Jour 3 – 10 septembre 2021

Aujourd’hui, comme tous les jours, j’arrive à 9H ! J’ai maintenant mes petites habitudes … Il n’y a pas foule donc je pourrais arriver bien plus tard, mais je profite du temps qu’il m’est laissé pour pouvoir travailler et avancer sur « le reste » de mes activités ! C’est dans ces moments là que je savoure encore plus la chance que j’ai de pouvoir travailler comme je veux, où je veux, quand je veux (sachant que le « quand je veux » rime finalement avec « tout le temps ! » :)). Bref !

L’audience est censée débuter à 12H30 [ce sera le même horaire pendant les neuf prochains mois], mais j’ai compris qu’elle ne commencerait sûrement jamais à l’heure… On est plutôt sur du 13H voire 13H30 …

Je suis toujours dans la salle de retransmission ouverte au public car faute d’accréditation pour le moment, je n’ai toujours pas accès à la salle presse. Sur l’écran juste en face de moi, je vois la Cour arriver et s’installer : l’audience commence.

En tout début d’audience, le président revient sur le sort des accusés absents [pour rappel, il y a vingt accusés mais seuls quatorze d’entre eux sont présents. Les six autres sont absents, la plupart étant présumés morts en zone irako-syrienne]. Ce sujet des accusés absents avait été évoqué hier, en fin d’audience. La Cour rend son arrêt : sans surprise, le président annonce que les accusés absents seront jugés par défaut [c’est-à-dire en leur absence].

Une fois cette question réglée, l’audience continue avec l’appel des témoins. Avec le concours de la greffière et de l’huissier, le président va s’assurer que chaque témoin convoqué durant les prochains mois a bien reçu sa citation et interroge la greffière et les avocats pour obtenir confirmation qu’il sera bien présent à la date indiquée.

 

I – L’APPEL DES TÉMOINS

La liste est longue. Plus de cent-trente personnes sont appelées comme témoin, chacune avec un profil différent : des proches des accusés, des policiers français et belges, des experts, un médecin légiste, mais également des personnalités telles que François Hollande [président de la République au moment des faits], François Molins [Procureur antiterroriste à l’époque des faits] ou encore Marc Trévidic, ancien juge antiterroriste.

 

Très rapidement, le président remarque qu’un grand nombre de témoins convoqués n’ont pas réussi « à être touchés » [cela signifie qu’on n’a pas réussi à leur signifier l’acte de convocation à leur domicile ou dans quelque endroit que ce soit] ou l’ont été mais n’ont pas fait de retour. Conséquence : peu de chance qu’ils se présentent le jour où ils sont censés témoignés. C’est le cas de la plupart des proches des accusés.

  • Ainsi, la présence d’Omar Abaaoud est incertaine. Il s’agit du père d’Abdelamid Abaaoud, un belge qui faisait partie de l’un des commandos du 13 novembre et qui est mort quelques jours plus tard lors de l’assaut des forces spéciales à Saint-Denis.

Le président souligne : « On va avoir cette difficulté concernant les témoins qui sont cités à l’étranger, où on n’a pas de retour. (…) La difficulté c’est qu’on a très peu d’éléments pour savoir s’ils ont été touchés et que les possibilités qui s’offrent à notre Cour en vertu du Code de procédure pénale sont plus réduites à partir du moment où on a des témoins qui sont domiciliés à l’étranger. Les moyens de coercition ne sont pas du tout les mêmes que vis-à-vis de témoins domiciliés en France. »

  • Même difficulté du côté des proches de Salah Abdeslam: les comparutions de sa sœur, Myriam, et de sa compagne de l’époque, Yasmina, sont très incertaines. A propos de Myriam Abdeslam, la greffière indique que le recommandé est revenu « non réclamé ».

Olivia Ronen, avocate de Salah Abdeslam intervient : « pour ce qui est de Myriam Abdeslam, on n’a pas de source certaine. Toutefois, il semble que celle-ci ne se présentera pas (…). Votre Cour peut entendre le fait qu’il soit difficile de se déplacer jusqu’ici, avec une absence de sécurité totale, dans un contexte comme celui-ci. (…) ».

L’avocate générale rétorque : « il y a des possibilités de témoigner depuis Bruxelles en visioconférence ».

