Jour 142

Attention : la lecture des éléments de retranscription du procès des attentats du 13 novembre 2015 s’adresse à un public averti. Certains des propos rapportés sont susceptibles, par leur contenu ou leur nature, de heurter la sensibilité des lecteurs, et notamment des plus jeunes. Par ailleurs, toute reproduction du contenu, même partielle, sans l’autorisation expresse de l’auteur expose le contrefacteur à des poursuites.

 

EXTRAITS

VENDREDI 17 JUIN 2022

 

Programme de la journée : aujourd’hui, c’est la suite des plaidoiries de la défense avec la défense d’Ali El Haddad Asufi. 12H54 : l’audience reprend.

 


 

 

Maître De Taye : « dans le dossier de Bruxelles je ne prends que ce qui m’intéresse. Cette phrase vous l’avez déjà entendu. C’était le 7 avril 2022 par l’illustre madame Panou. (…) Je rassure tout de suite la Cour, je n’aurais pas la bêtise de faire un procès qui n’a pas lieu d’être: celui de madame Panou. A la bonne raison que madame Panou a diligenté un procès de 1 million de pages à la louche, elle l’a diligenté seule. On ne peut que deviner le coup d’un pareil sacrifice. Pour cela, madame Panou a mon plus grand respect. Elle l’a d’autant plus qu’elle a déposé deux fois à cette barre. Mais si l’instruction qu’elle incarne à un moment donné s’est fourvoyé pour certains volets de cette enquête, si personne et notamment les enquêteurs qui l’accompagnaient n’a eu l’idée de rebrousser chemin, alors c’est à la défense de dénoncer. Nous avons une dette morale vis-à-vis de la France. Cette phrase madame Panou ne l’a pas dite à la barre mais je l’ai entendue de nombreuses fois; répétées à de nombreuses reprises.

La question qui vous est posée c’est celle de la culpabilité de monsieur Ali EA mais c’est un élément de contexte important. J’ai appris par l’intermédiaire de maître Pacci que monsieur Alain Grimelard devait venir déposer ici. Il est islamologue aujourd’hui, c’est un ancien enquêteur de la DR3. (sur un plateau télé), il expliquait que les enquêteurs . La défense de monsieur EA ne dénonce pas un complot policier. La défense de monsieur EA ne vous dit pas qu’il y a un complot judiciaire et policier contre lui mais si à un moment donné, certains ont foulé certains principes de l’Etat de droit, je vous dis simplement que parfois on a peut-être manqué de méthode ou de rigueur.

Quand je parle de manque de méthode je parle du volet hollandais sur les armes. Un journaliste de Mediapart titrait « …. ». Il me semble qu’un journaliste du Monde semblait lui emboitait le pas. C’est vous que je dois convaincre mais il n’empêche que cela compte. Quand j’ai lu ça, en 2022, j’étais en colère, pour la bonne et simple raison que ce volet hollandais, ce volet sur les armes, l’incurie, nous la dénonçons depuis 2018. Ce que je regrette le plus c’est que c’est aujourd’hui, c’est cette année

C’est à cause du volet sur les armes que monsieur EA est devant vous aujourd’hui. Si on avait fait le travail il serait jugé avec ses copains au petit Paris. Rassurez-vous monsieur le président, vous m’avez aussi appris la modération.Je suis ravi aussi ; j’ai appris beaucoup ici. Quand on est jeune avocat, on a la défense à bras le corps. Après le fiasco qu’a été la déposition de monsieur Richard Van Gils, une dame est venue me voir avec un cordon rouge autour du cou et m’a demandé si cela été bien réel. Et j’étais très triste ! Ce mélange de tristesse et de colère, je pèse mes mots, c’était pour moi du dégoût. En arriver là, je trouve ça vraiment triste.

Attaquons le fond du dossier vous savez je ne suis pas un plaideur d’assises car en Belgique il n’y a quasiment pas d’assises.

 

Rotterdam

Maître De Taye : « Madame l’enquêtrice est venue présenter avec son powerpoint, ce qui était l’enquête sur Rotterdam. Elle nous a expliqué que monsieur EA avait recherché des armes à Rotterdam. (…) Dans l’intérêt de la défense de monsieur EA, j’aurais voulu lui poser quelques questions. Monsieur Osama Krayem nous dit que IEB lui a dit que les armes venaient de Hollande. On n’a rien d’autre ; rien d’autre. On a juste cette phrase qui nous est servie à toutes les sauces. (…) Le PNAT dit de monsieur Osama Krayem qu’il a joué avec les pieds des enquêteurs, qu’il parlait des morts et pas des vivants, on lui accorde une force probante près de 0 mais lorsqu’il s’agit des accusés, on lui donne parole d’Evangile. Je vous demanderais de faire avec cette phrase la même chose qu’avec les autres c’est-à-dire lui accorder une force probante proche de zéro. 

Dabiq 14. Les ‘Dabiq’ je ne les utiliserai pas pour la litière de mon chat et donc je ne pense pas que vous devriez les utiliser pour décider du sort d’un homme. (…)

 

Maître De Taye : « Ensuite revenons à l’essentiel. Une conversation whatsapp que monsieur El Haddad n’a pas eu la bonne idée d’effacer de son téléphone. Cette conversation whhatsapp, le PNAT estime qu’on devrait nécessairement en déduire un trafic d’armes. Je l’ai relue mille fois. La défense de monsieur EA a toujours dit que c’était lié à un trafic de stupéfiants. Cette conversation, on ne peut ni en déduire que ça parle d’armes ni que ça parle de stupéfiants. L’artgument du PNAT c’est de dire que 1500€ ça peut correspondre à une arme. Je n’ai pas vu un PV qui me donne l’argus de la kalachnikov d’occasion. Dans quel état est-elle ? Combien on va en prendre ? Est-ce qu’elles sont clean pas clean ? Y’a plein de facteurs qui peuvent influencer le prix d’une arme. Ca peut être 1.000, 5.000 peutêtre 20.000 si c’est celle en or de Kadafi. Du cannabis c’est pareil : est-ce que c’est de la white widox, de la purple, est-ce qu’elle est sèche ? est-ce que je viens de la voler ? Y’a plein de critères qui influencent le prix d’un bien. On ne peut en déduire qu’il s’agit du prix d’une arme. 

Conversation du 14 octobre : « tu as besoin d’un kilo quand?! ». C’est pas un kilo de fromage et c’est pas un kilo d’armes. (…) Que l’on prenne des précautions ne veut pas dire que ce sont des armes et pas des stupéfiants. C’est probablement plus des stupégiants que des armes mais tout ça est fort louche quoi qu’il en soi.

 

L’analyse du GPS TomTom

Une adresse est donnée à monsieur EA par son cousin Anas Afadass. Monsieur le président vous avez eu la témérité de prononcer le nom de cette rue. Je l’appellerai moi le nom de la rue imprononçable. (…)

 

L’audition de Richard Van Gils

Maître De Taye : « Je ne vous remercierai jamais assez d’avoir fait venir virtuellement à cette barre monsieur Richard Van Gils. Il est présenté dans un premier temps comme un trafiquant international de stupéfiants. 

Audition « nous vous faisons remarquer que vous devriez être plus précis dans vos réponses car si vous ne répondez pas, cela pourrait mettre en cause des membres de votre entourage ». EA : « je vous demande d’ajouter que vous avez dit que mon cousin serait envoyé en prison ». 

Monsieur Van Gils est un trafiquant d’armes international. C’est ce qu’on nous dit. Je vais lire le PV : « sous le n° d’enregistrement PLIPL1700…, il est mentionné que Richard Van Gils a étéc arrêté le 6 décembre 2014 en relation avec un vol de vélo. Je suis désolé mais quand on me le présente comme un trafiquant d’armes international et je découvre qu’il est mis en cause dans une affaire de vol de vélo. J’imagine monsieur Van Gils sur son vélo volé avec sa besace rempli de kalach’ !!! Vous l’avez vu à cette barre monsieur Van Gils.

Pendant quatre ans, j’ai demandé l’audition de monsieur Van Gils. Quatre ans. (…) … dans sa grande générosité me livre le casier judiciaire de monsieur Van Gils. Il ressort que monsieur Van Gils est une personne sans intérêt. (…) Vous lui avez demandé ce qu’il faisait en octobre-novembre 2015. Il a répondu « je ne sais pas mais je pense que j’étais en Equateur ». Et quand j’entends ça, je suis en colère parce que si cette question avait été posée en 2017-2018, monsieur El Haddad ne serait pas en prison.

