Jour 14

Attention : la lecture des éléments de retranscription du procès des attentats du 13 novembre 2015 s’adresse à un public averti. Certains des propos rapportés sont susceptibles, par leur contenu ou leur nature, de heurter la sensibilité des lecteurs, et notamment des plus jeunes.

 

EXTRAITS

MERCREDI 29 SEPTEMBRE 2021

 

12h55 : l’audience reprend avec les dépositions des victimes du Stade de France, puis du Carillon.

 

 

 

EXTRAITS / Tina : « (…) le terroriste, j’ai vu son tronc, j’ai vu sa tête, j’ai vu sa chair. Comment oublier ?! Comment se reconstruire ? On a du mal. Six mois d’hospitalisation, de psychiatrie, des enfants qui souffrent. J’aurais pu ne plus voir mes enfants.

(…) Aujourd’hui j’ai un cri de colère. J’ai eu de la chance de rester en vie malgré mes séquelles. Je le porte sur mon bras. Je le porte aussi sur mon corps. J’ai 80% de handicap. Malgré tout, j’essaie de survivre, d’exister ; parce qu’on se dit qu’on a une mission, pour nos enfants. Malheureusement changer le monde on ne peut pas … mais l’améliorer on peut. Ce que je veux, c’est que mes enfants aient l’esprit aussi combatif que moi.

(…) J’entends les accusés dire ‘on vit dans des conditions carcérales désastreuses’. Moi je dis : vous avez de la chance d’être en France, la chance d’avoir des moyens. Ca aurait été dans un autre pays, je ne pense pas que ça se serait passé de la même façon. Les victimes aujourd’hui on est en colère … on vient avec nos propres moyens au tribunal. Eux sont accompagnés, ils ont des bouteilles d’eau. Nous, non. (…) Hier encore, (…) l’un des accusés somnolait ou dormait [il s’agit de Muhammad Usman, qui effectivement, a souvent les yeux fermés en audience]. C’est un manque de respect envers la cour, un manque de respect envers les victimes. On a le sentiment d’un ‘je m’en foutisme’.

 


 

 

EXTRAITS / Olivier : « (…) j’étais assis au bout de la terrasse du Carrillon. J’avais rejoint ce soir-là cinq personnes.

Il explique être au téléphone ; raccrocher et voir une voiture noire « débouler en trombe ».

Au vu de la voiture, je me dis « tiens c’est des dealer ! ». Ma surprise c’est quand je vois sortir le type, le frère de Salah Abdeslam, sa tête est celle de quelqu’un qui est halluciné. Tout de suite, j’ai pensé à un attentat. D’instinct, je me lève, je fais volte-face. J’entends Allah Akbar. Puis les balles, les bruits de verre (…). Je prends la balle dans le bras avant gauche.

(…) A ma sortie d’hôpital, je vais rencontrer celui qui est probablement l’un des responsables politiques de cette situation : Manuel Valls. Il a refusé des médiations importantes avec les services Syriens à Damas. Ce refus criminel a engendré les conséquences que nous connaissons aujourd’hui.

(…) Il est temps maintenant de pointer du doigt tous les petits Abdeslam de France, qui se font passer pour nos concitoyens (…). La semaine dernière, il appelait à ouvrir la porte au dialogue (…). Monsieur le président, si j’ai un vœu à formuler, s’il reste un peu d’honneur dans ce pays, n’ouvrez jamais cette porte au dialogue avec ce cancer qu’est l’islamisme car, lorsqu’on est malade, on ne débat pas avec ses métastases, on les combat et on les écrase.

 


 

A la reprise, une jeune femme s’avance à la barre. Elle semble jeune, frêle, discrète. On dirait une jeune étudiante … elle a un jean et un long tee-shirt vert kaki. Elle commence. Sa voix est très douce, fluette :

EXTRAITS / Maya : « je m’appelle Maya. Je suis architecte. J’ai été blessée à la terrasse du Carillon. Je voudrais commencer avec les noms des personnes avec qui j’étais ce soir-là et que j’ai perdues. Je suis architecte [elle énonce les noms de ses amis, en commençant par celui d’Amin, « son amoureux »]. Amin est d’abord devenu mon ami. Quelques années plus tard mon amoureux, mon mari et puis mon associé dans la vie professionnelle. On habitait ensemble, on travaillait ensemble. On a même monté notre agence d’architecture en 2015. Il a été mon premier amour. On parlait des enfants qu’on aurait un jour. C’était quelqu’un de beau, de brillant, de solaire. Il cuisinait très bien. Il était drôle. C’était l’homme de ma vie. On s’est mariés deux fois. Une fois à Paris en 2014 et une fois au Maroc, à Rabat, en 2015. Il avait grandi là-bas et sa famille vit encore là-bas. 

Ce soir-là, au Carillon, nous étions cinq. J’avais 27 ans et eux en avaient 29. On évoquait leur anniversaire de 30 ans et la fête qu’on allait faire. Sauf que ce soir-là, trois d’entre eux sont tombés sous les balles. Ni Amin, ni Emilie, ni Charlotte n’ont fêté leurs 30 ans.

Donc, nous étions cinq … et je suis seule ce soir à la barre ».

 


 

 

EXTRAITS / Bahareh : « le 13 novembre 2015, j’avais 33 ans. J’étais enceinte de sept mois (…). Il y a eu des tirs envers les personnes attablées vers la terrasse (…). On entendait leurs cris. Sous les tables, cachée, une de mes amis répétait ‘il faut faire attention à Babou (c’est mon surnom) ! Elle a un bébé ». Je sentais mon bébé bouger. J’ai pensé à mon conjoint. J’ai parlé à mon bébé et je lui ai dit « on ne va plus être que toutes les deux ». (…) J’ai crié son prénom. Il est arrivé quelques secondes après à l’intérieur du bar.

Je n’ai pas subi de blessures physiques (…). J’ai décidé d’aller de l’avant et de mettre tout ça de côté. (…) J’avais besoin de me tenir devant vous pour témoigner pour ceux qui ne peuvent plus, aussi pour soulager ma culpabilité pour aller moins mal que les autres (…). Je pense à leurs familles et leurs proches.

Je voulais aussi témoigner pour vous dire d’où je viens : je suis née en Iran en 1983. Mes parents ont fait la révolution contre le Shah. (…) Trente-trois ans après, les mêmes obscurantistes ont failli me tuer dans un bar à Paris. Qu’ils s’appellent Talibans, Etat islamique, ce sont les mêmes assassins sanguinaires (…) ».

 

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