Jour 136

Attention : la lecture des éléments de retranscription du procès des attentats du 13 novembre 2015 s’adresse à un public averti. Certains des propos rapportés sont susceptibles, par leur contenu ou leur nature, de heurter la sensibilité des lecteurs, et notamment des plus jeunes. Par ailleurs, toute reproduction du contenu, même partielle, sans l’autorisation expresse de l’auteur expose le contrefacteur à des poursuites.

 

EXTRAITS

JEUDI 9 JUIN 2022

 

Programme de la journée : le réquisitoire du Ministère public se poursuit. 12H44 : la sonnerie retentit. La cour entre.

Point « où en est-on dans le réquisitoire? » : le réquisitoire du Parquet s’organise en quatre parties : 

  • Partie 1 : la naissance du projet => mercredi 8 juin. 
  • Partie 2 : l’organisation des attaques => aujourd’hui.
  • Partie 3 : les attentats => aujourd’hui et vendredi 10 juin.
  • Partie 4 : les suites du 13 novembre => vendredi 10 juin.

 


 

CAMILLE HENNETIER se lève. Elle va organiser son propos en trois points : la projection des terroristes en Europe (point 1), l’arrivée en Belgique (point 2) et la constitution d’une katibat au coeur de l’Europe (point 3).

 

Camille Hennetier : « Oussama Atar qui a pris la tête de la COPEX en 2015 a bien évidemment sélectionné les candidats lui-même. Ce sont tous des djihadistes expérimentés. Une distinction peut être faite entre d’une part les francophones, qui ont tous été en contact avec Abdelhamid Abaaoud et les étrangers, qui paraissent avoir été choisis directement par Oussama Atar. Les kamikazes du stade de France ont été recrutés par Oussama Atar au sein de la Liwa-al-Sadiq. Elle est constituée de soldats d’élite ; des forces spéciales en quelque sorte, formés spécifiquement aux techniques de guerre, aux explosifs. C’est manifestement au sein de ce groupe d’élite qu’ont été choisis plusieurs membres du commando.

 

« OSAMA KRAYEM »

Camille Hennetier : « Osama Krayem a refusé de s’expliquer à l’audience sur ces éléments (…). ainsi nous nous reporterons aux déclarations faites au cours de l’enquête. L’apparition d’Osama Krayem dans la vidéo d’exécution du pilote jordanien ne doit rien au hasard. La vidéo du supplice de Maaz al-Kassasbeh (un pilote jordanien capturé par l’Etat islamique) brûlé vif dans une cage surpasse les autres dans l’horreur. Osama Krayem y apparait en bonne place, cagoulé. Il en est fier, il s’en vante à son frère. (…) Osama Krayem apparaît comme un soldat aguerri, totalement acquis à la cause de l’Etat islamique. Les explications qu’il a pu donner sur les raisons de son départ de Syrie sont non seulement absurdes mais en totale contradiction avec les éléments du dossier.

 

« SOFIEN AYARI »

Camille Hennetier : « Sofien Ayari a quitté la Tunisie sous prétexte d’aller faire du commerce à Istanbul. A l’audience, il a reconnu s’être livré à des combats avant d’être grièvement blessé au visage et de s’établir à Raqqa. Osama Krayem a indiqué en Belgique qu’ils étaient tous deux dans le même groupe en Syrie et qu’il s’agissait d’un combattant de l’Etat islamique. Sofien Ayari a concédé avoir été recruté pour mener une action en Europe, sans préciser par qui et pourquoi.

 

« MUHAMMAD USMAN ET ADEL HADDADI »

Camille Hennetier : « le passé présumé de Muhammad Usman le prédisposait à se rendre en zone irako-syrienne. Il subsiste de fortes incertitudes quant à son âge réel. Ces déclarations sont corroborées par la découverte en août 2021 d’une vidéo de propagande de l’Etat islamique. (…) On y voit des foules en liesse célébrer la victoire d’Al-Lanbar par l’Etat islamique. On y voit Muhammad Usman l’index levé et une kalachnikov à l’épaule.

(…) Adel Haddadi explique être arrivé en Syrie par hasard en compagnie de commerçants rencontrés dans l’avion puis par l’entremise d’un certain Abou Ali. Il dit avoir été seulement cuisinier. 

(…) Ils admettent avoir été mandatés pour une action suicide en Europe. (…) La description de leur parcours au sein de l’Etat islamique est en totale contradiction avec les circonstances de leur recrutement. (…)  Si Oussama Atar les a choisis, c’est en raison de leur parcours au sein de l’Etat islamique et de leur loyauté et parce qu’ils s’étaient portés candidats à une mission et ils l’ont acceptée.

 

« LES SPÉCIALISTES »

Camille Hennetier : « Oussama Atar a également projeté des spécialistes. Najim Laachraoui est présenté par la revue Dabiq comme l’artificier de la cellule terroriste. La présence de son ADN sur les gilets le confirme. (…) Omar Darif (Ahmad Alkad) est l’expert en explosifs de l’Etat islamique aux côtés de Obeida Aref Dibo. Najim Laachraoui est enfin assisté de Mohamed Belkaid.

 

« LE DJIHAD MÉDIATIQUE »

Camille Hennetier : « avant de partir en mission les terroristes vont sceller leur engagement par un rituel macabre : l’assassinat d’un prisonnier. Cette notion de djihad médiatique n’est pas nouvelle. L’organisation terroriste a en effet parfaitement compris les enjeux. (…) Une fois les attentats commis, il restait à la cellule médiatique de l’Etat islamique à monter les images et adapter leur discours à la réalité des faits. Tuer ça s’apprend ; ça fait partie de l’entraînement. Il faut apprendre l’ultra-violence. Les jeunes recrues deviennent ainsi des machines de guerre, des machines à tuer, plus l’entraînement est dur, plus la bataille est facile. Ce rituel a aussi l’avantage de marquer une sorte de point de non retour ; une preuve de loyauté envers l’Etat islamique ; c’est l’ultime validation. Le fait qu’elle soit filmée les compromet définitivement et doit les empêcher de renoncer. (…)

 

Camille Hennetier : « ainsi, les terroristes vont quitter la Syrie pour rejoindre l’Europe et c’est Oussama Atar leur recruteur qui va organiser leur exfiltration (…) ».

