Jour 23 – 12 octobre 2021

Attention : la lecture des éléments de retranscription du procès des attentats du 13 novembre 2015 s’adresse à un public averti. Certains des propos rapportés sont susceptibles, par leur contenu ou leur nature, de heurter la sensibilité des lecteurs, et notamment des plus jeunes.

 

12h55 : l’audience reprend. Aujourd’hui, ce seront de nouvelles victimes de l’attentat au Bataclan qui seront entendues. En début d’audience, s’avance Jérôme, 48 ans. Il était au Bataclan ce soir-là. A l’époque, il était trader. Aujourd’hui, il ne travaille plus et déplore d’être à la charge de sa mère.

 

Il commence avec ces mots : 

« Je souhaitais présenter mes condoléances à toutes les personnes qui ont perdu quelqu’un. (…) Je me trouvais au Bataclan avec sept de mes amis. On se trouvait entre le bar et les premières marches pour descendre sur la fosse. On était juste au-dessus de la console de son et pas très loin des marches pour descendre aux sorties de secours. (…) Le concert a commencé. Tout était festif. Les gens étaient dans une ambiance bon enfant … jusqu’au moment où on entend trois détonations. (…) Juste après, vous avez deux autres ou trois autres rafales. Et là, vous comprenez. Le bruit était celui d’une arme à feu. Pas celui d’un fusil de chasse… quelque chose de plus puissant. 

J’ai dit à mes amis « on s’accroupit » ; jusqu’au moment où on s’est allongés.

Je suis désolé de passer du coq à l’âne mais il y a une chose : c’est la temporalité ! Vous ne l’avez plus du tout ! La notion de temps est suspendue complètement. On est restés allongés … et on attendait. Vous ne savez pas du tout si ça dure cinq minutes, dix minutes, une demi-heure.

Un des terroristes est resté vers le bar et a commencé à nettoyer. Il avait des personnes allongées devant lui et il pointait le canon de son arme sur des gens par terre. Il le faisait calmement. (…) J’ai entendu son souffle derrière moi. Je l’ai entendu plusieurs fois dire « shhhh » … et il tirait. Il a touché deux de mes amis qui étaient avec moi. Il a rechargé sa kalachnikov derrière moi. Ce bruit-là, il restera toujours dans ma mémoire : « shlak shlak ! clac clac ! ».

Il revient ensuite sur leur arrivée : 

Ils sont arrivés et ça a commencé à tirer dans tous les sens. Dès qu’ils arrêtaient de tirer pour recharger, il n’y avait aucun son. Personne ne criait. Comme dans une cathédrale : un silence absolu … ce qui est incroyable car il y avait déjà des personnes touchées, qui gémissaient. (…) Il y avait cette odeur de poudre et cette odeur de sang. Cette odeur est caractéristique car elle est comme un métal.

Il y a une personne qui a été fantastique ; que je voudrais vraiment remercier. Elle a prévenu : « le terroriste est en train de monter au premier étage ». Les gens en ont profité pour partir. Cette personne qui a crié « il est à l’étage » a sauvé des centaines de gens. Je ne sais pas qui c’est mais il faut vraiment la remercier. (…) On s’est levés. Et là, les premières images que vous voyez, c’est des rigoles de sang. Des corps. Vous voyez des gens qui essaient de sortir, qui marchent les uns sur les autres. La crainte que j’avais c’était que quand on sort il y ait des personnes qui nous attendent à la sortie. De par mon métier [il était trader], j’ai appris à gérer le risque et les émotions. Les premiers instants, ça a été difficile et, tout de suite après, le sang-froid se reprend et vous savez ce que vous devez faire.

En sortant, on s’est dispatchés : y’en a qui sont rentrés dans le métro. Moi, je suis rentré dans les locaux administratifs du Bataclan avec d’autres personnes. Après, on a suivi le parcours, on a été protégés par les policiers, la sécurité civile, qu’il faut remercier ; les pompiers aussi ! »

Il revient ensuite sur la vie depuis le 13 novembre et le fait qu’il soit désormais à charge pour sa maman alors qu’il occupait par le passé un poste de tracer et gagnait très bien sa vie. Il est aujourd’hui au RSA : 

« J’ai passé ma vie à travailler. Toute ma vie c’était mon travail. Ces personnes m’ont volé une partie de ma vie. J’ai pas retrouvé de travail. (…) Les gens ont peur que vous pétiez un câble à un moment ou un autre. Vous perdez beaucoup de choses ; vous avez peur de la foule … vous avez des difficultés à rester concentré au tout début. Apprendre à se reconstruire ça prend énormément de temps. J’ai des amis qui ont encore des problèmes à ce jour et voilà. (…) »

 

Après lui, c’est au tour de Sophie de s’avancer. Elle était également à l’intérieur du Bataclan ce soir-là et a été blessée à la jambe.


 

Elle commence :

« (…) Je me rappelle des coups de feu que j’ai pris pour des pétards (…) J’ai été blessée très vite. La douleur était similaire à un coup de marteau qu’on m’aurait mis dans la jambe. Je me suis levée pour prendre ma veste et me couvrir car j’avais un débardeur et j’ai les bras très tatoués donc je ne voulais pas attirer leur attention. C’est comme ça que j’ai constaté que j’avais un monticule de chair sur la jambe et que j’avais pris une balle (…) Je me souviens de leurs cris et de leur sourire, surtout lorsqu’ils tiraient sur les gens. (…) Je me rappelle d’une occasion donnée aux gens de partir et qu’ils leur ont tiré dans le dos. Ils avaient ce même sourire. (…) A côté de moi, il y avait un garçon qui était en train de mourir alors que dix minutes avant, on était en train de rire ensemble. Ce garçon, j’ai appris son nom : il s’appelait Pierre. Plus tard, on va s’en servir pour nous protéger, comme d’un sac [elle sanglote] (…).

Nous avons suivi la foule dans les toilettes et nous sommes sortis (…) Nous avons couru jusqu’à une allée d’immeuble où Léa [l’amie avec laquelle elle est venue] m’a laissée en sécurité avec d’autres gens. Elle a fini par trouver un UBER qui nous a posées à Saint-Anne. (…) C’est là qu’on a pu prévenir nos proches qu’on allait bien. (…) Ensuite, j’ai attendu qu’on me monte pour m’opérer. Mon cas n’était pas considéré comme grave. C’est le lendemain, vers 8 ou 9 heures, qu’on m’a dit que j’étais la prochaine. (…) Je suis restée douze jours à l’hôpital. J’ai subi deux opérations. J’ai appris que j’avais pris deux balles : une dans le mollet … et une dans le bassin. On m’a laissé le choix : la garder ou qu’on me brise le bassin pour l’enlever. J’ai choisi de la garder. 

Je suis sortie de l’hôpital quatre jours avant mon anniversaire. Toutes les semaines suivantes se sont passées dans un espèce de flou. Je me souviens de la culpabilité que j’ai ressentie (…) ».

Elle déplore ensuite les errances rencontrées dans le suivi psychologique. Elle explique d’abord avoir appelé la cellule psychologique un jour où elle ne se sentait pas bien : 

« La personne m’a raccroché au nez en me disant de rappeler quand je serai calmée, parce que je n’arrivais pas à parler ».

Elle poursuit en expliquant ses rendez-vous avec différents psy :

« Le psy que j’ai vu, c’était un ponte dans le domaine. J’étais en train de lui expliquer ce que j’avais vécu et il s’est endormi. Et quand il s’est réveillé, il m’a demandé de lui parler de mes grands-parents. Après ce rendez-vous, j’ai décidé de ne pas le revoir. (…) J’ai eu le psy qui m’a conseillé de regarder des films de Charlie Chaplin (…). J’ai aussi eu celle qui a fondu en larmes quand je lui ai expliqué pourquoi je venais (…). Et il y a celle qui m’a sauvé la vie en me faisant faire de l’EMDR. Sans elle je me serai suicidée ».

Elle explique ensuite avoir finalement subi une opération pour lui retirer la balle logée près de son bassin : 

« Les douleurs dans le bassin se sont faites de plus en plus intense. (…) Il a enfin été envisagé une opération pour retirer la balle. (…) On ne m’a pas charchutée et à mon réveil, le chirurgien tenait dans un petit bocal, la balle qu’on m’avait retirée. (…) Après ça, les douleurs ont été moindres mais toujours présentes. (…)

Je voudrais aussi parler de la vie après (…). Le 13 novembre a été dramatique mais ce qui se passe après l’est tout autant. (…) Ce n’est que grâce à mes proches que j’ai tenu (…). C’est un ami avocat qui m’a aidée à monter mon dossier auprès du Fonds de garantie [elle en profite pour évoquer elle aussi « l’inhumanité » avec laquelle sont traitées les victimes par le Fonds de garantie] (…). C’est aussi grâce à mes proches que j’ai pu remonter la pente petit à petit (…) car de la part de l’Etat, il ne s’est rien passé. Une fois dehors, j’ai été livrée à moi-même. On se rappelle de nous pour les commémorations mais la peur, elle est là toute l’année. (…) La peur pourrit toutes les relations qu’on a avec nos proches. (…) Jamais ils ne pourront se mettre à notre place et quelque part, heureusement pour eux.