Attention joker : Rick Van Gils ; le fils. Même chose ; je regarde le casier judiciaire Trafic de stup’. Recel. Vol dans entreprise. On a quelqu’un qui vole des autoradios dans des voitures ! Tout ça c’est de la poudre de perlimpinpin. C’est un écran de fumée. 29 mars 2016 : trafic d’armes. On a demandé les auditions et les décisions qui vont avec le casier. En Belgique, vous ne pouvez pas avoir de bombe au poivre. Etre condamné pour armes en Belgique, ça veut rien dire. Monsieur Rick Van Gils a été condamné en mars 2017 pour des stup’. Armes, détention pas trafic. Armes de catégorie 4 : arbalette, fusils à bille ou couteaux. C’est ça qu’on vous présente comme un trafiquant d’armes !

On n’a jamais manqué de dignité dans ses débats. Vous avez tenu ça d’une main de fer dans un gant de valours. Le seul moment où j’ai trouvé qu’on fleurtait avec le vaudeville c’était l’audition de monsieur Van Gils. C’était une mascarade ! 

Le lendemain, quand il a été le temps des questions à monsieur El Haddad à votre avis combien de fois j’ai entendu le mot Van Gils ?! Zéro. Nada. Il avait disparu du tableau ! C’est quelqu’un qu’on vous présente depuis des années comme un trafiquant d’armes international …

J’ai réussi à convaincre le PNAT que monsieur El Haddad est un trafiquant de stupéfiant. Monsieur El Haddad est un trafiquant de stupéfiant ponctuel. Il reçoit un message lui demandant s’il veut un kilo ! Un kilo de gouda je pense (c’est ironique…). On lui donne un numéro. C’est le numéro de Youssef Bensalem, un trafiquant de stup’ notoire. Ce malheureux est en chaise roulante puisqu’il a pris une balle dans la nuque. Il aurait été près du Rena, la chicha où on vend des stupéfiants. Monsieur El Haddad va en Hollande, pays connu pour les stupéfiants, rencontrer d’autres trafiquants de stupéfiants… et on me dit qu’il y a été pour des armes ! (…) Quand j’entends des bruits de sabots, je pense à un cheval et pas à un zèbre, parce que je ne suis pas dans la savane ! Le PNAT lui, quand il se balade dans Paris, il voit des zèbres partout ! (…)

Est-ce que vous trouvez normal que dans un Etat de droit, quand un avocat réclame des éléments, on ne lui donne pas ? Je ne suis pas complotiste donc je ne vais pas vous dire qu’on ne me les donne pas parce qu’ils sont à décharge mais ce que je peux vous dire c’est qu’ils sont à décharge. (…) On a aucun élément de ce dossier qui soit un élément à décharge. Mais nous dira le Parquet, après le mandat d’arrêt européen, c’est la souveraineté. Mais moi j’ai juste demandé qu’on fasse un petit mail, un petit coup de téléphone, qu’on complète une CRI. Mais visiblement non. L’ordonnance de remise en liberté d’Anas Afadas ; ce document on l’a eu avec trois mails. Pourquoi on n’a pas eu le reste ?

Et ce qui est intéressant avec ce document c’est qu’on s’en sert pour dire que X et Amrani sont des trafiquants d’armes. (…) (s’adressant à la Cour) Je voudrais pas être à votre place. Enfin si … parce que quand c’est simple c’est facile ! 

 

Maître De Taye : « Cherry on the cake ; cerise sur le gâteau … on vous dira qu’Ibrahim El Bakraoui était en Hollande parce que monsieur El Haddad sort de la rue des casernes, se rend en Hollande et le soir rentre avec monsieur Ibrahim El Bakraoui. Comment on prouve que monsieur El Haddad est parti et qu’Ibrahim El Bakraoui est monté avec monsieur El Haddad ? Pourquoi il n’y a pas eu de téléphonie ? Pourquoi vous n’avez pas fait tous les pylones pour voir si deux numéros voyagent en mêem temps ?! On nous dit « ‘on n’a pas trouvé ça nécessaire. Bah oui ! Il est présumé coupable … 

Ca aurait été plus simple si on avait fait les devoirs qu’on a demandés. A un moment monsieur EA dit que peut-être il y a été avec monsieur El Ajmi. (…) 

Je vais clore le volet hollandais parce que je pense que ça ne sert à rien de gloser autour du vide. Ce qui me désole ce n’est pas qu’on creuse une hypothèse mais qu’on n’a pas creusé l’évidence. Quand monsieur Mustapha Benattal a témoigné, la veille j’ai quand même fait mes recherches. Je tombe sur une note, qualifiée de « classée ». Je vais vous la lire : « il nous revient d’une source policière que Moustapha Benatal pourrait faire pression sur certaines personnes pour qu’elles ne parlent pas. (…) Les frères EB se fournissaient en armes auprès d’un vieil italien ou albanais à Schaerbeek. L’adresse je l’ai cherchée : c’est l’adresse d’un certain Paulino Roco. Ce monsieur a été entendu dans le dossier de Bruxelles ; il a reconnu qu’IEB avait tenté de lui acheter des armes. Pourquoi ça on ne le prend pas ? Je ne le comprends pas. Et madame le conseiller, je vous disais que la presse est une boussole, les questions de la cour c’est un GPS de précision militaire. Madame le conseiller a demandé « est-ce qu’il est difficile se procurer des armes » et il a répondu « pas plus dur qu’ailleurs ». 

Est-ce qu’il y a des endroits où on trouve des armes plus facilement qu’ailleurs ? J’en ai pas la certitude mais je pene que oui et on en trovue encore plus facilement quand on est un bandit notoire ! Ca c’était les frères El Bakraoui. Pourquoi est-ce qu’on s’est fourvoyé à Rotterdam dans un dossier vide alors qu’il y avait matière à faire à Bruxelles.

 

Dossier Charwa. Khalid s’il achète les chargeurs c’est qu’il a déjà les kalach. Ce qui est à noter dans le dossier Charwa c’est que lors de la perquisition chez Khalid, on a trouvé des chargeurs.  J’en reste là pour les armes. Je pense vous avoir montré l’insuffisance. J’aurais adoré mon séjour en france car j’aurai vu une justice qui fonctionne, contrairement à la Belgique. 

Maintenant, je vais ; je rassure maître Arab-Tigrine et ne pas m’aventurer sur sa chasse gardée qui est monsieur El Haddad Asufi. Il y a un élément sur lequel on n’a pas enquêté, qui est un élément de taille … c’était pas un jeu de mots ! On a tenté de faire passer les belges pour des bisounours. Il a pris 10 ans Bakraoui pour un braquage où il a tiré sur un policier ; il a bénéficié d’une remise conditionnelle au tiers de la peine. Ibrahim El Bakraoui sort au tiers de la peine ; alors on n’ouvre pas la porte de la prison en disant « allez jeune homme … on a ouvert la porte de la prison : sors ! Gambade! » (rires dans la salle). Non ! Y’a des assistantes sociales, des JAP. A l’évidence, est-ce qu’on a auditionné les codétenus ? l’assistante sociale ? non. Ensuite, il a été suivre des cours d’arabe. Est-ce qu’on a auditionné son prof d’arabe ? Non. Non. On n’a rien fait pour Ibrahim El Bakraoui. On n’a rien fait … Et là je vois le regard de maître Arab Tigrine (c’est sa partie) donc … je vais switcher sur les terres de maître Méchin ! (rires dans la salle)

Sur le voyage en Grèce. Quel est le premier message qu’El Haddad va envoyer à monsieur Ibrahim El Bakraoui « tu n’es pas revenu je commence à m’inquiéter? ». Pourquoi est-ce que quelqu’un qui savait que son ami partait rejoindre l’Etat islamique s’inquiète qu’il ne soit pas revenu ?! 

Ensuite, on vous dit qu’il a acheté le billet de croisière. On vous dit la téléphonie ne permet pas d’exclure que monsieur El Haddad aurait acheté les billets le 20 juin 2015 pour monsieur El Bakraoui et El Ajmi. Dans un état de droit on doit démontrer, on ne doit pas exclure ! Et c’est là que je voulais répondre à monsieur l’Avocat général. (…) C’est pas pour l’afficher en audience publique mais « quel genre de coupe de cheveux portez-vous en général ? Vous ne pouviez pas le savoir. 