 

Si le président constate qu’il est difficile de contraindre les personnes résidant à l’étranger à venir témoigner, pour les témoins résidant en France qui n’auraient pas donné suite, des mesures de contrainte sont envisagées. C’est ainsi qu’à propos d’un proche d’Ismaël Omar Mostefaï, l’un des terroristes du Bataclan, le président indique : « on a un témoin domicilié en France, donc là on va poursuivre les recherches pour l’inviter à se présenter. On fait le point assez rapidement pour envisager des mesures de contrainte ».

 

D’autres témoins ont bien reçu les courriers mais ont demandé une dispense. C’est le cas d’un homme qui, dans un mail, explique résider au Maroc et gérer un commerce, ceci l’empêchant de se présenter. A l’évocation de son cas, l’avocate générale se lève et insiste auprès du président pour qu’il soit relancé et qu’il vienne témoigner physiquement. Le président lui oppose que le mail semble plutôt clair sur le fait qu’il ne viendra pas témoigner sur place … mais propose qu’il témoigne par le biais de la visioconférence, comme de nombreux autres témoins (et notamment des policiers).

Face à tous ces témoins a priori peu coopératifs, le président finit par conclure : « on a peut-être des gens qui vont venir au dernier moment !  Qui sait ?! Espérons-le… ».

 

La lecture se poursuit. Mais, après cette problématique des témoins difficiles à toucher, c’est à la défense d’émettre des réserves sur plusieurs citations.

  • Une première réserve est émise quant à la pertinence de la citation de François Hollande.

Raphaël Kempf, avocat de Yassine Atar s’interroge : « on ne comprend pas ce que ce témoin pourra apporter à la manifestation de la vérité. Peut-être que les parties civiles pourraient nous donner quelques éléments d’explication sur la nécessité d’auditionner cet individu (…) ».

Le président : « je pense qu’on peut l’utiliser avec un autre qualificatif que celui d’individu. Est-ce que les parties civiles veulent répondre ? »

L’avocat de l’association Life for Paris : « il a été cité par l’association Life for Paris (…). Il était sur l’un des lieux des attentats, donc je pense qu’il y a des questions à lui poser sur ce qui s’est passé à ce moment là et ensuite, je pense que son intervention pourrait être intéressante pour voir les explications qu’il a à donner sur un certain nombre de thématiques ».

  • Une seconde réserve est ensuite formulée quant à l’opportunité de la citation de Georges Fenech [ancien magistrat et président de la commission d’enquête parlementaire sur les attentats].

Christian Saint-Palais, avocat d’Amar Ramdani : « Nous avons compris hier que le temps va nous être compté. (…) Notre question est de savoir l’utilité de ces témoins : que peut-il apporter au regard de la manifestation de la vérité ? (…) Je n’ai pas établi de lien immédiat entre les noms de Monsieur Fenech et les faits dont la Cour aura à débattre ».

Un avocat de parties civiles lui répond : « Le rapport d’enquête de Monsieur Fenech a été versé au rapport d’instruction (…) donc nous aurons un certain nombre de questions à poser à celui qui était le président de cette commission d’enquête parlementaire ».

Christian Saint-Palais : « (…) nous aurons un témoin qui occupera du temps des débats, empiétant sur le temps des parties civiles et de la défense. (…) Au visa de l’article 331 du code de procédure pénale, il ne me semble pas à sa place à la cour d’assises. Il a écrit un livre c’est très bien mais nous ne pouvons pas recevoir tous ceux qui publient des livres au moment du procès ».

Un avocat de parties civiles lui répond : « juste pour vous dire que tout de même, les victimes attendent aussi qu’on puisse poser un certain nombre de questions à des personnes qui ont des explications à fournir. Si cela déplait à la défense, je le regrette car s’il y a des explications qui doivent être données, les premiers qui doivent les recevoir, ce sont les familles ».

Le président conclut : « le code de procédure pénale c’est notre norme. Est-ce qu’il y a des oppositions à témoignage. Si elles existent, vont-elles être développées ? Sur quels motifs ? Sur quelle argumentation ? ».

Pas de réponse. La lecture se poursuit.

 

  • Quelques instants après, Raphaël Kempf, avocat de Yassine Atar, soulève une autre difficulté s’agissant du témoignage des officiers de police judiciaire belges.