Ma vie avant ça, c’était une vie de concerts, de cinéma, de théâtre. Je passais très rarement une soirée chez moi et j’étais très souvent dans le 11ème. Après le 13 novembre, je n’y suis plus jamais retournée. La vie à Paris est vite devenue impossible pour moi alors je suis revenue vivre à Lyon. Si c’est plus simple là-bas, je reste vigilante en extérieur. Je ne vais plus à des concerts. Quand je vais au cinéma, je prends le temps de me demander s’il est sans arme, sans violence. Mon innocence est morte au Bataclan le 13 novembre 2015.

Une fois arrivée à Lyon, j’ai fait beaucoup d’examens et j’ai appris que la balle avait fait des dégâts irrémédiables et que je ne pourrai pas tomber enceinte. Ca a été une nouvelle épreuve. Je n’ai pas baissé les bras et grâce à une fécondation in vitro, j’ai pu avoir une petite fille qui va fêter ses deux ans. Ma fille c’est mon oxygène, c’est ma bouée de sauvetage [elle pleure en l’évoquant]. Tous les jours, j’ai peur pour elle. J’ai peur qu’elle soit en danger. (…) ».

Elle explique enfin ne pas vouloir tomber dans le « piège de la stigmatisation ». Elle raconte avoir un jour été ramenée par un chauffeur UBER qui, comprenant ce qui lui était arrivé, « a pleuré en me demandant pardon ». Elle ajoute : « cet homme m’a brisé le cœur. Je l’ai consolé. Je l’ai pris dans mes bras ».

Elle termine avec ces mots : 

« Ce que j’attends de ce procès, c’est que justice soit rendue. (…) J’espère qu’un jour la colère pourra s’apaiser même si les sorties de l’un des accusés ne nous aident pas. Mais nous avons prouvé que nous sommes profondément au-dessus de lui.

Pour finir, j’aimerais m’adresser à Léa [son amie présente au Bataclan avec elle]. J’aimerais la remercier d’être là aujourd’hui alors que c’est dur pour elle [Léa est assise dans la salle trois bancs devant celui de la presse. Ses proches la réconfortent]. (…) Je voudrais lui dire que je suis désolée mais que je l’aime. Je voudrais aussi remercier les assos (…) comme mon conjoint qui est devenu ma béquille, tous les jours où ça va un petit peu moins bien.

Maître Samia Maktouf prend alors la parole. Elle est l’avocate de la famille de Pierre, la victime évoquée par Sophie au début de sa prise de parole. Elle regrettait d’avoir été contrainte de l’utiliser comme « un sac » pour se protéger. L’avocate la remercie au nom de la famille de Pierre d’avoir été en mesure de décrire ce qu’ont été les derniers instants de sa vie. Elle conclut en lui disant « c’est un geste humain de survie. Vous n’avez pas à supporter une once de culpabilité ».

 

Après Sophie, c’est Hugo, étudiant en master de sociologie, qui s’avance à la barre. Il était lui aussi dans la salle du Bataclan ce soir-là.


 

Il commence, très ému : 

« Mesdames et messieurs. Je sais votre temps précieux. (…) Je vise les cinq minutes d’intervention. On verra si je m’y tiens [il est très ému et se racle beaucoup la gorge].

Ce vendredi 13 novembre, je suis à l’époque étudiant [au moment des faits; il était étudiant en sciences politiques]. Je vais seul au Bataclan. C’est l’une de mes chances. Au moment de l’attaque, je me situe devant la scène, dans la fosse. Je sors grâce à l’un des employés qui a ouvert l’une des issues de secours. Je ne saurais assez le remercier. 

Dans cette affaire, j’ai eu beaucoup de chance car je ressors sans séquelles physiques du Bataclan. Mais, le traumatisme qui m’accompagne est l’objet d’un suivi par les psychologues des services de police (…). Je leur suis profondément reconnaissant (…).

Je ressors avec un certain nombre de colère et ce moment sera l’unique occasion de les exprimer. Colère face à l’Etat qui s’est montré incapable de nous protéger, qui a échoué en ne remplissant pas sa part du contrat social… mais qui a échoué en faisant ce qu’il pouvait je dois le reconnaître. J’ai accepté que le risque zéro n’existe pas. J’ai vu des policiers exprimer leurs regrets, le sentiment d’échec et que c’est compliqué d’empêcher tout ce type d’évènement de se produire. Incompréhension quand j’ai appris que toutes les victimes n’étaient pas traitées de la même façon [il évoque lui aussi le fait que les victimes habitant en province ont eu davantage de mal à accéder à des psys capables de les suivre. Il parle également des errements du Fonds de garantie, même s’il précise n’avoir pour sa part pas eu de difficultés]. J’ai gardé depuis 2015, une colère profonde qui mêle mon statut de victime et de citoyen. Colère contre ceux qui, depuis 2015, instrumentalisent le 13 novembre (je pense notamment à l’état d’urgence et ses multiples dérives). J’ai vécu ça comme une double peine. J’ai du assister à une instrumentalisation politique des victimes et leurs expériences.

On m’a beaucoup demandé ce que j’attendais de ce procès. Qu’est-ce qu’on peut attendre d’un procès comme celui-là ? Des réparations ? Vous savez bien qu’on ne réparre pas ces choses-là ! (…) On peut aussi attendre une place pour exprimer son vécu. Cette place que vous nous offrez est immense ; et à la fois réduite pour certains. Ce que j’attends plus personnellement c’est que l’Etat et ses acteurs fassent le point sur leurs réussites et leurs défaillances. (…) J’aimerais que l’Etat prenne conscience de ses défaillances avant, pendant le 13 novembre mais aussi après, notamment dans le suivi des victimes.

 

S’avance alors à la barre Sandrine, également présente ce soir-là. Au cours de son témoignage, elle expliquera être habillée aujourd’hui de la même manière que « ce soir-là » [elle est vêtue intégralement en noir et porte des bottes].


 

Sandrine commence avec ces mots : 

« J’ai 42 ans depuis 2015. 48 ans sur ma carte d’identité … mais 42 ans depuis 2015. Je suis une victime directe. (…) Je suis arrivée vers 17H-18H avec une amie dans la salle. (…) Devant la salle, on a croisé Jesse Hugues, le chanteur des Eagles of Death Metal ».

Elle explique « côtoyer un peu » le chanteur depuis 2008 et l’avoir accompagné dans une armurerie où il s’est acheté des couteaux, après s’être fait confisquer les siens par la douane. (…) Elle précise « ça me faisait bizarre d’être entourée d’armes. Je n’aime pas trop ça ». Elle poursuit : 

On se place devant la scène, devant le guitariste, que j’ai la chance de connaître un petit peu aussi. J’avais dit à mes amis que je voulais absolument être devant lui pendant le concert pour profiter en étant tout devant, sans être bousculée par les personnes. Ça nous a placés vers la sortie de secours.

Le concert commence (…) Ca se passe très très bien. Belle énergie, mais moi je me sens pas super bien. Je suis bousculée et j’ai envie de partir à un moment. Aujourd’hui, avec le recul, j’ai l’impression que c’était une intuition. Puis, il y a l’attaque qui commence. J’ai cru à une enceinte qui craque. Je me suis dit que ce bruit m’agaçait et que j’avais hâte que ça s’arrête. C’est seulement quand je vois le guitariste courir et partir de la scène que je comprends qu’il y a quelque chose de grave.

Là, j’ai complètement déconnecté. J’ai une amnésie quasi complète du temps que j’ai passé dans la salle. Mon premier souvenir c’est des bruits de pétards. Quand je reviens à moi, je suis accroupie, accoudée à la barrière … à la merci des tirs. (…) Je me dis rien du tout ; y’a pas vraiment de pensée qui passe par ma tête. Je suis là, dans cette position inconfortable et je me sens grotesque. Je n’ai pas de place où m’allonger. Quand je sens le danger, mon cerveau se déconnecte de nouveau … jusqu’à ce quelqu’un crie « sortez sortez sortez ! ». Là, mon esprit réintègre mon corps. Je me rends compte que je peux m’en sortir et que je peux vivre. Cette voix que j’entends, je pense que c’est celle de Didi, le responsable de la sécurité. A partir de ce moment là, je reste quand même sidérée. Je suis portée par la foule vers la sortie. J’ai même pas l’impression que mes pieds touchent le sol. (…) Je tombe. Une personne tombe sur moi. Elle pèse une tonne. J’ai du mal à respirer … je ne sais pas si je suis vivante. Je n’entends plus que mon souffle qui raisonne dans ma tête. (…) Petit à petit, je réalise que je vais mourir. La panique commence enfin à s’installer. Au moment où je commence à paniquer, à me dire que je vais mourir ; cette personne qui est sur moi se relève … et j’appuie de toutes mes forces sur mes mains et je me relève. Au contact de mes paumes, je sens le sol qui est mou… (je comprendrai que je me suis relevée sur des corps sans vie. Je le réalise un mois après… ça fait bizarre de se rendre compte de ce qui nous est arrivé un mois après !) Ça fait six ans que je suis pas repartie là-bas. Je vois pas de sang, je vois pas de gens mutilés… J’ai pas ces images. Elles sont dans un coin de ma tête auquel je peux pas accéder. (…) J’ai peur, tout le temps.