Je ne parlerai pas de la rue des casernes si ce n’est pour évoquer monsieru Farisi et monsieur El Hajmi. (…) On a longtemps prétendu que l’appartement de la rue des casernes était un appartement conspiratif. Mais peut-être que c’est la magie des assises : que la position de monsieur El Ajmi a fait évoluer la position. Comment l’appartement d’une personne qui chantait du Balavoine, ma bataille, mon fils, mes entrailles, une clope à la main, une bouteille de vodka dans l’autre pourrait être un appartement conspiratif ?! 

L’appel de 22 secondes la nuit du 13 au 14 novembre. (…) J’ai posé quelques questions à madame l’enquêtrice qui riait beaucoup : 

J’en termine. Deux éléments : le petit Paris et je voudrais éfgalement la réponse du berger à la bergère. On avait qualifié la défense de monsieur EA d’outrancière de mensongère quand on avait dénoncé le traitement qui était le sien pendant sa détention provisoire. Monsieur El Haddad le 28 août 2018 avait été remis en liberté. Un haut magistrat de la cour d’appel de Bruxelles a estimé de mettre en liberté monsieur El Haddad. Le Parquet fédéral était fort chagrin. Trois jours plus tard, on arrive devant le même juge et là, j’assiste à un spectacle : le Parquet pas content se doute ce qui va se passer ; demande au juge de se retirer parce que vous avez siégé en première instance. Mais le dossier est titanesque ; donc qu’est-ce qu’il fait monsieur le conseiller : il se retire au titre du principe de précaution. Donc on se retrouve 28 août 2018 à 18H … y’a plus personne ! Le Parquet fédéral m’appelle à 17H : « on a trouvé un magistrat : le premier président de la Cour d’appel, monsieur Luc Mas ». Je vois Lukmas qui rentre dans la pièce, il s’assied, il regarde le Parquet fédéral « poruquoi vous avez demandé à ce que monsieur X s’efface ». Moi j’ai dit au président : « je savais que les accusés choisissaient leurs avocats mais je ne savais pas que le Parquet choisissait ses juges ». Il a évidemment remis Monsieur EA en liberté. Donc on a maintenant deux mandats qui sont levés et on a maintenant le mandat européen. Le mandat européen rendu exécutoire mais non exécuté ??? Le Conseil constitutionnel a dit « lac situation n’est pas normale ; les juges doivent combler la lacune du législateur’. Pendnat cette période d’un an, nous sommes passés sept fois devant les mêmes juges. Monsieur le président, si je vous demande 14 fois la même chose … la 15eme fois votre réponse ce sera quoi ? La même chose ! (…) Monsieur EA a été envoyé en France deux ans plus tôt pour qu’on ne puisse pas exécuter la décision des juges d’appel. Monsieur EA n’a pas eu un traitement adéquat ; il a été victime d’une manoeuvre déloyale et de mauvaise foi.

 

J’en terminerai par là : le petit Paris et le grand Paris. (…) Dire qu’au Petit Paris c’est des bisounours c’est faux (tocards de 18e zone – Courtoy). (…) Ce qui est malheureux c’est que pour vous dire que les peines sont faibles. On vous a parlé de Jean-Louis Denis condamné en première instance avant les attentats. Quand on vous dit qu’en Belgique on est des Télétubbies c’est faux. Quand on vous dit qu’on demande des petites peines c’est tout simpleemnt parce qu’ils n’ont rien fait ! 

Monsieur El Haddad ça fait plus de quatre ans que je le connais. C’est quelqu’un qui rit beaucoup mais il est mort de trouille. Quand j’ai été le voir après les réquisitions du PNAT, il était blanc comme un linge. Lundi j’ai été le voir, il m’a dit « est-ce que vous avez réussi à joindre mon frère pp. La seule chose à laquelle il pense c’est « est-ce que vous avez réussi à joindre mon frère. Monsieur EL Haddad a repris des couleurs quand il a entendu les plaidoiries des brillants avocats de la défense. La seule chose . Je ne doute pas que le 29 juin 2022 vous écrirez une histoire en lettre d’or en acquittant monsieur El Haddad parce qu’il est innocent ».

 

Courte suspension. 14H17 : l’audience reprend.


 

Maître Arab-Tigrine : « voici l’heure de conclure : voici l’heure de la justice mais aussi de la justesse. Après la peur, la terreur, l’horreur, le mal parmi les mots : le terrorisme. Ceci n’est pas une maladie, ce n’est pas la religion, ce n’est pas mystique. Vous êtes le peuple français ; je ne suis que la voix d’un seul homme.

Le 8 septembre 2021 lorsqu’il vous a été présenté, il n’était plus un membre de notre humanité, il était touché, sali par le mot qui fait peur, le mot de toutes les déviances, de tous les excès, de part et d’autre : terrorisme. Nous avons dit islam, salafisme, djihadisme, terrorisme … je suis rentrée certains soirs en réouvrant mon dictionnaire parce que je m’y perdais.

Lequel d’entre nous ne s’est pas dit l’un de ces soirs : mais c’est quoi le problème ? C’est l’islam ?! Alors c’est quoi le problème ? Il est où le problème ? Les mosquées ? Les imams ? Les banlieues ? L’intolérance ? Qu’est-ce qui nous est arrivé ? Nous sommes enfermés dans cette boîte mais à quelques kilomètres de ce Palais, notre sujet ne cesse de se mouvoir.

V13. Même le nom de ce dossier fait froid dans le dos. Nous avons tout accepté, tout toléré parce que c’est le procès de tous les français et pour preuve ; nous y avons invité la politique et la sociologie. Mais voilà : il va faloir le reconnaître : dans nos rues, sur nos écrans, sur les réseaux sociaux ; le rôle de chacun, la responsabilité de chacun est en cause.

Et au moment de conclure, je vous dirai cela : nous partons d’une croyance pour arriver à un crime … religion et droit. Ce n’est pas facile et c’est d’autant moins facile que ce mouvement de la croyance vers le crime, vous ne le maitrisez pas. Et bien sûr qu’on n’a pas envie de se le dire ; bien sûr qu’on n’a pas envie d’accepter. Evidemment qu’il va continuer ce mouvement ; bien sûr qu’il va falloir encore que nous travaillions tous ensemble à vivre (…) mais rappelons-nous tout cela : le premier temps du mouvement c’est la foi, la croyance, c’est l’amour d’un Dieu, c’est l’opium du peuple ; le seul pansement que la conscience a trouvé pour accepter l’insoutenable : que nous allons tous mourir.

 

« C’est quoi la radicalisation ? C’est qui ? C’est où ? C’est quand ?! »

Maître Arab-Tigrine : « (…) Où est-ce que nous nous positionnons pour accepter que le droit s’arrête ? C’est quoi la radicalisation ? C’est qui ? C’est où ? C’est quand ?! Vous vous rappelez quand le PNAT nous dit que c’est une notion imprécise mais que c’est ce qui fait son intérêt ?! La loi ne la prévoyait pas cette radicalisation et vous déterminerez le moment à partir duquel on peut légitimement penser qu’un individu a un dessin terroriste. Comment poursuivre et comment condamner un homme dont on ignore même jusqu’à la définition du crime qui lui serait reproché.

 

« Ali El Haddad est évidemment un accusé de substitution »

Maître Arab-Tigrine : « quoi de mieux que d’avoir un ami proche qui rendra service sans trop poser de questions ? Quoi de plus lâche que de vous soulager d’une amitié quand vous savez que vous n’aurez plus de compte à rendre ? Quel comble qu’il ait trahi son ami à ce point ! Quel comble qu’il soit dans ce box à sa place ! Ali El Haddad est évidemment un accusé de substitution.

El Bakraoui n’est plus là pour dire ce qu’il s’est véritablement passé. Une ordure comme El Bakraoui mort sans condamnation pénale c’est trop facile. Est-ce possible qu’il soit, Ali El Haddad votre Ibrahim El Bakraoui ? Est-ce possible qu’il soit ici condamné pour que nos juges à nous prennent une décision et que notre peine à nous survivent à la mort. Qu’est-ce qu’il s’en fichait Ibrahim El Bakraoui d’Ali El Haddad…Ali El Haddad à qui je voudrais chuchoter « n’ayez crainte ; il nous est fait ici une douce promesse inscrite dans la pierre depuis longtemps : « cette machine qui fait aux heures douze parts si justes enseigne à protéger la Justice et à défendre les lois ».

