Jour 143

Attention : la lecture des éléments de retranscription du procès des attentats du 13 novembre 2015 s’adresse à un public averti. Certains des propos rapportés sont susceptibles, par leur contenu ou leur nature, de heurter la sensibilité des lecteurs, et notamment des plus jeunes. Par ailleurs, toute reproduction du contenu, même partielle, sans l’autorisation expresse de l’auteur expose le contrefacteur à des poursuites.

 

LUNDI 20 JUIN 2022

 

Programme de la journée : aujourd’hui, c’est la suite des plaidoiries de la défense avec la défense d’Osama Krayem et de Yassine Atar. 09H46 : l’audience reprend (le président : maître stuik vous avez la parole).

 


 

 

EXTRAITS

Maître Stuyck : « Monsieur Krayem n’a pas participé à la préparation des attentats de Paris. Il était prévu pour un autre projet ; projet qui ne s’est pas réalisé. (…) Quels sont les actes matériels qui permettent d’établir la complicité dans le chef des attentats Paris ? L’appartenance au groupe ne suffit pas, sa présence dans l’appartement ne suffit pas, sa présence dans les caches à elle seule non plus, son voyage à Schiphol non plus. 

@camilledecode

Maître Stuyck : « on requiert à l’encontre de monsieur Krayem la perpétuité avec période de sûreté de trente ans. A Bruxelles, quel accusé va encore parler ?! On va se dire « ce connard de Krayem qui a balancé la moitié des types s’est pris une perpétuité avec sûreté de trente ans … bah on va pas parler » ! Je rappelle que sans les déclarations de monsieur Krayem, on ne retrouve pas la cache de la rue des casernes, je rappelle que pour Bruxelles, monsieur Krayem a fait marche arrière à la dernière minute. Il n’a pas déposé son sac de TATP n’importe où. Il est rentré à l’appartement, a vidé son sac d’explosif dans les canalisations … Ne pas tenir compte de la collaboration de monsieur Krayem, en termes de politique criminelle c’est non seulement un non sens, une hérésie, mais aussi une erreur. C’est se priver de la possibilité de résoudre d’autres affaires.

@camilledecode

Maître Stuyck : « (…) si monsieur Krayem n’en valait pas la peine, je ne me serais jamais infligée tout ça. Pour monsieur Krayem, j’ai outrepassé ma mission : j’ai voulu comprendre. La question pour moi de l’homme ordinaire m’a toujours questionnée et me questionnera toujours. (…) Ma famille a péri dans le génocide rwandais. Pour moi compréhension est un point extrêmement important. Pour moi, changement est synonyme d’espoir.

 

10H35


 

EXTRAITS

Maître Durand-Poincloux : « je défends un homme qui pense qu’il n’y a rien à gagner à essayer de vous parler. Un homme qui m’a fait vous lire en audience « je pense que personne n’est ici pour comprendre ce qui s’est passé. Je pense que nous faisons tous semblant et que ce procès est une illusion ». Un homme qui pense qu’en gros ou au détail ce sera le même prix et ce sera le plus élevé. Je pense qu’Osama Krayem a compris qu’il est inaudible, insupportable de dire qu’un homme qui a commis un acte aussi monstrueux soit pourvu d’une certaine humanité.

@camilledecode

Maître Durand-Poincloux : « ce sont les faits et le droit qui vont vous conduire à conclure que l’accusation le concernant ne constitue pas une complicité mais bien une association de malfaiteurs terroriste. 

@camilledecode

Maître Durand-Poincloux : « troisième charge : contribuer à galvaniser et motiver les autres membres de la cellule terroriste (…) complicité par galvanisation ! Je vous demande un joker pour cette complicité qui n’est pas prévue par la loi. Qu’est-ce qu’il aurait vraiment fait pour motiver les troupes ? (…) L’identité des vrais galvanisateurs, des leaders, on la connait : c’est les frères El Bakraoui ; c’est Laachraoui. Et donc à nouveau, cette charge n’a aucune consistance pour caractériser une complicité des attentats de Paris.

@camilledecode

Maître Durand-Poincloux : « (…) la totalité des personnes concernées par Paris n’était pas prévue pour Paris. D’ailleurs, la projection continue d’opérationnels depuis la Syrie entre l’été 2015 et le printemps 2016 le confirme : ils ne sont pas tous prévus pour Paris ! Ils ne sont pas tous complices.

Bref : Schiphol c’est pas un acte d’aide ou d’assistance fourni aux attentats de Paris.

@camilledecode

Maître Durand-Poincloux : « Il est coauteur des attentats de Bruxelles. Il l’a admis. Mais il n’est pas démontré qu’Osama Krayem ait apporté une aide ou une assistance aux attentats de Paris. Il vous manque l’élément matériel. Et s’agissant de l’élément moral je pense qu’il y a une difficulté aussi. (…) Je vais conclure : vous voulez la sécurité, vous avez raison. Vous voulez que ces tueries ne se reproduisent jamais, vous avez raison … et peut-être que pour atteindre ce but il faut frapper fort … mais prenez garde car même si ici vous ne frapperiez pas un innocent, vous frapperiez à côté. 

 

Le président : on va suspendre cette audience qu’on va reprendre en début d’après-midi avec les plaidoiries pour Yassine Atar. Je pensais que ça serait plus long, c’est pas que je regrette … on peut reprendre à 14H, au plus simple.  

 

14H10 : la sonnerie retentit. L’audience reprend.