Elle poursuit son récit, expliquant sa fuite : 

Je me relève, je vais vers la sortie ; je retombe cette fois-ci juste auprès des marches de la sortie. (…) J’ai une de mes bottes qui m’échappe. Je suis sur ces marches en train de sortir et à un moment j’essaie de récupérer ces bottes que j’ai au pied aujourd’hui … et je me retourne vers la salle. Il y a des corps enchevêtrés ; des mains qui essaient de m’aggripper, comme des zombies (…). Très vite, j’attrape ma botte et je me retrouve dans le passage Amelot. Là, je vois quelqu’un avec une arme.  Cette personne ne me tire pas dessus donc je me dis qu’elle ne me veut pas de mal. Je continue vers le boulevard Voltaire. Là on est pris en charge dans l’annexe du Bataclan. (…)  Là, je retrouve un de mes amis, Marc, qui a été blessé par balle au bras, au dos. Les balles lui ont arraché la peau. J’essaie de prendre soin de lui et je me sens moins seule. J’avais perdu de vue mes amis dans la salle. Je suis sortie seule alors qu’on était une vingtaine. On est tous en vie aujourd’hui. (…) Ça a été un grand soulagement pour moi de me reconnecter à mes amis et ma famille.

Dans cette annexe, je me souviens avoir senti quelque chose dans ma botte. Je pensais que c’était un de mes colliers. En fait, ce n’est pas un collier que je récupère mais une balle. Et là je me rends compte que j’ai un trou dans ma botte et que je suis blessée au pied. (…) Je fixe cette balle comme un cauchemar. Un pompier voit que je suis pas bien ; m’agrippe et me l’enlève des mains dans un geste anodin. Je sens que j’ai mal au pied mais ça reste supportable. A l’hôpital, on se rendra compte que c’est une balle que j’ai prise par ricochet car j’ai juste une égratignure au gros orteil. J’ai beaucoup de chance.

(…) A mon retour chez ma maman, j’étais dans un déni complet. Apparemment, j’étais euphorique. J’étais tellement dans un déni que les vêtements que je portais étaient plein de sang et que j’ai demandé à ma maman de laver mes affaires. Je m’en suis rendue compte des années après et je te demande pardon maman. Je m’en rendais pas compte [elle sanglote]. J’étais euphorique pendant très longtemps. (…) J’étais dans le déni jusqu’en mai 2016 ; même encore après. Je pensais que j’allais reprendre ma vie … alors que je n’ai pas retravaillé depuis. Je n’ai pas travaillé un seul jour depuis 2015 [au moment des questions de la Cour, elle expliquera qu’elle était chargée de recrutement; qu’elle a été licenciée en décembre 2015 et a signé une rupture conventionnelle en 2016]Je suis sortie vivante parmi les morts … et je suis devenue une morte parmi les vivants. J’essaie d’aller mieux ; surtout parce que la musique a toujours été la chose la plus importante dans ma vie. Ça m’a permis de tenir face aux coups durs, face à plein de problèmes dans ma vie. (…) La musique, ça a toujours été une source de vie, de rebond, de mieux. (…) La personne que j’étais n’existe plus. Je ne sais toujours pas qui je suis aujourd’hui. J’essaie de trouver. J’ai passé six ans enfermée dans une chambre, à me dire tous les jours : demain tu te lèves, et tu fais quelque chose … (…) et puis finalement mon corps me disait « tu peux pas bouger … parce que si tu bouges, tu vas mourir ». (…) Voilà ce que j’ai fait pendant six ans : j’ai arrêté de bouger parce que je ne voulais pas mourir. Je voulais rester là ; je voulais que ça ne soit jamais arrivé. Le seul endroit où je me sentais bien [les salles de concert], je voulais qu’on me le rende  … et on me l’a pris ! Enfin : on me l’a pris un certain temps. Je suis retournée très vite dans une salle de concert. Le mercredi suivant. J’y suis retournée. J’ai recommencé à vivre dans cette salle. Depuis deux-trois ans, avec tout ce qui s’est passé, j’y suis beaucoup moins retournée et ça me manque. C’est pour ça que ce soir, je vais aller à un concert… et je vais retourner dans la vie. Je vais continuer à vivre aussi bien que possible. J’espère que ça ira mieux. Je sais que ça va déjà mieux. Ce procès, depuis qu’il a commencé, il me fait beaucoup de bien ; j’ai l’impression d’être moins seule. (…) Je viens quasiment tous les jours car je n’ai pas l’impression d’être dans la mort ici ; j’entends beaucoup de vie. Je voulais vous remercier pour ça. Je trouve toutes les personnes très dignes. La colère est là mais elle est justifiée. Il y a aussi beaucoup d’amour et ça me fait beaucoup de bien.

Merci beaucoup.

 

Puis vient le tour de Claire, présente au Bataclan ce soir-là avec Romain, son compagnon et Matthieu, le beau-frère de ce dernier.


 

« Le vendredi 13, j’avais 30 ans. J’étais avec Romain, mon compagnon et Matthieu, son beau-frère. C’était la première sortie depuis la naissance de notre fils, qui avait trois mois (…). C’était prévu de longue date. Romain ne voulait pas louper les Eagles Of Death Metal. (…) 21h, le concert commence. Puis j’entends un bruit derrière moi comme une ampoule qui éclate (…). Romain me force à me coucher par terre … je me baisse en me demandant pourquoi des pétards. La lumière revient dans la salle. Il n’y a plus de musique.

Je vois un homme en tee-shirt blanc en train de parler. (…) J’entends la voix de l’homme, un ton accusateur, mais je n’entends pas ce qu’il dit. Ce qui est assourdissant, c’est le bruit des balles. Je dis à Romain que je l’aime et de prendre soin de notre fils si je meurs. (…) A chaque détonation, je tremblais. J’ai peur d’être blessée, de souffrir ; je pense à la police, au RAID Je regrette tellement d’être venue. (…) Après une légère accalmie, je vois que le tueur n’est plus à l’entrée. Sans réfléchir, on court (…). On arrive dans un local ; il y avait déjà cinq ou six blessés. On est descendus au sous-sol. Il y avait déjà du monde. J’ai appelé mes parents. Après, ce qui reste pour moi, c’est la peur. Je ne me reconnaissais pas dans les slogans qu’on pouvait entendre comme « tous en terrasse »; on est plus forts ! Au contraire, être victime du 13 novembre, c’est dire adieu à l’insouciance, s’imaginer très souvent le pire … (…) C’est ne plus sortir le soir à Paris ni prendre le métro … C’est avoir peur quand Romain n’est pas là.

Un an après, nous avons pu retourner dans le Bataclan. J’ai eu envie d’y aller. En pleine lumière et en plein jour, la salle m’a donné l’impression d’être minuscule. Ce qui m’a frappé, ce sont mes propres automatismes : je suis entrée, je suis allée droit au but et je suis allée me placer là où j’étais. (…) Les larmes sont venues quand j’ai vu les familles se recueillir. C’était ça le plus dur en réalité.

 

Après elle, c’est donc Romain, son compagnon, qui s’approche. Il était également présent sur les lieux.


 

« J’aimerais vous partager ce moment de vie. J’ai besoin de partager devant la cour ce que j’ai été condamné à regarder. Je suis un fils, je suis un frère, un compagnon et je suis le père de deux enfants. Un de ces enfants avait quatre mois lors du 13 novembre. Nous l’avions laissé pour la première fois à sa grand-mère. Je suis un grand fan des Eagles Of Death Metal. (…) Le 13 novembre, pour la première fois de ma vie, j’ai été confronté de la manière la plus violente à ce que l’homme peut faire de pire (…). Nous étions dans la fosse quand trois terroristes sont entrés dans la salle, ont commencé à tirer.

