Jour 65

Attention : la lecture des éléments de retranscription du procès des attentats du 13 novembre 2015 s’adresse à un public averti. Certains des propos rapportés sont susceptibles, par leur contenu ou leur nature, de heurter la sensibilité des lecteurs, et notamment des plus jeunes.

 

MARDI 11 JANVIER 2022

 

9H : l’audience doit reprendre à 12H30 avec les interrogatoires des accusés. Ces derniers auraint dû commencer mardi dernier mais l’audience a été plusieurs fois reportée en raison de la contamination de Salah Abdeslam au Covid-19. Au terme de la dernière expertise, ce dernier serait désormais « apte à comparaître » de sorte que, sauf hypothèse d’un nouvel incident, le cours normal de l’audience devrait pouvoir reprendre.

Cette première journée d’interrogatoire sera consacrée à Mohamed Abrini.

 

Ce dernier est souvent présenté comme « l’homme au chapeau », car c’est de cette manière qu’il était apparu sur les images de vidéosurveillance de l’aéroport de Zaventem (Belgique), où deux kamikazes avaient fait exploser leurs bombes le 22 mars 2016. 

Photo diffusée par la police belge montrant trois suspects des attentats de Bruxelles à l’aéroport de Zaventem, le 22 mars 2016. AFP PHOTO / BELGIAN FEDERAL POLICE

 

12H50 : j’arrive dans la salle pile à l’heure car je suis allée tourner une vidéo devant les marches du Palais et j’ai rencontré une ancienne étudiante <3 ! La sonnerie vient de retentir. La Cour entre. Dans le box, Osama Krayem est toujours absent. Dans une lettre lue par son avocate la semaine dernière, il avait expliqué avoir pris la décision de ne plus s’exprimer jusqu’à la fin des débats. Le président suspend, le temps que l’huissier aille signifier à Osama Krayem, sa sommation de comparaître.

 

13H13 : la sonnerie retentit de nouveau.

Le président : « l’audience est reprise vous pouvez vous asseoir. Bien, Monsieur Krayem refuse à nouveau de comparaître. Aujourd’hui il ne sera pas interrogé donc je passe outre l’absence de l’accusé Osama Krayem. On va reprendre les débats (…) Il y a de nouvelles constitutions de parties civiles et un interprète » [il fait prêter serment à l’interprète puis, des avocats viennent apporter de nouvelles constitutions de parties civiles ; en l’occurence des victimes du Bataclan. Maître Reinhart, avocat de parties civiles indique par ailleurs que l’une des parties civiles qu’il assistait est décédée d’un cancer en décembre].

 

Après cela, l’avocat général Nicolas Braconnay prend la parole à propos de fiches incidents établies par des gendarmes sur le comportement de certains accusés dans le box. Il souhaite verser ces fiches au débat, ce à quoi s’opposent les avocats de plusieurs accusés [a priori il y a quatre fiches qui concernent certains accusés, notamment pour des insultes qu’ils auraient proféré dans le box. Les gendarmes ont établi des fiches incidents pour ça et les ont communiquées au Parquet. Les avocats de la défense s’insurgent contre cela, considérant que les propos entendus et reportés par les gendarmes sont couverts par le secret professionnel. A noter que pour le public la discussion de départ est assez floue car personne ne dit clairement quels ont été les propos tenus par les accusés concernés].

Maître Violleau, avocate de Mohamed Abrini : « c’est une fiche incident qui commence comme ça ‘à l’entrée de la seconde procureur, Abrini, qui discutait avec son avocat’ et elle se termine comme ça ‘l’avocate de Monsieur Abrini lui demande de se taire’.  (…) Il ne fait aucun doute que nous tenons une conversation. Donc vous avez un accusé qui tient une conversation avec son avocat, c’est une conversation couverte par le secret professionnel. Messieurs de l’escorte qui décident d’écouter puis de retranscrire ce qui s’est passé s’octroient un droit qui ne leur est pas dévolu. (…) Vous voyez, c’est comme un OPJ [officier de police judiciaire] procède à des écoutes, des interceptions téléphoniques. Lorsqu’il y a une conversation avec l’avocat on arrête d’écouter et si on écoute, on ne retranscrit pas. Messieurs de l’escorte n’ont pas à écouter des conversations entre un accusé et son avocat. Je vais vous demander d’écarter cette pièce car le secret professionnel c’est quelque chose de très important. (…) ».

Maître Violleau poursuit en expliquant que si le président n’écarte pas la pièce, elle fera venir le bâtonnier. Le président tempère : 

Le président : « on va voir ce qu’il en est. On ne va pas commencer par un incident ! Ce qui est retranscrit ce sont des propos qui auraient été tenus par Monsieur Abrini à l’encontre d’une personne à l’intérieur de la salle. Imaginons qu’il y ait des menaces qui soient perçues par l’un des gardiens à l’encontre d’une des personnes (…) est-ce que ce serait couvert par le secret professionnel ?! ».

Maître Violleau : « (…) ça ne regarde personne ».

 

Maître Eskenazi, deuxième avocat de Mohamed Abrini poursuit :

« D’abord je vous souhaite mes meilleurs vœux surtout ceux de bienveillance vis-à-vis des accusés et de leurs conseils. (…) Pour revenir à des choses un peu plus sérieuses, par rapport à ce que vous avez dit, je pense que là on sort du cadre du secret professionnel. J’ai lu qu’en France, même les présidents insultent à l’heure d’aujourd’hui [il fait par là référence aux propos récents d’Emmanuel Macron qui a dit vouloir « emmerder » les français non vaccinés]. Si je parle et que je dis à mon client « il m’emmerde ce président ! » ; si je dis cela, ça regarde moi et mon client ! Ce que la loi prévoit c’est de permettre cette liberté de parole et peu importe ce qu’il s’y dit. (…)

Le président : « on va réfléchir à tout ça mais ce que je voudrais c’est que les gens qui sont dans le box fassent attention à ce qu’ils disent … Faites également à ce que vous faites notamment en cellule ; hein Monsieur Amri ! Bon on va passer outre et puis voilà quoi (…) Je verse pas pour l’instant ».

 

Maître Kempf, avocat de Yassine Atar se lève à son tour. Son client aurait dit à un gendarme « depuis le début tu me casses les couiles ! Tu es vraiment un casse-couilles ! ».

Maître Kempf s’inquiète : 

« Je partage les inquiétudes de ma consoeur Violleau car ce n’est pas la première fois que des policiers retranscrivent des conversations entre un accusé et son avocat. (…) Je n’ai pas compris pourquoi le Parquet souhaitait verser ces pièces. (…) Nous savons que les policiers peuvent mentir ! C’est constaté dans un grand nombre de situations dans notre pays et jugé par des juridictions [dans la salle, la remarque fait réagir ! Il y a comme un petit bruit de fond!]. (…) Est-ce que quand un policier dit que mon client a dit ça, on doit le croire ?! Cette méthode de constater des choses qui sont invérifiables (…) je trouve que ce comportement est à l’image de tout ce dossier ; notamment vis-à-vis de mon client Yassine Atar. Je demande que cela soit versé en procédure et qu’on en discute ».

 

Maître Méchin, avocat de Ali El Haddad Asufi, se lève à son tour.

Le président : « ensuite, nous avons Maître Méchin, mais vous n’êtes pas concerné ».

Maître Méchin : « je ne suis pas concerné directement mais c’est une question de principe qui se pose. Depuis quatre mois que le procès a commencé, chaque avocat discute avec son client dans le box. A chaque fois, les gendarmes qui sont placés derrière se rapprochent et écoutent. Ils écoutent ce que nous disons. C’est en soi problématique … (…) Moi je n’apprécie pas tellement que les gendarmes écoutent ce que j’ai à dire. Et je ne comprends pas comment le Parquet peut demander le versement de telles pièces au débat. Messieurs les gendarmes de l’escorte, vous n’avez pas à écouter ce que je dis à mon client ! ».

Président : « ce qui est retranscrit dans ces fiches incidents ce sont des choses qui se passent verbalement entre certains des accusés et certains des gardiens. (…) Le but c’est que tout le monde se comporte bien dans le box. C’est tout. Des insultes des accusés vis-à-vis des gendarmes, ça n’a pas lieu d’être ».

Maître Violleau : « on n’est pas là pour faire des caprices mais on est là pour rappeler que nos principes sont importants. (…) Le sujet c’est la conversation entre un accusé et son avocat ».

Maître Nogueras, avocat de Mohammed Amri : « je suis un petit peu circonspect. Je crois qu’uriner dans sa cellule n’est pas un problème disciplinaire [il faut donc comprendre que l’un des incidents rapporté se rapporte au fait que Mohammed Amri ait uriné dans sa cellule]. Il n’a jamais fait ça une seule fois avant ça [mais il l’aurait fait car il ne pouvait plus se retenir et l’escorte aurait mis plus de 30 minutes à venir le chercher pour l’amener aux toilettes]. Aujourd’hui, parce qu’il le fait on lui dit « faites attention ». Quand quelqu’un a une pause technique à faire vous l’autorisez immédiatement monsieur le président ! ».

Président : « je ne l’ai même pas dit parce que je considérais que c’était quelque chose d’intime ! »

L’avocat général : « il y a une mauvaise foi ou une mauvaise compréhension de l’objet de ce rapport.(…) Les gendarmes n’ont pas écoutés mais ont entendus les propos et les ont retranscrits. (…) Ensuite, ces pièces peuvent avoir un intérêt notamment pour connaître la personnalité de certains accusés ».

 

Un avocat de parties civiles prend lui aussi la parole au soutien de ses confrères de la défense : 

« Première observation : quelle importance et quelle valeur accorder à la parole des gendarmes ? Vous le savez, ici, leurs déclarations ne valent qu’à titre de simple renseignement et ne valent pas plus que les déclarations d’un accusé ou d’un avocat. Au-delà de la problématique de la retranscription de propos entre un avocat et son client se pose la question de savoir dans quelle mesure un enquêteur est autorisé à écouter la conversation entre un avocat et son client. (…) Sauf à ce que vous démontriez qu’un gendarme a été spécialement mandaté, ce sont les seules conditions dans lesquelles une conversation pourrait être écoutée, avant même que l’opportunité de sa retranscription et de son versement ne soit débattue de manière contradictoire ».

 

C’est ensuite au tour de Maître Ronen, avocate de Salah Abdeslam, de prendre la parole :

« (…) Je prends la parole très brièvement pour dire à la Cour mon inquiétude. On a vu qu’on avait des propos non fondés, non sourcés qu’on attribuait à Salah Abdeslam. Aujourd’hui, c’est le principe de la confidentialité des échanges entre un avocat et son client. Si on enlève le principe du contradictoire et le principe de confidentialité, il ne va plus rester grand-chose à la fin de ce procès! ». (…)

Le président conclut :

« On lui prête beaucoup de choses au PNAT ! (…) Il n’y a aucun élément et il est évident qu’ils n’ont jamais retranscrit quoi que ce soit de la conversation entre un avocat et son client. Le secret professionnel est protégé de façon absolue. On va peut-être s’arrêter là ! Je mets ça de côté ; c’est pas le plus important ce qui est important c’est que tout se passe bien dans le box. On va peut-être avancer ! ».

Maître Kempf se lève.

Le président (ironisant) : « ah … donc on avance pas ! ».

Maître Kempf l’interroge alors sur des questions de planning et notamment sur le témoignage de juges belges. L’avocate de Farid Kharkhach se lève à son tour et indique au président qu’elle ne comprend pas pourquoi dans le nouveau planning, une seule journée est consacrée à Farid Kharkhach alors qu’il y en avait deux sur le précédent planning.