 

 

EXTRAITS

Maître Saint-Palais : « j’ai le sentiment ici, en plaidant l’acquittement pour le frère de celui qui a organisé les attentats et en a recruté les kamikazes, le cousin des logisticiens, kamikazes à Bruxelles, j’ai le sentiment, en défendant son intérêt, de défendre aussi l’intérêt général. La justice ne peut pas tout. La justice peut beaucoup mais l’Etat de droit, que je défends, ne peut pas répondre aveuglément à toutes les attentes. Je vais plaider non pas pour l’Histoire mais très modestement pour un homme ; pour Yassine Atar qui nous a accordé à nous quatre sa confiance.

@camilledecode

Maître Saint-Palais : « parfois, les défenses qui vous sont offertes vous paraissent maladroites, excessives. Quand on est dans ce sentiment, il faut toujours penser qu’en réalité, c’est souvent parce qu’on répond à une accusation excessive et qu’il est bien difficile de se défendre simplement. (…) Il faut dire que son accusation est un peu particulière puisque les juges ne se sont pas forgés progressivement l’idée de la culpabilité de Yassine Atar. On est partis de ce postulat de culpabilité et ensuite on a fouillé pendant six ans pour voir quels actes pouvaient être imputés à Yassine Atar.

@camilledecode

Maître Saint-Palais : « ma critique est vive sur la teneur du réquisitoire. On ne peut pas cacher que la justice antiterroriste a une mission : répondre à l’émotion considérable générée par les crimes comme ceux que nous connaissons. La mission de la justice antiterroriste c’est d’amener des hommes pour les juger. (…) Et puis, quand on est à l’audience, il faut à tout prix que d’aucuns soient condamnés. C’est pour ça que nous nous levons ; pour dire qu’il ne faut pas aller trop loin. (…)

Si on nous a fait plaider les derniers, c’est parce que ça a un sens profond. Dans tous les Etats démocratiques, nous savons que l’accusation peut se tromper. Et c’est ça qui est important dans ce moment. Comment ces hommes et ces femmes dans leurs raisonnement ont pu s’égarer. Oui, une accusation peut se tromper et c’est ce que nous venons vous dire : oui ; l’accusation s’est trompée.

@camilledecode

 

16H20

Le président : nous allons faire une suspension. Suite des plaidoiries à 16H45. L’audience est suspendue. 

16H58 : l’audience reprend.


 

EXTRAIT

Maître Kempf : « après six années d’instruction, dix mois d’audience publique et contradictoire, je me suis demandé quels pouvaient être les mots qui permettaient de comprendre le dossier de Yassine Atar le plus simplement possible, le plus clairement possible. Et peut-être que la réponse de cette question se trouve dans la bouche de madame Panou. Regardons l’interrogatoire d’inculpé du 31 mai. Elle lui pose une question extrêmement longue ; elle détaille des noms, des GSM, des bornages etc et à la fin de cette question elle dit « au vu des éléments de téléphonie, il est raisonnable d’imaginer qu’El Bakraoui Khalid est venu chez vous le X novembre 2015 ». 

Ce mot, « imaginer », m’a interpellé. Oui … car de l’imagination il en faut pour accuser Yassine Atar ! Et madame Panou, de l’imagination, elle n’en manquait pas !

@camilledecode

Maître Kempf : « (…) Madame Panou (juge d’instruction) nous a dit que Yassine Atar c’est complexe. Oui effectivement c’est complexe ; ça l’est tellement qu’on ne sait plus quoi faire pour l’accuser. C’est dans ces conditions que l’imagination est capitale. Quand on ne sait pas ce qu’a fait Yassine Atar, on vous demande de l’imaginer : quand on ne sait rien, on vous demande d’imaginer le pire. Là où on ne voit rien, c’est que Yassine Atar participe à la préparation des attentats. Un tel raisonnement me semble a priori contraire au droit, à l’idée qu’on peut se faire d’une justice qui fonctionne. (…)

@camilledecode

Maître Kempf : « (…) on en vient à vous demander de punir le fait de ne pas avoir vu alors qu’on aurait dû voir ; de ne pas avoir entendu alors qu’on aurait dû entendre. Alors vu quoi ? Entendu quoi ?! On a donné des exemples : ne pas serrer la main des femmes, ne plus écouter de musique, regarder des vidéos … tous ces éléments là devraient être des éléments qui devraient être détectés par les citoyens / citoyennes chez leurs proches. C’est une vision dans laquelle l’accusation dit que chacun devienne un délateur en puissance. On demande que chacun puisse détecter les signes de religiosité _musulmane_ chez un proche et les dénoncer. C’est demander aux citoyens de se substituer aux services de renseignement.

@camilledecode

Maître Kempf : « (…) Yassine Atar c’est quelqu’un qui a condamné les attentats,  à cette barre, très tôt : le 15 novembre il s’est levé. (…) Dans sa toute première audition, le 23 mars 2016, première question : il condamne les attentats sans aucune réserve. Enfin, le 29 novembre 2015, à 16H20, un ami de Yassine Atar, ‘Nabil coach » lui envoie un lien vers un site internet qui s’appelle ‘hadith du jour’ : « ce qui est arrivé en France, a été prooduit par des individus égarés s’affiliant à l’islam. Nul doute que ces déflagrations causées en France sont un acte blamable et un crime odieux. Il est obligatoire aux musulmans en tous lieux de blâmer ces crimes et le musulman a interdiction d’agréer à ces crimes ». Voici un texte très clair auquel Yassine Atar répond « très beau hadith. Malheureusement les gens oublient. Tout marche avec la douceur. Vive la paix. »

Je vous demande d’acquitter Yassine Atar.

 

18H28

Le président : « nous reprendrons demain à 12H30

 

A demain ! 


Pour poursuivre la lecture : 

* Lire la journée suivante

* Lire la journée précédente

 

Attention : toute reproduction de ce contenu sans l’autorisation expresse de l’auteur expose le contrefacteur à des poursuites.

Partager:

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

error: Ce contenu est protégé