Raphaël Kempf : « concernant les officiers de police judiciaire belges, je viens d’apprendre qu’ils seraient entendus par visioconférence. La Belgique n’est pas si loin, une confrontation en présentielle est capitale. L’autre point encore plus fondamental : apparemment ces policiers seront entendus de façon anonymisée, alors même que les noms et prénoms de chacun de ces officiers de police judiciaire est en procédure. Concernant les officiers de police judiciaire français, pas de difficulté car c’est régi par le code de procédure pénale. Mais, concernant les officiers de police judiciaire belges, leurs noms, leurs visages, sont connus par exemple de Monsieur Atar, je ne comprends pas pourquoi ils seraient entendus de façon anonyme ».

Le président : « c’est une demande qu’ils ont faite tout récemment pour des raisons de sécurité (…) ».

Raphaël Kempf : « si une décision a été prise sur l’anonymisation de ces officiers de police judiciaire, par qui a-t-elle été prise ? Pouvons-nous exercer des voies de recours ? »

Le président : « la décision n’a pas encore été prise. Le code de procédure pénale prévoit que c’est le président de la juridiction qui statue ; sachant que cette réunion aura lieu en chambre du Conseil (…) ».

D’autres avocats de la défense interviennent pour dénoncer cette intervention des policiers belges en visioconférence et de manière anonyme.

 

Après cet échange, la lecture reprend et d’autres noms de témoins attirent l’attention. C’est notamment le cas de ceux de Anne-Diana et Jennifer Clain, respectivement sœur et nièce de Jean-Michel et Fabien Clain. Ces deux accusés sont soupçonnés d’être les voix françaises de l’Etat islamique, entendues notamment dans le message de revendication des attentats de novembre 2015. Ils sont absents du box des accusés car présumés morts en zone irako-syrienne. Anne-Diana et Jennifer Clain étant en détention [la première purge une peine de neuf années de prison pour avoir tenté de rejoindre la Syrie avec son mari et ses enfants en 2016. La seconde, arrêtée à son retour de Syrie, est en détention provisoire dans l’attente de son procès], le président indique qu’« il serait préférable d’organiser une visio ». 

 

14h49 : l’audience est suspendue ! Le président indique que la suspension durera quinze minutes et qu’on se retrouve à 15h05 … mais au bout de deux jours de procès j’ai compris qu’il fallait toujours multiplier le temps qu’il donne par au moins trois ! Donc a priori, on se retrouvera plutôt vers 15h30 !

L’audience reprend… il est 15h32 [dois-je écrire « je le savais ?! »]. S’ouvre alors la lecture du rapport du président.


 

II – LA LECTURE DU RAPPORT DU PRÉSIDENT

 

Le président : « je vais enlever mon masque pour la lecture de ce rapport, qui est assez long. Je vais essayer de condenser les éléments pour qu’il soit le plus intéressant possible. Je serai assisté de mes deux assesseurs (…). Ce rapport a pour objet (…) de présenter de manière synthétique les éléments de nature criminelle qui justifient la décision de renvoi devant la présente Cour ».

Il annonce lui-même que malgré le fait que ce soit une version condensée, la lecture va être « fastidieuse ». Traduction : ça va être long ; très long [spoiler : la lecture va durer plus de huit heures].

 

La lecture du rapport doit se dérouler en trois temps : une première partie est consacrée aux faits, une deuxième est consacrée à la motivation du renvoi et la dernière est consacrée aux chefs d’accusation retenus pour chaque accusé.

 

D’abord, le président reconstitue la chronologie des faits, prenant comme point de départ, le soir du 13 novembre 2015. 

Il lit (extrait) :

« Le vendredi 13 novembre au soir, trois équipes attaquaient différents lieux. Les trois membres de la première équipe (…)  faisaient exploser leur ceinture à proximité du Stade de France alors que se déroulait un match de foot. L’explosion entrainait la mort d’un passant. La deuxième équipe mitraillait au fusil d’assaut trois terrasses avant qu’un des assaillants ne commette un attentat suicide, dans un établissement situé à proximité (…). La troisième équipe s’introduisait dans la salle de spectacle du Bataclan (…). Les assaillants mitraillaient la foule puis prenaient des otages avant d’être tués. Quatre-vingt dix morts étaient à déplorer (…). Très rapidement, Salah Abdeslam était identifié (…) Hamza Attou et Mohamed Amri ont reconnu avoir été cherché Salah Abdeslam en France à sa demande et l’avoir ramené à Bruxelles où il a été pris en charge par Ali Oulkadi. Était également recherché (…) Ahmed Dahmani, qui était finalement interpellé le 16 novembre 2015 en Turquie où il avait pris la fuite pour retourner en Syrie. (…) Le 22 mars 2016, des attentats quasi simultanés étaient commis dans l’agglomération bruxelloise. Najim Laachraoui et Ibrahim El Bakraoui faisaient exploser des valises remplies de TATP. Un troisième homme les accompagnait. Il était décrit dans la presse comme « l’homme au chapeau » et identifié comme Mohamed Abrini. (…) Le 8 avril 2016, Mohamed Abrini et Oussama Krayem étaient interpellés séparément (…) ».