 

Le président lit ensuite les conclusions sur le rapport d’expertise concernant l’état de santé de Salah Abdeslam :

« (…) L’état clinique et pulmonaire ne contre-indique en rien sa présence aux audiences. Il est parfaitement apte à comparaître dès la reprise des séances. (…) La levée de l’isolement était possible dès le 3 janvier 2022. (…) Le 11 janvier 2022, jour prévu de la reprise des audiences, (…) l’isolement de Salah Abdeslam n’est en aucun cas recommandé. (…) Le respect des mesures barrières s’impose à M. Abdeslam mais indépendamment de l’infection dont il a été victime ».

Le président poursuit la longue et technique lecture du rapport … : 

« L’infection culmine à partir du troisième jour… (…) le test antigénique n’est positif que pour les charges virales élevées (…) en ce qui concerne le PCR il est décrit comme beaucoup plus sensible … il peut rester positif au-delà du quatorzième jour. La période de contagiosité est beaucoup plus réduite que celle de positivité (…) La positivité de la PCR n’est pas corrélée à la contagiosité (…) ».

Il termine : 

« Bon bref je ne vais pas m’étaler sur ces données vraiment très technique! (…) ».

 

Le président demande maintenant à Mohamed Abrini de se lever. L’interrogatoire va commencer.


1- LES QUESTIONS DU PRÉSIDENT

Président : « on va commencer par vous (…) ».

Mohamed Abrini : « le gendarme il peut rester assis non ?! [dans le box, un gendarme se tient debout derrière lui] »

Le président : « y’a des consignes de sécurité, faut les accepter ».

Le président : « (…). On va s’intéresser à votre rapport à la religion. On verra dans d’autres phases le voyage en Syrie, le voyage en Angleterre. Il y aura des questions posées par la Cour et les parties. Les trois témoins prévus ne viendront pas. Nawal [son ex-compagne] a fait savoir qu’elle ne voulait pas comparaître que ce soit en personne ou en visio. Elle l’a dit clairement. En ce qui concerne votre mère, c’est pareil. Elle avait réfléchi et finalement elle a renoncé à venir. Et le troisième c’est Monsieur Soufiane Al Aroub, il n’a jamais voulu recevoir sa convocation alors que là aussi j’avais adressé une demande d’enquête européenne. Ces trois-là ont décliné notre convocation. Pour qu’on puisse avancer, je vais demander aux parties s’il y a des observations sur le fait qu’on soit contraints de passer outre l’absence de ces trois témoins … sachant que nos pouvoirs sont limités s’agissant de trois personnes se trouvant en Belgique ». (…)

Maître Maktouf : « elle [son ex-compagne] a dit qu’elle ne voulait pas entendre parler de cette affaire. Votre cour n’a pas les moyens de l’obliger ? »

Le président : « non ! non ! Voilà ce qu’elle a dit ‘je ne souhaite pas témoigner ; je ne me sens pas capable de témoigner ; cela me déprime … c’est une période difficile de ma vie sur laquelle j’ai tiré un trait (…) Je ne veux pas voir les accusés. Je maintiens que je ne veux rien avoir à faire avec cette affaire… je veux qu’on me laisse tranquille !’. Voilà ! … c’est on ne peut plus clair ».

Président : « donc il n’y a pas d’opposition à ce qu’il soit passé outre (…) donc je passe outre l’absence de ces trois témoins (…) J’avais prévu cette hypothèse et il sera donné lecture d’une partie des dépositions de ces trois personnes ».

 

L’interrogatoire débute. Le président l’interroge d’abord sur son entourage amical, ses proches ainsi que ses RELATIONS avec d’autres mis en cause dans le procès : 

Le président : « on va aborder votre vision de la religion, ce qui a été qualifié de radicalisation par les enquêteurs, les juges d’instruction. Je reviens un peu sur les gens que vous avez pu fréquenter puisque parmi ces gens, certains d’entre eux ont pu être impliqués directement dans les attentats. Je vais commencer par un ordre chronologique par rapport à certaines des personnes parties en Syrie. On parle de Monsieur Chakib Akrou parti en Syrie en janvier 2013. Que pouvez-vous nous dire sur ce garçon ? Les conversations que vous avez pu avoir avec lui ? (…) On vous écoute ».

Mohamed Abrini : « tout ce que je peux vous dire c’est que c’était un habitant de mon quartier. Il habitait à cinq minutes de mon domicile mais je ne le connais pas. Je ne peux rien vous dire sur lui. Je ne l’ai pas connu avant son départ et donc euh … euh… ».

Le président : « vous l’avez vu le 12 novembre mais avant vous ne l’aviez pas revu ?! ».

Mohamed Abrini : « non. (…) Entre janvier 2013 et janvier 2015 j’ai fait seize mois de prison. C’est quelqu’un de mon quartier mais je ne le connais pas ».

Le président : « après y’a monsieur Laachraoui (…). Vous avez eu des contacts avant qu’il parte en février 2013 ? ».

Mohamed Abrini : « non ».

Le président : « la prochaine fois que vous le voyez c’est quand ? »

Mohamed Abrini : « à Raqqa ».

Le président : « et Monsieur Abdelhamid Abaaoud ? »

Mohamed Abrini : « on se connait depuis à peu près vingt ans et donc je connais sa famille. On se connait depuis de nombreuses années ».

Le président : « vous aviez échangé avec lui sur la question de la Syrie avant qu’il parte ? »

Mohamed Abrini : « non j’étais en prison quand il est parti en Egypte puis en Syrie ».

Le président : « si on continue avec les belges, il y a Brahim Abdeslam (…) ».

Mohamed Abrini : « c’est un proche, c’est un voisin. Je le connais aussi depuis pas mal d’années ».

Le président : « sur la Syrie, vous aviez discuté avec lui ? »

Mohamed Abrini : « non. Encore une fois, j’étais en prison quand Brahim Abdeslam est parti en Syrie».

Le président : « il vous a pas annoncé son départ ? »

Mohamed Abrini : « non ».

Le président : « et monsieur Dahmani ? »

Mohamed Abrini : « c’est un ami de longue date donc voilà ! Egalement j’étais en prison… ».

Le président : « rappelez-nous vos dates d’incarcération ».

Mohamed Abrini : « je saurais pas vous les donner comme ça je suis allé tellement de fois en prison ! ».

Le président rappelle les dates : « fin 2014 vous êtes dehors. Vous êtes en liberté avant même le départ de Brahim, de Dahmani ».

Mohamed Abrini : « mais je re-rentre encore ».

Le président : « à quelle date ? … (…) ah oui décembre 2014 ! ».

Le président : « et monsieur Hadfi ? »

Mohamed Abrini : « je connais pas. Je l’ai vu quelques jours avant les attentats mais sinon ce n’est pas quelqu’un de Molenbeek. Je le connais pas ». (…)

Le président : « y’a eu Youssef Bazarouj. Il est parti en juillet 2014. Est-ce que vous aviez discuté avant son départ ? »

Mohamed Abrini : « non ».

Le président : « et puis votre frère ? [Souleymane Abrini, le frère de Mohamed Abrini est mort en Syrie en 2014 à l’âge de vingt ans]  »

Mohamed Abrini : « vous savez quand les gens partent ils disent pas ‘je m’en vais !’. Ce sont des choses qui se font discrètement : même leurs frères, leurs proches ne sont pas au courant (…) Moi-même quand je suis parti je l’ai dit presque à personne ! Voilà ».

Le président : « votre frère part le 7 janvier 2014. Il va apparaître dans plusieurs vidéos ».

Mohamed Abrini : « je l’ai jamais vu dans les vidéos ».

Le président : « c’est ce qui ressort du dossier. On le voit dans un groupe de francophone il apparaît avec Abaaoud, Yoni Mayne et Tyler Vilus [en septembre 2021, Tyler Vilus a été condamné (en appel), à la réclusion criminelle à perpétuité pour des crimes commis en Syrie] ».

Mohamed Abrini : « vous parlez des vidéos qu’on a pu voir ici ? ».

Le président : « non celles qui apparaissent sur internet. (…) On le voit : il y a des photos qui ont été découvertes où on le voit poser avec Abdelamid Abaaoud ».

Mohamed Abrini : « des photos j’en ai vu plein mais j’ai jamais vu de vidéos ».

Le président : « et Monsieur Abdelaah Chouaah ? ».

Mohamed Abrini : « c’est un ami. On se connait depuis quelques années. Depuis que je le connais, il était marié, il a des enfants, il travaille. C’est quelqu’un qui voyage, il a une vie tout à fait normale, rangée … contrairement à d’autres voyous que je connais, c’était la personne la plus clean que je connaisse. C’est quelqu’un qui a travaillé toute sa vie ».

Le président : « Mohamed Amri ? »

Mohamed Abrini : « ses parents habitaient pas loin de mon restaurant ; c’est quelqu’un du quartier mais je marche pas avec lui, je traine pas avec lui ».

Le président : « on verra qu’il était assez proche de Salah Abdeslam qui est aussi un de vos amis du quartier ».

Mohamed Abrini : « après le quartier c’est petit. Je le connais de vue mais pas personnellement ».

Le président : « et Salah Abdeslam c’est un ami de vingt ans ?! »

Mohamed Abrini : « c’est mon voisin. On est voisins. Sa maison est carrément collée à ma maison. On se connait depuis plus de vingt ans. C’est quelqu’un qui a travaillé aussi beaucoup, qui est franchement apprécié au quartier et toujours respectueux avec les gens et voilà ».

Le président : « Hamza Attou ? »

Mohamed Abrini : « pareil que Amri ».

Le président : « Ali Oulkadi ? »

Mohamed Abrini : « Je le connais pas ».

 

Après cela, le président aborde l’aspect RADICALISATION :

Le président : « alors on va aborder le vif du sujet : la radicalisation. Vous considérez que vous êtes radicalisé ? »

Mohamed Abrini : « moi mon approche c’est que je pense pas que … pour vous c’est radical … je sais pas comment dire ça … euh … moi pour moi je suis pas radical après pour d’autres c’est radical. Par exemple, je sais pas comment vous dire… y’a des endroits dans le monde où on pratique l’Islam… et vous vous allez trouver que c’est radical ou qu’y a des choses bizarres. Je sais pas comment l’expliquer mais pour moi c’est l’Islam normal ».

Le président : « par rapport à la charia par exemple ? »

Mohamed Abrini : « la charia c’est la loi divine. Elle est appliquée en Arabie Saoudite, dans plein d’autres pays dans le monde… et voilà ! »

Le président : « et votre point de vue ? »

Mohamed Abrini : « mon point de vue sur la charia ?! Pour moi c’est la loi divine et elle est au-dessus de la loi des hommes. Si j’étais un homme libre aujourd’hui j’irais vivre dans un pays où on applique la charia ».

Le président : « vous pensez qu’il faut étendre l’influence de la charia partout où c’est possible ? »

Mohamed Abrini : « il y a plein de pays dans le monde où la charia est appliquée. On critique beaucoup la charia mais il y a un tas de pays dans le monde qui … qui … je sais pas comment dire ça … mais qui ont des relations avec des pays où on applique la charia ».

Le président : « non mais je parle de l’expansion ; ce que voulait l’Etat islamique c’était étendre la charia dans tous les pays où cela était possible … par le djihad ».

Mohamed Abrini : « le djihad fait partie de l’islam et pour moi l’Etat islamique en 2011/2012 tout le monde voyait ça comme quelque chose de nouveau mais si on regarde ça à travers l’histoire, il y a toujours eu l’Etat islamique. Ca aurait été bien que des historiens viennent un peu en parler ! Il y en a eu un en 2003 qui a été détruit par la coalition … y’en au au XVIIIe, XVIe, XVe siècles et on peut redescendre jusqu’au premier Etat islamique instauré par le Prophète. Y’a des gens qui veulent vivre selon la loi de Dieu donc moi je peux comprendre que des gens partent pour vivre dans des endroits comme ça ».

