ERIC ZEMMOUR JUGÉ POUR INJURE À CARACTÈRE RACIAL : LE COMPTE-RENDU D’AUDIENCE

Attention : toute reproduction du contenu, même partielle, sans l’autorisation expresse de l’auteur expose le contrefacteur à des poursuites.

 

LUNDI 24 OCTOBRE 2022

(EXTRAITS. LA VERSION INTÉGRALE SERA DISPONIBLE LE 12 JANVIER 2023)

 

12H : de retour au tribunal judiciaire de Paris pour le procès d’Eric Zemmour, qui comparaît devant la 17e chambre du tribunal correctionnel de Paris pour injure à caractère racial envers Hapsatou Sy. Vous pourrez suivre l’audience en temps réel ici. 

 

13H : Maître Olivier Pardo, avocat d’Eric Zemmour vient d’arriver. 

 

13H30 : Hapsatou Sy arrive devant la salle d’audience, accompagnée de son mari Vincent Cerutti de son avocat, Maître Antoine Vey. 

 

La présidente interroge Hapsatou Sy sur la plainte qui a été déposée. 

La présidente : qu’est-ce que vous souhaitez nous dire sur la plainte que vous avez déposé ?

Hapsatou Sy : j’ai déposé plainte pour demander le respect. Je pense que la liberté d’expression c’est quelque chose qui est très important. Seulement, j’ai l’impression qu’aujohrd’hui, dans la liberté d’expression, on y loge tout et n’importe quoi. (…) J’ai déposé plainte parce que j’ai considéré que j’avais droit au respect, que je n’étais pas une citoyenne de seconde zone ; qu’on n’avait pas le droit de me pointer du doigt pour mes origines, mon prénom, qui est le prénom de ma grand-mère. Le Sénégal a quand même une histoire très très proche avec la France … et donc je suis très attachée à mon prénom et aussi à mes valeurs, celles transmises par mes parents qui sont le respect, la tolérance et l’ouverture d’esprit. Je ne suis pas une victime, je ne suis pas une pleureuse comme a pu le dire monsieur Ardisson mais je suis un être humain qui a été blessé par des propos que j’ai trouvé extrêmement outrageants. Quand on est sur un plateau de télévision et qu’une invective dure trois à quatre minutes, j’ai eu l’impression qu’on est sortis à un moment de ce débat public auquel je suis très attachée, pour arriver à une invective personnelle, qui visait directement ma personne. Là j’ai ressenti quelque chose que je n’avais jamais ressenti sur un plateau télé. (…) C’était la première fois dans le public que j’entendais des gens dans le public crier, hurler, s’indigner. (…) La chaîne a dit que les propos étaient d’une telle violence qu’on ne pouvait pas les laisser passer. A aucun moment j’ai dit qu’ils ne seraient diffusés. (…) Ce prénom qu’il va m’assigner, cette phrase qu’il va me dire, va complètement bouleverser ma vie.

 

Maître Vey : Monsieur Zemmour, qu’on l’envisage comme un polémiste, un journaliste, un intellectuel, est quelqu’un qui a l’habitude de flirter avec la ligne jaune pour reprendre les mots du producteur. Il a déjà été condamné de manière définitive pour des infractions à caractère racial. Votre tribunal ne peut pas ignorer qu’il a été multiplement poursuivi pour de tels propos. C’est quelqu’un qui est à la fois habitué de la liberté d’expression, entre le débat d’intérêt public, le débat journalistique et l’invective, l’injure et la diffamation. Il sait précisément où se situent les barrières. Le tribunal ne peut pas être dupe du caractère extrêmement méticuleux, pensé, de chacune de ses interventions … si bien que je me demande si l’injure ne fait pas partie de son fonds de commerce. (…) Vous êtes les juges de cette barrière subtile entre la liberté d’expression et les limites de la liberté d’expression. La démarche de monsieur Zemmour a été d’injurier madame Sy et pas d’entretenir un débat d’intérêt général. 

 

Le Procureur : Je vous demande de le déclarer coupable des faits d’injure à caractère raciale. Sur la peine, vous tiendrez compte de la gravité des points;  gravité sur dexu points:  toute injure à caractère racial vient porter atteinte au pacte social et au vivre ensemble mais également sur le plan privé ; quand on est victime d’injure à caractère racial ça vient casser le débat. On a par la suite un préjudice moral, ce qui peut entrainer des préjudices d’évitement ; c’est pour ça qu’on va être sur des émissions différentes, on va craindre e prendre l’ascenceur avec cette personne ou encore prendre la parole sur le sujet. Je vous demanderais également de tenir compte de la personnalité de l’auteur, de son casier judiciaire, de l’absence de remise en question. On est sur quelqu’un qui maitrise parfaitement son sujet. Encore une fois, je n’ai pas entendu d’excuses ou de mea culpa de monsieur Zemmour. En raison du casier judiciaire de monsieur Zemmour, on n’est plus sur une peine d’avertissement. J’ai posé cette question sur sa situation financière actuelle. C’est pour ça que je vais vous demander une peine de cent jours amende d’un montant de 200€.

 

Maître Pardo : (…) elle dit : moi je faisais mon métier j’étais polémiste. C’est une émission de polémistes, où il y a des polémistes. Mon confrère et ami Gilles-William Goldnadel est un polémiste, Natacha Polony est une polémiste et Franz Olivier Gisbert a passé sa vie à écrire des livres polémiques ! On est entre polémistes ! Quand elle va chez Thierry Ardisson faire des émissions toutes les semaines avec lui, c’est pas pour faire de la philosophie, du droit. C’est sa spécialité de mettre de l’huile sur le feu. On est là entre polémistes et elle n’est pas une invitée, elle est la professionnelle de la polémique. Et ils invitent qui ? Eric Zemmour qui lui-même est un polémiste. Et on s’attend à quoi ? Qu’ils se parlent en se disant « passe moi le thé ? Attends c’est trop chaud ! Pardonne moi de t’avoir dit cela ! ». NON ! C’est du cirque ! Ils sont là pour faire le buz. Quand madame Sy choisit d’aller dans cette émission, elle choisit de participer à ce buz ; elle en est une professionnelle. (…) On s’attend à ce qu’il y ait du sang entre eux ! Connaissant Gilles-William Goldnadel je m’attends pas à ce qu’il ait les mêmes opinions que madame Sy. Il fallait pas participer à cette émission madame. Fallait rester chez vous ou participer à des émissions littéraires tranquilles ! (…) Voilà la vérité ! (…) Quand on est polémiste on assume : sinon il faut faire autre chose. (…) C’est pour ça que je vous demanderais de relaxer monsieur Zemmour.

 

17H36

La présidente : l’affaire est mise en délibéré et la décision sera rendue au 12 janvier 2023 à 13H30.

Partager:

1 Commentaire

  1. SIMON
    4 novembre 2022 / 13:30

    Merci !

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

error: Content is protected !!