JEAN-MARC MORANDINI JUGÉ POUR CORRUPTION DE MINEURS : LE COMPTE-RENDU D’AUDIENCE

Attention : la lecture des éléments de retranscription de l’audience s’adresse à un public averti. Certains des propos rapportés sont susceptibles, par leur contenu ou leur nature, de heurter la sensibilité des lecteurs, et notamment des plus jeunes. Par ailleurs, toute reproduction du contenu, même partielle, sans l’autorisation expresse de l’auteur expose le contrefacteur à des poursuites.

 

LUNDI 24 OCTOBRE 2022

(EXTRAITS. LA VERSION INTÉGRALE SERA DISPONIBLE DÉBUT 2023)

 

13H : aujourd’hui, après une coupure de quelques mois, je suis de retour dans les couloirs du Tribunal de Paris pour le procès de Jean-Marc Morandini devant la 15e chambre du tribunal correctionnel. L’animateur est jugé pour corruption de mineurs. 13H36 : la sonnerie retentit. L’audience reprend. Axel, Corentin, Association voix de l’enfant, Agir contre la prostitution des enfants, Association X.

@camilledecode

La présidente demande à Jean-Marc Morandini de venir à la barre. Il s’avance : jean noir, veste de costume noire sur chemise blanche : « vous nous rappelez vos noms prénom, date de naissance, adresse.

Jean-Marc Morandini : « Jean-Marc Morandini, 5 août 1965 à Marseille.

Présidente : « (…) il vous est reproché, entre le 6 et le 11 juillet 2009 (…) d’avoir favorisé la corruption de C___, notamment en lui faisant visionner des scènes d’actes sexuels, en le photographiant nu et en lui demandant de se masturber, favorisé la corruption de R___, en lui décrivant un scénario pornographique vous impliquant tous les deux. (…) Une convocation par OPJ vous a été notifiée le 31 mai 2022 au terme de laquelle il vous est reproché d’avoir à Paris, entre le 27 octobre 2015 et le 31 janvier 2016, favorisé la corruption de A___ en échangeant des conversations à caractère sexuel et en sollicitant l’envoi de photos dénudées. 

@camilledecode

La présidente entreprend alors un rappel des faits, victime après victime. Elle évoque d’abord le cas de R___, un jeune homme âgé de 15 ans à l’époque où il correspond avec l’animateur. 

La présidente : nous allons d’abord évoquer les faits présumés commis au préjudice de R___, puisqu’ils ont cette particularité d’avoir été dénoncés en deux temps. En effet, le 29 mars 2013, le père de R___, va contacter les OPJ pour leur expliquer qu’il a eu des soupçons sur la relation qu’aurait entretenu son fils mineur avec un animateur ; qu’il a fouillé dans l’iPod de son fils et qu’il y a des échanges à caractère sexuel, il évoque qu’il ait pu être sollicité une vidéo de son fils se masturbant (…) et il ajoute qu’il n’a informé ni son fils ni son épouse de la démarche qu’il avait entreprise auprès de la brigade de répression des mineurs. Le 5 avril, il recontacte la brigade de protection pour leur dire que leur fils n’est pas prêt à dénoncer ces faits et pour leur adresser des captures de ces échanges. Il indique à ce moment-là que c’est lui qui recontactera la brigade de protection des mineurs. (…) Et cette affaire va refaire surface trois ans plus tard puisqu’on est le 20 juillet 2016, lorsque R___ va décider de se rapprocher de la brigade de protection des mineurs dans un contexte qui est la parution de cet article dans les Inrockuptibles, article qui dénonce certaines de vos pratiques notamment dans le cadre de l’organisation de casting. 

La présidente : « ce qui ressort des auditions du père, c’est que la veille de sa prise de contact avec la brigade de protection des mineurs, il s’est déplacé avec son fils pour assister à une audition mais au retour de cette audition, il a le souvenir d’une altercation entre ses deux fils et au cours de cette altercation le grand frère de R___ a lancé « attention si tu continues je vais dire à papa les échanges que t’as avec monsieur Morandini ». Le père de R___ interroge son fils aîné qui lui dit qu’il devrait regarder dans le téléphone de son fils. C’est là qu’il va découvrir des échanges à connotation sexuelle dont il se dira sidéré de par leur nombre. Il n’en a parlé ni avec son épouse, ni avec son fils. Il va s’en expliquer en disant que lui-même était un peu sous le choc, qu’il n’a pas trouvé ni les mots ni le bon moment pour évoquer avec son fils des faits de nature sexuelle. (…) La mère de R___ dit qu’à ce moment-là, elle n’a noté aucun changement de comportement chez son fils. Le seul qui a perçu quelque chose c’est son frère. Il évoque lui que sur cette époque, R___ lui a paru se renfermer davantage. Il avait le sentiment qu’il pouvait y avoir une dimension un peu secrète dans le cadre des échanges qu’il pouvait avoir avec vous. 