Le président : « ça c’est ce qu’on appelle la hijra je crois ? Mais la question c’est qu’est-ce que vous pensez de ce que souhaitaient les dirigeants de l’Etat islamique à savoir faire de l’expansionnisme et conquérir des territoires pour les soumettre à la charia ? »

Mohamed Abrini : « c’était certes une guerre de conquête ; l’Etat islamique entre 2013 et 2015 ils avaient un territoire grand comme la Grande-Bretagne ou le Portugal ; après voilà ça se passe au Moyen-Orient … moi je suis pas un cadre de l’Etat islamique ».

Le président : « mais justement ! Qu’est-ce que vous en pensez ?! »

Mohamed Abrini : « écoutez… dans la religion il y a plein de hadits, des récits … je sais pas comment l’expliquer. Y’a un hadit qui dit ne mourrez pas avant de prêter allégeance à un kalifat’… et donc voilà moi je …je dis que c’est … ça aurait pu être quelque chose de bien. Y’avait beaucoup de choses qui étaient bien avec l’Etat islamique. Y’avait de bonnes choses et de mauvaises choses. Mon petit frère a été tué là-bas mais je suis fier de lui car il s’est sacrifié pour aller sauver des innocents qui étaient massacrés par un régime corrompu (…) ».

Le président : « votre frère a participé à des combats mais il a aussi appartenu à la katibat Al-Battar qui s’en est pris à des personnes qui ne faisaient pas partie des groupes de Bachar-al-Assad. (…) »

Mohamed Abrini (silence).

 

Le président l’interroge ensuite sur l’impact qu’a eu la MORT DE SON PETIT FRÈRE sur sa radicalisation : 

Le président : « ce qui ressort de témoignages c’est qu’apparemment vous aviez changé d’attitude à partir de la mort de votre frère. Est-ce que c’est exact ? ».

Mohamed Abrini : « c’est exact Monsieur le président. (…) J’étais pas pratiquant mais euh … euh… ».

Le président : « est-ce que vous êtes devenu rigoureux ; puisque vous ne voulez pas dire radicalisé ? ».

Mohamed Abrini : « moi j’étais pratiquant. Je pratiquais ma religion ».

Le président : « votre ex-compagne Nawal a dit qu’avant, vous n’étiez pas assidu. Vous buviez de l’alcool, vous ne parliez pas de voile … mais après la mort de votre frère ça change radicalement ».

Mohamed Abrini : « il a été la cause de … comment dirais-je ? »

Le président : « ma radicalisation ? »

Mohamed Abrini : « nan nan … il a été la cause de mon repentir. J’étais à l’opposé de tout ça ; j’étais bien loin de tout ça. Mais après on se pose des questions sur le but de l’existence on se demande qu’est-ce qu’on fout sur ce caillou perdu ?! ».

 

Pour illustrer le rapport à la religion de Mohamed Abrini, le président poursuit la lecture de SMS échangés entre lui et sa compagne de l’époque, Nawal. Il est interrompu par Mohamed Abrini : 

Mohamed Abrini : « moi je comprends pas … ce qui s’est passé entre moi et cette fille avec qui je devais marier ça c’est ma vie privée. Moi-même je souhaitais pas qu’elle vienne ! ».

Le président : « je cite pas de moments intimes mais je cite ça parce que ca illustre comment vous percevez la religion (…)

Le président commence la lecture d’un SMS envoyé par Mohamed Abrini à Nawal : « je vais me battre pour défendre la cause du tout puissant. J’ai des sœurs qui se font violer, des petits frères qui se font massacrer. Je m’enfuis vers le tout puissant. (…) Je me fous pas mal de tes sentiments. J’ai été honnête avec toi. (…) ».

Mohamed Abrini : « c’est une conversation entre un homme et une femme qui … qui … j’ai pas envie d’en parler monsieur le président ».

Le président : « mais vous avez une divergence sur la pratique de la religion ».

Mohamed Abrini : « y’a rien de nouveau. C’est un verset du Coran. Moi, ce qui me gêne, c’est que ce sont des messages écrits entre moi et la fille avec laquelle je devais me marier. J’ai pas envie de parler d’elle ».

 

Après cela, le président revient sur le fait que Mohamed Abrini consultait régulièrement des VIDÉOS d’exaction.

Le président : « Abdellah Chouaa a dit que vous aimiez bien regarder des vidéos de djihad armé sur son ordinateur. Ca vous intéressait ? ».

Mohamed Abrini : « à l’époque, chaque jour il y avait une nouvelle vidéo qui sortait. Comme les jeunes aujourd’hui ils suivent des séries sur Netflix  …chaque jour ils veulent savoir ce qui s’est passé. Là c’est pareil. Moi j’allais regarder des vidéos chez lui. D’ailleurs, chez lui, c’était un peu comme une maison de quartier. L’ordinateur était tout le temps occupé. A l’époque, aucune loi interdisait de regarder ce genre de contenu. Aujourd’hui encore je crois qu’il n’y a aucune loi qui l’interdit ».

Il poursuit : 

Mohamed Abrini : « le djihad fait partie de l’islam. Moi je veux bien que les gens ont accepté une partie du Coran et rejeté le reste… moi je le prends en entier. Dans le Coran il est écrit que ‘le combat vous a été prescrit ; vous pouvez vous défendre’ ».

Le président : « oui ! Vous défendre ! (…) Là, l’Etat islamique n’est pas en défense mais en conquête. Non ? »

Mohamed Abrini : « bien sûr qu’on est en défense monsieur le président ».

Le président : « et ça va jusqu’où ? »

Mohamed Abrini : « moi je dis juste que c’est un devoir de protéger les opprimés. On est tous frères et sœurs en religion et c’est un devoir pour tout musulman d’aller faire le djihad. Quand bien même ça s’est transformé en guerre de conquête ; des guerre de conquête y’en a eu plein dasn l’histoire… ».

Le président : « est-ce que vous confirmez, comme a pu dire Rafik El Hassani que ça vous est arrivé de visionner, notamment avec Brahim Abdeslam, des vidéos de l’Etat islamique dans le bar Les Béguines ».

Mohamed Abrini : « bien sûr ».

Le président : « c’était quoi ces vidéos ? Des vidéos d’exécution ? D’exaction ? »

Mohamed Abrini : « (…) y’a des tas de vidéos : sur les constructions des écoles, constructions des ponts, des commerces. Il n’y a pas eu que des vidéos d’exécution ou d’exaction. C’est un fantasme. Il faut le déconstruire de votre imaginaire ».

Le président : « c’est pas de l’imaginaire ! C’est fait sur des témoignages. La vidéo d’Abaaoud sur un pick-up c’est pas un fantasme [le président fait par là référence à une vidéo précédemment projetée sur laquelle on voit Abdelhamid Abaaoud au volant d’un pick-up, en train de rire alors qu’il tracte des cadavres] ».

Mohamed Abrini : « oui mais .. ; il y a un tas de vidéos sur tout et n’importe quoi ».

Le président : « vous avez eu des conversations avec Abaaoud lorsqu’il était sur zone ? ».

Mohamed Abrini : « non. La seule conversation que j’ai eu c’était à Raqqa ».

Le président : « Soufiane Al Aroub a parlé de conversations que vous aviez au Time Out dans lesquelles il était question de crimes islamiques. C’était quoi ?? »

Mohamed Abrini : « j’en sais rien. Le café Time Out c’est un bar tout à fait normal ; moi je m’y rendais pas souvent. Et Al Aroub Soufiane je ne le connais pas moi je connais son grand frère Mohamed ».

 

Le président l’interroge ensuite sur des ébauches de TESTAMENT rédigées par Mohamed Abrini sous la kunya Abou Yaya, dans un ordinateur retrouvé en Belgique après l’attentat de l’aéroport de Zaventem [Bruxelles].

Le président : « Il indique que ce message est pour sa mère, puis pour son frère et ses frères et sœurs. Il demande pardon à sa mère pour avoir caché ses démarches et justifie ses actions au nom de l’Islam, Allah et la présence de la coalition. Il avoue être fier d’avoir prêté allégeance ».

Mohamed Abrini : « on parle des testaments là ? »

Le président : « oui ».

Mohamed Abrini : « comme je l’ai expliqué, quelques jours avant les attentats, on nous a demandé de faire un testament. J’avais demandé à mon avocat de montrer le testament de El Bakraoui Khalid pour démontrer que … que … (…) Moi j’ai recopié, j’ai singé… j’ai demandé à Maître Eskenazi de vous remettre la pièce, le testament de … de … ».

Maître Eskenazi se lève : « j’ai un petit souci car on parle d’un testament rédigé en février donc plus de quatre mois après les attentats de Paris. (…) Ce testament s’inscrit dans une période infractionnelle non visée dans ce dossier puisque ce testament vise les attentats de Bruxelles ».

Le président : « oui mais ça rejoint son approche de la religion. Il a été interrogé là-dessus par le juge d’instruction et les enquêteurs ». (…)

Le président reprend la lecture du testament et l’interroge : « une personne qui se fait exploser pour éliminer les koufars, c’est un héros? ».

Mohamed Abrini : « si vous prenez les testaments de Lachraaoui ou d’El Bakraoui, vous allez voir qu’il y a des similitudes. Il y avait des PC, les cahiers, ça devait se faire en un jour. C’était mis sur clef USB et ça devait partir. C’est du copié collé ! C’est tout ce que j’ai à dire [en gros il explique que c’est pas lui qui a écrit son testament mais qu’il a fait un copié collé de ce qu’ont écrit les autres]. C’est une pièce du dossier de Bruxelles ».

Le président : « ça fait aussi partie de notre dossier ».

Mohamed Abrini : « dans ce cas-là, il fallait faire un seul procès pour les deux attentats ! ».

Le président : « on vous consultera la prochaine fois ! ».

Mohamed Abrini : « c’est la même cellule qui a fait les … les … donc voilà ! ».

 

Le président reprend : 

Le président : « (…) la question c’est : est-ce que en écrivant cela, vous le pensiez vraiment ?! Est-ce qu’il faut se faire exploser pour tuer un maximum de koufars ? Est-ce que c’est un héros celui qui se fait exploser ? ».

Mohamed Abrini : « je viens de vous répondre. Je ne vais pas vous faire la même réponse donc je vais en rester là ».

Le président : « c’est-à-dire » ?

Mohamed Abrini : « je vais faire la même réponse ».

Le président : « est-ce que vous êtes pour ce genre de démarches ? »

Mohamed Abrini : « moi écoutez, ceux qui se sont fait exploser … c’est … c’est une réponse aux bombardements. A défaut d’avoir un soldat à tuer sur place, on fait des attentats. C’est attentat contre bombardements. C’est tout ce que je pense ».

Maître Violleau, son avocate, se lève pour que le président ne coupe pas la parole à son client lorsqu’il répond.

Le président : « j’ai cru qu’il avait terminé Maître ! »

Mohamed Abrini : « moi ça, je l’ai toujours dit … je ne suis pas capable de le faire … me faire exploser pour aller tuer des gens, ça je ne le fais pas. Après, ceux qui ont décidé de faire ça c’est comme je vous l’ai dit, des gens qui ont combattu… ils ont vu des avions dans le ciel. Et donc voilà, les attentats c’est une réponse à une violence ! Voilà, c’est tout ce que j’ai à dire ».

Le président : « les bombardements en Syrie commencent en septembre 2015 ».

Mohamed Abrini : « avant les bombardements, il y avait des frappes de drônes. (…) Je prends juste un exemple : y’a pas longtemps, l’armée française a bombardé au Mali des gens qui célébraient un mariage. Ca a fait polémique y’a quelques temps. C’est juste ça ! ».

Le président : « et ça justifie de s’en prendre à des gens qui sont dans des terrasses ou à un concert ? »

Mohamed Abrini : « les choses dégueulasses ne viennent pas que d’un seul camp ! C’est la guerre c’est comme ça. Y’a des choses horribles qui ont été commises de part et d’autre ».

