Jour 3

Attention : la lecture des éléments de retranscription du procès des attentats du 13 novembre 2015 s’adresse à un public averti. Certains des propos rapportés sont susceptibles, par leur contenu ou leur nature, de heurter la sensibilité des lecteurs, et notamment des plus jeunes. Par ailleurs, tout reproduction du contenu, même partielle sans autorisation de l’auteur est susceptible de poursuites.

 

EXTRAITS

(…) L’audience est censée débuter à 12H30 [ce sera le même horaire pendant les neuf prochains mois], mais j’ai compris qu’elle ne commencerait sûrement jamais à l’heure… On est plutôt sur du 13H voire 13H30 …

Je suis toujours dans la salle de retransmission ouverte au public car faute d’accréditation pour le moment, je n’ai toujours pas accès à la salle presse. Sur l’écran juste en face de moi, je vois la Cour arriver et s’installer : l’audience commence. (…)

 

I – L’APPEL DES TÉMOINS

La liste est longue. Plus de cent-trente personnes sont appelées comme témoin, chacune avec un profil différent : des proches des accusés, des policiers français et belges, des experts, un médecin légiste, mais également des personnalités telles que François Hollande [président de la République au moment des faits], François Molins [Procureur antiterroriste à l’époque des faits] ou encore Marc Trévidic, ancien juge antiterroriste.

Très rapidement, le président remarque qu’un grand nombre de témoins convoqués n’ont pas réussi « à être touchés » [cela signifie qu’on n’a pas réussi à leur signifier l’acte de convocation à leur domicile ou dans quelque endroit que ce soit] ou l’ont été mais n’ont pas fait de retour. Conséquence : peu de chance qu’ils se présentent le jour où ils sont censés témoignés. C’est le cas de la plupart des proches des accusés.

Le président souligne : « On va avoir cette difficulté concernant les témoins qui sont cités à l’étranger, où on n’a pas de retour. (…) La difficulté c’est qu’on a très peu d’éléments pour savoir s’ils ont été touchés et que les possibilités qui s’offrent à notre Cour en vertu du Code de procédure pénale sont plus réduites à partir du moment où on a des témoins qui sont domiciliés à l’étranger. Les moyens de coercition ne sont pas du tout les mêmes que vis-à-vis de témoins domiciliés en France. »

 

D’autres témoins ont bien reçu les courriers mais ont demandé une dispense. C’est le cas d’un homme qui, dans un mail, explique résider au Maroc et gérer un commerce, ceci l’empêchant de se présenter. A l’évocation de son cas, l’avocate générale se lève et insiste auprès du président pour qu’il soit relancé et qu’il vienne témoigner physiquement. Le président lui oppose que le mail semble plutôt clair sur le fait qu’il ne viendra pas témoigner sur place … mais propose qu’il témoigne par le biais de la visioconférence, comme de nombreux autres témoins (et notamment des policiers).

Face à tous ces témoins a priori peu coopératifs, le président finit par conclure : « on a peut-être des gens qui vont venir au dernier moment !  Qui sait ?! Espérons-le… ».

 

La lecture se poursuit. Mais, après cette problématique des témoins difficiles à toucher, c’est à la défense d’émettre des réserves sur plusieurs citations.

  • Une première réserve est émise quant à la pertinence de la citation de François Hollande. Une seconde réserve est ensuite formulée quant à l’opportunité de la citation de Georges Fenech [ancien magistrat et président de la commission d’enquête parlementaire sur les attentats].
  • Quelques instants après, Raphaël Kempf, avocat de Yassine Atar, soulève une autre difficulté s’agissant du témoignage des officiers de police judiciaire belges.

 

14h49 : l’audience est suspendue ! Le président indique que la suspension durera quinze minutes et qu’on se retrouve à 15h05 … mais au bout de deux jours de procès j’ai compris qu’il fallait toujours multiplier le temps qu’il donne par au moins trois ! Donc a priori, on se retrouvera plutôt vers 15h30 !

L’audience reprend… il est 15h32 [dois-je écrire « je le savais ?! »]. S’ouvre alors la lecture du rapport du président.


 

II – LA LECTURE DU RAPPORT DU PRÉSIDENT

 

La lecture du rapport doit se dérouler en trois temps : une première partie est consacrée aux faits, une deuxième est consacrée à la motivation du renvoi et la dernière est consacrée aux chefs d’accusation retenus pour chaque accusé.