@camilledecode

La présidente : « ce jeune homme a été entendu par la brigade de protection des mineurs et qui va d’abord expliquer le contexte de votre rencontre. C’est un garçon qui au moment des faits a 15 ans, 15 ans et demi, est fasciné par le monde des médias, il vous apprécie vous, vos émissions auxquelles il participe activement ; c’est un live-twitter ! (…) En février 2013, c’est la première fois qu’il vient assister à votre émission. Il vient avec sa mère. Il y a un bref échange. A l’issue, il y a une photographie qui est prise, un selfie, qu’il utilisera ensuite en photo de profil Facebook. (…) Il dira tout comme sa mère qu’il n’y a aucun propos ou comportement équivoque de votre part. C’est à la suite de cette première rencontre que vous allez à votre tour décider de le suivre et en le suivant, permettre qu’une conversation privée puisse s’engager entre vous. A ce stade-là monsieur Morandini, est-ce que vous avez un souvenir de cette première rencontre et de ce qui vous amène à le suivre à votre tour ?

Jean-Marc Morandini : non. Je n’ai pas de souvenir précis de cette rencontre. (…) On fait une photo, un selfie en général et les choses s’arrêtent là.

La présidente : lui il dit que le moment où vous basculez en conversation privée c’est le moment où vous le suivez en retour (sur twitter).

Jean-Marc Morandini : j’ai pas souvenir. (…)

La présidente : vous vous y répondez à ces messages privés ?

Jean-Marc Morandini : oui.

La présidente : (…) vous, au moment où la discussion s’engage, vous ne faites pas le lien avec le jeune homme que vous avez rencontré quelques jours plus tôt ?

Jean-Marc Morandini : non.

La présidente : il explique d’abord que les échanges n’ont aucune connotation sexuelle. Et puis, il se souvient quand même qu’assez vite, il y a un lien qui se crée entre vous puisque vous lui proposez d’assister à votre émission de radio.

Jean-Marc Morandini : le souvenir c’est que c’est quelqu’un qui me répond assez régulièrement, c’est quelqu’un qui est plutôt intelligent, cultivé et qui aime visiblement la radio. Il me demande s’il peut venir assister à une émission et ma réponse est positive.

La présidente lui lit les déclarations : « (…) il dit que vous vous organisez pour que très rapidement, il puisse venir. Il vient dès le lendemain, cette fois il est accompagné de son père. Là vous commencez à le fixer ?

Jean-Marc Morandini : il y a beaucoup de gens qui viennent à la radio, à la télé… mais peut-être oui.

La présidente : il dit qu’il vous a envoyé un message pour savoir si son père peut venir avec lui. Il dit que vous les avez reçus très gentiment, qu’il est venu se présenter à vous à la fin de l’émission avec son père. (…) Il explique que le soir-même les échanges se poursuivent et il explique que c’est après cette visite à Europe 1 que de façon insidieuse, et là je le cite, « il en est arrivé à me demander quelle était mon orientation sexuelle. Je lui ai dit que j’étais hétérosexuel ». (…)

Jean-Marc Morandini : je n’ai pas de souvenirs précis de ce moment-là.

La présidente : vous, vous dites « on parlait de tout mais aussi de sexualité ».

Jean-Marc Morandini : tout à fait.

La présidente : qu’est-ce que vous mettez dans « on parlait de sexualité ?

Jean-Marc Morandini : moi à ce moment-là j’étais chez NRJ12 qui est une chaine où on parle beaucoup de sexualité. Sur les réseaux sociaux on parlait beaucoup de ça. C’était très libre.

La présidente : là ce qu’il nous dit c’est que vous lui posez des questions sur sa sexualité à lui.