Le président : « ça justifierait le fait qu’on s’en prenne à des gens qui n’ont rien à voir avec l’armée ; qui sont pas forcément d’accord avec les gouvernants ?! »

Mohamed Abrini : « c’est pas une question de justifier ou pas justifier… La guerre c’est comme ça monsieur le président ! On a l’impression d’entendre des enfants ‘c’est vous qui a commencé ! c’est vous qui a commencé !’. Moi je vous le dis : bien avant que les bombardements commencent il y a eu des frappes de drônes. La France, avec la coalition, il y a des cibles à avoir … et parfois les cibles on les a pas mais on tue des innocents. Donc voilà … ».

Le président : « mais ces personnes qui sont sur les terrasses elles sont pas en guerre ! ».

Mohamed Abrini : « non elles sont pas en guerre ».

 

Le président poursuit ses questions sur le testament : 

Le président : « excusez-moi mais je reviens sur votre testament parce qu’on essaie de comprendre. Vous dites que les personnes qui ont perdu la vie le 13 novembre 2015 l’ont perdu bien avant cette date ».

Mohamed Abrini : « ouai (…). Chacun peut penser comme il veut mais moi je pense que partir en Syrie pour aller défendre des innocents et revenir pour tuer des innocents … à un moment donné dans le cerveau ça cale. J’ai pas vécu la guerre ; j’ai pas vu autant de choses dégueulasses que Abaaoud par exemple, Lachraaoui. Donc ils ont vécu des choses difficiles, ils ont vécu la peur donc voilà … ».

Le président : « mais ils ont participé à des choses dégueulasses aussi. Des décapitations ».

Mohamed Abrini : « ouai mais les décapitations ça se faisait aussi en France … vous avez coupé la tête de vos propres rois ! »

Le président : « ouai enfin … c’était pas la même période ! »

Mohamed Abrini : « la guerre c’est la guerre ! (…) Un mort c’est un mort (…) Moi je les comprends. Je comprends qu’on puisse venir tuer des gens parce que eux parfois ils se sentaient menacés et bombardés, tracés par des drônes ».

Le président : « mais pourquoi ils s’en prenaient aussi aux syriens ? aux civils ? »

Mohamed Abrini : « vous me parlez de choses que j’ignore totalement ! J’en sais rien moi ! Je saurais pas vous répondre ».

Le président : « ça fait partie des vidéos dont on a parlé et ce qui a été dit par les enquêteurs de la DGSI qui ont fait des investigations sur place (…) et ont rapporté des exactions commises sur des civils ».

Mohamed Abrini : « vous avez lu ça dans des médias mais bon … »

Le président : « non ça a été dit à l’audience ! ».

 

Après cela, le président donne lecture de plusieurs AUDITIONS DE NAWAL, l’ex-fiancée de Mohamed Abrini. Il invite ce dernier à s’asseoir le temps de la lecture. Le président lit lui-même les extraits d’une première audition : 

« Le 17 juin 2015, je suis revenue de vacances [elle était en Turquie] (…). Mohamed m’avait parlé du fait qu’il avait également l’intention de partir en vacances avec des amis mais il n’a jamais parlé d’une destination ou d’un délai de son départ. J’ai vu Mohamed le 17. On s’est disputés. Rien de spécial. Après, je n’ai plus eu de contact avec Mohamed. (…) Suite à son absence, je me suis renseignée auprès de ses amis dans le quartier. Plus de nouvelles de sa part. J’espère qu’il est toujours en vacances (…).

Avant, Mohamed parlait souvent de se marier mais après il n’en parlait plus. (…) La semaine avant mon départ en vacances, Mohamed m’a proposé de chercher une maison ou un appartement. Il n’a jamais parlé d’un départ vers la Syrie. Je ne le considère pas comme un radical. Il respecte sa religion mais il est loin d’être fanatique. (…) Je n’ai eu aucune intention de partir en Syrie. Je ne comprends pas les gens qui partent là-bas. (…) Dans le passé, j’ai constaté que Mohamed était fort influençable. (…)

Une assesseure relaie ensuite le président et poursuit avec la lecture d’extraits d’une deuxième audition : 

« (…) Je voulais me rendre beaucoup plus tôt à la police mais je ne savais pas à qui m’adresser. En date du 13 novembre, j’étais avec Mohamed Abrini. Nous sommes restés ensemble jusque 20H30.(…) Je ne connais pas son numéro mais vous le trouverez dans mon GSM. Vous le trouverez sûrement au nom de Mohamed. Je l’ai déjà mis avec un petit dessin représentant des excréments car j’étais énervée. (…)  Il faut dire que nous n’étions pas souvent ensemble. Nous nous voyons une fois par semaine. Je passe souvent chez ses parents. Ses sœurs sont également mes copines. Au mois de juin, il est parti en Turquie. Lors de son retour nous nous sommes disputés (…). Je ne lui connais pas d’autres voyages cette année. Nous sommes déjà allés en Turquie ensemble. Nous sommes tout le temps restés à l’hôtel. (…)

Je ne sais pas où il est. Il ne m’a pas recontactée depuis son départ. Moi-même je voudrais qu’il se rende car j’ai peur qu’il lui arrive quelque chose. (…) J’ai un compte Facebook. Je ne l’utilise pas beaucoup. (…) A ma connaissance, Mohamed n’a pas Facebook. (…) Il est pas très réseaux sociaux ; pas très technologie. En dix ans, je l’ai vu deux fois avec un smartphone. (…)

Mohamed n’était pas assidu à la religion. Il faisait ses prières mais pas tous les jours. Il n’était pas extrêmiste dans sa pratique. Je pouvais sortir seule avec des copines. Il ne me demandait pas de porter le voile. Mohamed buvait parfois de l’alcool. (…) Par rapport à son frère au début il était fâché contre son frère de son départ vers la Syrie. (…) Après, je pense que ses copains lui ont monté la tête et il était content de son départ. (…) Pour moi, c’est quelqu’un qui a fait tourner la tête à Mohamed et tous ses copains ; qui les a radicalisés … je ne connais pas cette personne, je ne sais pas de qui il s’agit ».

Enfin, le président finit en lisant les extraits d’une troisième audition, dans laquelle Nawal tient des propos contradictoires des premiers :

« Je le connais depuis 17 ans. Ca a toujours été des hauts et des bas. Parfois, il ne m’appelait pas pendant plusieurs jours mais c’était normal dans notre relation. Je ne m’inquiétais pas. (…) Il y avait des périodes où il se mettait totalement en retrait. (…)

Question : vous êtes-vous déjà disputés par rapport à votre religion ? Plusieurs fois oui ! En fait il y a eu des périodes où il était plus rigoureux dans sa religion. Il était lunatique. (…) Quand je suis rentrée de vacances en juin 2015, il ne me parlait plus. Il me faisait passer des messages par sa mère comme « dis-lui qu’il faut qu’on se range ».

Question : ‘comment a-t-il réagi au départ de son frère en Syrie ?’ Je ne me rappelle pas. (…)

Question : ‘à sa sortie de prison que faisait-il de ses journées ?’ Quand il est sorti, il est venu chez mon père pour dire qu’il voulait se ranger. Pour moi, il travaillait dans le snack. (…) Il m’appelait tous les trois jours et me disait qu’il était au snack. Son changement radical a eu lieu à sa sortie de prison en avril 2015. (…)

Question : ‘en date du 30 août vous avez tenté d’appeler le numéro de Salah Abdeslam pourquoi ?!’ C’est une blague ?!!! C’est possible que ce soit Mohamed qui ait tenté de le joindre. (…)

Question : ‘pourquoi changeait-il régulièrement de numéros ?’ C’est un voleur donc je pense que c’était pour ne pas être repéré par la police (…).

Remarque : ‘nous constatons que certains messages sont en contradiction avec les propos tenus devant les enquêteurs ?’ Vous disiez ‘je ne connais pas la position de Mohamed sur le problème syrien. Maintenez-vous ces propos ?’ Non. Je pense que c’était sous le coup du stress. On en a parlé quand son frère est mort. (…) A sa sorite de prison en 2015 il était bizarre, (…) il me disait que j’étais une mécréante. Il était très changeant. (…) En mars 2014, il m’a appelée au travail, on s’est pris la tête sur ça. Toute la famille Abrini s’intéressait à ce conflit. Par exemple, sa mère mettait des vidéos trash sur son profil Facebook. (…) Il faut être lâche pour faire ça ; je n’ai jamais pensé à le dénoncer parce que je ne pensais pas qu’il pouvait commettre des actes aussi graves. Il m’avait dit qu’il voulait se ranger et faire sa vie correctement. (…) Il est lunatique, c’est sa personnalité ».

 

Le président invite alors Mohamed Abrini à se relever. Il l’interroge sur les propos de son ex-compagne : 

Le président : « elle dit ‘pour moi il est lunatique’ … Je voudrais avoir vos commentaires. Est-ce que vous êtes d’accord ? ».

Mohamed Abrini : « je ne sais pas quoi vous répondre. Franchement, je ne sais même pas de quoi elle parle ».

Le président : « lunatique vous comprenez le mot ? »

Mohamed Abrini : « minatique ? »

Le président : « lunatique ! Vous comprenez ? »

Mohamed Abrini : « douter ? »

Le président : « non … pas douter … mais que vous changez d’avis ! ».

Mohamed Abrini : « je ne sais pas quoi vous répondre monsieur le président. Je ne suis pas minatique … euh lunatique ! (…) il y a beaucoup de personnes avec qui j’ai grandi qui ont été tuées là-bas. Moi je sors de prison… bien sûr j’étais pas lunatique ! Partir … j’allais partir ! (…) Je voulais partir parce que bien entendu j’ai vu sur photo euh … euh … le corps de mon petit frère, par terre avec un trou dans la tête. (…) ».

Le président : « j’ai pas d’autres questions. On va continuer avec les questions de la Cour puis on fera une suspension juste après. (…) »

 

Apparemment, un avocat de la défense demande que la suspension soit faite maintenant. L’un des accusés semble avoir besoin d’aller aux toilettes.

Le président : « ça urge ?! … Bon une courte suspension … pour éviter que euh … [le président fait référence implicite à ce qui a été dit précédemment par rapport à l’accusé qui avait fait pipi dans sa cellule]. … Ah c’est bon ?! [finalement la personne peut attendre] Ok on poursuit alors ».

 


15H40 : la Cour va poser des questions.

 

2- LES QUESTIONS DE LA COUR

Une première assesseure débute :

Assesseure : « quand vous apprenez la nouvelle du départ de votre frère … quelle est votre réaction ? »

Mohamed Abrini : « on était venu me voir au parloir donc ma réaction était tout à fait normale ».

Assesseure : « quand vous dites ça, ça veut dire que vous compreniez ? »

Mohamed Abrini : « comment voulez-vous que je fasse des recherches … je suis en prison ! En prison on n’a pas internet ! Moi on me dit qu’il est parti en Syrie, je ne sais même pas ce qu’il se passe en Syrie ! ».

Assesseure : « vous avez compris qu’il était parti pour quoi du coup si vous n’étiez au courant de rien ? » 

Mohamed Abrini : « on m’a dit qu’il était partie en Syrie pour aller aider des gens donc j’ai dit « ouai c’est bien ! (…) Pour moi il est pas parti en Syrie pour prendre les armes et combattre ».

Assesseure : « OK donc ça c’est janvier 2014. C’est en août 2014 que vous comprenez qu’il est parti combattre ? »

Mohamed Abrini : « je l’ai su deux mois avant son décès ».

Assesseure : « vous l’avez su comment ? »

Mohamed Abrini : « par les parloirs ».

Assesseurer : « qui est parti du quartier que vous connaissiez, en même temps que votre frère ? »

Mohamed Abrini : « tout ceux qu’on a cité et qui sont dans le dossier. Tous ceux qu’on a montré à l’écran avec des points bleus ! Voilà » [il fait référence aux plans qui avaient été projetés par les différents enquêteurs venus témoigner].