Il revient ensuite longuement et séparément, sur chacune des attaques, détaillant à la minute près le parcours des assaillants. Rien n’est oublié : le rapport détaille l’ensemble des évènements entourant la période avant les attentats, les attentats eux-mêmes et la période après attentat.

 

1. SUR LA PÉRIODE AVANT LES ATTENTATS,

Le rapport s’attarde longuement sur le parcours des accusés avant les attentats : leurs voyages en Syrie, leur retour de Syrie, la location des voitures et des planques ou encore l’achat des composants et explosifs. Il est si précis que de nombreux détails sont donnés sur les voitures louées : qui les loue / quand / combien de kilomètres sont effectués / véhicule avec ou sans GPS / pour aller où / par quel chemin ?. Le rapport détaille également la composition des ceintures explosives utilisées, les investigations menées sur la provenance des armes, ou encore les ultimes préparatifs avant la soirée du 13 novembre.

(Extraits) « Les trois véhicules servant à acheminer les terroristes ont été loués le 9 novembre, les appartements le 11 novembre, avant que les commandos ne prennent la route pour la France le 12 novembre ».

« Au total, douze djihadistes venus de Syrie sont arrivés en cinq jours en Belgique (…) et se sont répartis dans quatre planques (…). Ils auraient même été quatorze sans les arrestations en Grèce de deux d’entre eux. On observe un mode opératoire constant : ils sont récupérés en Hongrie ou en Allemagne par Salah Abdeslam, avec un véhicule loué par un autre (…) ».

 

2. SUR LES ATTENTATS EUX-MÊMES,

Si le rapport est condensé, il n’en reste pas moins très précis sur les faits. Lorsque le président s’arrête sur « les crimes commis à Paris dans la nuit du 13 au 14 », il indique que « la chronologie des évènements peut être retracée à une ou deux minutes près » et détaille : « 21h16 : première explosion porte B / 21H20 : deuxième explosion porte H / 21h04 : Carillon et Petit Cambodge / 21h26 : Casa Nostra / 21h36 : La Belle Equipe / 21h41 : Comptoir Voltaire / 21h47 : début de l’attaque du Bataclan / 21h53 : troisième explosion au stade de France ».

A chaque fois qu’une attaque est évoquée, elle est décrite minute par minute et le président énonce le nombre de personnes ayant perdu la vie : une au Stade de France, treize dans la première attaque des terrasses, cinq dans la deuxième, vingt-et-une dans la troisième, quatre-vingt-cinq au Bataclan, cinq à l’hôpital ». Cent-trente au total. Systématiquement, il donne le nom, le prénom et l’âge de chacune d’entre elles.

Le récit se poursuit avec la description de l’attaque du Bataclan :

(Extrait) « Dès leur arrivée devant la salle de spectacle, les terroristes se mettaient à tirer. Deux d’entre eux montaient immédiatement à l’étage où, après avoir blessé ou tué plusieurs personnes, ils se postaient pour pouvoir faire feu méthodiquement sur les nombreux spectateurs se trouvant dans la fosse. Le troisième se mettait au fond de la salle et barrait le chemin de ceux qui essayaient de fuir. (…) Les terroristes visaient à travers les fenêtres, des pompiers, des passants ou encore des blessés se trouvant dans le passage Amelot ».

La lecture ne fait pas l’impasse sur les détails les plus sanglants, évoquant notamment l’état des corps des terroristes : au Stade de France, il indique par exemple que « le terroriste était littéralement disloqué lors de l’explosion et des fragments de son corps étaient partiellement reconstitués lors de l’autopsie ». Au Bataclan, le corps d’un des terroristes « a été retrouvé coupé en deux au niveau du bassin. La cause de son décès était le déclenchement de son dispositif explosif. (…). »

 

3. SUR LA PÉRIODE APRÈS LES ATTENTATS,

Le président cède la parole à l’une de ses assesseures. Cette dernière poursuit la longue lecture avec les investigations, l’identification des assaillants, l’amitié liant certains d’entre eux, leur rencontre en Syrie, les blessures au combat, les vidéos les montrant égorger des prisonniers, la provenance de leurs armes, les faux passeports, les « appartements conspiratifs » et les « planques ».