 

« L’accusation est boiteuse »

@camilledecode Maître Arab-Tigrine : « je ne doute pas que de nombreux juristes vous attendent au tournant parce qu’il est évident que vous ferez jurisprudence. (…) Cette infraction vous en êtes imprégnés, vous la comprenez et vous en corrigerez les limites. Elle a été qualifiée cette infraction ‘d’infraction fourre-tout’. C’est la raison pour laquelle l’accusation est boiteuse.

Le PNAT vous livre sa version simpliste de l’AMT en vous disant que l’élément intentionnel se présume de l’élément matériel, suffisamment caractérisé. (…) Mais l’ambition de ce procès-là, la réponse aux mots de l’Etat islamique à notre encontre ne saurait éluder les principes de notre procédure pénale : il faut qu’il y ait un élément intentionnel et qu’il soit clair. L’accusation manque cruellement d’objectivité.

Je vous demande de trancher dans le vif : en matière de dol général, le mobile est indifférent. Néanmoins, il est apparu que dans cette matière bien précise, il est question d’un dol général renforcé par un intérêt porté au mobile. (…) Le ‘il aurait dû savoir’ ne peut pas suffire ! 

Ce dessin criminel est une consécration de l’intention sépciale en matière d’AMT. Le PNAT vous propose Merah 1. Dans Merah 1, l’évolution nous amène à « est-ce que les actes qu’il a posé monsieur El Haddad ont été commis dans un but terroriste ? C’est le premier temps de la défense. Deuxième temps : avait-il lui même un dessin terroriste ?

IEB on en a entendu parler. Le dossier nous propose plusieurs temps dans ce que j’appellerais l’absence de connaissance par Ali EA de ce dessin. Première chose : les visites en détention. Plusieurs choses : dans son testament, Ibrahim El Bakraoui donne la date approximative de son allégeance physique au califat : novembre 2014. C’est important de mettre des dates sur cette histoire qu’il faut reconstruire a posteriori (elle refait le calcul des visites en détention : « ça fait un peu moins d’une fois tous les deux mois »). Il y va toujours accompagné, principalement avec Youssef El Ajmi. Je n’en tire rien du tout. Il est donc en détention jusqu’au 15 mai 2015. Ibrahim El Bakraoui avant de rentrer en détention, il est déjà musulman mais il ne prie pas. Comme beaucoup de détenus, il a trouvé la foi et y a montré un intérêt particulier. Ce changement qu’il faudrait avoir remarqué, c’est ça. La mère : « à leur sortie de prison, ils ne voulaient plus être proches de moi. J’ai pensé qu’il fallait leur laisser du temps ». Je ne pense pas qu’ils en voulaient à la société ; ils n’ont pas nié ce qu’ils ont fait. Selon moi, ils ont du rencontrer des personnes en prison qui sont la cause de leurs changements. Jamal le père : « je ne sais pas ce qu’il s’est passé dans la prison. En sortant de prison, c’était des autres’. Ce « je ne sais pas ce qu’il s’est passé dans la prison moi je le trouve fort. (…)

(elle explique qu’il ne faut pas faire d’amalgame et que ce n’est pas parce que quelqu’un porte un kamis et qu’il fait le ramadan qu’il s’est radicalisé). Une religion en prison parfois ça sauve. 9m2 pendant 22H sur 24 ; ça laisse beaucoup de temps pour penser ; et notamment pour penser à ce que je vous disais au départ : qu’on va tous mourir. 

Ibrahim El Bakraoui va aussi apprendre la langue arabe en sortant de détention. (…). La revue Dabiq : nous sommes hors prévention et ce que dit la revue Dabiq au sujet d’Ibrahim c’est uqe lorsqu’il était incarcéré, i la suivi les atrocités commises contre les musulmans au Shâm. Même ça ça nous suffit pas à considérer que Ibrahim El Bakraoui a vrillé.

Les déclarations d’Ali El Haddad : (…) une seule réponse d’Ali El Haddad nous a fait nous interroger « question de ce dont ils parlaient lorsqu’il est sorti de détention » ; « son projet était de vouloir vendre des polos ou des tshirt aux autres. Il faisait ça chez lui parce qu’il avait encore le bracelet ; il était du genre commerce ». Jusqu’en octobre ; raison pour laquezlle c’est Ali El Haddad qui se déplace pour aller passer les soirées pizzas playstations. (…) Nous cherchons je vous rappelle le dessin terroriste ; sa volonté à lui Ibrahim El Bakraoui de commettre un attentat. Lorsqu’ils ont ces conversations, il n’est même pas encore sous le coup de l’EI. Mais, ce qui est certain ,c’est que Ali El Haddad, quand il entend son copain de changer de discours, (…) ils sont des milliers à dire ça, des milliers à ne pas être dangereux ; ils s’expriment, ils penset et ils ont un culte qu’on a choisi de respecter. La réalité c’est qu’ils font partie de nous et qu’en plus, ils ont signé pour ça. On a signé ; on a dit d’accord. Le souci d’Ali EA c’est que son ami soit une victime, il craignait qu’il soit tué ou torturé. Ca veut bien dire qu’il a rien compris du tout Ali EA.

 

@camilledecode Arrive ensuite X 2015, le voyage en Turquie. Dans l’OMA, il est écrit « dans le but manifeste de se rendre en Syrie ». Cela fait neuf mois que nous sommes ici, nous en avons beaucoup parlé. (…) La mère de monsieur Ibrahim El Bakraoui : « je pense que c’est une fausse rumeur (le départ en Syrie), car sinon en Belgique on aurait fait le nécessaire pour ne pas le laisser partir. Le père ; Jamal : « je n’ai jamasi eu de contact avec eux depuis qu’ils sont partis de la maison.

Ali El Haddadi, il dit exactement la même chose : Q : où allait-il en Turquie ? R : je ne sais pas (…). 

Est-ce qu’il sait Ali El Haddad, au moment où il le dépose à l’aéroport qu’il projette de rejoindre la Syrie ? La réponse, en l’état de notre procéudre c’est non. Est-ce qu’il a tenté de rejoindre la Syrie ? La réponse est non. (…) Ibrahim El Bakraoui ne lui dit à aucun moment ‘je viens d’être arrêté en passant la frontière ». 22 juin 2015 : « salamaleykoum frère ; je suis en centre de rétention ». Réponse d’Ali EA : « frangin je commençais vraiment à m’inquiéter ! (…) Et toi comment ça se passe le ramadan ? T’es où toi ?! ». Est-ce que ça veut dire dans le « tout le monde sait que tes vacances ont mal tourné », il faut déduire la . Il lui fait cette réponse : « ici tout le monde demande après toi. T’es où?!! ». C’est sur cette base-là que vous devriez considérer qu’il savait. (…) Il sert d’intermédiaire entre deux frères.  Pourquoi est-ce qu’il aurait dû penser autre chose que ‘Ibrahim veut parler à son frère ». 

Ce qui nous intéresse c’est qu’il n’est pas directement rentré en Belgique : il va rester deux semaines en détention Ibrahim El Bakraoui. Il passe par les Pays-Bas et ensuite il rentre en Belgique. S’il a tenté de partir en Syrie, arrêté par les forces de police turques,, placé en centre de rétention ; lui ils le font sortir tout de suite. Alors voyez-vous lorsqu’on est Ali EA et que celui-ci vient vous dire ‘is se sont trompés la preuve je suis libre!’, ça me parait pas totalement improbable. A ce moment-là, il peut croire qu’IEB n’a jamais tenté de rejoindre la Syrie.

 

@camilledecode Mais arrive la Grèce, pour laquelle nous ne savons pas grand chose non plus. Le 18 juillet il s’envole pour la Grèce avec Ali El Haddad. Ali El Haddad y est resté 24H. Est-ce qu’en juillet 2015 on sait qu’on peut passer en Grèce pour aller en Syrie ? Lorsqu’il revient, à peine 24H plus tard, personne sait ce qu’il y a dans sa tête. Par contre, Ali EA lorsqu’il est entendu : « c’est son choix;  je ne suis pas dans sa tête! ». Lorsqu’il revient, sa requête c’est de trouver un appartement.