 


 

1/ L’ORGANISATION DES DÉPARTS POUR L’EUROPE

Camille Hennetier explique que le Parquet ne sait pas comment un certain nombre de terroristes ont quitté la zone pour rejoindre l’Europe. C’est l’enquête relative à l’attaque du Thalys qui a permis de révéler rétrospectivement la logistique de l’Etat islamique pour acheminer les revenants de zone irako-syrienne. Elle indique qu’il y a ainsi « des similitudes dans les parcours empruntés par les terroristes et un même mode opératoire ». Sur les parcours : « une traversée de la méditerranée, un trajet à travers l’Europe, un chauffeur qui vient les chercher pour les amener en Belgique ». Sur la logistique : la mise à disposition de faux passeports et de cartes d’identité ou encore le recours au même passeur. 

 

Camille Hennetier : « l’Etat islamique est parvenu à projeter quatorze hommes sélectionnés pour commettre un attentat en Europe. Les terroristes vont pouvoir renforcer une cellule déjà active en Belgique.

Les lions du kalifat artrivent eu Europe de façon échelonnée et sont clandestinement amenés à Bruxelles. Deux d’entre eux vont être stoppés en Grèce.

 

2/ L’ARRIVÉE EN BELGIQUE DES « LIONS DU KALIFAT »

« LES RETOURS SE SONT ORGANISÉS EN CINQ VAGUES SUCCESSIVES »

Camille Hennetier : « les retours se sont organisés en cinq vagues successives entre le 31 août et le 14 octobre. Les moyens mis en œuvre dans le cadre de ces opérations ne sont pas tous connus. Ils obéissent cependant à un protocole : location d’un véhicule dédié par Salah Abdeslam / trajet aller-retour effectué le plus rapidement possible / la remise aux arrivants de fausses pièces d’identité / l’utilisation de lignes anonymées dédiées par le conducteur (…). C’est une mission clef dans l’organisation des attaques : sans terroristes, pas d’attentat. Organisés avec les moyens logistiques de l’Etat islamique, les retours se font sous la supervision d’Oussama Atar en lien avec Abdelhamid Abaaoud en Belgique. (…) C’est Salah Abdeslam qui va s’en charger ».

 

« LA LOCATION DES VÉHICULES »

Camille Hennetier : « s’agissant de la location des véhicules, Salah Abdeslam a loué à son nom quatre des cinq véhicules. Le dernier a été loué par Mohammed Amri à la demande Salah Abdeslam nous dit-il. Salah Abdeslam laisse à chaque fois ses coordonnées, une photocopie de son permis de conduire et de sa carte d’identité. (…)

Mohammed Amri a participé à la location de ces véhicules de deux façons et à deux reprises : d’abord en accompagnant Salah Abdeslam à l’agence de location (…) qui louait pour deux semaines l’Audi A6 qui allait servir au rapatriement du trio du Bataclan ; ensuite en louant en son nom la BMW 320 qui a été utilisée. Il précise ne pas avoir été informé de la finalité de ces locations. Il est probable que Mohammed Amri ait été instrumentalisé par Salah Abdeslam. Le rôle de Mohammed Amri dans les locations est analysé comme un élément constitutif de l’AMT. Pourquoi ? La dérive des frères Abdeslam était connue de leurs proches. Mohammed Amri ne pouvait que s’interroger sur les raisons de la location de trois véhicules en un mois. Ce n’était pas une conduite habituelle de sa part ».

 

« C’EST À CHAQUE FOIS SALAH ABDESLAM QUI PREND LA ROUTE »

Camille Hennetier : « s’agissant du chauffeur : une fois les véhicules loués, c’est à chaque fois Salah Abdeslam qui prend la route. (…) Mohamed Abrini, dès ses premières auditions fait très clairement état de ce rôle de convoyeur : « Salah est allé chercher tous ceux impliqués dans les attentats de Paris ». Salah Abdeslam ne reconnait que le deuxième et le quatrième voyage et conteste les autres. A l’audience, il a expliqué que ces allers-retours étaient une aide apportée à des frères musulmans fuyant des zones de guerre ».

 

TROISIÈME ACTEUR : MOHAMED BAKKALI

Camille Hennetier : « Mohamed Bakkali est tout d’abord potentiellement présent aux côtés de Khalid El Bakraoui lors des deux premiers retours, sans qu’on puisse lui imputer un rôle positif. (…) Le rôle de Mohamed Bakkali est plus important puisqu’il a à la fois financé, accueilli le trio du Bataclan et organisé leur voyage. (…) Mohamed Bakkali a également été impliqué dans le retour d’Osama Krayem, Sofien Ayari et Omar Darif ».

 

Camille Hennetier : « ainsi entre le 31 août et le 14 octobre ce sont douze membres de l’Etat islamique qui sont arrivés de la zone irako-syrienne et sont venus renforcer la cellule belge. (…) A partir du 1er septembre, la cellule terroriste belge est entrée dans une phase active de préparation d’une attaque en France. On passe d’une phase de planification à une phase d’exécution. Les cibles précises, le moment seront déterminés plus tard mais le rêve des terroristes est devenu réalité ».

 

3/ LA PERTE DE MUHAMMAD USMAN ET ADEL HADDADI

Camille Hennetier : « (…) Muhammad Usman et Adel Haddadi ont traversé la méditerranée. Leur embarcation est arraisonnée par un bateau des autorités grecques. (…) Ils sont arrêtés puis condamnés par le tribunal de Kos à trois mois de prison avec sursis et placés en centre de rétention jusqu’au 28 octobre. Pendant ce temps, les deux irakiens ont continué leur voyage. (…) C’est la découverte dans la nuit du 13 novembre des faux passeports sur les terroristes irakiens qui a permis de les localiser. (…) Muhammad Usman et Adel Haddadi font l’objet d’un signalement Schengen et sont interpellés dans un camp de réfugiés à Salzbourg en Autriche.

(…) L’enquête menée en Autriche puis en France démontre l’obstination de Adel Haddadi et Muhammad Usman à poursuivre leur route et à rejoindre l’Europe coûte que coûte et ce y compris après les attentats.

Lorsqu’ils sortent de centre de rétention le 28 octobre, ils n’ont plus de téléphone, ni d’argent. Le 1er geste de Adel Haddadi reste de prendre un téléphone pour tenter de contacter Mohamed Al Mohamad (l’un des deux irakiens avec qui ils avaient entamé leur voyage depuis la Syrie et futur kamikaze du Stade de France). (…) L’engagement et la détermination de Adel Haddadi et Muhammad Usman ne se sont pas démentis. Ils sont restés loyaux à l’organisation terroriste, à Oussama Atar et n’ont à aucun moment envisagé de faire défection. Envoyés pour un attentat suicide en France, ils avaient vocation comme les autres à être projetés en Europe puis récupérés en Belgique ».