Jean-Marc Morandini : c’est quelque chose qui est possible. En tout cas c’est des échanges qui sont très ouverts. Moi je lui parle de ce que je fais, lui il me parle de son quotidien.

@camilledecode

La présidente : et vous lui parlez de votre sexualité ?

Jean-Marc Morandini : non. Je parle assez peu de moi et de ma vie privée.

La présidente : est-ce qu’à un moment ou à un autre, vous vous interrogez sur l’âge de votre interlocuteur. Vous nous dites que vous ignoriez que R___ était mineur et que le jour où vous l’avez appris, vous avez arrêté tout échange avec lui. (…) 

Jean-Marc Morandini : honnêtement je ne me suis pas posé la question ; je pensais qu’il était majeur.

La présidente : vous pensiez qu’il était majeur ou c’est pas un problème quel que soit l’âge de l’interlocuteur ?

Jean-Marc Morandini : sur les réseaux sociaux à cette époque c’est pas une question que je me posais.

La présidente : vous, vous dites qu’après « ça a dérapé » ; je vous cite. Ca dérape vers des sujets à connotation sexuelle. Il dit que vous lui avez demandé s’il se masturbait. Il explique qu’il aurait manifesté sa gêne à vous répondre et puis que finalement, comme il était fasciné par vous, finalement il est rentré dans votre jeu. Est-ce que ça aussi c’est une question que vous avez pu lui poser ? Ca ne ressort pas des éléments dont le tribunal dispose.

Jean-Marc Morandini : je ne sais pas si je lui ai posé la question ou pas, je ne sais pas dans quel cadre ; ça ne date pas d’hier et donc je ne sais pas dans quel cadre.

La présidente : oui mais ça m’amène moi à vous reposer la question : quand ça devient une conversation de plus en plus intime, vous vous continuez sans vous demander à qui vous avez vraiment à faire. (…)

Jean-Marc Morandini : (…) dans le flot d’échanges que j’ai avec les gens qui me regardent et qui me suivent, c’est une question que je posais pas : il était majeur point final.

La présidente : est-ce qu’on doit comprendre que ce n’est pas le seul avec lequel vous avez des échanges à caractère sexuel ?

Jean-Marc Morandini : j’ai dit le flot d’échanges pas le flot d’échanges à caractère sexuel.

La présidente : il évoque un scénario sexuel d’un plan à trois et le scénario de la fellation. Il maintient qu’il a poursuivi dans ses échanges parce qu’il ne voulait pas prendre le risque de couper le lien avec vous. (…) Alors même que les échanges sont devenus de plus en plus intime. On lui pose la question de la connaissance que vous aviez de sa minorité. Il dit « je ne me souviens pas qu’il m’ait demandé mon âge et je ne me souviens plus non plus lui avoir donné … mais il oppose d’une part n’être jamais venu tout seul sur vos émissions, son physique, il dit « j’avais un aspect assez juvénil ». Et puis, il va expliquer qu’à partir du moment où vous décidez de le suivre, vous passez nécessairement par son profil twitter et là il y a forcément écrit son âge. Et là vous dites que vous n’avez pas besoin de passer par le profil pour engager une conversation.

Il indique que le ressenti qu’il a eu c’est d’avoir un peu mordu à votre hameçon et que c’est vous qui l’avez un peu emmené sur le terrain d’une sexualité d’adulte ; ce d’autant qu’il est à un âge où il se cherche un peu et que les échanges qu’il a pu avoir avec vous ont fait naître des interrogations sur sa sexualité qui est en construction à l’âge de 15 ans. Ce qu’il explique enfin c’est que tout s’arrête lorsque son père découvre les échanges et qu’à partir de là il n’a plus aucun contact avec vous. Les policiers lui demandent pourquoi il revient (pour la plainte) trois ans après. Il dit que c’est le fait de savoir que d’autres ont dénoncé des faits repréhensibles qui lui a donné du courage (…).

@camilledecode

La présidente lit des échanges entre l’animateur et l’adolescent : JMM : « ah lol ça c’est drôle. Pourquoi pas ! Mais en échange je vois la tienne aussi. mdr ». L’adolescent : « c’est envisageable. lol ». JMM : « Mdr tu es si coquin derrière ton air sage ». L’adolescent : « oui. Je sais. Il ne faut jamais se fier aux apparences ». JMM : « j’adore ». « Et tu veux toucher aussi ? mdr ». L’adolescent : « ça c’est un peu plus compliqué à dire » (avec un smiley qui rigole et qui tire la langue). Et là vous dites « c’est toi le plus jeune, donc c’est toi qui décide ».