Il lit (extrait) :

« Le vendredi 13 novembre au soir, trois équipes attaquaient différents lieux. Les trois membres de la première équipe (…)  faisaient exploser leur ceinture à proximité du Stade de France alors que se déroulait un match de foot. L’explosion entrainait la mort d’un passant. La deuxième équipe mitraillait au fusil d’assaut trois terrasses avant qu’un des assaillants ne commette un attentat suicide, dans un établissement situé à proximité (…). La troisième équipe s’introduisait dans la salle de spectacle du Bataclan (…). Les assaillants mitraillaient la foule puis prenaient des otages avant d’être tués. Quatre-vingt dix morts étaient à déplorer (…). Très rapidement, Salah Abdeslam était identifié (…) Hamza Attou et Mohamed Amri ont reconnu avoir été cherché Salah Abdeslam en France à sa demande et l’avoir ramené à Bruxelles où il a été pris en charge par Ali Oulkadi. Était également recherché (…) Ahmed Dahmani, qui était finalement interpellé le 16 novembre 2015 en Turquie où il avait pris la fuite pour retourner en Syrie. (…) Le 22 mars 2016, des attentats quasi simultanés étaient commis dans l’agglomération bruxelloise (…) ».

Il revient ensuite longuement et séparément, sur chacune des attaques, détaillant à la minute près le parcours des assaillants. Rien n’est oublié : le rapport détaille l’ensemble des évènements entourant la période avant les attentats, les attentats eux-mêmes et la période après attentat.

(…) Lecture est également faite du communiqué de revendication de l’Etat islamique, repris dans deux messages audios des frères Fabien et Jean-Michel Clain :

(Extrait) « Dans une attaque bénie dont Allah a facilité les causes, un groupe de croyants, les soldats du Califat (…) a pris pour cible la capitale des abominations et de la perversion, celle qui porte la bannière de la croix en Europe : Paris. Huit frères portant des ceintures d’explosifs et des fusils d’assaut ont pris pour cible des endroits choisis minutieusement à l’avance au cœur de la capitale française : le Stade de France, lors du match (…) auquel assistait l’imbécile de François Hollande, le Bataclan où étaient rassemblés des centaines d’idolâtres dans une fête de perversité, ainsi que d’autres cibles dans les Xème, XIème et XVIIIème arrondissements de Paris et ce, simultanément. Paris a tremblé sous leur pied et ses rues sont devenues étroites pour eux (…). »

 

Vers 19H, « demande de suspension en urgence » faite par les détenus. Le président approuve ; en précisant « 5 minutes ! On fait très rapide ! ». [mais maintenant, vous connaissez la règle : multipliez le temps donné par trois :)].

 

19h45 : « l’audience est reprise, veuillez vous assoir ». [ah … finalement il aurait fallu multiplier par neuf …]. Compte tenu de l’heure tardive [les audiences sont censées finir vers 20H-20H30 et la lecture du rapport n’est pas du tout terminée], le président demande si tout le monde est d’accord pour qu’on continue la première partie sur les faits mais qu’on saute la deuxième partie sur la motivation.

(…)La recontextualisation se poursuit avec la présentation des « individus interpellés ». Tour à tour, les individus aujourd’hui présents dans le box des accusés sont présentés. Les conditions de leur interpellation, le contenu de leurs premières auditions, leur placement en détention provisoire : tout est rapporté [sur ce point, et pour des raisons de lisibilité, j’écrirai un autre article spécialement consacré aux accusés].

(Extraits) Au cours d’un interrogatoire, en 2018, Salah Abdeslam déclare :

« J’exprime ma désapprobation contre ce gouvernement qui assassine injustement et froidement des femmes et des enfants, que ce soit au Moyen-Orient ou en Afrique.

Emmanuel Macron, votre soif de puissance et de renommée vous poussent à faire couler le sang des musulmans et en contrepartie, vous faites couler le sang des français et des françaises (…). Sachez que la création et le commandement n’appartiennent qu’à Allah, que l’insécurité règnera sur votre territoire tant que vous ne renoncerez pas à l’hostilité et à vos attaques à l’égard des musulmans ».

 

(…)


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