 

@camilledecode Par contre, l’aide qu’il souhaite, c’est qu’on lui trouve un appartement parce qu’il n’arrive pas à en trouver un lui-même. On arrive donc sur l’appartement de la rue des casernes et les soirées playstation et pizzas. Dans l’OMA, il est indiqué que sur la période du 3 novembre au 8 juillet 2016.

 Qu’est-ce que l’ont fait avec du temps passé dans un appartement ?

Il n’est jamais seul avec IEB. Il est systématiquement avec Youssef El Hajmi. On lui reproche du côté de l’accusation de ne pas avoir donné spontanément l’adresse du studio.

Smaïl Farisi est venu ici nous parler. Il était dans un état pitoyable ; n’ayons pas peur des mots. 

 

@camilledecode Sur Rotterdam. C’est idée, cette hypothèse qu’IEB aurait été en présence d’Ali El Haddad. Conclusion : « très probablement » ce qui veut dire qu’on n’en sait rien.

La conversation Facebook du 2 décembre 2014. Cette fantastique parce que cette conversation nous parle de deux choses : l’interdiction dans l’islam de l’homosexuelaité, et de l’interdiction de la musique. (…) (sur les publications Facebook d’Ali El Haddad : c’est issu des recueils du muslim show). Sur l’homosexualité, je suis désolée de vous rappeler que c’est interdit par les textes sacrés des trois religions monthéistes. Y’en a plein les campagnes des esprits bornés. (…) En ce moment y’a une mode c’esty la musique : serrer l a fin aux femmes … et la musique ! Ca va leur passer ! Y’a eu d’autres choses avant. C’est pas très grave…Ce qui est important dans cette conversation-là c’est évidemment : qu’est-ce qu’ils pouvaient comprendre ?

Je vous rappelle tout de même que les meilleurs manipulateurs sur les réseaux sociaux ne connaissent rien à la religion musulmane. Moi non plus ! … mais au moins j’essaie pas. 

Il n’y a pas un mot de violence dans cette conversation téléphonique. Il ne nous dit pas à ce moment-là Ibrahim El Bakraoui : « brûlez-les tous ». Il y a des religieux de toutes les religions qui vous disent qu’il faut vivre selon les règles des textes sacrés. (elle cite un certain nombre de déclarations de témoins faites au procès (…). 

 

On a fait l’entreprise individuelle ; maintenant on va faire la connaissance et la volonté d’appartenir au groupe. 

 

@camilledecode Le responsable N+1 d’Ali El Haddad : très proche d’El Ajmi. Avec les autres employés il était plus intégré. La deuxième chose qui nous aide à décrypter quand on doit rentrer dans un cerveau ; c’est son facebook. (_ _ _ _) Les déclarations d’Ali El Haddad, vous les connaissez déjà : « j’ai jamais rien partagé de religieux sur Facebook ». (…) Ce qu’on reproche à Ali El Haddad, c’est d’avoir un avis sur le conflit israëlo palestinien. Peu importe son avis : il ne fait que transmettre un article de presse. 

Sur l’exploitation du premier téléphone, on a des choses à décharge : pas de consultation de vidéo faisant l’apologie du djihad. Le deuxième Samsung : ce téléphone éteint dans sa mémoire cash des consultations inteernet. Ca c’est le téléphone dont on ne sait pas s’il est à lui. 

Les déclarations d’Ali EA il y en a de nombreuses mais c’est celle ci qui m’intéresse :  » ce sont des musulmans comme nous ». 

Les clefs USB qui ne nous diront rien. (…) Sur l’une des clefs on retrouve des anasheed. Nous n’avons jamais vu le texte des anasheed. Ces anasheed on ne sait même pas de quoi ils parlent. 

J’en finirai par le rapport d’examen mental d’Ali El Haddad. Vous avez compris : Ali El Haddad il a une vie des plus normales. « enfance caractérisée de banale au sein d’une famille dite sans histoire (…) scolarité sans particularité, vie professionnelle sans particuliarité ; un certain manque d’empathie envers autrui. (…) Qu’est-ce qu’il en a tiré l’expert de tout ça ?! Monsieur El Haddad fait partie de la population vulnérable à la radicalisation, (…) communautarisme important, son discours est impreigné de peu de religiosité. 

Que fait-on avec la radicalisation ? C’est important car c’est une notion qu’on a voulu introduire dans notre raisonnement juridique. C’est quoi la radicalisation ? Ca commence avec le radicalisme : « attitude d’esprit de ceux qui veulent une rupture avec le passé institutionel (Larousse) ; le radicalismer désigne à l’origine en Grande Bretagne, la doctrine politique. (…) La radicalisation (définition du CAPRI) c’est le fait de soutenir pu d’envisager des actions violentes en soutien à une idéologie qu’elle soit religieuse, politique ou séparatiste. Violentes. C’est important ‘violentes’. 

Est-ce qu’on pense tous pareil ? On vit pareil ? Est-ce qu’on est choqués par les mêmes choses ? il va falloir nous donner des choses claires pour savoir à partir de quel moment . Refuser de serrer la main aux femmes, barbe, kamis, plus de musique. Ca donnerait quoi ? Il écoute des anasheed ?! Coupable ! On peut pas faire ça ! Je cite l’accusation mais je ne les ai pas non plus les signes de la radicalisation. Je sais ce qui ne l’est pas donc après « radicalisation violente ». On ne part pas du principe qu’un homme en soutane avec une croix est un pédophile parce qu’il porte une soutane avec une croix. On ne fait pas ça. Là c’est la même chose ! 

El Bakraoui avant le 22 mars 2016, que devait-on voir ? Il portait pas de barbe. Il avait pas de kamis. Il n’y a pas de conversations entre Ali EA et IEB à propos de l’Etat islamique. Il va falloir faire uniquement avec la conversation facerbook. La logique du PNAT se fondait uniquement sur . La première fois qu’IEB va avoir des propos violents c’est le 21 mars 2016. Cette date est importante car c’est le 21 mars 2016 qu’on va découvrir pour la première fois la violence d’IEB : « tous les moyens sont bons pour les tuer ». Avant cela, il était dans une phase de dissimulation, qui est papréciable dans son intensité en fonction de deux choxes. Sa détermination : il est déterminé ; personne ne le fera changer d’avis. Il était prêt à mourir en martyr don la dissimulation ça lui fait pas peur du tout. La deuxième chose c’est « de qui on parle ». Je vous rappelle juste cette dernière phrase Facebook : « je ne peux plus rien pour toi ».

Rappelez-vous les témoins venus à la barre vous dire qu’il était plein de vie. Il aurait dû voir l’invisible. C’est quand il n’y a plus de kamis et de barbe qu’il faut s’inquiéter. La radicalisation violente je ne vais pas vous dire ce que c’est mais je vous lire à nouveau le testament d’IEB ; le facebook et le testament : « combattez-les ! combattez-les par tous les moyens » …. Tous les moyens sont bons pour les tuer ». Ca c’est clair ; ça c’est violent ! Nous sommes loin des barbes, des kamis ou des djellabah. C’est donc conforme au principe de prévisibilité de la loi; de légalité criminelle.

Et puis, il va falloir qu’on protège nos libertés fondamentales. C’est compliqué de venir vous dire « ne vous inquiétez pas ; on est en France . La minorité des extrêmes nuit toujours à la majorité des citoyens. Nous assistons à un phénomène qui comme tous les phénomènes va s’arrêter, va s’abattre. Cette religion si elle souffre de quelque chose c’est peut-être de cette absence d’autorité religieuse. (…) 

Ce que je tiens à vous dire c’est que des milliers, des millions de musulmans vivent leur islam avec le plus de simplicité. On sait pas comment ça se passe ni dans le coeur ni dans la tête. Ce qui est certain c’est que des millions, des milliards, condamnent, parce que ce n’est pas ça leur islam. C’est l’avocate qui vous parle mais c’est aussi la citoyenne … parce qu’entendre qu’une barbe ou une djellabah peut venir caractériser une infraction ça m’attriste (…). Il faut aller dans les prisons, voir de l’autre côté . C’est tellement important : il faut aller parler avec les gens. 