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Elle finit par lui demander s’il souhaite réagir :

La présidente : Est-ce que vous voulez réagir ? Là vous sentez pas une réticence ?!

Jean-Marc Morandini : (…) à l’époque, quand je discutais avec les gens je ne me demandais pas quel était leur âge.

La présidente : quand vous dites « c’est toi le plus jeune … » c’est parce qu’il est jeune majeur et vous un majeur plus expérimenté ?

Jean-Marc Morandini : y’a pas de doute !

La présidente : (…) est-ce que là vous avez l’impression qu’il est complétèment engagé ?

Jean-Marc Morandini : ça fait partie d’un échange avec quelqu’un qui pour moi est majeur et donc ça fait partie d’un échange que nous avons. (…) On a eu de nombreux échanges avant, que vous n’avez pas hélas. Lui il m’a parlé de lui, moi je lui ai parlé de ce que je faisais. On a un lien qui s’est créé un peu entre nous. (…) Y’a eu un jeu de séduction mais encore une fois parce que pour moi il est majeur.

La présidente : et donc sur la petite photo de profil (twitter) vous trouvez qu’il a l’air très majeur ?

Jean-Marc Morandini : je sais pas ce que ça veut dire très majeur ! (…) Moi à ce moment-là, je pense qu’il est majeur.

La présidente : vous en retirez quoi de ces échanges ?

Jean-Marc Morandini : j’en retire un moment de décompression ! (…) C’est une espèce de soupape de décompression dans ces moments-là. (…)

La présidente : là en l’occurence c’est des échanges sur la sexualité et encore une fois pas la sexualité en général. vous lui demandez « est-ce que tu bandes? ». Il vous dit « tu veux vraiment savoir ? ». Vous dites « oui ». Il répond « oui ». Là vous lui dites que vous décollez puisque manifestement vous avez un avion à prendre. Il vous dit « bon vol ». (…) Il vous indique à 16H13 « ma mère me fait réciter mon histoire, on se parle vers 17H ». Là vous vous dites pas « tu récites tes leçons d’histoire à ta mère ?! T’as quel âge ?! ». (…)

Jean-Marc Morandini : quand vous me le lisez à froid, effectivement. (…) A l’époque, c’était dans un flux de messages. Effectivement quand on le ressort aujourd’hui … Bien que moi, mes parents m’ont fait réciter mes leçons jusqu’à 20 ans !

La présidente : à 18H13 c’est vous qui revenez ; vous lui demandez « t’as disparu ». Il dit « je suis vraiment désolé ma mère m’a pris son portable et elle risque de me le reprendre ». Là pareil, vous maintenez qu’il peut avoir 18 ans et se faire confisquer son portable ?

Jean-Marc Morandini : encore une fois, on est sur du virtuel et dans ce qui est dit on ne sait pas ce qui est vrai pas vrai.

La présidente : vous dites « ooops » et vous demandez « et elle les lit les messages? ». Et il répond « mais non t-k-t » . (…) Et là vous répondez « ouf! ». 

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La présidente évoque ensuite un échange entre l’animateur et l’adolescent où l’adolescent imagine un scénario à caractère sexuel entre les deux hommes et trois femmes. L’animateur répondra à l’adolescent en complétant le scénario durant quatre minutes. Elle ne lit pas à l’audience les messages envoyés par l’animateur à l’adolescent entre 20H04 et 20H08 : « je vous fais la grâce de toute la lecture sur la fellation ».

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La présidente interroge ensuite l’animateur pour comprendre sur le moment où les échanges entre R___ et lui s’arrêtent : 

La présidente : vous pouvez nous dire pourquoi vous ne souhaitiez plus avoir d’échanges avec lui une fois que vous avez appris qu’il était mineur ?

Jean-Marc Morandini : parce que je n’ai pas une attirance particulière pour les mineurs.

La présidente : l’interdit vous parle à ce moment-là ?!

Jean-Marc Morandini : je n’ai pas envie d’imaginer ça, les scénarios tels qu’on a pu le faire, avec un mineur. (…) 

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Fin d’audience : RDV le 5 décembre pour le délibéré !

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