de nombreuses victimes complètement au-delà de leurs forces. (…) Venir au procès, c’est affronter également le décorum de la justice. (…) Pour certaines victimes qui sont toujours terrorisées, il est tout simplement impossible de se retrouver dans une salle commune avec les accusés. (…) D’autres refusent de donner de leur temps déjà gâché à celles des personnes qui ont une part de responsabilité dans ce qu’elles ont déjà subi ».

 

20H32

 

EXTRAITS / Maître Ouhioun : « il arrive, et certains l’ont dit à propos des accusés, que garder le silence soit le choix de la facilité … mais bien souvent c’est une décision difficile à prendre car c’est aussi s’éloigner, s’exclure de son propre procès. (…) Parler c’est espérer être entendu et peut-être que certains, des deux côtés de la barre, ont craint de ne pas être entendus. Sans prétendre à l’exhaustivité, je voudrais dire les raisons des parties civiles que je représente.

Parmi les raisons de ce silence, il y a eu la peur de ne pas être entendu, la peur d’être noyé dans la masse. (…) Certaines parties civiles se sont senties coupables à l’idée de venir alourdir votre audience. (…) Ismaël et d’autres sont venus à ce procès en se sentant vraiment coupables. Finalement, c’est votre verdict qui leur permettra de passer la dernière étape : celle de la reconnaissance juridique de leur statut plein et entier de victimes ».

 

20H42


 

EXTRAITS / Maître Dewavrin : « Monsieur le président, mesdames, messieurs de la cour. Les premiers jours de cette plaidoirie, un journal quotidien a qualifié cette plaidoirie de plaidoirie chorale. J’aime bien cette phrase. (…) Voilà, cinq jours plus tard, cette plaidoirie-chorale touche à sa fin et nous entrevoyons la porte de la salle délibéré dans laquelle vous disparaitrez dans quelques jours.

L’avocate précise : vous disparaitrez pour revenir et on vous attendra ! 

Le président : vous me rassurez ! (rires)

Pendant des mois, une question entêtante revenait dans la tête des parties civiles : pourquoi ?! (…) Certes, il est évident que toutes les réponses n’ont pas été données (…) mais il y a aussi de nombreuses réponses : les comptes-rendus des enquêteurs, les dépositions des experts, la diffusion des photos, des vidéos. Les parties civiles ressortiront de cette audience avec une meilleure compréhension et c’est un pas de géant ».

 

20H51

 

EXTRAITS / Maître Edou : « mes confrères et moi-même tentons de répondre à cette question fondamentale de l’utilité du procès pour les parties civiles. (…) Hugo Micheron l’a dit à cette barre : le procès est au)-delà de la question judiciaire l’occasion de discuter, de faire débat, de faire société. La manière dont on juge dit beaucoup de notre société et je crois que c’est ce que nous avons réussi ici. L’Europe a fait le choix de juger le terrorisme dans le respect de la règle. Ce procès est une magnifique réponse à la violence des faits commis ».

 

20H59


 

EXTRAITS / Maître de Villele : « (…) Le 29 juin prochain pour la dernière fois, nous nous lèverons à votre arrivée ; nous attendrons que vous nous autorisiez à nous asseoir … puis, nous écouterons votre verdict. (…) Ce verdict mettra un terme à un procès historique par le nombre de victimes, par sa durée, car c’est la plus grande audience criminelle jamais organisée en France. (…) Les parties civiles doivent comprendre : vous avez pour elles un devoir d’explication et de vérité. La motivation doit être compréhensible par tous.

(…) Monsieur le président, mesdames et monsieur de la Cour, vous êtes ici au nom de la France. La France a été attaquée. Ceux qui l’aimaient ont été visés.En mettant un terme à ce procès, vous allez permettre peut-être que la plaie béante que ressentent des milliers de parties civiles puissent peut-être cicatriser. Vous rendrez ainsi un verdict de paix, d’honneur et de justice ».

 


21H08 :  l’audience est terminée !

Le président : « bien ! Nous avons donc terminé les plaidoiries pour aujourd’hui. Nous continuerons demain avec les plaidoiries dites individuelles. Je rappelle la nécessité d’équilibrer sur les quatre jours. Je compte sur vous. L’audience est levée ! Elle reprendra demain à 12H30 ».

 

A demain ! 


 

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