Jour 148

Attention : la lecture des éléments de retranscription du procès des attentats du 13 novembre 2015 s’adresse à un public averti. Certains des propos rapportés sont susceptibles, par leur contenu ou leur nature, de heurter la sensibilité des lecteurs, et notamment des plus jeunes. Par ailleurs, toute reproduction du contenu, même partielle, sans l’autorisation expresse de l’auteur expose le contrefacteur à des poursuites.

 

LUNDI 27 JUIN 2022

 

08H20 : aujourd’hui, c’est l’avant-dernier jour. Les accusés vont être invités à prononcer un dernier mot. Devant l’entrée presse / avocats / parties civiles, une « petite » file d’attente commence à se constituer.

 

10H : la sonnerie retentit. L’audience reprend.

@camilledecode

Hamza Attou (polo gris jean) : « j’ai confiance en la justice. J’ai toujours eu confiance en la justice depuis le premier jour de mon incarcération, c’est pour ça que j’ai toujours accepté de faire ce qu’on m’a demandé de faire. Je condamne tous les attentats terroristes et je voulais remercier énormément toutes les victimes et les familles de victimes qui sont venues vers moi. Je leur souhaite le meilleur et je leur souhaite sincèrement qu’ils puissent surmonter cela.

Ensuite, je voulais remercier mes avocates, mes psychologues, mes éducatrices, tous ceux qui m’ont donné un coup de main et m’ont tendu la main. Et aussi merci à vous la cour d’avoir fait en sorte que les journées soient pas trop longues les audiences.

Voilà j’ai rien préparé parce que j’ai eu du mal à me concentrer parce que j’ai eu quelques soucis de logement. Voilà, j’espère que vous serez juste. Voilà merci ».

@camilledecode

Abdellah Chouaa (veste grise polo blanc) : « j’ai très peur de votre décision. (silence) Tellement peur que vous fassiez une erreur. Je suis totalement innocent. Je ne suis pas un terroriste, je n’ai jamais été un terroriste. Je ne suis pas parmi ces gens. (silence… il souffle) Certes, j’ai été accompagné Abrini à l’aéroport, j’ai été le chercher … mais j’ai jamais su ce qu’il avait en tête. Jamais. (silence… il souffle … visiblement très stressé). J’ai envie de dire que je suis innocent … euh … (silence) … excusez-moi. 

Depuis le premier jour j’en souffre. Innocent ou non, je resterai toujours … je resterai toujours … (souffle) un accusé de ce procès. Mon nom il est lié à ce procès et j’en souffre. 

J’ai envie de remercier aussi tous les parties civiles qui sont venues vers moi, qui m’ont beaucoup soutenu et remercier aussi les parties civiles qui viennent me voir chaque jour le matin avant de rentrer à l’audience … sur la place de la fontaine à Châtelet.

Ce procès a été très difficile pour moi (silence …). Franchement … franchement je t’en veux Mohamed (il pleure). Ca a détruit ma vie. Je sais pas si un jour je te pardonnerai mais j’en souffre. 

Ce week-end, j’ai été retrouver mes enfants … et mon fils (silence). Il a 12 ans. Y’a trois semaines. Il m’a dit « j’ai réussi mon année. Je passe en première secondaire ». Hier avant de le quitter, il m’a dit « tu seras là à la remise de mon CEB?! ». J’ai honte … Je lui ai dit « papa il travaille »… parce que j’ai pas le courage de lui dire. J’ai pas eu le courage.

Y’a deux semaines, j’ai été tétanisé par le réquisitoire du Parquet. Ca m’a détuit : j’ai perdu tout confiance. En sortant du Palais, je me suis mis sur la place de la Fontaine, sans dire au revoir à mes avocats. J’en ai beaucoup souffert et j’en ai pleuré (il renifle). 

J’ai envie de vous remercier maître Sorrentino, maître Gwenaël. Vous m’avez dit un mot, ça m’a beaucoup touché. Vous m’avez dit « quoi qu’il arrive, je vous lâcherai jamais » … et ça ça m’a beaucoup touché. Je remercie aussi tous les avocats de la défense. Je sais pas si je peux remercier aussi tous les avocats de la partie civile. Et vous remercier à vous madame messieurs de la Cour. Grâce à votre décision, je voudrais protéger la vie de mes enfants.