La première chose qui me frappe, c’est l’odeur de la poudre. C’est une odeur vraiment particulière. (…) Je comprends pas du tout ce qui se passe. Je me jette sur ma femme. Les coups de feu pleuvent. Ça crie. Non pardon : ça hurle ! C’est pas la panique qui s’installe mais une forte résolution : ma femme ne peut pas mourir. Je veux la couvrir, la protéger, autant que je peux [son récit est très rythmé ; très dynamique]Les coups s’arrêtent ;  passent de la rafale au coup par coup. C’est une nouvelle étape dans l’horreur. Je comprends qu’ils visent le sol. Le temps semble s’écouler différemment. Les sensations sont différentes. Je suis très attentif aux vibrations du sol, aux sons, aux odeurs. Je dis à Claire de rester calme. (…) Je vois une marre de sang couler vers nous. (…) Je percute que ce sont des terroristes. Il y a des vagues de départ suivies de coup de feu. Certains arrivent à partir mais malheureusement, il y en a qui tombent.

Romain explique qu’ensuite, Claire et lui parviennent à s’enfuir. Il ajoute : 

« J’ai repris le travail très vite. J’ai croisé un homme dans la rue qui ressemblait à Omar Mostefai, celui qui nous avait tiré dessus. J’ai été pris d’une peur irrationnelle. J’ai donné ma démission d’un travail que j’aimais pour un autre dans lequel je ne m’épanouis pas. (…) J’ai perdu mon empathie. Je ne saurais pas dire pourquoi ni comment, mais dans cette salle, j’ai perdu une partie de mon humanité. Et surtout, comment je vais expliquer cela à mes enfants ? Est-ce que, après ça, eux aussi vont perdre leur foi dans l’Homme? ».

 

14H25 : alors que Romain repart de la barre, le président annonce une « première suspension d’audience ». Comme d’habitude, il précise qu’elle sera courte et qu’on reprendra à 45 [mais comme d’habitude, je sais également qu’elle sera toujours plus longue qu’annoncée!]. 15h05 : l’audience reprend. S’avance à la barre Shaili, une jeune femme de 24 ans. Elle a de très longs cheveux noirs et porte un collier en ruban noir, avec une tête de mort argentée au centre. Comme de nombreuses autres parties civiles venues témoigner avant elle, elle est également vêtue de noir. 


 

Au cours de sa prise de parole, Shaili fera remarquer au président qu’elle aimerait que les parties civiles soient autorisées à accéder à la bande audio du Bataclan, issue de l’enregistrement d’un dictaphone retrouvé sur place [les parties civiles n’ont pas été autorisées à écouter les deux heures d’enregistrement de cet audio. Le président, à la fin du témoignage de Shaili, lui fera remarquer que les audios sont intégralement retranscris en version écrite dans le dossier … Face à l’insistance de cette dernière, il indiquera qu’ils sont extrêmement difficiles à écouter ; raison pour laquelle le choix a été fait de ne pas permettre aux parties civiles d’y accéder].

« J’avais 18 ans. Je venais d’avoir mon bac avec mention (…). Je venais de commencer l’école de musique. J’avais un petit copain formidable. Ma première vraie histoire d’amour. J’avais enfin construit un cercle d’amis et une vie que je pensais solides et viables. J’étais une personne active, impliquée dans ce que j’entreprenais. Je faisais de la musique et j’avais pris l’habitude de faire un ou deux concerts par semaine.

Le 13 novembre, je suis venue vers 13 ou 14 heures. J’ai passé un long moment à discuter avec le chanteur des Eagles of Deat Metal, Jesse, du livre que j’étais en train de lire : ‘La Métamorphose’, de Kafka. Il faisait beau. C’était une belle journée (…). Même si j’étais venue seule, dans la salle j’ai pu retrouver des connaissances de concert. Les portes s’ouvrent. Je me mets au premier rang, au milieu de la scène. Nick, qui gérait le merch, me dit qu’il a pas de monnaie. Il me souhaite un bon concert. J’apprendrai plus tard qu’il n’a pas survécu à cette soirée [cf compte-rendu du 6 octobre. Helen, son amie, était venue témoigner].

C’était un concert plein de vie, d’amour, d’humour, de légèreté. (…) Le concert bat son plein. On s’amuse tous beaucoup. Des bruits que je pense être la batterie couvrent la mélodie. Tout le monde s’assoit donc je m’assois aussi. (…) Mon cerveau rationalise et pense à une mise en scène. Je regarde derrière nous. La salle est tout éclairée. Je vois tout le monde couché sauf un homme ; debout au milieu de la fosse qui semble avoir un bout de crâne manquant et qui saigne. (…) Je retourne encore la tête plus à gauche vers le merch ; je vois un homme, un air glacial, une arme à la main, qui nous tient nous la fosse en joug. Il ressemble à un robot inhumain.

Je suis collée face à la barrière. On est tous entassés, écrasés. Je pense aux attaques de Charlie. Un individu parle fortement mais je comprends pas ses propos. (…) J’essaie de pas me faire repérer, de pas faire de bruit, de pas pleurer, de pas respirer trop fort. Dès que quelqu’un essaie de s’enfuir, il se fait descendre. Derrière moi, il tire au coup par coup. On dirait un jeu d’enfant sadique. A chaque tir, je pense que la balle va finir son parcours pour se loger dans ma nuque. Je sais pertinemment que je vais mourir ici, maintenant. Qu’il n’y a pas d’autre chance et d’issue ».

Elle poursuit : 

« Pour moi, le 13, je suis morte. Je pense à mon amoureux de l’époque ; au fait qu’on s’était parlé un peu froidement juste avant [elle explique qu’il lui en voulait un peu parce qu’elle avait préféré aller au concert plutôt que de venir à l’anniversaire d’un de ses amis]. (…) Je me dis que ça fait un moment ; qu’ils ne vont plus avoir de munitions … mais ça ne s’arrête pas. Je reste en boule. Quelqu’un dit « ça recharge ». J’essaie de partir en même temps. (…) Je sais pas ensuite combien de temps je suis restée coincée là. Il y a un second mouvement de foule. Je saute par-dessus la barrière … je me fracasse la gueule derrière l’autre côté de la barrière … je plonge dans les escaliers qui descendent à gauche de la scène. Je sens sous moi les corps inertes. J’aperçois une porte de sortie. (…). Je cours. Je crois entendre tirer mais je cours quand même … je me dis ‘au moins j’aurais essayé avec mes petites jambes et mes poumons de fumeuse!’. Je rentre dans un bar qui s’appelle ‘Le centenaire’. (..) On m’emmène dans la cave sûrement parce que j’explose trop fort. Un monsieur pharmacien tente de me donner deux Valium pour me calmer. Après c’est flou. J’ai passé la nuit à me calmer puis exploser puis me recalmer puis réexploser. Le gentil ‘monsieur au Valium’ était avec moi. Il m’a donné un peu de whisky !

Je me suis retrouvée sur un pont à un moment avec des gens qui avaient aussi une couverture de survie. Ensuite on s’est retrouvés dans un bus (…) jusqu’à ce qu’on arrive au commissariat. J’ai fini au Quai des orfèvres. On nous a proposé à boire et à manger. J’ai trouvé ça très bizarre mais très gentil. Ensuite il a fallu trouver un moyen de rentrer chez soi. Mon père a fini par venir me chercher vers 8 heures du matin. Il m’a amenée chez Flo [son petit-ami à l’époque]. Je me suis écroulée … et puis aussi, j’ai pissé. Parce qu’il faut savoir que j’avais très envie avant le concert ! 

Après c’est flou. J’ai l’impression d’avoir hiberné plusieurs jours. (…) J’ai vu mes amis (…) mais j’ai fini par comprendre qu’ils étaient eux-mêmes des gamins de 18 ans qui ne savaient pas comment gérer ça. Du 13 au 14, je me suis retrouvée seule, isolée. Je passais mon temps à faire des cauchemars horribles. Je les écrivais. J’ai noirci des tonnes de feuilles de récits de mes cauchemars qui pourraient servir de scénarios aux pires films d’horreur. C’était ma thérapie à l’époque. (…) Généralement, quand tu fais un cauchemar, ton cerveau te réveille au moment où tu meurs pour te préserver … mais là il n’y avait plus de limite.  J’ai choisi l’alcool pour faire tampon. J’en étais à une ou deux bouteilles d’alcool par jour. Je ne mangeais plus. Très vite, il y a l’accoutumance et puis ça ne suffit plus. (…) Mon père voulait m’envoyer chez les AA [Alcooliques Anonymes]. (…) Après ça, y’a l’agoraphobie qui dure encore jusqu’à aujourd’hui. Je n’arrivais plus à répondre aux messages ou à être là physiquement ou mentalement (…). La majorité du temps j’étais dans un état second. Avec mon amoureux, on s’est éloignés. (…) Ça a été long, douloureux et aujourd’hui, c’est bien plus qu’une rupture ; ça symbolise le deuil de ma vie d’avant.