 

14H45 : Camille Hennetier en a fini pour aujourd’hui. A la reprise, c’est Nicolas Braconnay qui prendra la suite. 15H23 : l’audience reprend.

Le président : « bien. Un petit peu de calme dans la salle. Merci. Nous vous écoutons monsieur l’avocat général ».


 

Nicolas Braconnay : « à la suite de l’arrivée en Belgique des premiers commandos, la cellule se voit contrainte de mettre en place une logistique conséquente destinée à mettre à l’abri les commandos et d’autre part à fabriquer les moyens de passer à l’acte ».

Il convient de préciser que cette dimension logistique est l’un des aspects fondamentaux qui conditionne la réussite des attentats projetés. Pour autant nous ne prétendons pas que chacun des soutiens logistiques sait tout du projet final. La défense n’a pas manqué de vous le rappeler abondamment au cours de cette audience « le cloisonnement ». Mais, à trop vouloir insister sur cette dimension, la défense a construit elle-même les murs et les cloisons qu’elle voulait voir faisant œuvre de maçonnerie dans ses travaux. (…) Si évidemment il y a une forteresse entre la cellule terroriste et son extérieur, à l’intérieur de la cellule, il y a plutôt une division des tâches et des responsabilités. Pour autant, il convient de faire des distinctions entre les différents types de soutien constatés : d’abord il y a ceux dont les actes ont directement concouru à la réalisation des attentats. Ceux-là se voient reprocher leur action au titre de la complicité (exemple : Mohamed Bakkali pour la location de caches et le transport des commandos). En revanche c’est parce que de tels actes n’ont pas été caracrérisés à l’encontre de Ali El Haddad et Yassine Atar que ça n’a pas été retenu. Ensuite ceux dont les actes n’ont pas directement concouru à la réalisation des attentats du 13. C’est le cas des recherches d’armes imputées à Mohamed Bakkali et Ali El Haddad Asufi. (…) On peut aujouter une troisième catégorie qui ne nous concerne pas directement : il s’agit de ceux dont les services rendus sont à ce point ponctuels, périphériques, qu’ils ne sauraient dirtectement être rattachés à l’objectif de la cellule terroriste. Ils sont poursuivis dans le cadre de procédures distinctes laissées aux autorités compétentes.

Nous récusons l’expression de « seconds couteaux » : sans la fourniture de faux papiers, sans le recours à de multiples lignes téléphoniques, sans le transport, l’habillement, la nourriture, les multiples appels, les rendez-vous, les logements, la recherche d’armes il n’y a pas d’attentat. Il ne viendrait à l’esprit de personne de considérer Mohamed Bakkali comme un second couteau de la procédure !  (…). Alors tous ne sont pas forcément des djihadistes convaincus ; tous n’agissent pas forcément dans le but de commettre un attentat par procuration … mais tous ont accepté d’apporter leur concours à un projet ou un groupement terroriste qu’ils aient agi par conviction, complaisance, lâcheté ou appât du gain. Ils ont nourri la bête, protégé la clandestinité de la bête, ils ont armé la bête. Totale lucidité sur l’aide apportée par chacun à la cellule terroriste dans ces moments décisifs. D’ailleurs les organisations terroristes elles-mêmes ont bien compris l’importance de la logistique ».

 

1/ LOGISTIQUE : LA MISE À L’ABRI DES COMMANDOS

Nicolas Braconnay : « les 12 qui ont rejoint la Belgique rejoignent deux cadres de la cellule : AA et IEB. Ils sont accueillis en Belgique dans six planques différentes dans lesquelles MB et les frères EB jouent toujours un rôle (…) ».

 

LES FAUX PAPIERS

Nicolas Braconnay : « l’enquête a révélé l’utilisation et la fourniture de dix-huit cartes d’identité belges par treize des membres de la cellule. L’origine de quatorze cartes a pu être dévoilée : elles proviennent du « réseau catalogue ». (…) Les investigations sur l’un des intermédiaires du réseau vont amener à l’identification d’un certain Farid Khakhach. Il apparaît comme le point de rencontre entre le réseau catalogue et Khalid El Bakraoui. (…) Sur les quatorze fausses cartes, nous parvenons à quatre qui peuvent lui être imputées avec certitude.

La seule question et la seule contestée est celle de savoir si, à défaut d’adhésion à l’idéologie du djihad, si on peut démontrer qu’il avait conscience de participer à un groupement qui avait une nature djihadiste ou terroriste. (…) Vous devrez donc décider si vous le condamnez pour association de malfaiteurs terroriste ou pour association de malfaiteurs de droit commun. Pour que l’association de malfaiteurs terroriste soit caractérisée, il ne faut pas établir que Farid Kharkhach avait connaissance de l’attentat mais seulement de savoir s’il avait connaissance du caractère terroriste du groupement.

(…) Nul ne conteste que Farid Kharkhach constitue une sorte de pièce rapportée de la cellule. Pour autant, il lui a objectivement apporté son concours en connaissance de cause. Il faudra tenir compte de la nature particulière de son intervention lors de la peine et vous verrez, nous le ferons. Mais cela ne change rien au fait que l’infraction soit constituée et nous vous demandons de le déclarer coupable ».

 

LES CACHES

Nicolas Braconnay : « six planques ont été identifiées au cours de l’enquête. Trois se trouvent en région bruxelloise, deux se trouvent à Charleroi et une se trouve à Verviers. Alors, nous avons entendu à plusieurs reprises l’ironie de la défense quant au terme d’appartement conspiratif qui serait utilisé pour décrire ces caches. Il ne nous semble pas spécialement problématique dans la mesure où chacune de ces caches a bien été un lieu de repli, de vie, de préparation active des attentats. (…)

(…) Sur la centralité du rôle de Mohamed Bakkali qui se comporte comme un surintendant de la terreur dans la gestion de ces caches. (…) Mohamed Bakkali a participé à la gestion et à l’approvisionnement de ces caches. Mohamed Bakkali est le seul membre de la cellule dont la procédure a établi qu’il connaissait l’ensemble des six planques utilisées par la cellule (…) ».