Extraits :

« Sur plusieurs scènes de crimes, des ceintures explosives ont été retrouvées, parfois en intégralité. Ces neuf engins explosifs devaient être constitués de façon similaire. Ils étaient composés (…) d’écrous, utilisés comme projectile. Une charge explosive était placée au niveau de l’abdomen de l’individu et une autre charge au niveau de son dos. (…) Tous ces éléments étaient maintenus par une sorte de gilet. Chaque engin contenait entre un et deux kilos de TATP. Ce produit est facilement réalisable à partir de trois matières (…). Tous ces produits peuvent être achetés dans des grandes surfaces ou produits de bricolage. Cependant, le TATP est un produit instable, sa manipulation est difficile et nécessite une certaine expertise (…) ».

 

De longs développements sont également consacrés au démantèlement de la « cellule belge », à la fuite de Salah Abdeslam, à la traque d’Abdelamid Abaadoud, survivant des commandos et cerveau présumé de ces attentats, qui trouvera la mort lors de l’assaut des forces spéciales dans un appartement de Saint-Denis. La lecture fait réapparaître des noms devenus tristement célèbres : Abdelamid Abaaoud, Asna Aït Boulhassen, Mehdi Nemmouche. Personne n’est oublié et le rôle de chacun dans ces évènements est précisément décrit et documenté.

 

Lecture est également faite du communiqué de revendication de l’Etat islamique, repris dans deux messages audios des frères Fabien et Jean-Michel Clain :

(Extrait) « Dans une attaque bénie dont Allah a facilité les causes, un groupe de croyants, les soldats du Califat (…) a pris pour cible la capitale des abominations et de la perversion, celle qui porte la bannière de la croix en Europe : Paris. Huit frères portant des ceintures d’explosifs et des fusils d’assaut ont pris pour cible des endroits choisis minutieusement à l’avance au cœur de la capitale française : le Stade de France, lors du match (…) auquel assistait l’imbécile de François Hollande, le Bataclan où étaient rassemblés des centaines d’idolâtres dans une fête de perversité, ainsi que d’autres cibles dans les Xème, XIème et XVIIIème arrondissements de Paris et ce, simultanément. Paris a tremblé sous leur pied et ses rues sont devenues étroites pour eux (…). »

 

[Impossible de vous dire quelle est la réaction des accusés à la lecture du rapport car, en salle de retransmission, les écrans diffusent uniquement le visage de celui qui parle à un instant T. Il n’est donc possible de voir les accusés que lorsqu’ils prennent la parole. C’est là l’une des grandes différences avec la salle presse, qui a été pensée comme reproduisant une salle d’audience. Ainsi, à la place du box des accusés, un écran est dirigé en permanence vers le box des accusés. A la place de la Cour, un écran dirigé en permanence vers la Cour …. Et à la place des avocats, un écran filmant en permanence les avocats. Inutile de vous dire que là, la meilleure nouvelle que je pourrais recevoir en ce moment serait celle de mon accréditation! Croisons les doigts !].

 

Vers 19H, « demande de suspension en urgence » faite par les détenus. Le président approuve ; en précisant « 5 minutes ! On fait très rapide ! ». [mais maintenant, vous connaissez la règle : multipliez le temps donné par trois :)].

 

19h45 : « l’audience est reprise, veuillez vous assoir ». [ah … finalement il aurait fallu multiplier par neuf …]. Compte tenu de l’heure tardive [les audiences sont censées finir vers 20H-20H30 et la lecture du rapport n’est pas du tout terminée], le président demande si tout le monde est d’accord pour qu’on continue la première partie sur les faits mais qu’on saute la deuxième partie sur la motivation.

Le président : « (…) on pourrait s’abstenir de donner lecture des quelques vingt-cinq pages de motivation retenue par la chambre de l’instruction. Il n’y a pas d’éléments nouveaux, c’est de la redite ; sachant que ces éléments, l’ensemble des parties en ont eu connaissance. Ce que je vous propose, c’est qu’on continue l’exposé des faits, les qualifications et qu’on s’abstienne de reprendre les éléments déjà connus de tous. Bien évidemment, nous nous abstiendrons de le faire s’il n’y a aucune opposition des parties ».