On nous dit d’être résilient, de vivre pour les morts, de profiter de la chance qu’on a d’être en vie. Excusez-moi mais pour moi, je ne suis pas en vie. Ma vie, ils l’ont tuée. Quand je suis sortie de cette salle, je suis sortie pour vivre la vie que j’avais, pas pour vivre plongée dans les limbes qui rythment ma vie depuis six ans. (…) Je faisais des crises de panique ou de paranoïa démesurées.

Elle décrit sa vie actuelle : 

« Jusqu’à aujourd’hui, j’ai toujours de l’hypervigilance (…) mais j’ai appris à garder ça pour moi ; à me canaliser seule, à rationaliser seule. Pour ce qui est du médical, j’ai vu une quantité monstre de psy mais j’ai pas été aidée. Depuis le début du covid, j’ai plus de psy. J’ai plus la force d’en trouver une. Hyper agressivité. Je suis essoufflée et en nage au bout de trois minutes de marche. Pendant cinq ans j’ai pris vingt kilos. Les fims et jeux vidéos violents me font vriller. (…) Alors qu’avant j’allais à un ou deux concerts par semaine, maintenant c’est à peine si j’y vais une ou deux fois par an. (…) Quand y’a des feux d’artifice, je suis aussi paniquée que mon chat. Je suis dépressive ; suicidaire mais je reste en vie. Pas pour moi … mais pour ma mère. Depuis six ans, je suis défoncée. J’ai une quantité monstrueuse de médocs à prendre par jour. Je suis pas en vie. Je respire. C’est tout. J’ai des sautes d’humeur. Je suis explosive, irritable, irrégulière. J’ai perdu toute confiance en moi car il n’y a plus de moi. Je n’ai pas les outils pour me reconstruire. J’arrive sur mes 25 ans en mars. Je n’ai que le bac en poche et je n’ai pas de perspective d’avenir. Aujourd’hui, je n’ai plus d’amis (…) et je n’arrive pas à être constante. Mon état fluctue tellement que je peux passer une matinée joyeuse et l’aprèm à vouloir me jeter du haut d’un immeuble. Je tourne en rond. J’angoisse. J’arrive parfois pas à manger à ma faim. J’ai aucun moyen de trouver un emploi ou des études que je pourrai honorer. A ce jour, les deux seules choses qui m’apportent un peu de réconfort c’est le petit chaton que j’ai adopté il y a six mois et mes groupes de musique.

Elle termine en expliquant ce qu’elle attend du procès : 

« Pour finir : je n’attends rien de ce procès ou pas directement. Au début j’ai voulu leur répondre que leur démarche est un non sens. Qu’on est en démocratie, qu’on n’a pas tous voté pour un même gouvernement et quand bien même … mais j’en ai aussi très vite compris que je n’ai aucune notion de géopolitique et que j’ai peut-être pas tous les éléments de compréhension pour comprendre une logique qui n’en a pas. (…) Je sais pertinemment qu’ils ne seront jamais désolés, qu’ils sont malades. Ces gens ne changeront pas. Leur logique est biaisée. Ces gens ne changeront pas. Quand on est dans le faux en étant persuadé d’être dans le juste, c’est irrécupérable. Pour eux à ce procès, c’est nous les fous. Ils doivent prendre leur pied en entendant les dégâts qu’ils ont faits. Quand la punition sera levée, ils recommenceront. Je le vis un peu comme une peine perdue.

 

Après Shaili, c’est au tour de Geoffroy de s’avancer pour être entendu.


 

« J’ai une pensée pour l’ensemble des familles qui ont eu à vivre cette sinistre soirée. Ce soir-là, nous étions trois : mon fils qui avait seize ans à l’époque et mon ami Greg. Je m’en veux énormément d’avoir amené mon fils ce soir-là. On a écouté la première partie au balcon, en buvant une bière. Et puis, on est descendus pour le concert principal des Eagles of Death Metal au fond de la fosse. Le concert se passe plutôt bien … et puis, comme beaucoup, on entend des bruits qui pour nous s’apparentent à des pétards. On comprend très vite que ce sont des tirs. J’attrape mon fils, je le couche au sol. On attend que ça se passe. Quelques minutes après, il y a un mouvement de foule car quelqu’un crie ‘sortez ! sortez !’. Mon fils arrive à prendre les devants et à sortir de la salle … mais je ne l’apprendrai qu’une fois que moi j’arriverai à sortir de la salle donc plus d’une heure après.

Lorsque les tirs reprennent, on est quasi devant la scène, proches de la sortie … mais on n’a pas eu la force d’arriver jusqu’à la sortie. On n’a pas pu sortir. On se rendra compte qu’on est couchés sur des personnes sans doute décédées. (…) Il va y avoir une explosion. Le Bataclan va trembler. Des morceaux de chair vont nous arriver dessus. Aux alentours de 23 heures, des policiers vont nous faire sortir. On va se relever. On va voir le carnage… mais on va sortir. On est orientés vers la rue Oberkampf. On a un échange avec un pompier qui nous demande si on a été blessés. Apparement on n’est pas blessés. Je lui dis que mon épaule droite me gratte … et en fait j’ai un trou dans l’épaule. C’est un petit trou. J’ai pris des éclats.

On est dirigés vers un hall d’immeuble et c’est là que je finis par savoir que mon fils est vivant. Pendant tout ce temps, quand nous on était encore à l’intérieur, il a erré dans le quartier, couvert de sang, avec une seule chaussure … il a demandé de l’aide à un policier qui l’a envoyé paitre ; qui lui a demandé de dégager ! Il a été pris en charge par sa mère qui est venue le chercher. J’ai été orienté avec mon ami Greg vers un autre hall d’immeuble. J’ai fini par être pris en charge par une ambulance où je suis amené à l’hôpital Saint-Antoine en compagnie d’une jeune femme blessée au dos qui hurlait de douleur. A l’hôpital Saint-Antoine, j’ai appris que j’avais une quinzaine d’éclats dans le bras. (…)

Il explique ensuite être rentré chez lui : 

J’ai eu mon père au téléphone et je lui ai demandé la permission de lui balancer les horreurs que j’aais vues car j’avais besoin de les balancer à qqn. J’en suis désolé pour lui.

 

Le lundi 16, je suis retourné à l’hôpital pour faire nettoyer ma blessure. Je m’y suis rendu avec mon fils. On a eu la possibilité de voir un psy. Pour moi ça s’est plutôt bien passé Pour mon fils beaucoup moins. Il est sorti de cet échange en me disant que le psy lui aurait dit qu’il n’avait pas besoin de suivi. Depuis, il ne veut pas voir de psy.

J’ai repris le boulot le mardi 17, notamment parce qu’il y avait un grand évnement qui se déroulait à Marseille et que la majorité de mes collègues s’y rendait. A partir de la semaine qui a suivi, je me suis rendue au siège de mon boulot, métro Sébastien Foissard. Les ambulances prennent en charge les blessés sur le bvd Beaumarchais.

 

J’ai beaucoup de problèmes de concentration depuis ; des difficultés à prendre la parole en public. Comme beaucoup, je suis hypervigilant ; je fais beaucoup de marche à pied pour éviter de prendre le métro.

 

Debut 2016, j’ai pris rdv avec l’AFVT. J’ai eu un suivi psy pendant une dizaine de mois, ce qui m’a fait beaucoup de bien. J’ai mis longtemps pour réqliser ce qu’il s’était vraiment passé et beaucoup de temps pour faire ressortir tout ça.

 

Je pense avoir repris une vie presque normale assez rapidement ; que ce soit les bars, restaurants, concerts, mais toujours avec cette hypervigilance.

 

J’ai beaucoup de changements d’humeur, par contre. Ça, c’est ma compagne qui le subit depuis ce 13 novembre. J’ai beaucoup de problèmes de sommeil. Consommation parfois excessive d’alcool et de tabac … mais j’ai eu la chance de devenir papa depuis, pour la 2ème fois … et ça : c’est la vie !

 

Je voudrais remercier mes fils, ma compagne, mon ami Greg, ma famille et mes amis pour tout le soutien … et surtout sur mes changements d’humeur. Je voudrais aussi remercier les forces d’intervention, la police, les pompiers ; mes collègues, l’AFVT et mon avocat.

 

Ce que j’attends du procès des réponses à des questions. Pourquoi ces endroits … pas d’autres ? J’attends un procès digne ; de la repentance des accusés ; des condamnations à la hauteur des fatis commis par les accusés, qui ont la chance d’être jugés en France.

 


Je tiens à remercier la police, les pompiers, la sécurité civile … même vous la justice, vous faites un boulot de fou !