 

LES MOYENS DE TRANSPORT

Nicolas Braconnay : « la vie de la katibat a nécessité de nombreux transports et déplacements. Entre le 29 septembre et le 29 octobre 2015, Mohamed Bakkali a loué cinq véhicules sous son nom dont trois disposiaient d’un dispositif de géolocalisation. (…) A nouveau, le rôle absolument central et stratégique de Mohamed Bakkali dans cette sorte de tectonique des planques, cela achèvra de vous persuader du caractère mensonger de ses déclarations ».

 

2/ LOGISTIQUE : LA FABRICATION DE MOYENS DE PASSER À L’ACTE

LES ARMES

Nicolas Braconnay : « il faut constater le caractère décevant de l’enquête en la matière puisque les investigations n’ont pas permis de détecter l’origine des armes utilisées le 13 novembre. (…) Nous avons entendu comme vous la défense d’Ali El Haddad Asufi répéter que l’enquête était sur ce point indigente. (…) Si nous ne pouvons pas démontrer l’efficacité de ces recherches, nous estimons en revanche que l’effectivité de chacune de ces recherches d’armes est établie par les débats.

Volet Charwaprocédure relative à l’achat de chargeurs. Achat pour le compte de Khalid El Bakraoui de trente-neuf chargeurs de kalachnikov dans une armurerie de Wavre. Si les contacts téléphoniques entre Khalid El Bakraoui et l’un des acheteurs ont amenés à l’interpellation de El Bakraoui le 21 octobre 2015, les éléments d’enquête résultent de déclarations formulées par les acheteurs après les attentats du 22 mars 2016. (…) Pour autant, d’aucun ont pu avancer une autre hypothèse : que Khalid El Bakraoui devait déjà avoir en sa possession les kalachnikov (il cite l’audition du témoin Boutmaret – 25 mars : Khalid El Bakraoui ne lui a pas précisé qu’ils étaient destinés à des armes dont il était déjà en possession (…) Ce qui était difficile à trouver à l’époque c’était les kalachnikov mais pas les chargeurs).

Pour autant, d’aucun ont pu avancer une autre hypothèse : que KEB devait déjà avoir en sa possession les kalachnikov. 25 mars témoin Boutmaret :  KEB ne lui a pas précisé qu’ils étaient destinés à des armes dont il était déjà en possession (…) Ce qui était difficile à trouver à l’époque c’était les kalachnikov mais pas les chargeurs.

Volet belge : (…) Mohamed Ezziani a reconnu de manière constante que Mohamed Bakkali lui avait bien demandé s’il pouvait se procurer des kalachnikov pour un prix unitaire de 1500€.

Volet Pays-Bas(…) Osama Krayem rapporte en procédure les confidences d’Ibrahim El Bakraoui. Le rôle décisif d’Ibrahim El Bakraoui dans l’approvisionnement en armes est précisément rappelé. Par ailleurs nous savons que l’une des kalachnikov présente rue du Dries provenait d’une filière hollandaise. La mise en cause de Ali El Haddad Asufi. Deux déplacements aux Pays-Bas ont été matérialisés : à Amsterdam le 7 octobre et à Rotterdam (…). Il existe une série d’échanges Whatsapp entre Ali El Haddad Asufi et son cousin Anas Afadas pour des transactions de « CLIO ». Si tous ont fini de convenir que le terme de CLIO était un code, on nous dit maintenant qu’il ferait référence à un trafic de cannabis et non un trafic d’armes. (…)

 

LES EXPLOSIFS

Nicolas Braconnay : « deux accusés absents ont manifestement joué un rôle : d’abord Omar Darif, expert en explosif au sein de la COPEX, manifestement projeté depuis la Syrie pour apporter son expertise technique. Par ailleurs, Ahmed Dahmani a manifestement lui aussi joué un rôle.

L’enquête a mis en évidence deux achats en France relatifs à ce volet « explosifs ». D’abord, le vendeur d’un magasin de feu d’arttifice va signaler aux autorités avoir effectué le 4 septembre 2015 la vente de douze boitiers et émetteurs permettant de déclencher les feux d’artifice à distance. Il précisait se souvenir d’une vente atypique dans la mesure où le client n’avait pas acheté les artifices accompagnant habituellement cet achat.

Salah Abdeslam a précisé le 15 mars dernier qu’il reconnaissait avoir effectué cet achat, qu’il l’avait effectué seul et pour le compte d’un tiers dans le seul but de réaliser un feu d’artifice. (…) La cour en tirera ses conclusions quant à la fiabilité de ses déclarations. (…) Force est de constater : on a retrouvé dans le pavillon de Bobigny plusieurs inflammateurs de feu d’artifice (…). Par ailleurs l’enquête a permis un rapprochement entre l’achat d’oxygène actif et le déplacement d’une voiture louée par Salah Abdeslam. Ce véhicule a effectué deux allers-retours à proximité du magasin Irrijardin listé sur la feuilled’Ahmed Dahmani. Les enquêteurs relèvent que les lignes de Salah Abdeslam et Mohamed Abrini sont inactives durant cette période. Cet achat décisif intervient cinq jours après l’arrivée en Belgique d’Omar Darif dont on sait qu’il a supervisé la fabrication des explosifs (…) ».

 

LA GALVANISATION DES MEMBRES

Nicolas Braconnay : « quelques observations sur ce que l’enquête a révélé sur la vie clandestine durant cette période. (…). Les accusés qui ont fréquenté les planques ont prétendu qu’il ne s’y est pas dit grand-chose … difficile à croire quand on sait que ces mêmes accusés se sont laissés aller à de longues discussions dans le box !

C’est le cas d’une ou plusieurs rencontres entre Abdelhamid Abaaoud et Mohamed Abrini. C’est le cas de plusieurs déplacements de proches à Verviers. L’une de ces visites attire particulièrement l’attention : le 19 septembre (entre Yassine Atar, Mohamed Bakkali, Ali El Haddad Asufi et peut-être Ibrahim El Bakraoui). Les choses sont simples mais elles ont donné lieu à des versions contradictoires. Aussi, pour comprendre cette rencontre du 19 septembre, vous devez observer : pas inventer mais constater, les liens qui unissent ces évènements avec ceux qui précèdent et ceux qui suivent. C’est cette continuité qui vous permettra de voir le dossier dans son entier. Sur ce point, un reproche nous a été abdressé de nous livrer à une sorte d’impressionnisme judiciaire qui consisterait à dire « c’est l impression d’ensemble qui compte ». Nous ne nous reconnaissons pas dans cette caricature mais nous ne sommes pas non plus pour une lecture myope (…). Pour comprendre ce qui, dans tel bornage, dans telle rencontre peut sembler anodin s’il est pris isolément mais qui peut aussi faire sens lorsqu’on le regarde avec une perspective ».