Assesseure : « donc vous sortez de prison sans savoir ce qu’il se passe en Syrie ? »

Mohamed Abrini : « si ! Je sais qu’il y a un conflit ; qu’il y a des massacres, que le régime corrompu syrien en place est en train de massacrer la population syrienne. C’est tout ce que je sais ».

Assesseure : « le 11 septembre vous sortez de détention. Vous êtes dans quel état d’esprit par rapport à la Syrie ? à la religion ? ».

Mohamed Abrini : « bah écoutez, en sortant de prison, c’est-à-dire … on se renseigne et puis voilà ! ».

Assesseure : « je vous pose cette question car ont été retranscrits des SMS du 11 septembre 2014 [jour de sa sortie de prison] entre votre sœur et votre compagne dans lequel elle dit ‘voilà il est sorti de prison (…) on a parlé mariage. Il parle beaucoup de djihad LOL’. Comment faut-il le comprendre alors que vous dites que vous ne savez rien … que vous n’aviez pas internet ? ».

Mohamed Abrini : « beaucoup d’amis à moi sont partis faire le djihad en Syrie. Je comprends pas pourquoi vous dites ça ».

Assesseure :  » ‘à partir de maintenant tu ne sors plus de chez toi sans être voilée’ [message envoyé par Mohamed Abrini à Nawal, sa compagne à l’époque]. Comment vous expliquez que vous venez de sortir de prison et vous avez certaines exigences à son égard de nature religieuse ? ».

Mohamed Abrini : « bah je suis passé de quelqu’un qui ne pratiquait pas du tout sa religion à quelqu’un qui veut pratiquer sa religion pleinement ».

Assesseure : « ok et ensuite le 15 novembre 2014, vous envoyez un SMS… ‘je vais me battre pour défendre la cause du tout puissant. (…) Je m’enfuis vers le tout puissant. (…) Je m’en fous pas mal de tes sentiments (…) J’ai été honnête avec toi (…)’ … Est-ce que ces propos peuvent signifier que vous avez la volonté de combattre ? »

Mohamed Abrini : « c’est les propos de quelqu’un qui était dans l’ignorance et la mécréance à quelqu’un qui s’est repenti et veut vivre sa religion pleinement (…) L’Islam tel qu’il a été enseigné par le Prophète n’est pas compatible avec la démocratie. C’est ce que je pense. Pour vous c’est un Islam radical. Pour vous, un homme, qu’il puisse avoir trois femmes c’est chelou. Un homme qui prend les armes … voilà … c’est la culture de l’Islam. Pour vous occidentaux, vous arrivez à faire des polémiques même pour le halal (…) ».

Assesseure : « on parle pas de halal on parle de partir pour le djihad ».

Mohamed Abrini : « comme je l’ai expliqué c’est pour vivre sa religion pleinement. Si je vous ai interrompu madame c’est juste parce que c’est des SMS entre moi et Nawal. Les SMS entre moi et mon ex-compagne c’était du ressort de la vie privée ».

Assesseure : « certes c’est votre vie privée mais ça intéresse la cour d’assises sur votre rapport à la religion (…) Sur le testament retrouvé qui vous est attribué et adressé à votre mère, vous avez indiqué que vous l’auriez écrit mais plutôt copié-collé. C’est ça ? ».

Mohamed Abrini : « c’est bien ça ».

Assesseure : « les messages de messieurs El Bakraoui et Lachraaoui sont postérieurs ! Comment vous expliquez que ce message soit écrit début février 2016… et quand vous dites c’est un copié-collé … on voit qu’il y a des choses assez personnelles qui sont indiquées notamment vous faites référence au décès de votre frère en martyr ».

Mohamed Abrini : « on peut faire un copié collé sur le haut d’une page et dire ce qu’on pense sur le bas d’une page ».

Assesseure : « quel est l’intérêt de faire un copié collé si c’est ensuite pour personnaliser … si vous n’en pensez pas un mot ? »

Mohamed Abrini : « c’était un message pour la famille donc il fallait bien que j’écrive quelque chose ».

Assesseure : « sur la teneur de ce courrier, il y a plusieurs éléments puisque dans un premier temps, vous dites que vous vous êtes rendu en Syrie, vous vous excusez auprès de votre mère de ne pas lui avoir dit la vérité mais vous justifierez ça comme une obligation. (…) »

Mohamed Abrini : « tout à l’heure, j’ai expliqué que c’est la cause de mon repentir ».

Assesseure : [elle lit le testament] « quand Allah et son prohète ont décidé d’une chose tu t’exécutes sans réfléchir… donc quand mon petit frère est tombé martyr je n’ai eu que le désir de le rejoindre ». Cette explication est réelle ou c’est un copié-collé de qui ?! .

Mohamed Abrini [très clairement agacé]: « je ne sais pas quoi vous répondre madame. Depuis tout à l’heure j’essaie de vous répondre mais je ne vous comprends pas (…) Vous ne connaissez rien de la religion et de l’Islam en l’occurrence ; ça vous paraît bizarre mais y’a rien de bizarre ». (…).

 

La seconde assesseure prend ensuite la parole.

Assesseure : « votre sœur Hinde et votre frère étaient assez radicalisés. Est-ce qu’ils ont exercé une influence sur vous ? »

Mohamed Abrini : « non (…) Ma sœur, mes sœurs, depuis près de vingt ans, elles ont toujours pratiqué la religion. Elles portent le voile ; elles ont eu des cours à l’université islamique. Après, s’ils s’échangent des vidéos avec mes frères et sœurs c’est normal dans une famille ».

Assesseure : « pourquoi vous étiez exclu de ces conversations ? [les vidéos que les frères et soeurs se partageaient entre eux n’étaient pas communiquées à Mohamed Abrini] ».

Mohamed Abrini : « je sais pas si vous avez entendu ce que j’ai dit tout à l’heure… »

Assesseure : « j’entends tout ce qui se dit monsieur !!! »

Mohamed Abrini : « bah je suis pas très technologie, téléphone »…

Assesseure : « .. c’est pas ce qui ressort du dossier. (…) Et sur votre frère Ibrahim, est-ce qu’il aurait pu exercer une influence sur vous ? »

Mohamed Abrini : « non ! Ben non ! (…) Ca nous est déjà arrivé de parler religion mais… (…) mon petit frère a dix ou quinze ans de moins ».

Assesseure : « ça n’empêche pas qu’on puisse discuter ! »

Mohamed Abrini : « on peut discuter mais … ben non ! ».

Assesseure : « très bien j’ai plus de questions ».

 

Une dernière magistrate de la Cour l’interroge : 

La magistrate : « on a l’impression que le fait de [Mohamed Abrini la coupe]… est-ce que c’est possible dans cette situation de remettre en question … de critiquer certaines règles de cet état totalitaire ? »

Mohamed Abrini : « historiquement parlant, dans toutes les guerres de conquête, une fois que les hommes étaient vaincus, les femmes étaient mises au marché. On appellait ça une politique de la natalité. Napoléon l’a fait ! Quand c’est des histoires comme ça ça vous fascine mais dès que c’est les musulmans ».

Le président le coupe : « c’est pas la même époque! ».

Le président : « la question c’est est-ce que vous acceptez tout ou est-ce que vous écartez certains éléments comme la lapidation, le fait de couper la main du voleur etc… ? ».

Mohamed Abrini : « si le prince Saoudien se ramène ici à Paris vous n’allez pas lui dire c’est dégueulasse la lapidation ! (…) Moi j’accepte tout au même titre que vous vous acceptez toute l’histoire de France avec ses phases sombres et ses phases lumineuses. (…) Tout ce qui concerne la loi divine moi je remets rien en question … après la politique extérieure de l’Etat islamique peut-être y’a des choses qui vont me déplaire … voilà ! »

Le président : « la cour n’a pas d’autres questions ? On va suspendre jusque 16H30 avec les autres questions des parties sur le sujet. Si je vous dis 16H45 ça va faire 17H donc au moins là ça fait 16H40 ! ».

 


16H50 : la sonnerie retentit. L’audience est reprise.

Président : « la parole est au ministère public pour les questions ».

 

3- LES QUESTIONS DU PARQUET

Nicolas Le Bris se lève. Mohamed Abrini également.

Avocat général : « vous avez dit ne pas connaître Chakib Akrou. Vous confirmez ? »

Mohamed Abrini : « oui ».

Avocat général : « il y a deux auditions dans lesquelles vous avez indiqué le connaître parfaitement. Vous dites ‘c’est un ami depuis longtemps. Je ne l’ai pas vu en Syrie mais j’aurais bien aimé’. Est-ce que vous maintenez que vous ne connaissez pas Chakib Akrou ».

Mohamed Abrini : « je me suis peut-être trompé avec Bazarouj ! ».

Avocat général : « vous étiez pourtant très circonstancié sur Chakib Akrou ».

Mohamed Abrini : « ah ouai ? »

Avocat général : « vous avez dit que c’est quelqu’un qui avait bon cœur, que tout le monde l’aimait dans le quartier ».

____________

Avocat général : « à quelle date avez-vous prêté allégeance à l’Etat islamique ? »

Mohamed Abrini : « avec tout ce que j’ai traversé, je ne saurais pas vous répondre. C’est des détails ».

Avocat général : « je ne crois pas que ce soit un détail ».

Mohamed Abrini : « si vous aviez mon vécu vous comprendriez que c’est un détail ».

Avocat général : « c’était avant ou après votre sortie de prison ? ».

Mohamed Abrini : « c’était après ».

 

Viennent ensuite les questions des avocats des parties civiles.

 


4- LES QUESTIONS DES AVOCATS DE PARTIES CIVILES

Maître Topaloff, avocate de parties civiles commence par l’interroger : 

Maître Topaloff : « votre mère a indiqué au cours d’un interrogatoire que vous étiez très en colère du départ de Souleymane [son frère], regrettant d’avoir été en détention, ce qui vous a empêché d’agir. Quel était exactement votre point de vue quand vous avez appris ce départ ? » 

Mohamed Abrini : « c’est juste la preuve qu’à ce moment-là, je n’y connaissais rien ».

Maître Topaloff : « Abaaoud enlève son frère Youness qui a 13 ans ; lequel va mourir dans les combats. Qu’est-ce que vous pensez de ça ? »

Mohamed Abrini : « je pense que ça le regarde ! Il a pris son frère il l’a emmené en Syrie. Je ne pense rien de cette question là ».

Maître Topaloff : « vous ne condamnez pas ? »

Mohamed Abrini : « non ».

Maître Topaloff : « vous avez indiqué qu’avant la mort de votre frère, vous ne connaissiez rien à la religion ».

Mohamed Abrini : « tout à fait ».

Maître Topaloff : « comment avez-vous compris, étudié ? Avec qui vous avez parlé ? Comment ça s’est fait ? »

Mohamed Abrini : « écoutez… moi je suis autodidacte … j’ai appris seul ! Vous pouvez apprendre sur internet. Y’a différentes manières d’apprendre ».

Maître Topaloff : « je croyais que vous n’étiez pas un féru d’internet ?! ».

Mohamed Abrini : « vous allez sur Google et puis voilà. Et y’a aussi les livres ».

Maître Topaloff : « vous en avez parlé à vos amis les plus proches ? Y’a pas eu d’échanges ? Vous avez pas discuté avec eux ? »

Mohamed Abrini : « (…) à ma sortie de prison, mes amis étaient presque tous en Syrie ».

Maître Topaloff : « les frères Abdeslam étaient là ! »

Mohamed Abrini : « oui mais les autres non (…). Ca m’est arrivé de discuter au café ».

