Jour 144

Attention : la lecture des éléments de retranscription du procès des attentats du 13 novembre 2015 s’adresse à un public averti. Certains des propos rapportés sont susceptibles, par leur contenu ou leur nature, de heurter la sensibilité des lecteurs, et notamment des plus jeunes. Par ailleurs, toute reproduction du contenu, même partielle, sans l’autorisation expresse de l’auteur expose le contrefacteur à des poursuites.

 

MARDI 21 JUIN 2022

 

Programme de la journée : aujourd’hui, c’est la suite des plaidoiries de la défense avec les plaidoiriess des avocats de Mohamed Bakkali.

12H57 : l’audience reprend.

 

 

 

EXTRAITS

Maître Rezlan : « (…) l’Etat de droit a tenu, la France a évité le déshonneur de Guantanamo mais votre Cour est l’émanation d’un Etat qui a été attaqué par ces actes terroristes. Il y a dans cette affaire, une chose qui la distingue des autres. Notre Etat a créé une législation spécifique applicable à un crime spécifique : le crime terroriste. Il est donc inévitable que vous vous positionniez comme un instrument de lutte dans le cadre de ce qui a été présenté comme une guerre. Vous êtes donc vous, magistrats, un élément de la riposte. Dans un tel contexte, que peut-on attendre de vous ? Quelle est votre marge de manoeuvre ? Quelle liberté de jugement peut-on attendre de chacun d’entre vous, qui allez participer à la décision ?

@camilledecode

Maître Rezlan : « (…) Bakkali n’est pas le logisticien des attentats. Les logisticiens des attentats étaient indiscutablement les frères El Bakraoui, que le Ministère public a présenté comme la tête de pont de la cellule belge. Mohamed Bakkali les a manifestement aidés, c’est indiscutable, en louant des voitures, des logements et en convoyant des hommes. Seulement, ces actes, pris dans un ensemble de relations, on les a isolés et mis en pleine lumière. C’est ainsi que ce qu’on a appelé la logistique des attentats est devenue à peu de chose près « l’affaire de Mohamed Bakkali ». Pour que les frères El Bakraoui puissent agir sous les radars, il a fallu que d’autres s’exposent, dont Mohamed Bakkali. (…) Bakkali est donc un maillon, un maillon certes utile mais qu’on peut remplacer. On nous a dit « sans la logistique, il n’y aurait pas eu d’attentat », mais … sans Mohamed Bakkali il y aurait eu des attentats ! Les frères El Bakraoui auraient trouvé quelqu’un d’autre.

@camilledecode

Maître Rezlan : « alors : que savait Bakkali ? Compte tenu de sa proximité avec Khalid El Bakraoui, on part du principe qu’il connaissait totalement le projet des attentats et qu’il adhérait totalement aux crimes de masse. Le ministère public n’a pas dit un mot du fonctionnement paranoïaque et cloisonné de ce groupe. Pour le Parquet, le cloisonnement, ça n’existe pas  dès lors qu’on était un proche, on savait tout !

@camilledecode

Maître Rezlan : « pourquoi Mohamed Bakkali a-t-il accepté de les aider ? Pourquoi un homme intelligent, qui n’est pas un déliquant accepte-t-il de faire ce qu’il a fait ?! On l’a décrit comme un musulman radicalisé, comme un musulman rigoriste et de son intérêt pour les textes salafistes. Lui, c’est d’être religieux qui l’a conduit à cette impasse. Religieux, barbu, mais pas radical.

@camilledecode

Maître Rezlan : « voilà. Vous allez donc juger un homme qui n’a participé à aucune exaction d’aucune sorte, qui n’a jamais été condamné et qui ne s’est signalé par aucun comportement agressif en six ans et demi de détention.

(…) En tout cas, si au nom de l’émotion suscitée par ces crimes on en arrive à condamner à égal l’assassin, le complice des actes préparatoires, le loueur de voitures, alors il faudra admettre que l’Etat de droit a fondu sous le choc et qu’il n’en reste plus qu’un décor de carton-paille. Personne ne vous demande de briser les digues de l’Etat de droit (…).

@camilledecode

L’audience est suspendue. L’audience reprend.


EXTRAITS

Maître Johnson : « (…) le plaideur a donc toujours peur de nuire quand il vient après l’excellence. Et puis, j’ai aussi peur de nuire parce que Bakkali s’est tu. Ce silence il a fallu l’interpréter et il faut en faire quelque chose. Le silence, on peut à ce sujet gloser ; il y a a priori mille mots que nous avons ressenti tous, dont il n’est pas inutile de penser que Mohamed Bakkali l’a senti aussi. Ce matin, en venant ici, j’ai relu un texte dont je ne citerai pas l’auteur parce que vous avez été abreuvés de citations mais qui rappelait que l’excellence de l’homme c’était la possibilité pour lui de prendre en considération le tourment de l’autre.

@camilledecode

Maître Johnson : « (…) vous avez à lire les faits selon un récit ; celui de l’accusation, celui que la défense tente d’esquisser. Dans un cas comme dans l’autre, ce sont des théories de la lecture que vous jugez. Moi ce que je crois que vous avez besoin de saisir, c’est la technique d’emploi des forces. C’est elle qui imprime la vraie couleur des faits, la vraie couleur des comportements;  c’est elle qui dit pourquoi l’un doit savoir et l’autre ne doit pas savoir.

Il n’est pas douteux que ceux qui ont su que des actes de tuerie de masse allaient se dessiner, se destinaient à la mort.

@camilledecode

Maître Johson : « (…) Mohamed Bakkali, on a dit qu’il était intelligent. Intelligent il l’est indiscutablement. Il a été vulnérable parce que certains l’ont trouvé. Et au fur et à mesure de son évolution, à la fois par ses études mais aussi de ce que vous connaissez de lui, il a accédé à la forme la plus élémentaire de la raison que nous avons en partage. Ce processus, il l’a entamé dès le départ ; dès qu’il était incarcéré. Le juge Herbaut lui a demandé « qu’est-ce que vous pensez de ces attentats » ; il a répondu « une abomination ».

 

15H37

Le président : bien, nous avons terminé pour aujourd’hui. On reprendra demain avec les plaidoiries de la défense de Sofien Ayari.

@camilledecode

 

A demain ! 


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