 

Nicolas Braconnay : « à la fin du mois d’octobre 2015, l’ensemble des membres des commandos est présent et la réalité de la cellule terroriste est sur le point de basculer dans ce qui sera notre cauchemar ».

Le président : « que nous aborderons après ujne nouvelle suspension. On reprendra à 17H45. L’audience est suspendue ».

 

Point « où en est-on dans le réquisitoire? » : le réquisitoire du Parquet s’organise en quatre parties : 

  • Partie 1 : la naissance du projet => mercredi 8 juin. 
  • Partie 2 : l’organisation des attaques => on vient de terminer !
  • Partie 3 : les attentats => maintenant.
  • Partie 4 : les suites du 13 novembre => vendredi 10 juin.

 

Nicolas Le Bris : « il est temps désormais pour nous de revenir sur ce cauchemar des attentats du 13 novembre 2015 qui ont fait 132 morts à Saint Denis et à paris. Il est nécessaire de revenir rapidement en arrière pour tenter de percevoir l’état d’esprit des terroristes avant leur passage à l’acte. Cette cellule ne se mettra jamais en sommeil ; elle ne cessera de se développer au gré des arrivées successives ».

 


Nicolas Le Bris : « venons-en ensuite à ces ultimes préparatifs. Ce qui marque les esprits, c’est l’absence totale de précautions prises par les frères Abdeslam et Mohamed Abrini. Cette absence de précaution tranche avec les précautions prises par Mohamed Bakkali et Khalid El Bakraoui. A compter du lundi 9 novembre, mis à part l’épisode de l’activation des puces téléphoniques, la logistique a été effectuée en totalité par les frères Abdeslam et Mohamed Abrini. Les trois hommes ont agi au grand jour. Ainsi les contrats de location et de caches sont effectués sous leurs vraies identités par les frères Abdeslam. Par ailleurs, ils ont tous trois été filmés par les vidéosurveillances que ce soit à la banque, la station essence ou encore l’appart-hôtel. Nous sommes convaincus que cette prise de risque traduit bien leur intention de mourir dans les attentats. Pour eux en effet, il était désormais inutile de prendre des précautions. (…)

 

1/ LOCATIONS DE VOITURES

Nicolas Le Bris : « comment se sont déroulées les locations de voitures ? Le lundi 9 novembre a été consacré aux locations des véhicules des commandos. C’est à 13H17 que Salah Abdeslam et Mohamed Abrini se sont retrouvés. Tous deux ont ensuite été filmés à 14H à l’agence bancaire lors du deuxième rechargement de sa carte bancaire par Salah Abdeslam. Vers 14H30, les deux amis se sont rendus à l’agence Rent Car, pour la location de la Clio. Le contrat de location a été fait au nom de Salah Abdeslam et une copie de sa carte d’identité et de son permis de conduire sont au dossier. La polo a été louée vers 14H30. Là encore, le contrat de location a été fait au nom de Salah Abdeslam. Quant à la SEAT, la troisième voiture, elle a été louée à 16H15 par Brahim Abdeslam. Pour ce faire, il était accompagné de Mohammed Amri.

Brahim Abdeslam quitte l’agence au volant de la SEAT suivi de Mohammed Amri. La GOLF va suivre la SEAT jusqu’à la rue de l’Intendant. Le véhicule ne bougera plus jusqu’au jeudi 12. Brahim Abdeslam a ensuite été filmé prenant place dans le véhicule de son ami. Ce lieu de stationnement se situe à 900 mètres du lieu où se trouve le domicile de Brahim Abdeslam. Interrogé le 31 mars sur ce point, Mohammed Amri a dit s’en être étonné : « pourquoi te gares-tu ici ?» lui a-t-il demandé. Brahim Abdeslam lui aurait simplement répondu qu’il ne voulait pas être vu à bord du véhicule « pour ne pas qu’on lui porte l’œil » ; ce qui est étrange car il s’agissait d’une SEAT somme toute une voiture assez banale.

 

2/ LOCATIONS DES CACHES

LES FAITS

Nicolas Le Bris : « la maison à Bobigny a été louée en deux temps par Brahim Abdeslam et Mohamed Abrini. Selon le propriétaire, un homme se présentant come Brahim Abdeslam l’a contacté téléphoniquement pour réserver son pavillon pour six personnes. Le mardi 10 novembre Brahim Abdeslam et Mohamed Abrini se sont rendus à Bobigny a bord de la Clio louée la veille. (…) A 22h10 et 22H44 le propriétaire a été contacté à deux reprises par la ligne de Mohamed Abrini. C’est vers 23H que les deux hommes sont arrivés sur place. Le propriétaire du pavillon a formellement reconnu Brahim Abdeslam et Mohamed Abrini. (…) Au cours de la visite, Brahim Abdeslam a même désigné sa chambre à Mohamed Abrini. Deux heures plus tard, à 1H du matin, les deux amis ont été filmés à l’appart City du Blanc-Mesnil où ils ont tenté de louer quatre chambres mais faute de garanties bancaires suffisantes, la location leur a été refusée. On remarque que les amis n’ont pris aucune précaution particulière. Les deux hommes sont ensuite rentrés à Bruxelles.

Pendant que son frère et son meilleur ami étaient en France, Salah Abdeslam a passé la soirée avec sa fiancée, Yasmina. Inquiète pour la situation de son couple, la jeune femme a fondu en larmes. Elle explique que lui aussi s’est mis à pleurer. Face à la réaction inhabituelle de son fiancé, Yasmina s’est demandé si ce dernier ne s’était pas décidé à rejoindre la Syrie. Cela ressemble bien à une soirée d’adieu ! Le lendemain elle reçoit un appel de Salah Abdeslam lui disant qu’il devait partir trois-quatre jours. On remarque que la mère et la sœur des frères Abdeslam ont dit que le mardi ou le mercredi, Brahim et Salah leur avait parlé de leur prochain départ pour le ski. (…) Brahim Abdeslam et Salah Abdeslam se sont finalement retrouvés le mercredi 11 novembre, vers 3H du matin. Après cette rencontre, plus aucun appel ne sera passé par Mohamed Abrini. Bien évidemment, cela ne peut pas être un simple hasard. Là encore les deux amis se comportent comme de futurs auteurs. (…) Dans la soirée de ce mercredi 11 novembre, ils vont tous deux se rendre en France pour louer deux chambres à l’appart-hôtel d’Alfortville. Là encore, les deux amis ont fait le trajet à bord de la Clio (…). Les deux chambres d’hôtel ont été louées vers 20h.