 

Depuis les faits, j’ai beaucoup changé comme la majorité des gens. J’ai énormément de colère en moi, qui ressort de plus en plus, notamment avec l’ouverture du procès ; ces gens-là qui sont auprès de nous. J’ai cette hypervigilance qui est commune à tout le monde.

 

Je suis devenu méfiant et agressif vis-à-vis de ma famille et de ma compagne. Ils ont rien demandé. Tout comme moi ce soir-là j’avais rien demandé.

 

J’ai eu peur de mourir ce soir-là.

 

On a eu de la chance… moi de pas avoir été blessé physiquement.

 

J’ai été voir un psychologue deux fois… J’ai beaucoup bu en attendant ; j’ai essayé de faire du sport.(…) J’ai repris cette vie de vie, parce que je ne vulais pas que ce soit eux qui gagnent.

 

C’est pas possible de réparer ce qui s’est passé ce soir-là.

 

Ils ont la chance d’être jugés en France. (…) J’aimerais que ces gens-là ils souffrent comme ils ont pu faire souffrir moi et ceux qui ont été victimes. Comment des fichés S peuvent circuler librement ? Comment les armes peuvent circuler aussi facilement ? Comment les recrutements de terroristes peuvent se faire si facilement ?

 

Même s’il y a la présomption d’innocence … moi je veux leur montrer qu’on est là ; on n’est pas nombreux d’être encore là (il regarde le box) ; juste montrer qu’on est là et que c’est la vie qui gagne.

 

Je remercie encore à nouveau mes amis, ma compagne ma famille de me supporteer et même Geoffroy.

 

(PAS HYPER CONCENTRÉE)

 

 

 

 

 

 


JE SUIS CELUI que le terroriste tenait en joug sur la scène et j’ai été sauvé in extremis par ces deux hommes.

 

Lors des premiers coups de feu, j’étais situé sur la partie gauche de la svcène. J’ai vite compris qu’il s’agissait d’un attentat. (…)

 

Pendant les phases qui alternaient entre tirs et silence, je me déplaçais en direction de la scène en ayant pour but de me diriger vers une sortie de secours qui selon moi était située derrière la sècne. Lorsque les tirs ont cessé, j’entends les deux terroristes déclamer une phrase expliquant pourtquoi ils attaquaient. Ils mentionnaient françois Hollande.

 

Je décide de profiter de cette situation pour prendre la fuite … sauf que j’entends des buits de pas sur un escalier, en bois. Je vois alors le 3ème terroriste, Samy Amimour, qui croise mon regard et me fait signe qu’il ne me tuera pas ; ou du moins pas maintenant.

 

Il a une démarche assez nonchalante et sa manière de tenir l’arme m’a marqué. Il la tient par la crosse et il semble baalncer, un peu comme on tiendrait un jouet. On s’attendait à une posture un peu plus professionnelle dans la façon de faire.

 

Il me regarde et me dit « toi tu es avec nous. Lève toi !! ». Je reste sur place une petite seconde. Il commence à s’exciter un peu plus et me dit « lève toi ou je te tire une balle dans la tête ».

 

Donc je me lève et du coup il me demande de venir avec lui sur la scène. Je me retrouve sur le rebord de la scène, les bras en l’air …. Et c’est à ce moment là que je vois l’étendue des dégats. Sur scène, je me suis rendu compte de tout ce qui avait été commis. Je suis alors les mains en l’air, tenu en joug par le terroriste, sur le rebord de la scène côté cour. Il me demande d’aller rleever une vieille personne accroupe dans la fosse et m’a dit « aide ce fdp à se relever et on va regarder s’il est mort ». Ce moment là était assez confus. Lui-même semblait improviser la manière dont j’allais être utilisé.

 

Et puis, aussitôt, il y a eu le terroriste du balcon. Il m’a interpellé en disant « et toi qu’est-ce que tu fous là. Il était surprise de me voir sur scène. Samy Amimour a dit « il est avec nous ! il est avec nous ! ». Le terroriste du balcon disait « je vais te tirer une balle dans la tête ! couche toi !!! ». Je lève les bras et je dis « je suis avec vous ». C’était une façon d’apaiser un peu l’excitation du balcon. J’avais à côté de moi quelqu’un d’assez détendu et calme.

 

A ce moment-là, parmi d’autres choses, c’est là que je vois deux ombres au fond de la salle, que j’estime avoir été des ombres bienveillantes … et j’ai assez vite compris qu’il s’agissait de policiers, mais je saurai pas vous expliquer pourquoi.

 

J’ai vu un éclat de balle, de pistolet, qui sortait de ces deux ombrres … et j’ai tut de suit compris que les tirs étaient orientés vers le terroriste qui me tenait en joug. J’ai profite dé cette fenêtre pour sauter et sortir de la salle.

 

A ce moment j’entends une grosse explosion et je ressens le souffle sur mes jambes.

J’ai appris plus tard qu’il s’agissait du gilet qui avait exploé mais à ce moment je pensais que c’étaient les terroristes du balcon qui avait riposté en lançant une grenade.

 

(discours tres posé)

 

Sur l’après : ça a été une grande épreuve mais j’ai aussi eu la chance d’être contacté par le commissaire une semaine après, qui a cru que j’avais été emporté par le souffle. Nous nous sommes rencontrés. Sa rencontre a été fondamentale dans mon processus de reconstruction car j’ai eu à faire devant moi, quelqu’un qui a un entraînement pour affronter des situations délicates … et il se servait de cet entraînement pour mettre en distance l’affect, l’émotion et les actes. Ca m’a beaucoup aidé. Il a été un sauveur pour l’attentat mais également pour l’après.

 

Par ce témoignage, j’espère qu’il sera relevé ma plus haute considération pour les forces de l’ordre présentes ce jour-là.

 

Question assesseur : pourquoi vous a-t-il

PC : J’AI EU la sensation qu’ils voulaient faire durer le moment. Peut-être par cynisme. Peut-être qu’ils voulaient véritablement savoir s’il y avait vraiment des gens vivants ou morts. J’ai cru comprendre, dans le premier regard, qu’il ne me tuerait pas.

 

 


 

IL EST Difficile de savoir par où commencer.

 

(…) Je sais que je ne peux pas me permettre d’arrêter de marcher. (…) Tout arrêter ; rester chez moi, attendre que la vie passe.  Si je m’arrête.

 

Cette maaldie a un début très précis. Elle débute le 13 novembre 2015 lorsque mon père me donne ses billets pour aller au Bataclan. J’y vais avec Guillaume mon petit ami. (…)

 

La dernière fois que je prendrai le métro sans arrière pensée ; la dernière fois que j’apprécierai le bruit de la foule (…).

 

Le concert est super ; je suis galvanisée par le bruit des guitares et de la batterie.

 

C’est là que tout bascule. Les têtes se tournent. On entend des bruits que je ne reconnais pas. Je pense comme beaucoup de gens que ce sont des pétards ou qu’il y a un problème avec le son. Une salve de gens se mettent à sortir en courant et je comprends que quelque chose ne va pas.

 

Les coups de feu passent du mitraillage au coup par coup (…) Je suis entièrement exposée, allongée (…). Qqn allongé en face de moi me décrit en chuchotant ce qui est en train de se passer. (…) Personne ne bouge.Le moindre mouvement peut être dangereux et attirer les balles. Les tirs sont assourdissants.

 

(voix très douce et calme ; On dirait un petit ange)

 

A chaque impact, l’odeur du sang se fait plus forte … et se mélange à l’odeur de la poudre.

 

Chaque tir remet en jeu la possibilité que la prochaine sera pour moi. Tout mon corps se prépare mentalement à recevoir la prochaine balle. J’ai une étrange sensation de calme en moi et j’apprendrai plus tard qu’elle me provient d’un procédé de dissociation. (…). Je vois que je vais mourir en restant au sol. (…) Je suis allée aux toilettes plus tôt dans la soirée et j’ai vu où se trouvait la sortie de secours. La vision que j’ai en me relevant est un choc que je peux à peine décrire. Le sang macule tout. Les corps enchevêtrés sont partout. Je survole ce que je pense être des cadavres. (…) Je continue de courir. Mes pieds glissent dans le sang. Au moment où j’arrive à la sortie de secours………….

Sur les murs, il y a des traces de sang marquées par des mains.

 

J’arrive dehors, je continue de courir (…) J’appelle Guillaume. Il me répond et je le pense sauvé mais il me dit qu’il est encore à l’intérieur.

 

J’arrive au métro saint ambroise. (…) En un coup c’est de nouveau la panique.

Une dame nous invite chez elle pour prendre un verre d’eau. Elle ne semble pas réaliser ce qui est en train de se passer. On décide de tenter notre chance dans les autres appartements de l’immeuble. Personne n’ouvre … sauf un jeune couple qui nous accueille à bras ouverts.  (…)

 

Ma mère est venue me chercher en scooter à 5H30. J me suis couchée mais je n’ai pas pu dormir.Le lendemain, le gardien de l’immeuble a fait rouler les poubelles sur les pavés de la cour. ( ?????) C’était le premier matin du reste de ma vie.