Ils n’ont manqué de rien ; ils ont osé vous requérir cela. J’ai aimé l’école de la République ; elle me l’a bien rendu. J’avais des livres pour m’expliquer mon identité ; française et kabyle : t’es 100% des deux. C’est facile quand on nous l’explique bien. C’est facile quand on a des livres, des puits de savoir. C’est incroyable la vie : je suis devenue avocate. Je n’ai manqué de rien. Mais nos banlieues et nos campagnes sont en mal de personnes en quête d’identité. Ils ne se sentent pas français ou belge. De cette identité troublée par l’exode des générations, il faudrait pouvoir comprendre qui l’on est et il ne faudrait pas rester … parce que si l’on reste bloqué » trop longtemps, on ne se reconnait qu’en temps que musulman. (…)

Allez les voir ces professeurs de ZEP. Qu’est-ce qu’ils vous diraient ceux qui travaillent tous les jours à la prévention des infractions que vous allez réprimer ?! Il faut échanger, communiquer;  parce que c’est ça notre salut, notre culture. C’est pas en deux minutes que ça va se régler : la paix qu’on voudrait avoir dans notre esprit quand on pense à tout ce qui s’est passé et notamment le 13 novembre 2015.

Monsieur le président, vous ne poursuivrez pas et vous ne condamnerez pas tous ceux qui sont les héritiers de nos échecs communs.  vous ne poursuivrez pas et vous ne condamnerez pas tous ceux qui parleront à longueur de temps de textes qu’ils pensent connaître mieux que leurs ancêtres. Nous sommes regardés, écoutés ; tous vont conclure avec nous. Certains diront que vous n’avez pas été assez durs, d’autres diront que vous avez été trop dur. Qu’est-ce que le peuple que vous incarnez voudrait pour un Ali El Haddad ; celui qui a été trop proche d’un monstre et qui n’a pas vu ; pas compris ; quel est le message que vous allez faire passer ? Que si dans certains quartiers, certains codes vestimentaux et certaines conversations banales sont ici punis. (…) 

Il n’a pas pu sortir de son quartier de Schaerbeek Ali EA ; ce n’est pas un crime. Il n’a pas pu s’éloigner d’un proche ; il ne peut pas en sortir et ça non plus ce n’est pas un crime. Il était comme les autres là-bas IEB parce que son discours c’était celui des autres … et s’il n’a pas vu, ce n’est toujours pas un crime. Je ne peux toujours pas entendre qu’il doit payer pour ça, à coup de 16 ans de réclusion criminelle; une interdiction de territoire … pour n’avoir pas comfpris ce qui se passait dans le cerveau de Ibrahim EB. 

Comment on sait ? Comment on fait le tri ? C’est ça la vraie question qu’on doit se poser. 

Il fait partie d’eux Ali EA. Ali il a manqué. Je vous demande de résister à l’envie humaine, de ne pas faire que . La justice pour exister n’a pas besoin de la drogue d’un procès. Répondez-leur avec la grandeur des hommes libres à la question de savoir si nous ici, nous sacrifions des Ali El Haddad. Rangez ces religions au placard et jugez.

 

15H56 : l’audience est suspendue. 16H30 : reprise.


 

Maître Méchin : « ne pas sacrifier Ali EA, rangez la religion et juger. C’est ce que vous a demandé à la fin de sa plaidoirie maître Arab-Tigrine. Pour juger, il faudra vous mettre à la hauteur de l’accusé. J’ai beaucoup entendu à ce procès que les accusés n’avaient pas été à la hauteur de ce procès. Ça relève d’un contresens.

D’abord, parler « des accusés » ça n’a aucun sens. Il faut parler de chaque accusé. Un tel sera peut-être coupable, un tel innocent et pas des mêmes infractions. Pour ma part, je ne vous parlerai que d’Ali El Haddad Asufi. Et je vais vous expliquer pourquoi c’est un contresens de dire pourquoi « ils » n’auraient pas été à la hauteur.

 

Maître Méchin : « Premièrement, quand on est accusé, on n’a pas à être à la hauteur de quoi que ce soit. C’est un droit ; c’est aussi un devoir. Il n’y a pas une bonne ou une mauvaise manière de se défendre;que ce soit une défense de connivence, une défense de vendeur de shit peut-être : peu importe. L’essentiel c’est de se défendre. Ali EAA il ne s’est pas toujours défendu de la manière qu’on aurait voulu mais c’est comme ça ; c’est sa nature.

Est-ce qu’il aurait eu lui une défense de vendeur de shit. Est-ce qu’il aurait eu une défense de vendeur de shit parce qu’il est un vendeur de shit ? Ça prend un sens parce que ça fait une défense conforme à ce qu’il est dans ce procès : il est pas un terroriste, il est pas un djihadistes ; c’est juste Ali EAA le petit mec de Bruxelles qui travaille à l’aéroport , qui deal un peu.

 

Maître Méchin : « Le deuxième contresens quand on accuse les accusés de ne pas être à la hauteur de ce procès, c’est un contresens qui est plus profond. Est-ce que finalement ,c’est pas le procès qui n’aurait pas été à la hauteur des accusés ?

Attention, je ne vous dis pas que Ali EAA aurait survolé le procès du haut de sa superbe. Mais je pense que pendant 9 mois, le p^rocès a volé trop haut pour l’accusé Ali EAA. C’est pas ‘Ali t’en as pas fait assez »; c’est le procès qui en a fait trop ! Quand on fait venir témoigner un ancien président de la république, des sociologues, des chercheurs ; comme s’il vous appartenait de rendre l’arrêt définitif et historique sur cet qu’est le terrorisme, ce qu’est le djihadisme, sur la manière dont il faut le combattre. Peut-être en permettant parfois que ce procès se transforme en cérémonie de commémoration ; je me demande si ce procès s’est mis à la hauteur des accusés et d’Ali EAA.

Au moment de votre délibéré, il faudra essayer d’expurger votre décision, de la purifier, afin d’en enlever toutes les scories. C’est seulement de cette manière là que vous pourrez rendre la justice.

C’est facile à dire… c’est plus difficile à faire.

 

Maître Méchin : « Comment vous pouvez vous sortir de ce million de pages, de ces milliers de PV ? Comment vous pouvez vous sortir de tout ça ? Ce que je vous propose, c’est d’imaginer un immense tamis ; le tamis de l’audience, le tamis des témoignages, le tamis des déclarations des accusés parce que pendant six ans, les enquêteurs, les juges d’instruction, belges et français, le PNAT;tous, ils ont cherché, cherché, cherché, un peu comme des orpailleurs, des éclats de culpabilité, la pépite d’or qui ferait tomber Ali El Haddad Asufi. Mais chez les orpailleurs, ils sont pas si nombreux que ça à faire fortune. En revanche, ils sont nombreux ceux qui sont déçus.

 

Maître Méchin : « Les armes, c’est la chose la plus palpable et en réalité la seule chose réellement palpable qui aurait pu rattacher Ali EA au 13 novembre. (…) Alors, si on retire les armes, finalement, qu’est-ce qui fait encore le lien ? S’il y avait un lien entre Ali EAA et les attentats du 13 novembre ; ce lien aurait encore un nom : celui d’IEB. Ibrahim l’ami d’enfance ; El Bakraoui, le braqueur, connu, reconnu. En bref : IEB le terroriste ; celui qu’on connait maintenant comme un terorriste et qui aura utilisé son ami jusqu’aux attentats et même encore après les attentats et sans s’inquiéter de ce qui pourrait lui arriver parce que quand on a une cause à défendre, on peut tout sacrifier, même les amis. Alors oui, Ali, vous avez été sacrifié : évidemment. 

Je vous ai dit que j’allais vous aider à faire le tri et on peut regarder ce qui reste au fond de ce tamis. Ca peut se résumer à quatre choses principales : premièrement, avoir conduit Ibrahim à l’aéroport de Schiphol ; deuxièmement, avoir accompagné Ibrahim à Athènes en juillet 2015 ; troisièmement, avoir trouvé un appartement à Ibrahim en septembre 2015 ; quatrièememnt avoir fréquenté Ibrahim pendant les mois de septembre, octobre et un tout petit peu de novembre … vraiment pas beaucoup.