Quelles sont donc les expications fournies par Mohamed Abrini et Salah Abdeslam ?

 

LES EXPLICATIONS DE MOHAMED ABRINI

Nicolas Le Bris : « lors de ses interrogatoires des 26 août 2016 et 3 septembre 2018, Mohamed Abrini avait affirmé ne pas avoir été mis dans la confidence des attentats avant le mercredi 11 novembre. (…) Mais, à l’audience du 22 mars 2022, Mohamed Abrini semblait avoir fait un petit pas sur le chemin de la vérité. Il nous avait alors dit avoir rencontré Abdelhamid Abaaoud à Charleroi. Il nous avait laché cette phrase : « j’étais même prévu pour le 13 ». Je parle d’un petit pas car nous l’avons vu hier, cette proposition, Abdelhamid Abaaoud l’a faite bien avant, lors de son séjour en Syrie. Et lors de cet interrogatoire du 22 mars, Mohamed Abrini avait promis d’en dire plus. Mais, nous avons le sentiment que ce premier pas a manifestemejnt déplu à Salah Abdeslam, lequel ne semblait pas décidé à en dire autant. Les discussions quotidiennes et les rires complices entre les deux amis d’enfance ont alors laissé place à des discussions houleuses entre les deux amis d’enfance et c’est peut être pour ça que vous les avez séparés monsieur le président. Le … mars, il fait finalement deux pas en arrière et dire qu’il était bien prévu Pour commettre un attentat mais uniquement dans l’esprit d’Abdelhamid Abaaoud ; pas dans le sien. (…) Ce n’est finalement le 8 novembre qu’il aurait opposé à Brahim Abdeslam une fin de non recevoir catégorique. Difficile de comprendre pourquoi Mohamed Abrini a participé à ces ultimes préparatifs. Lorsqu’on lui a posé la question, il a esquivé, expliquant cela par une année de détention bien difficile. (…) Sur l’absence de toute précaution durant cette semaine décisive, il a convenu que n’importe qui aurait pris des précautions : « c’est vrai, je me comporte comme un futur auteur mais je n’ai pas d’explication ».

 

LES EXPLICATIONS DE SALAH ABDESLAM

Nicolas Le Bris : « dans un premier temps, de son côté, Salah Abdeslam a préféré garder le silence sur ces préparatifs des derniers jours. Puis, dans un ultime interrogatoire il a affirmé ne pas savoir que ces locations allaient servir aux attentats. (…) Il se trouve que ses déclarations ne sont pas conformes à celles fournies par Salah Abdeslam aux enquêteurs belges. Le 19 mars 2016 il avait ainsi clairement reconnu avoir effectué ces locations en pleine connaissance de cause : « j’ai loué des voitures et des hôtels, en prévisions des attentats ». (…) Par ailleurs, Mohamed Abrini a maintenu que Salah Abdeslam lui avait indiqué que tout le monde était arrivé : « cela m’a fait rire car Brahim me l’avait déjà dit avant ».

Concernant les adieux à ses proches, Salah Abdeslam a dit « j’ai pleuré avec Yasmina parce que je devais partir en Syrie. Je savais que je devais abandonner Yasmina et ma famille ». Les mensonges de Salah Abdeslam se téléscopent : « j’ai rencontré Abaaoud à Charleroi le 13 novembre. Je suis dans une impasse, je ne peux pas partir car rien n’est organisé pour mon départ’.

 

CONCLUSION SUR LES LOCATIONS

Nicolas Le Bris : « nous sommes convaincus que Salah Abdeslam et Mohamed Abrini n’ont pas tout dit. Je vous renvoie sur ce point à la conversation entre Salah Abdeslam et Mohamed Bakkali à la prison de Bruges en 2016. Les deux parlent du sort de Mohamed Abrini. Voici un contenu de leurs échanges :

Salah Abdeslam : « normalement Mohamed il n’y a rien. Il sait. Il sait. En tout cas par rapport à la France je ne sais pas ce qu’on va pouvoir lui reprocher ».

Mohamed Bakkali : « d’avoir fait des repérages avec toi soi disant ».

Salah Abdeslam : « il risque beaucoup pour ça ? ».

Mohamed Bakkali : « tu vois le complice, tu vois le fait de préparer l’attentat avec toi, d’être au courant ?! Eh bien ça ça rentre dans la complicité ; c’est comme si tu le faisais quoi ! ».

 


 

1/ CHARLEROI

Nicolas Le Bris : « (…) quelles sont les explications de Mohamed Abrini et Salah Abdeslam sur cette étape de Charleroi ?

 

LES EXPLICATIONS DE MOHAMED ABRINI

Nicolas Le Bris : « alors qu’il prétend avoir renoncé quelques jours plus tôt, Mohamed Abrini se rend malgré tout à Charleroi avec les frères Abdeslam. (…) Il dit être entré dans un exercice de justification envers Abdelhamid Abaaoud qui aurait appris son refus. Il faut imaginer cette scène au milieu des kalachnikov et gilets explosifs … tout cela n’est pas crédible !! Le 25 août 2016, Mohamed Abrini avait expliqué à la juge Panou que tous les terroristes présents à Charleroi étaient déterminés : « c’est comme les familles de soldat qui les embrassent avant qu’ils partent sur un territoire en guerre (…). Il n’y a aucun doute sur le fait qu’ils allaient mourir ». Mais devant la cour le 29 mars dernier, marche arrière toute : un seul homme de Charleroi ne lui semblait pas déterminé … Salah Abdeslam ! Il nous dit « pour moi, Salah Abdeslam n’avait pas le regard d’un homme déterminé ; il aurait été capable d’aller tuer des hommes en Syrie mais pas un attentat en France » ». Pour Mohamed Abrini c’est donc à Charleroi que Brahim Abdeslam (à vérifier : ou Abdelhamid Abaaoud ?) a confié son gilet explosif à Salah Abdeslam.