 

L’après Bataclan c’est le moment où j’ai enlevé mes vêtements tâchés mais je n’ai pas pu les laver. C’est le moment où j’ai pensé pouvoir descendre ma rue toute seule et où je me suis effondrée. C’est tout ces moments où j’ai du rentrer chz moi le plus vite possibl parce qu’une porte avit claqué.

 

Cet attentat est arrivé alors que je commencait ma vie d’adulte. (…) J’ai dû réapprendre à tout faire. Marcher dans la rue, être seule, être avec des gens, à voir des amis et de la famille. Tout ça s’est transformé en une maladie sourde, lattente. (…) Je suis sans arrêt dans l’attente que cette épée de Damoclès tombe ?????

 

J’ai perdu toute forme d’insouciance en quelques minutes (…). J’ai aussi décidé de le voir comme une force les jours où je le peux. (…)

 


 

J’avais 27 ans. J’avais beaucoup de projets (…). J’étais au concert avec l’une de mes amies les plus proches. On est des amies d’enfance. Je lui avais offert sa place pour son anniveraire.

 

On est arrivées assez tôt. On était dans les premiers ; ce qui nous a permis de rencontrer le groupe avant le début du concert. (…) le concert commence ; la première partie géniale ! L’ambiance vraiment électrique ; on s’amuse énormément. (…) La dernière fois que je vois l’heure, il est 21H45 … à peine une minute après, j’entends des bruits au fond de la salle. Le groupe s’arrête (…) et là je me dis « c’est qui le connard qui vient avec des pétards dans un concert ???? ». Je me retourne et je vois le visage des membres du groupe changer ; je vois la peur qui les envahit.

 

Je me retourne et vois cette fois-ci des hommes armés.

 

J’identifie vraiment que ce sont des coups de feu. C’est très fourni. Je les vois armés. Je vois deux hommes armés de fusils avec de longs canons. Je distingue l’un des deux hommes un peu plus clairmeent et je constate qu’il est chauve. A ce moment là, je n’ai pas du tout cnscience de ce qu’il se passe. (…)  Je fais dos à la scène et d’un seul coup, les coups de feu se rapprochent de moi … ils sont maintenant extrêmement fournis au milieu de la fosse, on voit les armes qui font des va et vient.

 

Il y a des gens qui se tapissent au sol et moi, je cherche à faire pareil. Etant contre la barrière, je me retrouve compressée par l’amas de personnes (…). Mon amie me tient par le tshirt au niveau de l’épaule. Là il y a un mouvement de foule qui correspond à l’ouvertrue des portes de secours. (…)

 

Avec le mouvement général, elle se fait comme emporter et me lâche. A ce moment là, je ressens un violent accoup au niveau de mon épaule gauche et, quasi instantanément après, un accoup au niveau de mon front qui me repousse violemment au niveau de la barrière.

 

J’ai quelque chose sur moi qui me recouvre entièrement. C’est très lourd ; je ne sais pas ce que c’est. Je réunis toutes mes forces et je réussis à dégager ma tête ; puis mon buste. (…) Je réussis à dégager mes jambes et je me mets face contre sol pour essayer de ramper. C’est très compliqué car il y a encore des gens qui cherchent à s’enfuir. Je prends beaucup de coups dans le crâne ; j’ai beaucoup de difficulés à aancer. A ce moment là, je baisse les bras … pour moi c’en est fini … je suis persuadé que je vais rester là. Ma première pensée c’est  de me dire « donc c’est comme ça que je meurs. J’ai une multitude de choses qui me passent par la tête. (…) Je pense à mon appartement qui est sans dessus dessous etje me dis que la personne qui va avoir à le vider ne va pas s’amuser. Je pense à ma famille (…) Je pense à ma mère ; je l’ai perdue 10 ans auparavant ; d’un cancer. Je me dis qu’il faut que je me batte, quoi qu’il arrive et que je ne peux pas rester là, passive. Je réunis toutes mes forces … j’avance très doucement car les tirs sont passés au coup apr coup. Je ne sais pas où sont les assaillants et ce que j’entends me glace vraiment le sang. J’entends des pleurs ça tire. J’entends des cris ça tire ; les tirs s’arrrêtent. Des supplications ça tire ; les supplications s’arrêtent. Parfois après ces tirs, j’entends des ricanements.

 

(…) Je suis plus très loin de la sortie de secours mais je me retrouve de nouveau bloquée. (…) Je continue à ramper et je finis par sortir sur le côté de l’issue de secours passage Amelot.

 

Grâce à mon téléphone, que j’avais gardé sur moi, j’ai vu que j’étais sortie vers 21H56-57. J’étais dans un état de sidération totale. (…)

 

Elle explique ensuite s’être réfugiée dans l’appartement d’une jeune femme :

On étais 10 rescapés à entrer dans cet appartement. On s’est tous enfermés dans sa salle de bain, dans le noir ; à surveliler ce qui se passait dans son couloir.Au bout de 2heures, on a rallumé la lumière et on a commencé à chercher des informations sur ce qui se passait à l’’extéireur.

 

(j’ai un peu zappé les explications mais en gros elle explique qu’elle tombe sur des forcs de l’ordre en descendant et qu’elle repasse devant le Bataclan)))))))

 

J’ai vu pour la dernière fois l’intérieur du bataclan. Si l’enfer ressemble à quelque chose c’était à ça. Les couleurs. Les corps. Les odeurs qui s’entremêlent même ç pluseurs mètres de l’entrée … et puis cette lumière extrêmement vive. (…)

 

On est arrivés dans un bar réquisitionné et là, on nous a proposé soit de rentrer chez nous soit de partir à la mairie du XIe pour voir des médecins et psychologues. J’avais extrêmement mal à mes jambes et j’avais besoin de parler à quelqu’un.

 

Après, on m’a demandé ce que je voulais faire. Javais la possibilité d’avoir accès à un taxi pour rentrer…. Mais je n’habite pas Paris ; j’habite en Picardie. J’avais plus rien : plus de clef, plus de portefeuille … donc j’ai rejoint mon ami qui avait loué une chambre d’hôtel pour son passage. Il était environ 5H du matin. Le lendemain, j’ai essayé en vain de composer tous les numéros possibles et inimaginables (…) et je suis partie dans ma famille en Bourgogne pour passr une semaine.

 

Le 15 novembre, j’ai demandé à mon père de m’emmener aux urgences car j’étais toujours très douloureue. J’avais des hématomes partout sur le corps et j’étais griffée de partout. Je suis allée aux urgencs ; c’est mon père qui m’a accompagnée. Quand le médecin m’a demandé ce qui m’arrivait ; je lui ai dit « j’étais au Bataclan. Il ne m’a pas cru … il pensait que c’était mon frère qui me battait … et là je suis rentrée dns une rage folle et je ne me suis pas privée pour lui raconter ce qu’il s’était passé dans les détails les plus crus.

 

Le 20 novembre j’ai enfin pu récupérer mes affaires. J’étais soulagée d pouvoir récupérer tout … mais j’étais horrifiée de l’état de mon sac qui était totalement recouvert de paillettes de chair humaine.

 

Je vois toujours tous ces visages de ces personnes qui sr sont fait tuer ce soir-là. Je vois l’horreur, la douleur. Je vois les corps ressemblant à des poupées désarticulées ; je revois le visage d’un homme qui était en train d’agoniser, et je suis passée à côté en rampant. Je suis passé à côté je n’ai pas pu l’aider je voulais avant tout sauver ma peau. Je revois encore ce garçon qui s’est trouvé sur le chemin de ces balles et qui m’a protégée. Je pense particulièrement à lui et en particulier le 13 novembre et tous les jours depuis le début de ce procès.

 

((((((je décroche))))))))))

 

 

C’est un joli pied de nez à la barbarie mais le 13 nov 2015 m’a quand même volé mon insouciance et mon innocence. J’ai eu très honte de mon statut de victime ; je l’ai trainé comme un boulet pendant très longtemps. 6 ans après je suis toujours suivi psychologiquement, très régulièrement (…). J’ai tout le packaging de cauchemars, d’hypervigilance, de difficultés relationnelles. J’ai une liste très longue de troubles beaucoup trop persistante.

 

J’ai des problèmes pour faire des choses vraiment très banales. J’habite en picardie, je travaille à Paris … tous les jours c’est 2H30 de tansport … donc j’arrive très souvent en retard … mais j’ai un employeur qui est très sensible à ce que j’ai vécu donc ca passe.

 

Je me sens beaucoup en dcalage avec les gens qui n’ont pas subi ce genre de choses. Je n’ai jamais réussi à reprendre une vie totalement normale. Je continue à aller un petit peu dans les concerts, un petit peu dans les expos, un petit peu au cinéma.