Maître Topaloff : « la mosquée que vous fréquentiez a été fermée à la suite des attentats. Qu’est-ce qui se disait là-bas ? »

Mohamed Abrini : « vous m’apprenez quelque chose ! Je ne savais même pas que c’était fermé ! »

Maître Topaloff : « pourquoi vous n’alliez pas à la mosquée de votre père ? »

Mohamed Abrini : « mon père il a pas de mosquée ! »

Maître Topaloff : « vous refusez le terme de radicalité et vous dites que vous êtes un musulman pratiquant ».

Mohamed Abrini : « y’a un seul islam. Ce mot veut dire soumission totale à Allah le seigneur de l’Univers. Il veut aussi dire l’engagement du fidèle à observer les enseignements coraniques et prohétiques ».

Maître Topaloff : « je voudrais savoir, compte tenu de votre nouvel engagement religieux, quel jugement vous portez sur l’Islam différent pratiqué par vos parents ? »

Mohamed Abrini : (silence) … « j’ai pas compris la question en fait ! ».

Maître Topaloff : « quel jugement portez-vous sur vos propres parents, que vous décrivez comme musulmans et qui pratiquent un autre islam que le vôtre ».

Mohamed Abrini : « pourquoi ils pratiqueraient un autre islam que le mien ? »

Maître Topaloff : « ah … vos parents sont dans la même conception ? »

Mohamed Abrini : « mes parents ils font la prière, ils jeûnent… (…) mes parents ça fait très très longtemps que je les ai pas vus (…) Moi mes parents pour moi ils sont musulmans, ils pratiquent leur religion ».

Maître Topaloff : « c’est la même ou c’est pas la même ? »

Mohamed Abrini : « bien sûr que c’est la même ! (…) Nos parents c’est une autre génération. Ils sont arrivés en Europe pour travailler donc c’est … Ils sont arrivés, ils ont travaillé … ils pratiquaient leur religion et … et voilà quoi ! C’est une autre époque ! Nous notre époque aujourd’hui c’est … c’est …. (silence) … on pratique notre religion ! ».

Maître Topaloff : « vous savez que votre père fait une différence entre vous et lui ? Il évoque ‘des barbus’. Il parle même de ‘lavage de cerveau’ ».

Mohamed Abrini : « ok ».

Maître Topaloff : « et vous en pensez quoi ? Les barbus vous les avez vus, vous les avez rencontrés ?! »

Mohamed Abrini : « je ne sais pas ce qu’il a voulu dire par là mais … euh … je comprends pas ! ».

Maître Topaloff : « des islamistes radicaux y’en avait à Molenbeek ? »

Mohamed Abrini : « moi y’a pas d’islamistes radicaux ! Y’a des musulmans point barre ! ».

Maître Topaloff : « la différence entre vous et votre père c’est que vous vous étiez prêt à faire le djihad ? »

Mohamed Abrini : « la religion elle dispense les vieux d’aller combattre ! D’aller faire le djihad ! ».

Maître Topaloff : « oui mais à ce moment là votre père serait d’accord pour que vous vous y alliez … or il ne l’est pas. Vous devriez donc considérer que c’est un mécréant ! ».

Mohamed Abrini : « mon père il était contre tout ça… mais nos parents c’est une autre génération. Ils comprennent rien !! ».

Maître Topaloff : « c’est pas des mécréants, c’est des arriérés c’est ça ?? »

Mohamed Abrini : (silence)…

Maître Topaloff : « vous avez dit tout à l’heure que la loi d’Allah avait vocation à s’appliquer sur certains territoires et qu’il était légitime que des gens qui avaient la même religion se réunissent. Vous pensez que la religion musulmane a vocation à s’appliquer à la terre entière ? »

Mohamed Abrini : (il regarde vers ses avocats) « des fois on dit des choses et on les répète sans même avoir étudié le sujet. Vous me parlez de quelque chose que j’ai dit y’a six ans de ça (…) Non. La religion musulmane n’a pas vocation à se répandre sur la terre entière ».

Maître Topaloff : « quel est votre point de vue sur les non musulmans ? Qu’est-ce que ça veut dire dans votre bouche mécréant ?! ».

Mohamed Abrini : « non madame ! Là, vous revenez à une dispute entre elle et moi (…) Pourquoi vous dites que mécréant c’est une injure ?! C’est pas une insulte ! C’est une personne qui ne croit pas ».

Maître Topaloff : « donc quand vous traitez Nawal de mécréante, c’est pas grave ?! »

Mohamed Abrini : « vous les avez écrites vos questions ?! ».

Maître Topaloff : « pourquoi vous me dites ça ?! … non ! J’ai un peu réfléchi avant ! »

Mohamed Abrini : « vous avez pas d’autres questions ? ».

 

Maître Topaloff se rassoit. Maître Samia Maktouf se lève et interroge Mohamed Abrini, toujours debout dans le box : 

Maître Maktouf : « nous avons envie de comprendre ! On veut savoir ! On veut des explications. Je voudrais revenir sur votre déclaration. Vous expliquiez que vous n’aviez jamais lu le Coran avant d’apprendre le décès d’un certain nombre d’amis et de votre frère. Nous avons besoin de comprendre qui sont vos référents. Vous avez dit que vous avez lu des livres. Pouvez-vous me citer un seul livre ?! On a envie de comprendre si vous êtes un imposteur ou un savant ? »

Mohamed Abrini : « avant de vous répondre Madame Maktouf, j’ai une question à vous poser. Est-ce que vous avez des pouvoirs divins ? Est-ce que vous avez la capacité vous, de connaître les contenus des poitrines, de sonder les cœurs, de savoir ce que les gens pensent ?! (…) Moi Madame Maktouf, je vais vous dire quelque chose : je ne vais répondre à aucune de vos questions parce que vous me dégoutez ».

Le président : « ça … c’est pas très bien ».

Mohamed Abrini : « vous avez dit aux hyènes, les médias, que les accusés étaient imperméables à la douleur des victimes ».

Maître Maktouf : « vous voulez nous faire croire que vous avez de l’empathie devant les familles de victimes ?! »

Le président : « bon là ça prend une autre tournure. Répondez simplement ».

Mohamed Abrini : « je ne répondrai à aucune des questions. Cette femme-là … (…) Moi ça m’a blessé. Moi j’étais pas là le 13 novembre, j’ai tué personne ! Le fait d’entendre des personnes pendant deux mois se plaindre à la barre… et entendre cette femme dire que … (il s’interrompt). Je suis désolé … moi ça me casse les couilles ! ».

Le président : « bon on a compris ! On est a peu près à 3000 parties civiles … on en a entendu 300 c’est un peu légitime. Au lieu de répondre par des propos outrageants ou insultants dites « j’ai pas envie de vous répondre et ça suffira ».

Maître Violleau, avocate de Mohamed Abrini : « on peut se concentrer sur le pourquoi il refuse de répondre ? C’est important il a dit exactement l’inverse de ce qu’elle prétend ! ».

Président : « on a compris la colère de monsieur Abrini ».

Maître Maktouf : « il est libre de répondre ou de ne pas répondre mais je poserai les trois questions que je voulais poser. (…) Je suis fière de dégoûter quelqu’un qu’il considère comme une apostat ».

Maître Ronen se lève (le président n’a pas allumé son micro donc son propos est au départ inaudible) « Le fond de votre question m’intéresse finalement peu [le président la coupe : « remettez votre masque Maître! »]. Si je demande le micro, c’est non pas pour critiquer les questions de ma consoeur ( non pas qu’il n’y ait rien à en dire) … mais je fais une requête à la Cour c’est de laisser le micro de la défense ouvert pour qu’on puisse s’exprimer librement. Lorsque chaque accusé est interrogé, que les confrères et consoeurs puissions avoir la parole quand nous le souhaitons… que nous puissions avoir, comme dans une audience normale, la parole sans la demander ».

Maître Maktouf : « La seconde question c’est sur la prison : nous n’avons pas saisi le poids de la prison sur votre radicalisation. (…) Je voulais qu’on comprenne quel était le poids réel de la prison sur votre radicalisation ».

Le président : « j’imagine qu’il n’y a pas de réponse ».

Mohamed Abrini : « non ».

 

Maître Seban, un autre avocat de parties civiles prend la parole : 

Maître Seban : « le premier attentat commis en Europe l’a été contre le musée juif de Bruxelles. Vous en pensez quoi ? »

Mohamed Abrini : « c’était en quelle année ? »

Maître Seban : « mai 2014 ».

Mohamed Abrini : « y’avait pas l’Etat islamique à l’époque ».

Maître Seban : « vous en pensez quoi que le premier attentat s’en prenne à des juifs ? ».

Mohamed Abrini : « j’ai entendu tellement de versions sur cet attentat que … bon … j’ai entendu que ça a été fait par le Mossad … donc … ».

Maître Seban : « qui dit la vérité en Islam ? »

Mohamed Abrini : « le Prophète (…) Le messager étant plus là, on obéit à ceux qui ont le commandement ».

Maître Seban : « y’a un chef spécial d’enquête qui a parlé de génocide du peuple yézidi sous le gouvernement de l’émir. Vous en pensez quoi ? »

Mohamed Abrini : « moi je suis pas un homme politique. C’est des questions quasi-politiques ; je ne sais pas quoi vous répondre ! (…) Moi je veux juste vous faire rappeler que dans une guerre de conquête, ça a toujours existé ce que vous dites, ce qui vous énerve ! Napoléon l’a fait … voire même pire ! Les guerres de conquête c’est comme ça. Ca a toujours été comme ça. Y’a eu des gens qui ont été décimés. Bien sûr, je suis contre le viol … c’est pas ça que je dis … mais il y a eu des projets de natalité ! C’est tout ce que je peux vous répondre ».

Maître Seban : « vous nous parlez d’une barbarie extrême qui a assassiné tout un peuple, soumis celui-ci et vous nous dites « c’est normal c’est l’histoire ! ».

Mohamed Abrini : « j’ai tout dit monsieur ».

Maître Seban : « comment vous vous êtes convaincu que c’est là que devait se mener le combat sur l’Islam ».

Mohamed Abrini : « j’étais non pratiquant. Je devrais même pas dire ça parce qu’un musulman non pratiquant ça veut rien dire… mais il y a eu des choses qui ont fait que je suis devenu musulman pratiquant ».

Maître Seban : « les attentats ont donc été commis par des musulmans pratiquants ».

Mohamed Abrini : « bien sûr ! (…) On a entendu l’audio du Bataclan, les phrases qui ont été prononcées ».

Maître Seban : « vous auriez dit la même chose à leur place? ».

Mohamed Abrini : « non tout simplement parce que je n’aurais jamais pu être à leur place. S’il faut je prends les armes, je vais au combat mais je fais pas ça ».

Maître Seban : « vous désavouez ce qui a été fait au Bataclan ? »

Mohamed Abrini : « non. Moi je l’ai dit. Je les comprends. (…) En voyant des enfants bombardés, déchiquetés ; à un moment donné il y a une réponse qui arrive et la réponse c’est les attentats ».

Maître Seban : « vous la légitimez cette réponse ? »

Mohamed Abrini : « non j’ai dit que je la comprends (…) C’est une réponse à une violence ».

 

Maître Seban se rassoit. Maître Reinhart, autre avocat de parties civiles prend la parole à son tour : 

Maître Reinhart, avocat de parties civiles : « qu’est-ce qui vous fait cheminer à un moment pour aller à cette pratique de la religion plus entière ?! »

Mohamed Abrini : « à un moment donné, il y a une remise en question. On a passé toute sa vie à commettre des pêchés, à ne pas pratiquer sa religion. Moi malheureusement, enfin pas malheureusement, elle s’est faite au moment du conflit en Syrie. Donc on se remet en question et on pratique sa religion ».

Maître Reinhart : « est-ce qu’en prison on peut avoir cette démarche ? Est-ce que c’est un lieu qui vous permet de de recevoir un enseignement par la lecture de livre ,soit par la discussion avec d’autres co-détenus ? »

Mohamed Abrini : « l’endroit est propice à la méditation et à la réflexion mais je n’avais qu’un seul livre en prison : le Coran ».