 

LES EXPLICATIONS DE SALAH ABDESLAM

Nicolas Le Bris : « sur les explications fournies par Salah Abdeslam. Selon lui, ce n’est que le 12 novembre qu’il aurait été informé par son frère Brahim de la présence d’Abdelhamid Abaaoud en Belgique : « la rencontre avec Abdelhamid Abaaoud est un basculement ; je n’avais pas vu auparavant la détermination de mon frère. C’est là que j’ai compris qu’il allait faire un attentat ». Et c’est uniquement lors de cette rencontre qu’Abdelhamid Abaaoud lui aurait proposé de prendre part aux attentats. (…)

Salah Abdeslam tente de nous faire croire qu’il s’est retrouvé dans une impasse, comme s’il s’était retrouvé pris au piège, et ce serait donc uniquement par dépit, un peu contraint et forcé, qu’il aurait finalement accepté la proposition d’Abdelhamid Abaaoud. Mais contrairement à d’autres commandos, son but à lui était surtout d’éviter la prison en se tuant lui-même. Salah Abdeslam conteste donc être une véritable recrue mais il rejette aussi le terme de remplaçant utilisé par Mohamed Abrini. Ce ne serait donc ni un titulaire, ni un remplaçant mais un spectateur invité à la dernière minute pour entrer sur le terrain. Son but : tenter de couper tout lien avec l’équipe des terroristes ; de s’en désolidariser. C’est d’ailleurs pour cela qu’il prétend que sa cible était finalement dans un café du XVIIIe artronfdissement.

Abdelhamid Abaaoud n’aurait jamais pris l’initiative d’ajouter un dixième homme au dernier moment, sans la validation de l’émir. Jamais si près du but, Abdelhamid Abaaoud aurait pris le risque d’inviter un candidat de dernière minute. Enfin, sur question de ses conseils, il a dit « pour me convaincre, Abdelhamid Abaaoud m’a dit que la France est l’un des pays les plus acharnés contre l’islam, que le paradis m’attend si je fais cet acte là ».

 

2/ DIRECTION LA FRANCE

Après Charleroi, direction la France. Dans l’après-midi du jeudi 11 novembre, les sept terroristes regroupés à Charleroi prennent la route à bord de la Clio et de la Seat. Les terroristes de Jettes partent à bord de la Polo. Salah Abdeslam a prétendu ne pas avoir eu conscience de faire la voiture ouvreuse ; façon là aussi de se désolidariser du procès dans sa globalité. Pourtant, l’enquêteur de la brigade criminelle a été très clair : lors du trajet, les voitures se trouvaient dans un mouchoir de poche. (…) Par ailleurs, Hamza Attou a déclaré aux enquêteurs que dans la voiture, Salah Abdeslam leur avait dit être le dixième homme. Salah Abdeslam et Mohamed Abrini rejoignent donc le pavillon de Bobigny. Mohamed Abrini avait manifestement réussi à arrondir les angles avec Abdelhamid Abaaoud lors de leur entrevue du matin. Ce dernier aurait accepté qu’il les accompagne à Bobigny uniquement pour leur faire ses derniers adieux. Il faut donc imaginer Abaaoud acceptant qu’Abrini qui a refusé de participer aux attentats les accompagne dans une planque. Tout cela n’est pas crédible !

Mohamed Abrini : « ils étaient tous calmes, tranquilles, il préparaient à manger dans la cuisine, regardaient la télé. Je ne voyais pas de stress en eux ». Déclaration qui fait froid dans le dos. Déclaration glaçante quand on sait ce qu’il va se passer.

MA a dit qu’il n’avait pas assisté sur place au moindre briefing.

 

LA VIDÉO DE REVENDICATION DE SALAH ABDESLAM

Nicolas Le Bris : « ce dernier a dit n’être passé par cette étape qu’au tout dernier moment. Abdelhamid Abaaoud lui aurait fait prendre la pose avec une kalachnikov et une ceinture explosive mais sans lui donner la moindre explication. (…) Ce n’est qu’à l’audience qu’il aurait enfin compris qu’il s’agissait d’une future vidéo dans le but de la revendication. (…) La scène décrite par Salah Abdeslam est grotesque ! Sa vidéo de revendication il l’a forcément tournée bien en amont. Bien que n’ayant pas été en Syrie, il peut très bien tourner cette vidéo en Belgique, comme l’a très bien fait Abdelhamid Abaaoud.

 

3/ LE DÉPART DE MOHAMED ABRINI

Nicolas Le Bris : « Bilal Hadfi devait intialement être le quatrième homme du Bataclan. C’est dans la cache de Jettes que se trouvaient les assaillants du Bataclan mais aussi Bilal Hadfi. Contrairement aux assaillants du Bataclan il n’a pas passé sa soirée à Charleroi. Par ailleurs Ismael Omar Mostefai, Foued Mohamed Aggad et Samy Amimour se trouvent dans la Polo. Bilal Hadfi aussi. Enfin, à l’arrivée en France, les terroristes se sont répartis entre les caches d’Alfortville et de Bobigny et c’est bien dans la cache d’Alfortville que ce sont installés ceux du Bataclan mais aussi Bilal Hadfi. (…) Ce n’est que plus tard dans la soirée qu’il rejoindra la cache de Bobigny.

Logique : les terroristes du Bataclan sont des français. Ils sont partis de Jettes, ont pris la POLO et se sont installés à Alfortville. (…) Bilal Hadfi a finalement passé la nuit dans le pavillon de Bobigny et le vendredi soir, il se fera finamement exploser au Stade de France. Ce changement de planque de Bilal Hadfi correspond donc à un changement de cible.

Par ailleurs on remarque que dans la soirée du 12 novembre, Mohamed Abrini a quitté la cache de Bobigny et s’est rendu dans un restaurant de Noisy-le-Sec pour appeler un taxi. Mais les investigations démontrent que Mohamed Abrini devait initialement passer la nuit du 12 au 13 novembre dans cette cache de Bobigny. En effet, son départ précipité a constitué un imprévu pour tous les terroristes. C’est aussi une surprise pour Salah Abdeslam. (lors d’une sonorisation en détention), il dit à Mehdi Nemmouche son voisin de cellule qu’une fois à Bobigny des instructions avaient été données et qu’ensuite il a disparu. Surprise pour les frères Abdeslam mais surprise aussi pour Mohamed Abrini lui-même. Non seulement il ignorait les horaires du dernier Thalys et il est resté à la porte en arrivant chez lui. Il apparaît donc qu’il est parti comme un voleur. Bilal Hadfi est donc venu le remplacer. (…)

Dans la soirée du jeudi 12, on remarque une intense activité téléphonique entre les caches françaises et la Belgique, mais ces appels se font par l’intermédiaire des lignes utilisées par les coordinateurs restés en Belgique. Entre 19H42 et 22H19, la cache de Bobigny est contactée à trois reprises par les coordinateurs. Les appels vont ensuite s’enchainer à un rythme effréné. (…) Trois minutes plus tard, à 22H27, les coordinateurs rappellent la cache de Bobigny. A 22H51, les coordinateurs contactent de nouveau Alfortville pendant une minute vingt. Il s’agit donc d’une véritable chaine d’appels ; via les coordinateurs bruxellois, les terroristes ont pu être informé du désistement de Mohamed Abrini et de la nécvedssité de le remplacer par Bilal Hadfi.