Avec maître Arab-Tigrine, c’est un dossier dans lequel nous sommes arrivés très tard. Evidemment que l’audience a été extrêmement importante. Et au cours de ces neuf mois d’audience, à mesure que se détachaient ces éléments matériels, j’essayais de comprendre quelle était leur logique, quelle était la clef … parce que c’est ça dont vous aurez besoin : cette clef de lecture de la vie d’Ali EAA qui nousc mène du 1er juin au 18 novembre 2015.

La clef proposée par le PNAT elle est simple : c’est l’engagement idéologique. Monsieur l’AG nous a requis que le point commun entre les trente-trois membres de la cellule belge, c’était l’engagement idéologique et que cet engagement était la clef de la culpabilité des accusés. Mais cette clef-là elle n’ouvre rien ; ce n’est pas la bonne clef. Toute la construction de cette audience et la construction du réquisitoire ont été en réalité fondés sur la même logique : les actes individuels de chaque accusés se noient dans une histoire globale. Je parle de la construction de l’audience et de la construction des réquisitions parce qu’on a eu un saucissonage. Dans le saucissonage, vous incluez 20 accusés qui n’arrivent pas au même moment, qui ne font pas les mêmes choses. Moi ce que je veux vous proposer c’est la clef de lecture qui permettent de comprendre les agissements d’ALi EAA et uniquement les siens. Moi je vous propose pas un passe partout mais uniquement une clef (pour Ali EAA). Pendant un mois vous avez cherché la cohérence de votre dossier, moi ce que je vous propose c’est la cohérence de l’accusé. Premièrement : son amitié pour Ibrahim / Deuxièmement : la cavale dans laquelle semble se jeter Ibrahim / Troisièmement : la volonté d’aider son ami dans cette cavale. C’est simple … mais ça lui a valu déjà six ans de prison. 

Les quatre éléments que je vous ai rappelés tout à l’heure c’est à dire les quatre éléments matériels incontestables, ils rentrent tous dans une seule qualification juridique:  le délit de recel de malfaiteur. Ces quatre points que je vous ai indiqués, ce sont tous des actes matériels qui peuvent rentrer dans la boite du délit de recel de malfaiteur. 434-6 du code pénal, ça a déjà été plaidé mais je le rappelle parce que c’est important. Vous comprendrez que la définition de ce délit de recel de malfaiteurs : c’est le fait de fournir à la personne auteur ou complice d’un crime un logement, un lieu de retraite, des subsides, des moyens d’existence ou tout autre moyen de la soustraire aux recherches ou à l’arrestation ». Les quatre moyens matériels qu’on peut reprocher à Ali EAA ils rentrent tous dans cette définition. On peut reprendre point par point ces quatre éléments.

 

LE VOYAGE EN TURQUIE

Maître Méchin : « Le voyage en Turquie, c’est la première apparition d’Ali EAA dans ce dossier. (…) Il est impossible d’apprécier le comportement d’Ali EAA sans tenter de se remettre dans le contexte de l’époque. Bien sûr le terrorisme a déjà frappé, bien sur l’EI a déjà commencé à recruter sur le territoire européen mais pour un jeune homme, ALi EAA qui n’a jamais été radicalisé, ne s’intéresse pas à la politique, encore moins à la géopolitique ; pour un jeune homme qui pense surtout à gagner sa vie, plus ou moins légalement … pour Ali EA, ça résonne avant toute chose comme une destination de vacances ; et c’est une destination de vacancers qui est à la mode dans son milieu. ALors quand son ami d’enfance Ibrahim lui dit qu’il veut parttir en Turquie parce qu’il se croit recherché à la suite d’un braquage … est-ce que ALi aurait dû en être étonné ? En fait Ali a juste décidé de joindre l’utile à l’agréable : quitte à échaper à la police, autant le faire dans un endroit agréable. Est-ce que Ali aurait dû immédiatmeent imaginer qu’Ibrahim allait rejoindre la Syrie ? Que c’était en réalité un aller simple vers l’enfer syrien ?! Alors bien sûr nous on essaie de reconstruire a posteriori ce qui s’est passé : on vous dit « y’a de très nombreux appels entre Ibrahim et Ali dans les dix jours qui précèdent le départ. » (…) 

C’est oublier à quel point c’est naturel, culturel de partir à plusieurs. Dans le milieu dans lequel évolue Ali, on aime faire de la route ; ça pose pas de problème mais par contre on amène un pote, on amène un ami, on amène quelqu’un. A supposer qu’Ibrahim ait vraiment voulu partir en Syrie. On sait qu’il est passé par son spa de luxe à Antalya. En quoi est-ce un élément qui permettrait de mettre le soupçon sur la réalité de ce voyage. Alors bien sûr le voyage d’Ibrahim se gâte … il se gâte parce qu’il se fait arrêter en Turquie, non loin de la frontière syrienne, en compagnie d’individus qui eux-mêmes sont accusés vouloir partir en Syrie. Il est censé revenir le 18 officiellement mais Ali n’a pas de nouvelles jusqu’au 22. C’est pas Ali le premier informé. Dès le 19, Khalid est informé et il contacte un avocat pour son frère qui est déjà en rétention. Mais à un moment donné, Ibrahim n’a plus de moyen d’appeler son frère. Et donc, quand il contacte ALi, c’est simplement pour lui demander le numéro de son frère. En quoi est-ce suspect ? C’est son frère ! Il ne lui a pas demandé le numéro d’un émir ; il lui a demandé le numéro de son frère. (…) Si vous reprenez l’intégralité de la conversation, il n’y a aucun élément qui permet de penser qu’Ibrahim informe Ali qu’il voulait partir en Syrie. A ce moment-là, on ne sait même pas qu’il est suspecté d’avoir voulu partir en Syrie. Ali s’inquiète parce qu’effectivement les vacances se sont mal terminées. Bah oui : vous vous retrouvez dans un centre de rétention on va dire que ça se termine un peu moins bien que dans le spa de luxe d’Antalya. Ali va avoir quelques contacts pendant cette période pour un total de 52 minutes. Et il vous a quand même été requis que durant ces conversations « ils ont pas parlé que de la météo »! C’est ça le niveau de l’accusation ! Alors oui, ils ont pas parlé que de la météo : alors oui je peux ne pas parler de la météo et je peux aussi ne pas parler de terrorisme. Pour le Parquet, il n’y a que de la délinquance. Si on parle avec quelqu’un, si on a un lien téléphonique, c’est forcément suspect donc 52 minutes entre deux amis d’enfance, ça c’est suspect. Non ! Ce n’est pas suspect ! C’est normal, c’est naturel.

Ibrahim on a une trace de la procédure turque. Il avait contesté toute velléité de départ en Syrie. Ce sont les propos d’IEB mais ça démontre qu’il conteste et d’autre part, qu’il est dans un dossier où on peut contester. Il se fait arrêter avant, il conteste, et ça dénote son état d’esprit notamment auprès de sa famille : vous crtoyez qu’il va dire quoi à sa famille ?! Je voulais partir en Syrie j’ai essayé j’ai pas réussi. (…) Non il va leur dire « les fous ils ont cru que je voulais partir en Syrie … jamais de la vie! ». 

Ali EA il est pas agents des services de renseignement. Il est pas agent de la police judiciaire fédérale. Son ami lui dit ça et il n’a pas d’autre choix que de le croire. Certainement qu’Ibrahim a voulu partir en Syrie. Je fais une petite parenthèse. On est bien au procès des attentats du 13 novembre. nous avons bien cherché pendant 9 mois ce qui avait conduit à ces attentats, par qui ils avaient été organisés, quand et comment ?! Mais il reste une question : quel est le lien entre le fait qu’Ibrahim veuille partir en Syrie et la réalisation des attentats du 13 novembre. Personne n’a jamais posé cette question ? Personne n’y a jamais vraiment répondu ? (…) Mais à supposer qu’il voulait partir en Syrie à ce moment-là, ça n’avait aucun lien avec le 13 novembre. Cette question là est hyper importante et en réalité, personne n’est capable d’y répondre. Cette probable volonté de partir en Syrie ne démontre rien concernant Ali parce que ça ne démontre pas l’éventuelle connaissance qu’Ali avait du projet d’Ibrahim et ça démontre encore moins sa participation à une entreprise djihadiste. 