Maître Reinhart : « Est-ce que la mort de votre frère a favorisé cette progression ? »

Mohamed Abrini : « bien sûr ! Ca a été la cause de mon repentir. Il y a une remise en question derrière. Il y a beaucoup de jeunes gens qu’on connaît qui ont donné leur vie pour la religion et donc on se remet en question ».

Maître Reinhart : « vous dites qu’il n’y a pas internet en prison. Est-ce que lorsque vous avez pu sortir de prison, vous avez pu visionner quelques vidéos et parfois avec des images violentes ? Ces images vous les regardiez seul ? »

Mohamed Abrini : « j’ai regardé des vidéos… seul … accompagné ».

Maître Reinhart : « vous les regardiez avec des amis « i-s » ou parfois avec des femmes ?

Mohamed Abrini : (il rit) « on a l’impression qu’on ne faisait que ça ! Les gens ils ont une vie et de temps en temps ils regardent une vidéo ! Je regardais seul, je regardais avec des gens … ça m’est arrivé ».

Maître Reinhart : « est-ce que vous avez une vision ou une pratique de religion qui vous permettrait d’admettre qu’il y ait de nouveaux attentats ? »

Mohamed Abrini : « j’ai pas compris ».

Maître Reinhart : « il y a eu en 2015 et 2016 des attentats. Vous avez dit que vous compreniez cet attentat par la pratique de votre religion ».

Mohamed Abrini : « j’ai dit par les bombardements ! »

Maître Reinhart : « cette religion vous autorisait-elle à commettre des attentats ? Dans votre lecture personnelle du Coran, peut-on considérer que la commission de violences en Syrie pouvait permettre qu’il y ait des attentats en France ? »

Mohamed Abrini : « le Coran je le connais pas par cœur… après ce sont des … des … vous parlez d’attentats … c’est de la politique ! Ce sont des réponses aux bombardements ».

Maître Reinhart : « tout à l’heure, vous avez répondu de façon impulsive en disant que vous avez entendu des personnes venir se plaindre. Est-ce que c’est le terme que vous vouliez vraiment utiliser ? »

Mohamed Abrini : « ce sont des plaintes, des pleurs … vous avez entendu comme moi ! Et pour quelqu’un qui n’a pas fait le 13 novembre, qui n’a tué personne … c’est très difficile d’entendre ça tous les jours ».

Maître Reinhart : « est-ce que votre lecture du Coran continue d’évoluer ? Est-ce que vous avez une lecture un peu différente ? Vous pouvez nous en dire quelques mots ? (…) ».

Mohamed Abrini : « je lis le Coran, des livres de science, des livres d’histoire, je lis de la poésie… je lis quoi ! ».

Maître Reinhart : « mais votre compréhension de la religion et votre pratique de la religion n’a pas changé ? C’est la même depuis 2014 ? »

Mohamed Abrini : « certes j’ai appris énormément de choses par rapport à y’a six ans .. donc euh oui ! ».

 

Une avocate de parties civiles l’interroge ensuite. Elle revient sur la question précédemment posée par Maître Topaloff sur la manière dont il perçoit la pratique religieuse de ses parents : 

Mohamed Abrini : « ce n’est plus le même monde. Le monde dans lequel mes parents sont arrivés c’était pas le même monde. On parlait pas autant de politique, de guerre… ».

L’avocate : « mais les guerres, elles existaient ».

Mohamed Abrini : « mes parents sont arrivés il y a plus de trente ans et voilà… Le monde change ! ».

L’avocate : « vous considérez qu’ils se sont bien intégrés en Belgique ? »

Mohamed Abrini : « j’aime pas trop ce mot-là ! Pourquoi « intégrés » ? »

L’avocate : « pourquoi vous n’aimez pas ? »

Mohamed Abrini : « je sais pas ! Ils sont arrivés, ils ont travaillé, ils ont éduqué leurs enfants c’est tout ! ».

L’avocate : « vous dites que vous êtes aujourd’hui dans un monde différent ; dans lequel on parle plus de la guerre, de politique. L’islam est la réponse à ce qui se passe dans le monde ?! »

Mohamed Abrini : « non. Ce n’est pas ça qui me fait tourner vers l’islam. Ce qui me fait tourner y’a eu plein de raisons dont le départ de mes amis et de mon petit frère ».

L’avocate : « oui mais pourquoi à un moment donné vous vous tournez vers l’islam en pensant que c’est une réponse ? C’est ma question ! ».

Mohamed Abrini : « (silence) « Ecoutez. Pour moi l’islam c’est la direction à suivre. L’islam est la vraie direction à suivre. Je vous cite un verset du Coran ! Je pense que voilà, le messager de Dieu a été envoyé pour tout le monde. C’est le dernier des messagers. Après, chacun est libre de croire ou de ne pas croire mais c’est la voie à suivre… parce qu’ici c’est un test, après on meurt et ce qui est vraiment réel ça commence après ».

L’avocate : « et si on ne croit pas qu’est-ce qu’il se passe ? »

Mohamed Abrini : « je vous réponds ce que l’islam dit : tous ceux qui tourneront le dos aux enseignements du messager de Dieu, certains iront en enfer et puis d’autres au paradis. Tous ceux qui croiront seront sauvés et puis … euh … voilà ! ».

 

Un autre avocat de parties civiles prend la suite : 

L’avocat : « est-ce que vous vous considérez comme un occidental ? »

Mohamed Abrini : « moi je suis né en Belgique … j’ai pas choisi ! Je me considère avant tout musulman. Je vous le dis par rapport à un récit prophétique… le prophète disait « chaque nouveau-né vient au monde musulman c’est ensuite ses parents qui le rendent juif, chrétien ou athée (…) J’ai pas fait le choix de naître en Belgique ».

L’avocat : « est-ce que vous considérez que pour vous naître en Belgique est une chance ? ou bien considérez-vous que vous ne pouvez pas vivre votre Islam en Occident ? »

Mohamed Abrini : (silence) « Ecoutez… par rapport à la pratique de l’Islam, que ce soit en France, en Belgique, on ne peut pas réellement pratiquer sa religion pleinement ».

L’avocat : « sur l’Etat islamique est-ce que vous envisagez que vous avez pu être manipulé sous prétexte de la religion ? »

Mohamed Abrini : « je ne sais pas quoi répondre à cette question ».

L’avocat : « tout à l’heure, vous avez dit : je ne connais pas tout le Coran (ce qui est tout à fait normal). Et vous avez dit que quand la parole de Dieu n’est pas sur terre vous la recevez d’autres personnes. Est-ce que c’est possible que les émirs de l’Etat islamique vous manipulent sous prétexte de religion ? Est-ce que vous vous êtes déjà posé cette question ? »

Mohamed Abrini : « non ».

L’avocat : « est-ce que c’est quelque chose qui n’est pas possible ou est-ce que vous vous dites que si vous reconnaissez avoir été manipulé vous vous rendrez compte que vous avez commis une erreur ? ».

Mohamed Abrini : « non je ne me suis pas posé ce genre de questions ».

 

Il est suivi là encore par un nouvel avocat de parties civiles : 

L’avocat : « avez-vous quelque chose à dire aux victimes aujourd’hui ? ».

Mohamed Abrini : (silence) … « c’est une drôle de question. J’avais pas prévu qu’on me pose ce genre de questions » (silence) … « C’est très compliqué… je ne sais pas quoi vous répondre Monsieur » (silence) … « euh … ce que je peux leur dire c’est que c’est vraiment triste ce qui leur est arrivé bien entendu… je pense que … euh … euh … ils ont été doublement victime : et de la politique étrangère de la France, et de la politique étrangère de l’Etat islamique. Moi j’aurais envie de dire aux français : c’est bien de sortir dans la rue pour les fins de moi difficiles etc mais il serait peut-être temps de sortir dans la rue pour contester la politique étrangère française (…) J’ai entendu dire dernièrement que le pays qui consommait le plus d’anxiolitque c’est la France ! ».

L’avocat : « lorsque vous entendez pendant deux mois et demi les victimes à la barre… vous dites que vous comprenez leurs larmes mais en quoi vous les comprenez ? ».

Mohamed Abrini : « au même titre que je partage la douleur de ce qui s’est passé ces trente-quarante dernières années en Palestine. Y’a des victimes qui à cause de la guerre ont été touchées. Y’a des innocents qui meurent ».

L’avocat : « vous avez autre chose à leur dire ? ».

Mohamed Abrini : « franchement … euh … non j’ai rien d’autre à dire ».

L’avocat : « tout à l’heure, vous avez dit que vous compreniez que les terroristes des attentats de Paris aient pu faire ça. Est-ce que ça veut dire que vous comprenez qu’ils aient pu arriver à s’engager ou est-ce que votre déclaration signifie que vous ne condamnez pas les attentats de Paris ? Est-ce que vous condamnez aujourd’hui les attentats de Paris ? »

Mohamed Abrini : « vous savez ça … c’est une vraie question de BFM TV. La question c’est de savoir ‘qu’est-ce qu’on fait pour que cela ne se reproduise plus’ ? ».

L’avocat : « peut-être que vous pourriez tenter de répondre aux deux ? »

Mohamed Abrini : « moi si j’avais pu, j’aurais acheté la paix universelle mais elle n’existe pas et j’ai pas les moyens. (…) Vous allez bien dormir si je vous dis que je condamne ? Et vous allez mal dormir si je vous dis que je condamne pas ?! (…) Si je condamne, y’a aucune partie civile qui va dire ‘c’est chouette ! Je vais bien dormir ce soir, il a condamné !’.

L’avocat : « si vous étiez libre aujourd’hui, est-ce que vous rejoindriez un territoire dans lequel l’Etat islamique est installé ? »

Mohamed Abrini : « y’a beaucoup de gens qui vont vivre en Arabie Saoudite pour vivre leur religion pleinement … parce qu’ici en Europe, on voit des femmes voilées, le halal ça fait des polémiques, égorger le mouton ça fait des polémiques ! ».

L’avocat : « si vous étiez libre, est-ce que vous gagneriez le rang des combattants ?! »

Mohamed Abrini : « ça dépend ! (…) Vous avez été choqués par ces vidéos de 2012-2014 de ces bombardements chimiques que Bachar Al-Assad a fait sur la population, les enfants … eh ben j’aurais la même sensibilité : je prendrai les armes et j’irais ! »

 

Maître Szwarc, avocate de parties civiles prend la parole : 

Maître Szwarc :  « que pensez-vous des vidéos dans lesquelles des personnes prêtent allégeance et décapitent des otages ? ».

Mohamed Abrini : « ce n’était pas des vidéos où ils prêtaient allégeance. C’était des revendications. Je ne sais pas !  Je n’en sais rien … Ils ont exécuté des gens certes … mais … euh … y’a pas eu d’allégeance à ce moment-là ».

Maître Szwarc : « est-ce que vous avez prêté allégeance à l’Etat islamique lorsque vous étiez en Syrie ? ».

Mohamed Abrini : « (…) vous me demandez quand j’ai prêté allégeance ?! Quelques semaines ou quelques mois après ma sortie de prison. Je ne sais plus trop ».

Maître Szwarc :  « vous avez déclaré au juge d’instruction français que vous aviez été victime de ce fléau. C’est quoi le fléau ? »

Mohamed Abrini : « je sais pas ! Je voulais peut-être dire conflit ! Moi les mots … d’autant plus que je suis belge… ».

 

Maître Chemla prend ensuite la parole : 

Maître Chemla : (…) « vous nous avez expliqué que l’islam était une religion de conquête ».

Mohamed Abrini : « j’ai jamais dit ça ».

Maître Chemla : « que le djihad faisait partie de la religion (…) Que vous considériez être dans une situation de défense légitime. Et, lorsque le président vous a interrogé sur les exactions, vous avez répondu ‘un mort est un mort… il n’y a pas de différence entre un mort et un autre’. On est bien d’accord ? »

Mohamed Abrini : « oui ».