Merci

@camilledecode

10H13

Ali Oulkadi : « bonjour monsieur le président, bonjour mesdames et monsieur de la Cour (il souffle dans le micro). Désolé je suis complètement stressé. … (silence) C’est difficile de trouver le dernier mot, surtout que mes avocats ont dit l’essentiel. Pour moi comme pour tout le monde, il y aura un avant et un après cette histoire et je sais que je vais devoir vivre avec le restant de ma vie. y’a un moment que j’appréhende beaucoup, le moment où je vais devoir expliquer ça à mes enfants : les attentats, puis ma détention, leur parler aussi ce procès … pourquoi je les ai quittés tous les week-end ; pourquoi je leur ai menti en leur disant que j’allais travailler. Je leur montrerai mon livre où j’ai pris toutes mes petites notes (on entend son souffle dans le micro). Je parlerai des témoignages des victimes qui m’ont beaucoup bouleversé, aussi le fait qu’elles viennent nous soutenir avant les pauses, pendant et même après. Je tiens à ce qu’ils sachent. Voilà. J’espère que cette étiquette qui me colle à la peau, elle collera pas à la peau de mes enfants.

J’espère que ce fléeau sera éradiqué ; je sais pas comment on peut adhérer à ces idées. J’espère que ce sera éradiqué complètement. J’espère pouvoir retrouver ma vie un peu là où je l’ai laissée même si je sais que ça sera plus jamais pareil. (…)

Si vous me permettez je voudrais aussi remercier mes avocates. merci Maître Lévy, merci maître Dosé ; j’aurais jamais pu être mieux défendu. Merci pour vos mots, pour votre soutien. Vous êtes les deux meilleures avocates mais aussi des femmes formidables. Je voudrais aussi remercier les professionnels de la salle pour leur sourire, leur soutien, que ce soit les avocats, monsieur Quéré, les gilets bleus, les gilets roses, les interprètes, les escortes.

Je fais confiance à la justice, je fais confiance à vous monsieur le président.

@camilledecode

Le président : « on va continuer avec les personnes détenues ».

@camilledecode

10H18

Muhammad Usman : « bonjour à tous. Je voudrais remùercier mes avocats. C’est tout ».


@camilledecode


@camilledecode

Farid Kharkhach (polo manche courte vert) : « je vais commencer par vous remercier pour toutes les fois où vous m’avez donné la parole. Je m’excuse si j’ai été exaspérant. (…) Je voudrais remercier mes avocates aussi. Je sais que ça fait beaucoup de remerciements mais vendredi quand vous avez dit que vous alliez nous donner la parole je me suis retournée vers mes avocates je savais pas quoi dire. Elles m’ont dit « parle avec ton coeur ». Ca m’a pas beaucoup aidé mais si j’écoute mon coeur ça me dit juste de remercier, même les pompiers, les interprètes, mes avocates, toutes les trois… je les appelle les trois mousquetaires. Je commence par maître Fanny, je l’appelle Fanny parce qu’elle est comme un membre de ma famille. Elle venait me voir au parloir même mes frères ils venaient pas. Après la mort de mon père elle est venue pour me remonter le moral.

Je remercie maître Louise Dumont. Elle jouait le rôle de mon avocate et de ma psychologue en même temps ! Et après maître Louis Dumont, Eyes of the Tigger, elle me fait penser à Rocky Balboa. Elle est arrivée au mois de décembre, elle a travaillé jour et nuit. Elle a mis la main sur des éléments à décharge. Merci à mes avocates. 

Quant à les parties civiles, j’aimerais leur dire que vos témoignages ils m’ont beaucoup touché. Je les porterai dans mon coeur jusqu’à la fin de mes jours. Vous m’avez appris beaucoup de chose : le courage, le respect, l’humilité et la plupart m’ont appris aussi le pardon. Le procès c’était très dur pour moi mais ce procès c’est une école aussi : j’ai appris beaucoup de choses.

On a dit sur moi que j’étais lâche et que je savais qu’il était dangereux (il parle de Khalid El Bakraoui). C’est pas le mot lâche qui m’a dérangé c’est le fait que je savais qu’il était dangereux. Non, en aucun cas je savais qu’il était dangereux. En aucun cas j’avais le moindre doute ni sur sa radicalisation ni sur sa dangerosité. Je veux pas qu’on me colle cette étiquette de terroriste. J’aimerais tellement qu’on me l’enlève. Je fais confiance à la justice.

@camilledecode

10H26

Mohammed Amri (chemise blanche) : « d’abord je voudrais vous dire que ces derniers mois ont été difficiles mais j’ai été soutenu par mon épouse, mes parents et toute ma famille que je remercie. Le premier jour du procès je suis arrivé dans le box et je me suis dit que j’arriverai jamais à prendre la parole devant tout le monde pourtant ça fait des années que j’attends ler procès … mais j’ai réussi à prendre la parole et j’ai le sentiment d’avoir été entendu. En tout cas j’ia pu m’exprimer et je remercie la Cour.