 

Je continfue de voyager ; à la fois avec des amis … et seule.

 

J’avais beaucoup de projets à l’époque. Professionnellement, j’ai jamais trouvé l’impulsion pour les réaliser ; j’ai jamais trouvé l’impulsion pour revenir à paris. Même routine. Je m’en contente comme je peux. (…)

 

Depuis les mois qui ont suivi l’attentat, je me suis toujours sentie investie d’une tâche pour toutes cs personnes qui n’en sont pas sorties … c’est celle de vivre du mieux que je peux : avancer … jamais baisser les bras. C’est le meilleur hommage que je puisse leur rendre.

 


Je suis venue seule au concert ; comme souvent. (…) Je reconnais quelques têtes ; on se fait des signes qui signifient « on se voit après pour une vière ». Il est 21H45 … des pétards explosent dans la salle en pleine chanson. Dans le public, nous sommes tous surpris. (…)

 

D’un coup d’œil je fais le tour de la salle et là je vois le public du balcon courrir de l’arrière de la salle vers la sortie.

 

Tandis que je suis coincée dans la foule de la fosse, les musiciiens partent en courant.

 

Subitement, les lumières s’allument et le public s’accroupit. Je me mets en boule au plus serré et au plus près du sol.

 

J’imagine les balles se planter dans ma nuque. Ils vont forcément finir par me toucher à un moment (…) Certains font du bruit … mon voisin se plaint qu’on lui écrase la jambe en grimaçant de douleur. (…) Plus loin à droite, il y a un garçon vraisemblablement mort et maintenu par la foule les bras en croix.

 

Ks tirs continus et j’ai deux pensée. Je vzux atteindre mon sac pour appeler ma mère. (…)

 

QQn sur la droite crie « c’est le moment on y va ». Aujourd’hui encore je considère que cette personne m’a sauvé et je n’ai jamais pu savoir qui c’était. J’ai peur qu’une balle vienne se planter dans mon dos. (…)

 

((((je décroch)))))

 

Je fuis, je cours, j’atteins une porte. C’est la sortie : je suis sauvée … mais en fait derrière la porte il y a des personnes stationnées qui n’avancent pas. Il n’y a pas d’issue. Nous sommes coincées. (…) Il y a un vigile qui nous dit de ne pas aller sur le toit que c’est glissant et sans issue (…) Je téléphone à ma mère à voix très basse pour lui dire que je l’aime et vais mourir ici. Au total, je les ai 54 minutes au téléphone. Aujourd’hui je regrette énormément de les avoir appelés car je leur ai fait vivre ce qu’on appelle la peur de perdre un enfant. (…) Tout le monde s’en fiche un peu. ((((aucune reconnaissance de partie civile ni du préjudice d’angoisse))))

 

J’envoie un message texte aux personnes que j’aime le plus pour leur dire que je vais mourir. Je peine à écrire mes doigts sont durs et les mots ne viennent pas. Les seuls mots qui me viennent sont otages et tirs. J’essaie de me changer les idées en pensant àce que j’aurais pu faire différemment mais au final je n’aurais rien changé. (…)

 

(…… JE DÉCROCHE TOTAL :  elle explique ensuite le sauvetage)

 

Je traverse la scène les mains en ‘air la tête baissée en enjambant les corps. Je jette un coup d’œil à la fosse. Nous sortons pasr l’entrée, les portes vitrées sont complètement explosées. Je sos enfin. Nous allons vers la rue Oberkampf pour être à l’abri.

 

Elle explique que sa mère lui avait dit que comme il y avait déjà eu un attentat dans la famille ; statistiquement ça ne pouvait pas se reporduire. (son oncle est mort dans l’attentat saint-michel).

 

(….) elle évoque elle aussi le fonds de garantie qui se comprote comme un assureur.

 


Elle commence :

Le vendredi 13 novembre, j’allais au concert avec mon meilleur ami Sébastien. Je travaillais depuis deux ans et demi à la RATP, sur un poste de nuit. J’étais super contente que mon responsable m’accorde ma soirée. Nous sommes arrivés tôt pour être bien placés. (…) Nous nous installons au Balcon. Les détonations éclatent. Elles proviennent du fonds de la fosse. Je vois alors des flash éclatant, similaires à des flammes. Les lumières se rallument et je vois des gens se faire abattre. Les tirs sont incessants. (…) Nous nous précipitons à quatre pattes vers l’issue de secours. C’est alors que nous arrivons sur un inter-couloir. (…)

 

Elle explique qu’ils se sont cachés sur une porte et que l’un des terroristes a essayé de

 

L’un de mes compagnons d’infortune ayant à faire au fonds de garantie s’est entnedu dire qu’on était à l’abri derrière cette porte.

 

L’un des assaillants gueule ; il nous menace et nous ordonne de lui ouvrir. Plusieurs personnes cherchent à joindre la police … moi j’appelle ma mère pour lui dire que je l’aime. (…) Elle trouuve mon appel bizarre, pense que je suix à une fête et que j’ai trop bu. Elle me conseille de m’assoir au calme et de boire de l’eau.

 

Quelques minutes plus tard, je lui ferai mes vrais adieux par texto après qu’elle m’ait envoyé « rassure moi. Tu n’est pas au Bataclan ».

 

Les lumières de cette loge sont éteintes mais nous nous distinguons grâceà  l’éclairage public qui passe à travers la fenêtre. (…) Les cris cessent. Je m’excuse pour les personnes qui sont endeuillées. A mon fort intérieur à ce moment là j’ai accepté la mort. Le numéro de portable communiqué au force de police c’est un leur destiné à gagner suffisamment de temps pour leur permettre de plastiquer les colonnes du Bataclan. Voilà, j’ai 29 ans et j’ai facilement renoncé à la vie. J’espère mourir immédiatement. Je ferai mes adieux à mon petit frère de 17 ans qui à son tour s’inquiète de savoir où je suis. (…) Dans la loge, nous asphyxions ; le manque d’air se fait sentir t nous suffoquons. Seb perd patience et dire qu’il ne supporte plus de ne plus pouvoir respirer. (…) Seb cri par la fenêtre au policier que nous sommes les otages. Nous entendons clairement un otage hurler qu’ils ont des ceintures explosives. Les tirs reprennent. Peu avant 00H20, une explosion fait trembler les murs de notre loge. L’assaut a lieu ; Un homme frappe à la porte et nous ordonne d’ouvrir, se présentant comme étant de la police. Nous n’ouvrons pas. (…) Matthieu me touche le bras et là je réalise qu’à cet instant, j’ai perdu le contrôle … une nouvelle fois ,l’ordre nous est donné d’ouvrir la porte. Cette fois, c’est un autre homme. (…) Un homme et une femme de la BRI procède aux palpations.

 

Un à un , nous sommes extraits de la pièce. Nous passons par-dessus le terroriste, celui-là même qui se faisait passer pour la police. (…) Le silence est infernal ; il n’y a plus rien de viant ; plus rien que le silence et la mort. Je patauge dans environ 3 cms de sang.

 

Les hommes de la BRI qui m’accompagnent voient que je fais du sur place (…). Dans la fosse, les corps sont partout. (…)

 

Voilà pour ce qui st de ma soirée. Je vais passer à l’après.

 

Il va de soi qu’une telle experience marginalise vis-à-vis de la société. Il fallu faire le deuil de ce que c’était avant (…). Je tenais parrticulièrement à mon indépendance financière. J’étais agent e

Bien qu’ayant repris le travail mi mars 2016 et malgré la promesse d’Elisabeth Borne de pouvoir compter sur un reclasseememnt, j’ai vécu un (…..°. Désormais, je fais partie de la team des inaptes. (…) En plein boring out, on ne me demande pas de travailler ; je viens seulement pointer !

 

 

Le stress

Tachycardie et crise de panique pendant 3 ans

Anxiété et perte de confiance menant à une dépression

Variation de poids d l’humeur ; colère

 

Auparavant, j’étais une fille joyeuse. J’avais de l’humour ; c’était l’un de mes traits de personnalité. Il ne reste plus grand-chose de celle que j’étais avant l’attentat. (…)

 

((très sarcastique))))

 

Dans ma vie d’après, je me suis rapprochée de l’essentiel. (…) Je m’y suis fait une bande de filles. Elles sont toujours présentes. J’ai également rencontré mon compagnon : ça ne s’invente pas ; une fête de rescapés … et je suis profondément convaincue que la vie est bele.

 

Et enfin, je m’astreins chaque jour à être une bonne mécréante. (elle se tourne vers le box)

Président : il reste encore un peu d’humour même s’il est encore un peu grinçant (rire dans la salle).

PC :

 


17H40 : audience suspendue. Liste d’attente.

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