Maître Chemla : « ce qui est parlant dans la vidéo [il parle de la vidéo dans laquelle on voit Abdelamid Abaaoud dans son pick-up en train de tracter des cadavres] c’est à la fois ce mépris des corps, des morts et l’évident plaisir, l’évidente fierté de celui qu’on voit notamment accoudé à la porte de son pick-up en train de plaisanter. Est-ce qu’on est d’accord sur ça ? »

Mohamed Abrini : « je suis d’accord avec vous mais moi mon frère je l’ai pas vu dans cette vidéo [son frère était membre de la katibat Al-Battar, à laquelle appartenait Abdelhamid Abaaoud et dont la DGSI a expliqué qu’elle avait commis de nombreuses exactions] ! ».

Maître Chemla : « est-ce que vous aussi vous avez ressenti à quel point Abdelhamid Abaaoud est dans un moment de plaisir personnel. On est d’accord sur ça ?! »

Mohamed Abrini : « non ».

Maître Chemla : « quand il dit ‘avant on trainait les jet-ski maintenant on traîne les … »

Mohamed Abrini : (il le coupe, agacé) « j’ai répondu non ! ».

Maître Chemla : « … à un moment il y a un corps qui se détache et Abaaoud dit ‘ah ca tombe bien qu’il se détache ! ». Est-ce que vous partagez cette notion du plaisir ? d’un moment de gaîté ? »

Mohamed Abrini : « vous avez une minute d’une vidéo, vous ne savez pas ce qu’il s’est passé avant et vous en déduisez quelque chose ! Vous ne savez pas ce qui s’est passé avant ! Peut-être que ces hommes-là étaient armés avant ! »

Maître Chemla : « je dis simplement que … ».

Maître Chemla est coupé par Maître Violleau, avocate de Mohamed Abrini. Son micro étant coupé, cette dernière crie : « je ne vois pas le rapport avec la religion!!! ».

Le président : « laissez Maître Chemla terminer ! ».

Maître Violleau : « est-ce que ces gens prennent du plaisir ?! Il tourne il tourne ! C’est insupportable !!! ».

Maître Chemla : « tout à l’heure, vous avez dit que les vidéos qui sortaient c’est comme aujourd’hui sur Netflix où on attend le dernier épisode de la série ».

Mohamed Abrini : « oui mais cette vidéo que vous avez vu dans le pick-up … comment elle est arrivée jusqu’ici ?! C’est pas l’organe de presse de l’Etat islamique qui a publié la vidéo ! ».

Maître Chemla : « et donc ?! ».

Mohamed Abrini : « et donc ce n’est pas l’Etat islamique ! Moi quand je parlais des vidéos Netflix c’est les vidéos bien arrangées publiées par l’organe de presse de l’Etat islamique ».

Maître Chemla : « cette vidéo du pick-up vous ne l’aviez pas vu ?! »

Mohamed Abrini : « non ».

Maître Chemla : « pourtant il semblerait qu’elle ait été déterminante dans le départ d’un certain nombre d’entre vous en Syrie ».

Mohamed Abrini : « cette vidéo-là, quand elle est sortie sur France 2 dans un reportage d’Enquête exclusive, des millions de gens ont vu cette vidéo-là ».

Maître Chemla : « est-ce que vous considérez qu’une mort qu’on donne avec un plaisir et une mise en scène c’est la même chose que celui qui prend une balle dans la tête dans un combat. Vous pensez que c’est la même chose ? ».

Mohamed Abrini : « moi je pense qu’un mort c’est un mort. Quelqu’un qui est mort il est mort point barre ».

Maître Chemla : « j’ai pas d’autre question ».

 

Pour finir, la parole est donnée aux avocats de la défense.

 


 

5- LES QUESTIONS DE LA DÉFENSE

Maître Ronen, avocate de Salah Abdeslam l’interroge : 

Maître Ronen : « vous avez expliqué que vous connaissiez bien Monsieur Abdeslam. J’ai pu vous voir réagir lorsque certaines choses étaient dites à son propos [elle fait référence à des déclarations faites par des témoins en décembre. Pour rappel, je n’étais pas là sur ces jours d’audience]. Vous en avez souvenir ?! ».

Mohamed Abrini : « oui, notamment par la visio … les témoins qui disaient que c’était Salah Abdeslam qui avait influencé Brahim Abdeslam. Il y a beaucoup de gens qui l’ont dit, des enquêteurs … en fait c’est le contraire … euh … euh … Et une autre fois aussi c’était par rapport à ça. (…) Le café des Béguines, c’est un café qui est vraiment très petit. J’aurais aimé avoir des photos. C’est petit : il y a trois-quatre chaises, quatre tables ; y’a une télé, une machine à bingo etc. C’est ridicule de dire que Salah Abdeslam surveillait le café ».

Maître Ronen : « est-ce qu’il y avait des séances de visionnage de vidéos d’exactions ?! ».

Mohamed Abrini : (il ironise) « avec des chapeaux pointus ?! C’est d’un ridicule ! Ca me donne envie de rire mais au fond ça m’énerve. Les gens n’ont pas que ça à foutre de visionner des vidéos 24/24 ».

Maître Ronen : « est-ce que je me trompe si je dis qu’il a pu arriver que des vidéos comme celles-ci soient vues sans pourtant que ce ne soit organisé ? Est-ce qu’il a pu y arriver que sur le PC qu’une vidéo de ce type là apparaisse ? »

Mohamed Abrini : « oui bien sûr ! (…) mais il n’y avait pas de conspiration. Les gens ne se réunissaient pas à une heure précise pour ça ! ».

Maître Ronen : « vous nous avez dit des choses sur celui que nous assistons, que c’était votre voisin, qu’il habitait la maison collée à la vôtre, qu’il était franchement apprécié et toujours respectueux. Vous avez quelque chose à ajouter ? »

Mohamed Abrini : « il avait sa vie, sa voiture, il devait se marier … voilà… ».

Maître Ronen : « est-ce que vous auriez pu imaginer un jour être ici avec lui dans ce box-là ? ».

Mohamed Abrini : (il sourit) « non ! J’aurais jamais pu imaginer me retrouver dans le box avec Salah et pour de tels faits ».

 

C’est ensuite Maître Sorentino, l’avocat d’Abdellah Chouaa qui prend la parole :

Maître Sorentino, avocat de Abdellah Chouaa : « vous avez indiqué tout à l’heure que l’appartement de Monsieur Chouaa était un peu une maison de quartier et son PC toujours occupé. Par qui ?! »

Mohamed Abrini : « quand il faisait froid, tous les jeunes allaient chez Abdellah Chouaa ! C’était le seul à avoir un appartement ! Enormément de monde utilisait son ordinateur ».

Maître Sorentino : « par exemple Monsieur Mihouf est-ce qu’il utilisait son ordinateur ? Monsieur Jafal ? Abderrahman Chouaa ? »

Mohamed Abrini : « oui ».

Maître Sorentino : « est-ce qu’il vous est arrivé de vous retrouver seul et de consulter l’ordinateur ? ».

Mohamed Abrini : « seul non. Il était au travail et y’avait d’autres personnes ».

Maître Sorentino : « invitées par lui ou par vous ? ».

Mohamed Abrini : « ça dépend ! ».

Maître Sorentino : « est-ce qu’il est possible que vous ayez consulté des vidéos un peu comme celles dont on a parlé aujourd’hui ? ».

Mohamed Abrini : « oui (…). Moi j’arrive pas à comprendre comment on peut faire vivre une telle chose à quelqu’un. Même s’il se présente librement. (…) Je comprends pas qu’est-ce qu’il fout là moi ! ».

Maître Sorentino : « vous êtes ami depuis combien de temps avec lui ? »

Mohamed Abrini : « 2005-4 ?! ».

Maître Sorentino : « vous l’avez fréquenté à votre sortie de prison jusqu’à la fin de l’été 2015. Qu’est-ce que vous faites avec lui ? Est-ce que vous sortez ? Vous rencontrez des femmes ?! »

Mohamed Abrini : « quand on était ensemble ; j’attendais qu’il termine le travail et on se voyait, on sortait … ça nous arrivait d’aller aux Pays-Bas, en France, en Allemagne ».

Maître Sorentino : « pour quoi faire ?! ».

Mohamed Abrini : « pour sortir … une fois j’ai été acheté une voiture en Allemagne il m’a accompagné ! ».

Maître Sorentino : « quelle était sa vision lui par rapport à vos habitudes. En audition, vous avez dit ‘Déjà lui il n’est pas pratiquant, il est en discothèque tous les week-end ; il est à l’opposé de l’islam … il change de femme comme de slip … il est dans sa techno …il est dans un autre monde ! ».

Mohamed Abrini : « c’est pour ça que je dis je comprends pas qu’est-ce qu’il fait là ! C’est quelqu’un qui voyage, qui s’amuse … donc voilà ! ».

 

Maître Haeri, avocate de Mohammed Amri prend ensuite la parole : 

Maître Negar Haeri, avocate de Mohammed Amri : « vous avez dit que vous n’auriez pas été capable de faire des attentats. Vous confirmez ? ».

Mohamed Abrini : « ouai ».

Maître Negar Haeri : « vous faites une distinction entre le fait d’adhérer à une religion et de l’autre la possibilité de commettre des violences. Donc si je comprends, ce n’est pas parce qu’on est rigoriste, qu’on va pouvoir commettre des attentats. Vous confirmez ? »

Mohamed Abrini : « oui ! J’ai expliqué qu’il y a des Vétérans de l’Irak, la Tchétchénie, de l’Irak si vous leur demandez de faire un attentat .. ils vous répondront non ! ».

Maître Negar Haeri : « comment vous expliquez qu’on puisse être religieux et ne pas pouvoir commettre des attentats ? ne pas pouvoir tuer ? ».

Mohamed Abrini : « c’est un choix politique … Après … euh … ».

Maître Negar Haeri : « vous êtes fatigué ?! ».

Mohamed Abrini : « je suis très fatigué et j’ai l’impression que c’est une avocate de partie civile qui me pose la question ! ».

Maître Negar Haeri : « non c’était pas contre vous Monsieur Abrini (…) Je voulais juste avoir votre avis sur le fait que le fait d’avoir une vision rigoriste de l’islam n’est pas synonyme de violences ou d’exactions ?».

Mohamed Abrini : « oui ».

Maître Negar Haeri : « merci ».

 

C’est ensuite Maître Stanislas Eskenazi, avocat belge de Mohamed Abrini depuis six ans, qui l’interroge : 

Maître Eskenazi : « (…) lorsque je vous rencontre en avril 2016 et lorsque je vous entends aujourd’hui, j’ai l’impression que la personne qui me parle aujourd’hui n’est pas la personne que j’ai rencontré en 2016. Est-ce que le 12 novembre, la veille des attentats, l’ensemble des propos que vous tenez aujourd’hui vous auriez pu les tenir ? ».

Mohamed Abrini : « non ».

Maître Eskenazi : « (…) le 12 novembre [2015], quelle est votre pratique de l’islam ?! Est-ce que vous aviez une pratique rigoureuse ? Est-ce que vous pratiquiez l’ensemble des préceptes de l’islam ? ».

Mohamed Abrini : « je pratiquais … euh … c’est vrai que … j’en ai appris plus durant mes quatre mois, mes cinq mois de cavale, quand je suis en planque ; c’est vrai que j’ai beaucoup appris ».

Maître Stanislas Eskenazi : « donc toute la science, les connaissances que vous déclarez ne sont que le fruit d’éléments postérieurs aux attentats de Paris ? ».

Mohamed Abrini : « oui ».

 

18H50 : Le président : « merci Monsieur Abrini. On poursuivra demain. L’audience est levée, elle reprendra demain à 12H30 ».

 

A demain ! 

 

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