Pour les faits, ma position n’a pas changé : je suis désolé d’avoir ramené Salah Abdeslam. C’est vrai, j’aurais dû le dégager de la voiture. Si c’était à refaire, je ne le referais pas. Croyez-moi monsieur le président. Pour les transports et la location, je ne savais pas et à aucun moment je ne pouvais imaginer ce que Salah et Brahim allaient faire. J’étais content que madame l’AG a dit que si j’avais su, je ne l’aurais pas fait. Ca fait du bien de l’entendre après toutes ces années.

Enfin, je voulais dire que j’ai aussi été ému par les témoignages des parties civiles et ce n’est pas parce que je suis dans le box que je n’éprouve pas de chagrin pour elles.


@camilledecode


@camilledecode

10H30

Adel Haddadi (polo orange) : je sais j’ai fait des fautes et des mauvais choix et je regrette sincèrement. Ca fait presque 7 ans que je suis en prison j’ai travaillé sur mes fautes j’ai appris sur moi. Je remercie mes avocats. C’est bon.


@camilledecode


@camilledecode

Le président : « monsieur Krayem, avez vous quelque chose à ajouter pour votre défense ? »

Osama Krayem ne se lève pas et fait non de la tête il ne souhaite pas parler.


@camilledecode


@camilledecode

Le président : « monsieur Atar, avez vous quelque chose à ajouter pour votre défense ? » (rires dans la salle parce que comme vous le savez si vous avez l’habitude de lire les comptes-rendus, Yassine Atar est assezc bavard)

Yassine ATar : rassuez-vous je ne serai pas long. je voudrais commencer à dire un mot aux parties civiles. J’espère vraiment que ce procès va permettre de faire en sorte que vous réussissiez à aller moeux. j’espère de tout mon coeur que vous avez compris que je n’ai strictement rien à voir avec Oussama Atar et rien à voir avec ces attentats. Aujourd’hui, le PNAT demande 14 années de prison. 

Concernant les faits, je voudrais dire deux mots : je n’ai jamais apporté d’aide aux zEl Bakraoui. Je n’ai jamais une seconde qu’ils deviendraient terroriste. Dans quelques jours, mon fils fêtera ses 7 ans et je compte bien fêter son anniversaire avec lui pourv la première fois, parce que j’ai confiance en vous, confiance en la justice.

Le 27 mars 2016 j’ai été envoyé en prison sur une décision injuste, aujourd’hui je dois être acquitté sur une décision juste.


@camilledecode

 

10H50


Le président : je me permets de recommander aux détenus et aux accusés de continuer à porter le masque. Ce n’est pas une obligation mais une recommandation.

Bien, eh bien les débats sont terminés. On va mettre fin à l’enregistrement sonore prévu par l’article 308 du code de procédure pénale. Conformémemnt aux dispositions de l’article 698-6, la Cour va se retirer pour délibérer en étant en possession de l’entier dossier de la procédure. Je rappelle que les questions auxquelles la Cour aura a répondre seront posées dans les termes de la décision de mise en accusation avec quelques petites précisions toutefois (…).

Je rappelle les dispositions de l’article 353 du CPP : « sous réserve de l’exigence de motivation de la décision, la loi ne demande pas compte à chacun des juges et jurés composant la cour d’assises des moyens par lesquels ils se sont convaincus, elle ne leur prescrit pas de règles desquelles ils doivent faire particulièrement dépendre la plénitude et la suffisance d’une preuve ; elle leur prescrit de s’interroger eux-mêmes dans le silence et le recueillement et de chercher, dans la sincérité de leur conscience, quelle impression ont faite, sur leur raison, les preuves rapportées contre l’accusé, et les moyens de sa défense. La loi ne leur fait que cette seule question, qui renferme toute la mesure de leurs devoirs :  » Avez-vous une intime conviction ? « .

La longueur prévisible du délibéré me conduit également à indiquer, à rappeler aux trois accusés qui sont sous contrôle judiciaire (Chouaa, Oulkadi, Attou), qu’ils doivent en vertu de l’article 354 alinéa 1er, rejoindre le lieu qui leur a été désigné hors du Palais de justice, ne pas quitter ce lieu pendant toute la durée du délibéré. Je les invite à se présenter à l’audience le mercredi 29 juin à partir de 17H.

Au regard des dispositions de l’article 355 du CPP, j’ai également désigné un lieu hors du Palais de justice comme chambre des délibérations.

Je vais demander aux gardes de faire retirer les accusés de la salle d’audience. L’audience reprendra normalement le mercredi 29 juin 2022 à partir de 17H. L’audience est suspendue.

 

11H : l’audience est terminée. On se retrouve mercredi pour le délibéré !


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