 

LE VOYAGE EN GRÈCE

Maître Méchin : « Ibrahim se dit que la Turquie ça n’a pas marché alors qu’il va tenter la Grèce et avec des faux papiers, par sécurité. Là j’ai quand même entendu à l’audience que la Grèce est un lieu connu de passage vers la Syrie. Là je m’insurge. Déjà en 2015 la Turquie c’est un peu limite mais alors nous dire ça de la Grèce ça n’a aucun sens. Comment voulez-vous qu’Ali ait conscience que la Grèce soit un lieu de passage vers la Syrie. Alors bien sûr qu’Ali comprend que le voyage est suspect mais il pense que c’est pour échapper à une interpellation. 

Ali lui il voyage sous sa vraie identité. Alors on a beaucoup glosé sur le temps. (…) Paris-Athènes c’est trois heures. Paris-Marseille en train, c’est trois heures. C’est pas très loin ! Il a juste fait trois heures d’avion. Il dort sur place ça c’est établi. Mais on a la même problématique que la Turquie : pourquoi vous partez à plusieurs ?! Les mecs ils veulent pas arriver tout seul. Soi disant ils adorent conduire mais ils veulent pas être tout seul. 

On a aussi reproché à Ali d’être le coordinateur, parce que ce serait lui, le seul, qui aurait appelé tous les participants à ce voyage avant le voyage. Je trouve pas que ce soit particulièrement marquant dans la mesure où c’est aussi Ali qui part avec cet avion. Fallait bien se donner des rendez-vous donc oui … il a été en contact avec les membres de ce voyage : SO WHAT ?! 

Donc oui on arrive à Athènes, on y dort sur place et on y passe exactement une journée, trois heures et vingt-cinq minutes. Il n’y rencontre personne. Non il n’a pas rencontré Abdelhamid Abaaoud. Et heureusement ! Ca s’est joué à 24H près. A 24H près on lui disait « vous avez rencontré Abdelhamid Abaaoud ». Par chance, AA est arrivé un peu après. Pour Ali, c’est un voyage qui ne lui sert à rien mais c’est un voyage où il a voulu rendre service à son ami. Il a voulu le soustraire à une éventuelle interpellation en Belgique. Article 

Et quand il revient d’Athènes, le voilà reparti ; cette fois pour le Maroc ! Il donne pas de nouvelles, à personne ; il part jusqu’au 5 septembre ! Et visiblement, ça dérange personne. (…) Le Parquet a aimé les attaques ad nominem pendant ses réquisitions en disant que nous mentions. Vous croyez qu’on va vous mentir ? Le billet de croisière c’était le seul élément qui permettait de rattacher Ali au mic-mac de Khalid et Ibrahim. Ce qu’on comprend c’est que quand Ibrahim revient il revient sans Ali parce qu’Ali se la coule douce au Maroc. Il revient le 5 septembre et c’est l’occasion pour Ibrahim de demander à nouveau des services.

 

L’APPARTEMENT DE LA RUE DES CASERNES

&

LES RENCONTRES ALI – IBRAHIM

 

Maître Méchin : « article 434-6 : le fait de fournir à la personne auteur ou complice d’un crime un logement. On est dedans.

Ce qui aura collé à Ali comme un sparadrap c’est le qualificatif de « conspiratif ». Les enquêteurs belges en parlent et intègrent cet appartement de la rue des casernes dans les appartements dits conspiratifs. Alors oui, si l’appartement est uniquement un lieu de vie, un lieu de repli pour Ibrahim El Bakraoui qui a besoin d’un endroit tranquille, alors oui on est dans le recel de malfaiteurs. 

Cet appartement est fourni par Smaïl Farisi, un vieil ami qu’il recroise. Personne ne vous a jamais demandé « tiens tu connais pas un appart qui se libère? ». On le sait qu’Ibrahim avait été hébergé dans l’appartement du frère de Bakkali.

J’en reviens à la focale du Parquet sur le fait que tout élément matériel doit forcément être en lien avec les infractions dont on cherche à montrer la réalité. En fait, même les terroristes ils ont besoin de dormir, même les terroristes ils ont besoin de se reposer ; et même les terroristes, surtout les terroristes, ils ont besoin d’avoir un endroit sûr où si jamais il y avait un probvlème, il n’y aurait rien à y cacher. C’est l’appartement où je dors parce que j’y suis tranquille. Cet appartement soi-disant conspiratif, on le choisit quand même avec une caméra de vidéosurveillance dans le hall. 

A minima, on voit quand il y a des caméras de vidéosruveillance. Je crois que personne n’a oublié le petit regard qu’Ali jette à la caméra de vidéosurveillance. Et on voit qu’il s’en fiche complètement parce que pour lui, cet appartement ce n’est rien d’autre que le lieu où est hébergé son ami Ibrahim. Il y a des appartements dans ce dossier où on a pu prouver qu’ils ont servi à fabriquer des armes, des explosifs. Est-ce que c’est le cas de l’appartement de la rue des casernes ?! Non. Ce qu’il faut comprendre, c’est que jusqu’au 13 novembre, les seuls qui fréquentent l’appartmeent c’est Ali, Ibrahim, Farisi et Youssef El Hajmi. Ca veut dire que dans les membres de la cellule, le seul qui fréquente la cellule c’est Ibrahim. Son frère n’y vient pas. On ne comprend donc pas en quoi cet appartement serait conspiratif et à quoi aurait-il servi ?! 

Qu’y aurait-on trouvé si on s’y était rendu ? On n’y aurait rien trouvé et la réalité, c’est la question que j’ai posé à l’enquetrice belge « est-ce que vous savez de quoi parlaient Ibrahim et Ali quand ils étaient dans cet appartement ? » « non » / « vous êtes encore dans des suppositions pour essayer de faire coller un fait à une théorie. Le fait c’est qu’aucun membre de la cellule ne s’est rendu dans cet appartement. 

On peut en déduire qu’Ibrahim commence à couper les liens, à couper les ponts et continuent à cloisonner. Ali ne sert à rien et on ne veut pas voir Ali parce que c’est un danger d’intégrer quelqu’un, dans son lieu de vie, à un moment si proche des attentats. S’il avait vraiment intégré la cellule terroriste, au contraire sa présence aurait dû être plus marquée au mois de novembre.

Dans la nuit du 17 au 18 (novembre), Ali passe dans son appartement et il en repart. Il arrive avec pizza à 00H21, ce qui pour lui est un horaire assez classique avec Ali et Youssef. Il en repart à 03H32. On a dit que c’est une drôle de coïncidence qu’il soit dans cet appart’ la nuit où il y a l’assaut dans la rue du Corbillon. Sauf que l’assaut n’a pas encore eu lieu et personne à ce moment-là ne sait que l’appartement a été identifié. 

18 novembre, 4H20 : c’est la fin de la prévention.

 

Maître Méchin : Et voilà donc la petite histoire d’Ali El Haddad Asufi sur ces quelques mois. Il faut savoir ce que vous allez faire de cette petite histoire. Alors, on a des éléments matériels. Est-ce qu’on est vraiment sur de l’association de malfaiteurs ou est-ce qu’on est juste sur de l’aide apportée à son ami ?! En tout cas, c’est certainement pas en relation avec une entreprise terroriste, dont l’existence n’est pas démontrée. Le cloisonnement, l’absence quasi totale de contact avec Khalid El Bakraoui, l’absence totale d’Ali El Haddad dans les appartements conspiratifs démontre à notre sens l’ignorance dans laquelle Ibrahim a laissé son ami Ali.

 

Maître Méchin : ce que je vais vous demander, c’est de vous remettre, lors de votre délibéré, à la hauteur d’Ali El Haddad Asufi. C’est simplement ce qui vous est demandé par le code de procédure pénale. Je suis désolé de vous le dire mais : vous ne rentrez pas dans l’histoire ; aucun avocat . Vous aurez simplement rendu la justice comme le font des centaines de juridictions tous les jours en France. A l’issue de votre verdict, c’est l’histoire d’Ali El Haddad Asufi que vous aurez jugée. Cette histoire, j’espère avoir réussi à vous la faire ocmprendre. Cette histoire Ali c’est la vôtre et j’espère que tous, nous auront été à sa hauteur ».

 

17H45 : l’audience est suspendue pour aujourd’hui ! A lundi, 9H30 (oui il y a audience le matin ET l’après-midi).

A demain ! 


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