Autre point important : il apparait que l’armement était largement suffisant pour onze hommes : onze terroristes. Six armes à feu, neuf ceintures explosives et les quatre couteaux de boucher.

J’insiste sur la curieuse précaution prise par Mohamed Abrini lors de son retour au Belgique. Il a demandé à son frère Ibrahim de se débarrasser de ses vêtements portés depuis ces trois derniers jours. Il a parlé « d’un réflexe de vieux braqueur ». On peut imaginer le réflexe d’un terroriste ayant manipulé du TATP ou des armes.

La juge Panou ne s’était donc pas trompée lors de sa déposition du mois de septembre. Elle nous avait expliqué que Mohamed Abrini, avant d’être l’homme au chapeau était d’abord l’homme des attentats. Il est poursuivi non pas pour tentative mais pour complicité de ces crimes et son renoncement ne s’aurait s’analyser en un désistement volontaire. Il est sans effet sur les actes antérieurs qui lui sont reprochés. (…) Il a ensuite repris sa vie le plus normalement du monde.

Nul doute qu’intérieurement, Mohamed Abrini devait se délecter du scénario à venir. Ce qui va se passer le soir, il le souhaitait ardemment. Le 12 janvier 2022 il déclare « moi je comprends qu’on puisse venir tuer des gens car sur place, ils étaient traqués par des drones ». Dans un courrier écrit à sa mère il dit « ils vont regretter ces chiens ennemis d’Allah d’avoir pris la tête de la croisade ».

 

 

Nicolas Le Bris : « après le départ de Mohamed Abrini , les terroristes ne sont plus que 10. La cellule se réorganise rapidement avec le changement d’affectation de Bilal Hadfi. En tout cas pour les amis de Mohamed Abrini , le travail continue.

 


 

PARIS

Nicolas Le Bris : « dans l’après-midi du vendredi, des repérages ont été effectués à proximité des terrasses mais aussi de Roissy. (…) Salah Abdeslam conteste avoir effectué ces repérages. Pour s’en défendre, il dit être parti avec son frère pour effectuer d’autres repérages dans un café du XVIIIe et aux alentours du Stade de France. Mais pourquoi cibler un bar en particulier dans le XVIIIe arrondissement ? On sait que des repérages généraux ont été faits dans le secteur des terrasses mais il n’y a pas eu de sélection en amont. Pourquoi faire un repérage en taxi alors que la SEAT était à disposition et qu’elle n’a pas bougé de la journée ? Même si le véhicule était chargé en armes, il suffisait de mettre ces armes quelques minutes dans la maison ! (…) Impossible surtout d’oublier le nom du café où Salah Abdeslam était censé mourir. Il a une très bonne mémoire quand il le veut … je fais référence à l’appel passer à Amri lors de sa fuite.

 

SCHIPHOL

Nicolas Le Bris : « n’oublions pas que les Pays-Bas étaient une cible de la cellule et plus précisément l’aéroport de Schiphol. (…) Salah Abdeslam est souvent présenté comme le seul survivant des commandos du 13 novembre. Osama Krayem et Sofien Ayari sont également des survivants des comandos du 13 novembre. Ils sont des survivants du commando néerlandais. Nous n’avons jamais reproché à Osama Krayem et Sofien Ayari une tentative d’attentat à l’aéroport de Schiphol. Je le dis et je le répète. La qualification de tentative ne figure ni sous la plume du Parquet, ni sous la plume de la chambre de l’instruction. Il aurait fallu prouver un commencement d’exécution. Ce n’est pas établi et nous n’avons jamais prétendu le contraire mais nous avons la conviction que tous deux se sont rendus dans cet aéroport dans le but de commettre un attentat.

(…) Juridiquement, ce projet s’analyse de deux manières : pour l’ensemble des accusés, la préparation de l’attentat de Schiphol relève de l’AMT. Les actes matériels sont les suivants : la détermination de la cible, les recherches sur les différents vols, des passagers bien précis, le choix de la date : 13 novembre … le but était bien de coordonner les attaques ! Nous sommes donc bien dans le plan d’attaque de la cellule. Pourquoi donc reprocher ce projet d’attentat à tous les accusés ? Parce qu’il faut comprendre que l’attentat de l’aéroport de Schiphol était l’une des cibles du plan dans son ensemble et il faut bien comprendre que les membres sont tous interchangeables. Chacun des commandos était susceptible d’être affecté sur n’importe laquelle des cibles. Ainsi, chacun des autres commandos aurait parfaitement pu être envoyé aux Pays-Bas.

Ensuite, ce déplacement aux Pays-Bas, pour Osama Krayem et Sofien Ayari les rend complices de ce qu’il s’est passé à Paris et à Saint-Denis. Grâce à leur aide, car ils ont accepté cette missions aux Pays-Bas, la cellule a pu affecter onze autres terroristes pour armer les quatre groupes destinés à la France. (…) A défaut, les attentats en France auraient été mathématiquement moins meurtriers. Mohamed Abrini a dit lors d’un interrogatoire que grâce à son départ impromptu, Bilal Hadfi a été affecté au groupe irakien donc grâce à son départ il y a eu moins de victimes au Bataclan. Il dit « ça fait un terroriste de moins au Bataclan donc moins de mort ; c’est mathématiques ! ». Donc si Osama Krayem et Salah Abdeslam avaient refusé la mission à Schiphol, ça aurait fait deux terroristes de moins en France et donc combien de morts en moins ? (…) En acceptant de constituer le groupe Schiphol, Osama Krayem et Sofien Ayari sont bien complices. Contrairement aux auteurs, ce n’est pas sur les mains qu’ils ont le sang des victimes mais sur leur conscience.

 

Nicolas Le Bris : « voilà j’en ai fini et je vous propose de reprendre demain ».

Le président : « entendu et je vous propose de reprendre demain à partir de 12H30 ».

 

A demain ! 


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