Pas d’objection. La lecture des faits se poursuit. Celle sur la motivation, qui devait lui succéder, sera tue. D’autres éléments sont donnés sur les évènements postérieurs aux attentats. Il n’est pas toujours facile de suivre, compte tenu de la multiplicité de protagonistes, de noms, d’alias, de fausses identités et de lieux, en France et à l’étranger. Le Président évoque les perquisitions qui ont été réalisées en divers endroits, les objets saisis dans l’une des planques : « un fusil d’assaut, onze chargeurs de kalachnikov, des produits explosifs pouvant servir à la conception d’engins explosifs » mais également « un ordinateur HP » sur lequel ont été retrouvés des reportages et articles de presse sur le nucléaire belge ainsi que des vidéos d’exécution, d’entraînement de djihadistes et de prêches.

 

La recontextualisation se poursuit avec la présentation des « individus interpellés ». Tour à tour, les individus aujourd’hui présents dans le box des accusés sont présentés. Les conditions de leur interpellation, le contenu de leurs premières auditions, leur placement en détention provisoire : tout est rapporté [sur ce point, et pour des raisons de lisibilité, j’écrirai un autre article spécialement consacré aux accusés].

(Extraits) Au cours d’un interrogatoire, en 2018, Salah Abdeslam déclare :

« J’exprime ma désapprobation contre ce gouvernement qui assassine injustement et froidement des femmes et des enfants, que ce soit au Moyen-Orient ou en Afrique.

Emmanuel Macron, votre soif de puissance et de renommée vous poussent à faire couler le sang des musulmans et en contrepartie, vous faites couler le sang des français et des françaises (…). Sachez que la création et le commandement n’appartiennent qu’à Allah, que l’insécurité règnera sur votre territoire tant que vous ne renoncerez pas à l’hostilité et à vos attaques à l’égard des musulmans.

Quant aux victimes, je voudrais leur dire : mettez votre colère de côté et raisonnez quelques instants. La France ne connaissait pas ce genre de conflits quand elle se contentait de balayer le seuil de sa porte. Vous ne subissez que les erreurs de vos dirigeants pour lesquels vous avez voté. Les musulmans ne vous attaquent pas parce que vous mangez du porc, buvez du vin, écoutez de la musique. Les musulmans vous attaquent parce qu’ils sont attaqués (…) Allah est avec les pieux ».

 

La lecture est longue et la concentration commence à faiblir. Aux alentours de 21h, une avocate de la défense interpelle le président, indiquant que c’est dur « pour tout le monde », que « plus personne n’écoute », que la lecture du rapport est un moment important … mais que « c’est dur » [pour rappel, la lecture du rapport a commencé il y a maintenant près de six heures]. Elle indique par ailleurs que « les détenus n’ont rien mangé depuis ce matin » ; ce à quoi le président lui répond qu’on a tous mangé à la même heure. Elle suggère que la suite de la lecture se poursuivre lundi, ce que le président refusera, expliquant que lundi aura lieu l’ouverture des débats et qu’il n’y aura plus de cohérence. Il craint un effet boule de neige et qu’un décalage en entraîne un ou plusieurs autres.

Au même moment, les gendarmes qui assurent la police dans ma salle me disent qu’ils doivent la fermer … et que je peux me rendre en salle principale pour suivre la fin de l’audience. Cela me surprend car je sais qu’il faut être habilité et … je n’ai pas encore d’accréditation. Ils m’assurent pourtant que compte tenu du caractère exceptionnel, je serai autorisée à entrer. Evidemment … en arrivant devant le contrôle pour entrer dans la salle d’audience, l’entrée m’est refusée pour « absence d’accréditation » ! Je me rabats finalement sur la salle Odette Dumas, toujours ouverte au public, et dans laquelle trois autres personnes assistent encore à l’audience. Je n’y resterai même pas trente minutes car, à 21h55, le président acceptera finalement de « couper la poire en deux », proposant de suspendre l’audience quelques instants, « le temps pour chacun de manger et boire quelque chose », de finir la lecture des faits ce soir, et d’achever la lecture du rapport lundi.

 

Pour ma part, c’est le moment que je choisirai pour partir.

 

A lundi !

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